‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 56 sur 287 · IV. — DE l'intelligence · texte numérisé non relu

IV. — DE l'intelligence

Nous venons de voir, par ce qui précède, que l'instinct est le mobile ou le principe de la plupart des actions des animaux. Ces êtres, sans avoir jamais rien appris de leurs parents ni de leurs semblables, sans avoir acquis aucune expérience par le fait de l'exercice et de l'habitude, exécutent les opérations variées, plus ou moins complexes que réclament leur conservation et la reproduction de leur espèce. Jamais, comme le dit Lucrèce^ l'instinct éloquent de la nature ne les trompe ; ils sont instruits et bien instruits, en naissant, de ce qu'il leur est nécessaire de savoir pour tout le reste de leur existence : ils connaissent leurs ennemis avant de les avoir jamais vus; il savent ce qu'il faut faire pour les éviter et se soustraire à leurs attaques; n'ignorent aucun des moyens, aucune des ruses qui peuvent leur être utiles pour se procurer de la nourriture; enfin, ils possèdent toutes les notions à l'aide desquelles ils peuvent se gouverner avec sûreté : ils n'ont donc guère besoin d'intelligence.

Cependant, tout dans la vie des grands animaux ne saurait êtr'e prévu : il est une infinité d'accidents qui donnent lieu à des rapports plus ou moins insolites entre les individus de différentes espèces , comme entre ceux-ci et l'homme, presque constamment occupé à leur faire la guerre. Or, il faut nécessairement que, dans ces circonstances exceptionnelles et imprévues, l'animal soit guidé dans le parti qu'il doit prendre, c'est-à-dire dans le choix des moyens réclamés par les difficultés avec lesquelles il se trouve aux prises, choix qui suppose des connaissances acquises, de la mémoire, delà rétlexion, et une sorte de prévision de ce qui arrivera; il faut, en un mot, qu'il ait de l'intelligence. Aussi, cette dernière paraît-elle se surajouter aux instincts et étendre, par là, le cercle des facultés psychologiques de la brute.

Mais, est-il bien certain que les animaux aient de l'intelligence, et, s'ils en ont, quels sont ses caractères, son étendue, ses limites? En quoi peut-elle ressembler à celle de l'homme et en quoi peut-elle s'en distinguer?

Les psychologues disent que les facultés intellectuelles sont des façons d'être, d'agir, des opérations de l'esprit, de l'àme apnt chacune leurs attributs et leur r(Me. Les principales sont les perceptions ou la faculté que possède l'être de sentir les im|»ressions reçues par les organes des sens; — la mémoire ou la faculté de conserver le souvenir de l'impression reçue; — la conception, l'imagination, qui créent les idées; — le jugement, qui voit les rapports entre ces idées ; — le raisonnement, (|ui établit ces ra[qiorts par des idées intermédiaires, et en tire des déductions. Ces facultés, plus ou moins liées entre elles, sont indé|)endantes les unes des autres dans certaines limites; elles peuvent se développer isolément, l'une s'exalter [tendant que l'autre s'atrophie. Elles donnent, dit-on, à l'homme

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