DU TOUCHER
partout l'galeincMit bien disposée pour exercer sa sensiljiliié. Aussi y a-t-il certaines parties du corps qui sont plus spécialement rpie les autres aiïectées au sens du toucher.
Clie/ riiomme, la main est admirablement appropriée à cet ollice. Parsa forme, par le nombre et la mobilité de ses doigts, elle peut s'appliquer exactement sur les corps dont on veut apprécier la conlliïuration, la disposition su|)erlicielle et la tem|téialure. Mais ce n'est point par son secours que l'Iiounne acfjuiertla supériorité de son intelligence, ainsi que le croyaient certains philosophes, si bien réfutés par (Jalien ' ; il trouve seulement dans cet organe un des instruuientsqui lui permettent d'exercer ses facultés dans toute leur plénitude. Les singes partagent avec lui le privilège d'avoir de véritables mains, et ils en ont quatre au lieu de deux. Les extrémités antérieures des onguiculés sont aussi des mains plus ou moins imparfaites qui, en concourant à la locomotion, perdent une partie de leur sensibilité. Néanmoins, les animaux pourvus de mains, à doigts mobiles, dont la face inférieure est souvent nue, pulpeuse, ne paraissent guère s'en servir pour toucher ou palper, comme le fait l'homme. Ce n'est pas par elles qu'ils cherchent à acquérir les notions de consistance, de forme, d'étendue, de température. Ces mains servent à la préhension ; elles servent aussi de moyen de locomotion, d'armes offensives et défensives : anatomiquement elles sont bien des mains, mais, physiologiquement, elles restent surtout de simples pieds.
Le pied des animaux ongulés, celui du cheval et des ruminants, enveloppé dans un sabot, n'en est pas moins un organe de tact. L'enveloppe cornée de cette partie, si épaisse qu'elle soit, recouvre des tissus très sensibles hérissés de papilles nerveuses ; l'ébranlement qui se produit en elle, par suite du contact et des percussions du pied sur le sol, se transmet aux tissus sous-jacents, et donne lieuàdes impressions <lontIe caractère et l'intensitédoivent varier suivant l'état du sol, la rapidité et la violence du choc. Cette sensibilité est renfermée! dans des limites telles qu'elle suffit à l'animal pour lui donner connaissance des accidents du terrain et de la force des percussions, sans devenir une source de soufTranccs ou de douleurs continuelles. Elle permet au cheval, connue le dit Dugès, de se servir de son pied pour explorer le sol et apprécier Tinégalité de .sa surface. On conçoit, en effet, qu'il importe là l'animal, [tour la sûreté de sa marche et la légularité de ses allures, d'éprouver des sensations différentes, suivant qu'il appuie sur des cailloux anguleux, des pavés, sur une terre labourée, ou sur le fond d'un bourbier. Il lui serait, sans cela, difficile de se conduire pendant la nuit ou lorsqu'il a perdu la vue ; mais parle secours de la sensibilité des tissus sous-cornés, il acquiert la faculté de voir par le pied, pour me servir d'une heureuse expression de M. IL Bouley, fpii a peint sous des couleurs si vives la sensibilité tactile du pied de cheval.
Nul doute que le même mode de sensibilité n'existe dans le pied des divers ruminants, di^s pacln dermes, et en général de tous les animaux ongulés. J^es jiarties ipii, clic/ un giaiid luiiubrc d'espèces, son! ri'couxerles par des produc-
1. Galion, (H'hiivea phi/osojjhii/iif'-: et nnUlicnlos (Dr l'ufilifr i/i'< /torf/c^). trael. par Daremberj,'. Paris, 1853, t. I, p. lit.
lions cornées ou épidermiques, peuvent également jouir d'une faculté tactile analogue à celle des extrémités. Ainsi, le bec de tous les oiseaux, notamment celui des palmipèdes et des échassiers, présente entre l'os et son étui corné un tissu riche en nerfs et en vaisseaux, comme le tissu sous-ongulé des solipèdes. La carapace du tatou, celle des tortues, les écailles du pangolin, les enveloppes solides des insectes, des crustacés, et même les coquilles des mollusques, en transmettant au tégument les effets du contact, agissent encore d'une manière analogue.
Les animaux qui n'ont pas les extrémités bien disposées pour l'exercice du toucher ont, généralement, quelques autres parties du corps très sensibles et plus spécialement chargées de recevoir des impressions tactiles. Chez un grand nombre de mammifères, les lèvres, le nez, jouissent d'une grande sensibilité. La lèvre supérieure et le nez du chien servent à l'exploration et au tact ; la lèvre supérieure du cheval, dont le tissu est si riche en divisions nerveuses de la cinquième paire, est un organe de tact très délicat ; le museau ou l'espèce de groin du porc, delà taupe, de la musaraigne, la trompe de l'éléphant, le rudiment de trompe des tapirs, sont encore mieux appropriés à cet usage. Souvent, les longs poils ouïes moustaches que portent les lèvres et le pourtour des naseaux chez le chat, le lion, les rongeurs, viennent ajoutera cette disposition, en constituant les conducteurs qui transmettent au bulbe dans lequel ils sont implantés les effets de leur contact avec les corps étrangers. On dit que si ces poils formant moustaches viennent à être coupés sur le chat, cet animal se heurte dans l'obscurité à tous les obstacles semés sur son passage.
