‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 55 sur 287 · Boussingault, Économie rurale, S" édit., t. II, p · texte numérisé non relu

Boussingault, Économie rurale, S" édit., t. II, p

FACULTÉS INSTINCTIVES ET INTELLECTUELLES. -iOlj

duisent à la tribu et, par extension, aux grandes sociétés. La constitution de la famille ne repose point sur des raisons d'ordre intellectuel, elle dérive d'impulsions instinctives, comme chez les animaux, avant de résulter de conventions sociales. Aussi, elle doit remonter aux premiers temps de l'iiumanité. D'ailleurs, elle était particulièrement nécessaire à l'homme à cause de sa longue enfance (pii réclame une protection et des soins dont les jeunes animaux sont vite en état de se passer.

L'instinct de rei)roduction s'éteint quelquefois sous l'influence de certaines causes tout à fait étrangères à l'état sauvage. Beaucoup de mammifères et d'oiseaux qui s'ai)privoisent assez facilement, perdent, avec la liberté, la tendance à se reproduire, et restent coiiséquemment stériles pendant tout le temps que dure leur captivité; mais cet instinct renaît avec le retour à la vie sauvage. Son anéantissement, dans cette circonstance, n'a certainement rien qui dérive du raisonnement; toutefois, qu'elle qu'en soit la cause, il nous fournit une nouvelle occasion d'admirer cette nature prévoyante qui refuse à des individus la faculté de reproduire leur espèce dans des conditions incompatibles avec son existence.

il persiste cependant chez les hybrides, la mule, le mulet, bien que ces animaux soient inféconds. Sa manifestation est évidemment alors un non-sens, puisqu'elle ne saurait avoir, en général, aucun résultat.

Eidin, il offre, parmi les animaux domestiques, quelques aberrations assez lemarquables : la poule couve les œufs dunautre oiseau et montre pour les petits qui en proviennent autant d'affection qu'elle en témoigne aux siens; elle couve même des morceaux de craie, sans paraître s'apercevoir, comme le dit Buffon, (pi'il n'en peut rien résulter. Certaines espèces voisines s'accouplent ensemble et donnent naissance à des produits inféconds, mais elles ne s'unissent ainsi que par l'intervention des soins de l'homme. Quelques animaux, par une aberration plus singulière, cherchent à tuer leurs petits. La truie, par exemple, ainsi que Pline ' ei\ avait fait la remarque, dévore quelquefois les siens, et le lapin mâle étrangle souvent les jeunes lapins que la femelle a été obligée d'abandonner pour quelques instants.

Dans l'état de domesticité, cet instinct n'est pas également prononcé chez tous les individus. Certaines femelles se montrent mauvaises mères pour la première fois, puis aune seconde portée témoignent le plus vif attachement à leur progéniture. D'autres se refusent consfamment à lélever. En généial, les femelles malades ne témoignent plus d'affection à leurs petits : la chienne les laisse se disperser; la lapine ne les couvre plus de duvet et cesse de venir réchauffer leur nid,

La feuniie elle-même peut se montrer dépourvue du sentiment le plus vivace don! la nature ail doté la brute. H lui arrive trop souvent de refuser le sein à son enfant, pour lequel l'allaitement artiliciel double les chances de mortalité, ou de le confier, loin d'elle, à une nourrice mercenaire. Quelquefois, mère sans entrailles, elle voue froidement cet enfant à la mort ou elle le tue de ses propres

1. Pline, Histoire des animaux, liv. VIII, p. 213, trad. Guéroult. 11 dit aussi que quand il y a trois aiglons dans une seule aire, la mère, par un sentiment dénaturé, causé par la Jiàctte, en chasse un, faute de pouvoir les nourrir tous trois. (I iv. X, p. 32i3.)

mains, non comme la brute, agissant sans discernement, mais avec conscience del'énormité de ses actes.

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