‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 6 sur 287 · DR LA VIE EN GÉNÉRAL ET DE SES MANIFESTATIONS · texte numérisé non relu

DR LA VIE EN GÉNÉRAL ET DE SES MANIFESTATIONS

nitz : les forces qui l'exécutenl ne [lOiirraieiU rien isolément, elles font des merveilles par leur association.

Si, de la plante nous passons à l'animal, l'analyse sonnnain' des phénomènes de la vie, (pioique plus diriicile, nous montrera les deux ordres de puissances agissant ensemble, suivant une coordination réglée d'après les mêmes principes que dans les végétaux, pour produire des edets plus compliqués, plus merveilleux encore. Ici, outre les actions lihysico-chimiques et les actions plasticpies, la vie se manifestera par des opérations d'un ordre nouveau et plus élevé, par des phénomènes de mouvement, de sensibilité, par des facultés admirables, sans liaison apparente avec les autres.

L'animal, considéré d'abord dans l'ieuf, comme le végétal dans la graine, a pour point de départ un petit amas de matière ayant aussi participé à la vie et vivant encore isolément. La vie n'est, dans cet œuf, qu'à l'état de souffle, elle ne s'y manifeste que par une légère absorption d'oxygène et une faillie exhalation d'acide carbonique à travers les parois de lacoque. L'influence d'un certain degré de chaleur s'ajoutant à celle de l'air il s'opérera dans cet œuf une détente subite et le mouvement vital deviendra manifeste. Dès ce moment nos deux ordres de forces s'associeront, de même que dans la graine, et de leur association surgira une série non interrompue de prodiges: les forces physico-chimiques moditieront .la matière, les organiques lui donneront la forme de globules, de cellules, de fibres, de vaisseaux ; elles créeront des tissus et des organes nouveaux, doués de propriétés entièrement nouvelles, inconnues dans la plante. L'un de ces tissus sera doué de la propriété de sentir, l'autre de la faculté de se mouvoir et de mettre en mouvement l'être tout entier. A chaque partie même d'un tissu sera dévolue une faculté spéciale : à celle-ci la faculté d'être impressionnée et de transmettre les impressions reçues ; — à celle-là la faculté de vouloir ; — à cette autre celle de conduire les ordres de la volonté et d'exécuter les mouvements. Ces nouveaux éléments d'une admirable structure, ces nouvelles propriétés plus admirables encore, donnent à la vie une [diysionomie jusqu'ici inconnue. A la vie purement plastique et végétative, ils ajouteront une vie nouvelle, animale, de sentiment et de mouvement, d'instinct et d'intelligence dont rien jusciu'alors ne nous avait donné l'idée.

Cette évolution de l'œuf est une vivante image de la création aux dépens du chaos. C'est même une véritable création, car la vie n'a, au délnit, (pie de la matière à sa disposition ; elle n'a pas encore d'instruments pour la servir. Avec cette matière elle fabrique des éléments qui, une fois constitués, sont doués de propriétés spéciales et des organes qui, achevés, possèdent des facultés déterminées ainsi que l'aptitude à les exercer immédiatement. On dirait que la vie crée ses instruments, leur donne un rôle et les doue des facultés qui les rendent aptes a l'accomplissement de ce rcMe.

Ce travail que la vie exécute dans l'oMir. pour créer l'animal n'est mystérieux que par les forces employées ; il est visible, pour qui veut le suivre dans toutc'^ ses phases, non dans le sein niaterncK ni dans l'oMif pourvu d'une coque épaissf, mais dans l'n'uf à enveloppes transparentes d'un heliniiitlie (pii se dévelo[>|'«- a l'extérieur. Là, on voit les granules du vitellus se disposer en sphères; des cel-

Iules se constituer aux dépens des granules, s'assimiler leur contenu, se multiplier par scission, se grouper pour former l'embryon, et ensuite se modifier pour produire chacune de ses parties. Là, aucun échafaudage ne masque le travail du constructeur. On voit, comme l'a dit un savant observateur \ les pierres de l'édifice se constituer et se mettre à leur place. Il n'y a de caché que la main ou la force qui les façonne et les emploie. Chacune de ces pierres se taille à l'endroit qu'elle doit occuper; chacun des matériaux créés vit comme l'ensemble, s'entretient, se répare, se multiplie et se transforme. C'est mieux que l'atelier de Vulcain, car chaque instrument ne vient pas seulement se placer sous la main du dieu ; chacun d'eux se fabrique lui-même, et agit sans le secours d'une intervention étrangère comme s'il possédait une individualité et une activité propres.

La vie, en effet, n'est pas seulement dans l'être entier, dans l'œuf qui représente le rudiment de l'être ; elle est dans chaque élément de cet œuf, si petit qu'il soit; elle est dans la cellule qui représente un organisme microscopique, sfe développe, élabore son contenu, se transforme et se régénère. Tout ce qui doit s'observer en grand dans l'ensemble de l'être parfait se voit déjà dans cet élément : la formation, la nutrition, la sécrétion, la reproduction ; il né faut plus pour la constitution de l'être entier, de l'animal parfait, qu'une agrégation de ces êtres microscopiques doués de telles ou telle's propriétés et assemblés d'après un plan déterminé à l'avance. Aussi, peut-on dire que la vie est dans la cellule comme elle est dans l'animal entier, et qu'elle y a des attributs également merveilleux et admirables. Même dans la plante elle jouit de facultés étonnantes, comme celles d'appeler la matière extérieure, de la modifier, d'opérer des combinaisons diverses, des réductions, des dédoublements, en un mot les opérations analytiques et synthétiques les plus compliquées.

Et ce qu'il y a de particulièrement admirable dans l'organisme c'est que, pour constituer l'être le plus simple, et tous les êtres de plus en plus compliqués, la nature ne se sert pas d'un autre élément microscopique. Elle diversifie la cellule, elle lui donne des propriétés très variées pour réaliser ses combinaisons, pour obtenir, ici le mouvement, là l'action sensitive, motrice, le travail nutritif et les sécrétions les plus disparates.

En analysant ainsi les phénomènes dans leurs manifestations initiales les plus simples, nous voyons toujours la vie résulter de deux ordres de forces agissant ensemble, avec une harmonie merveilleuse. Le principe qui les dirige, le lien qui les associe, les lois intimes de leur subordination réciproque nous échappent. Ce que nous voyons nettement c'est que ces puissances de second ordre, au service d'une fée invisible, ne peuvent rien isolément. Les forces physico-chimiques sont impuissantes à réaliser, en dehors de l'organisme, les changements qu'elles opèrent en lui ; à elles seules elles ne peuvent produirent les composés, les éléments, les tissus ; il leur faut l'assistance des forces organiques ou vitales. A leur tour celles-ci sont inhabiles à rien créer sans le concours des premières, elles règlent et dirigent le travail (|u(! les autres sont seules capables d'exécuter.

C'est [)our ne pas avoir vu ce conceit de forces, cette association harmonieuse

i. fJosle, J\'ote sur le ri'ile de l'obnervnlion et de l'expérience, m physiologie {Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. LXVf, p. l'-ilH).

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