Reimarus, Ouvrn</e cité, t. 1", p
4. BulTon, Histoire natun-lle (fit chien. « C'est surtout à la guerre, dit-il, c'est contre les animaux ennemis ou indépendants qu'éclate son courage et que son intelligence se déploie tout entière, etc. »
d'un piège n'associent pas certaines idées et n'en tirent des déductions propres à leur servir de règle de conduite? Mais un simple coup d'oeil jeté sur les actions de chacun de nos animaux mettra mieux en relief leur intelligence qu'une dissertation abstraite, si savante qu'elle puisse être.
Parmi eux, le chien est incontestablement le mieux doué. Placé près de l'homme dans l'échelle des mammifères, il se rapproche de nous plus encore par la perfection de son intelligence que par celle de son organisation ; la plupart de ses actions paraissent réfléchies et semblent le résultat d'une espèce de raisonnement, moins étendu sans doute que le nôtre, mais cependant fort remarquable. L'observation de ce carnassier suffirait pour réfuter victorieusement les célèbres doctrines cartésiennes, si l'on ne trouvait pas, dans le reste des animaux supérieurs, une foule de phénomènes isolés qui prouvent sans réplique l'intelligence des bêtes. Rien n'est plus facile que de constater chez lui l'existence de facultés intellectuelles étendues. En effet, quand il conduit l'aveugle, voyez combien il montre de prévoyance et de jugement : il se dirige vers le chemin le plus sur, évite soigneusement les endroits dangereux, hâte ou ralentit le pas pour éviter la rencontre des voitures ! Voyez celui qui garde le troupeau, quelle attention, quelle sollicitude il met à veiller au salut des animaux qui lui sont confiés; avec quel empressement il exécute les ordres du berger; enfin, avec quelle intelligence il comprend et devine même les volontés de son maître ! Le chien de chasse, qui reçoit une correction pour avoir mangé le gibier qu'il devait rapporter, vient bientôt le déposer intact aux pieds de son maître, de crainte qu'une nouvelle infidélité ne soit suivie du même châtiment. S'il lui arrive de faire quelque escapade, il se montre timide, honteux, comme s'il avait le sentiment de sa faute et conscience d'avoir mérité une punition. Quand le laboureur, qui trace un long sillon laisse ù l'extrémité du champ son vêtement et son dîner, l'animal les garde fidèlement et résiste même à l'appât d'un bon morceau, pour remplir une mission dont il s'est chargé spontanément. Là, il aboie contre les étrangers, mais il se laisse approcher du valet de son maître ou de quelqu'un des siens, parce qu'il les connaît et sait n'en avoir rien à craindre. Celui qui garde la basse-cour ne cesse d'aboyer à la vue du passant qui lui paraît suspect, mais il se tait à l'approche d'une personne qui lui est familière. Lorsqu'il accompagne le voyageur nocturne, il lui obéit au moindre signe, au moindre geste, et peut devenir ainsi, entre les mains du malfaiteur, une arme très dangereuse pour celui qui se trouve attaqué. Enfin, quelle que soit sa spécialité, si je puis me servir de cette expression , il comprend le langage de l'homme, devine ses volontés et se met à son service avec le plus entier dévouement, jusqu'à partager l'infortune et la misère de son maître. S'il fallait encore d'autres preuves de son intelligence, je renverrais à ces histoires de chiens célèbres rapportées dans une infinité d'ouvrages.
Si bcaucouj» d'entre elles paraissent être des romans il en est d'authentiques. M. Milne-Edwards^ en cite plusieurs : celle du chien qui refuse de tourner la l)roche du cuisinier avant que son toui' soit venu ; de cet autre qui invite à un
1. Milne-Edwards, Levons swiaphi/siolufjie ei l'anal ouiie comparée, t. XIV, p. 75 el 120.
repas ses camarades de combat pour les emmener ensuite et se \enger, avecleur aide, des mauvais traitements d'un rhicn du voisinage.
Après le chien, l'animal qui a le plus (rintelligence est le chat, quoique cette faculté se montre moins en évidenct; à cause des mœurs et des habitudes de ce Carnivore. Dugès rapi»orte comme une preuve de cette intelligence, le fait suivant ^ : « Un chat peu familier auquel je jette un morceau de viande accourt et s'en saisit, si je suis à quelque distance ; il n'ose venir le prendre à mes pieds; à une distance médiocre, il hésite, allonge la patte, tire à^lui son butin en s'avançant le moins possible; il compare donc la distance et juge des cas où il est ou non à la portée d'une insulte. » Le chat est d'un caractère très défiant; s'il a reçu le fouet pour avoir commis quelque rapine, on a beau le rappeler, l'exciter par l'appât d'nne friandise, il regarde, écoute, observe, mais se garde bien d'approcher. Quand il attrape une souris, il s'en amuse souvent, et tout, dans ce divertissement, annonce de l'intelligence : après l'avoir serrée entre les dents, il la prend sous ses pattes, la tourne dans tous les sens, et l'abandonne un instant, mais aussitôt que la souris s'est enfuie à une certaine distance, il la ressaisit, puis la lîkhe de nouveau, et continue très longtemps ce manège, où se révèle aussi une adresse remarquable.
Le cheval, reporté si loin de l'espèce humaine dans les classitications zoologiques, n'est pas, sous le rapport intellectuel, très inférieur à certains carnassiers, et il surpasse même quelques-uns d'entre eux, tels que le hérisson et plusieurs insectivores. Aussi revient- il aune place plus avantageuse dans les classifications basées sur le système nerveux. Tout le monde sait avec quelle intelligence il obéit à son maître, et comment, dans certaines circonstances, il semble deviner ses intentions et ses volontés. Le bœuf comprend aussi les paroles qui le flattent et celles qui le menacent; il entend la voix du laboureur, accélère sa marche ou la ralentit, (juand on le lui commande; il quitte l'étable à regret et avec hésitation. On le voit marcher d'un pas lent, lorsqu'il se rend au labour, mais quand il retourne au logis, il précipite sa marche, car il sait qu'il va y retrouver le repos et du fourrage.
Le porc donne, peut-être encore plus que le bœuf, des preuves de réflexion et de jugement. F. Cuvier pense qu'il n'est guère inférieur à l'éléphant pour l'intelligence. Le sanglier, d'après ce naturaliste, s'apprivoise aisément; « il reconnaît celui qui le soigne, il lui obéit, et se prête à certains exercices^. » Dugès' va même plus loin et incline à croire que le porc deviendrait aussi intelligent que le chien, si l'on prenait le soin de l'élever de la même manière; et, pour appuyer cette assertion un peu hasardée, il fait remarquer que les chiens, entretenus pour être mangés, dans les îles de l'Océanie, se montrent aussi stupides que les porcs de nos pays. Pline a dit que des porcs emmenés par des pirates, reconnurent leur maître à sa voix, (irent chavirer le bateau en se jetant tous du même côté, et regagnèrent le rivage. Ceux qu'on entretient à Alfort reconnaissent très bien, de loin, parle bruit qu'elle fait, la voiture (pii leur amène des débris, et