Certains animaux ont d'autres parties plus spécialement affectées au toucher. Les chauves-souris, par exemple, ont dans leurs ailes une très grande sensibilité que Spallanzani avait exagérée en atti'ibuant à ces carnassiers un sens supplémentaire distinct du toucher. La queue, chez les singes qui se servent de cet appendice comme d'organe de préhension, celle du castor, qui sert à l'animal dans la construction des digues, les barbillons, les nageoires des poissons, sont également des organes de tact. Les bras des poulpes, des sèches, les tentacules de la plupart des mollusques, les antennes des insectes, les cils vibratiles des infusoires, remplissent aussi le même office.
Enfin, la peau dans le reste de son étendue, qu'elle soit nue ou couverte de poils, constitue un vaste appareil tactile dont la sensibilité est inégalement prononcée, mais ordinairement assez exquise. On sait, en effet, que le contactd'uninsectesuflit pour le mettre enjeu et provoquer un trémoussement particulier. Les parties dénudées sont plus sensibles que les autres. Cependant il ne faudrait pas croire que les animaux à peau nue ont le tégument toujours mieux disposé pour le toucher que ceux où elle est couverte de poils. Si, sous ce rapport, |les mollusques sans coquilles et les batraciens ont un avantage marqué sur les animaux de leur classe respective, l'éléphant, le rhinocéros, l'hippopotame, sont loin de jouir du même privilège. Lapeau tout entière, qu'elle soit nue ou couverte de poils, de productions cornées, calcaires, etc., est un organe général de tact d'autant plus délicat que son tissu est plus fin , plus souple , plus riche en papilles nerveuses , et moins recouvert de productions insensibles. Cet organe se i»erfectionne, suivant
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la roiiiaiMfue de Giivior^, (n'oiioilioiiiieHeinenl à la dégradation dos autres.
La peau est adiniiableinent organisée pour recevoir des impressions tactiles. La surface du derme est recouverte de papilles coniques très Unes dans lesquelles se distribuent des vaisseaux et des liiets nerveux, les unes essentiellement vasculaires, les autres nerveuses. Ces dernières allectées au tact, quoiqu'elles soient moins nombreuses que les autres, peuvent se rencontrer dans la proportion d'une centaine par ligne carrée sur la peau des doigts de l'homme. Elles portent un renllement terminal, ovaiaire ou cylindrique, connu sous le nom de corpuscule de Meissner, que certains observateurs considèrent comme une petite anqioule à contenu mou ou liquide. Autour de ce renflement s'enroulent de une il trois fibres nerveuses réduites à leur cylindre axile, libres qui s'y terminent par des extrémités libres.
Ces papilles pourvues de corpuscules du tactexistent dansl'homme surtout à la pulpe des doigts, à la l'ace palmaire de la main et à la plante du pied. On les voit également au bord libre des lèvres, au gland, au clitoris. Elles se trouvent aussi à la main du singe, à la langue de l'homme et de quelques animaux, l'éléphant notamment. Elles font défaut à la tète, au tronc et aux régions supérieures des membres. La conjonctive a, d'après les observations de Krause, des corpuscules analogues à ceux de Meissner.
Les autres papilles de la peau, c'est-à-dire les vasculaires ou les plus nombreuses qui ont aussi des nerfs que Kolliker a vus très nettement, quoique d'autres observateurs n'aient pu les apercevoir, doivent concourir probablement à l'exercice du toucher. Un ne sait si, parmi les papilles énormes et très vasculaires des tissus sous-cornés, il en est qui soient spécialement aflectées au tact, (-elles du bourrelet des solipèdes et de la face inférieure du pied, de la peau des tubercules plantaires, des pelotes carpiennes, tarsiennes et digitales des carnassiers, mériteraient d'être étudiées à ce point de vue. Tout porte à croire (pi'elles sont affectées au tact, en même temps qu'à la sécrétion de la corne, car les papilles enfermées dans les gros follicules [)i!eux reçoivent indubitablement l'impression du contact entre les corps extérieurs et le poil. Les papilles des joues des ruminants, celles de la panse, du réseau, du feuillet de ces animaux, sont probablement aussi, dans une certaine mesure, douées de la faculté tactile.
Entin, les réseaux nerveux du derme, les réseaux 'sous-dermiques même, ne doivent pas être étrangers au toucher. Les nerf des plexus sous-cutanés portent, de distance en distance, au pied, au bras de l'homme, au bec, à la langue des oiseaux des corpuscules de Pacini ou de Vater, ovoïdes, lamelleux, pédicellés, pourvus d'une cavité centrale dans laquelle pénètre un tube nerveux sensitif réduit à sonlilament axile; mais la présence de ces corpuscules sur le trajet des intercostaux, des nerfs sacrés, des plexus du sympathique, dans le mésentère du chat, etc.,, jette quelques doutes sur leur coopération à l'exercice du toucher. D'ailleurs les dispositions anatomiques des nerfs dans les parties affectées au loucher sont très variées ; et elles doivent l'être beaucoup dans les appendices explorateurs tels que les tentacules des mollusques, les antennes, les palpes, la