Cuvler, Anatomie couiparéi', I. 111, p. 5~(i
trompe des insectes. En elles-inc'mes, elles sont sans importance; leur but ultime est de faciliter l'exercice du toucher et de donnei' au sens la plus grande délicatesse possible.
Les muqueuses jouissent aussi, aux lèvres et sur les parties sexuelles extérieures, d'une sensibilité même plus exquise que celle de la peau. En outre, les parties accidentellement dénudées, les plaies, les ulcères, acquièrent, à divers degrés, la faculté de recevoir des impressions tactiles.
Delà, sensation ta.ctile eu elle-mèuie. — D'après quelques auteurs, la sensation qui nous occupe serait une sensation complexe. Le toucher comprenait quatre sens, aux yeux de Cardan : le sens de la température, celui de la douleur et du plaisir; le sens du poids, et le vénérien. Gerdy en voyait aussi quatre qu'il délimitait un peu différemment ; entin, Gratiolet semblait disposé à en admettre une multitude, auxquels il supposait autant de nerfs différents. Cette vue est inexacte. Le toucher donne bien à l'animal une foule de notions différentes, celles de la forme, du volume, de la température, etc., comme l'œil donne la notion de la forme, de l'étendue, de la couleur, de la distance des objets, de leur repos ou de leur mouvement ; mais il n'y a pas là une raison suffisante pour admettre que chaque notion doive venir d'un sens distinct.
L'organe du tact est impressionné non seulement par les corps qui se mettent en rapport avec lui, mais encore par les agents impondérables, surtout par lo calorique et l'électricité. Il arrive, chez les animaux inférieurs, à une délicatesse si grande, que quelques-uns d'entre eux semblent même, dit Guvier , palper la lumière.
En ce qui concerne les corps pondérables, les impressions produites par eux •sur l'organe du tact résultent d'une action directe ou indirecte.
Cette action n'est, en réalité, jamais directe, puisque les papilles ne sont point à découvert et susceptibles de toucher les corps : il y a toujours entre ceu\ci et ces papilles une couche plus ou moins épaisse d'épiderme qui, par ellemême insensible, transmet néanmoins très bien l'effet du contact. Cela expliqué, nous savons quel sens il faut attacher à l'action directe.
L'action est indirecte ou médiate quand le contact s'opère avec les \)o'ûs, les productions cornées, telles que le sabot, les ongles, les griffes, etc. Toutes ces substances insensibles transmettent parfaitement les effets du contact. La corne les propage assez bien : sa substance llexible, élastique, se déforme facilement et revient très vite à son état primitif. Aussi, dès qu'elle est touchée, dès qu'elle éprouve un choc, un ébranlement quelconque, elle le transmet aux tissus sousjacents qui jouissent d'une exquise sensibilité. Les poils, les plumes, étant implantés dans un bulbe, sur une papille très délicatement organisée, transmetteni à cette papille l'ébranlement qui leur est communiqué, et il suffit, pour qu'il soit perçu, d'être très faible, comme celui produit par l'agitation de l'air ou du contact le plus léger. Ainsi, des parties tout à fait uisensibles par elles-mêmes deviennent, grâce à cet artifice, des organes de loucher très délicats.
Le mode suivant lequel le loucher s'effectue ou s'exerce varie nécessairement suivant bien des circonstances. Le contact est d'autant mieux apprécié qu'il a lieu sur une plus grande surface et sur une surface plus richement organisée.
DU TorciiKit. :?M1
Quand In partie qui ddif touclier li's ohjcts ost uiohilc, de niauière à itouvoii s'appliquer sur eux, à en suivre les contours et à en reconnaître tous les accidents, elle opère ce qu'on appelle le palper : c'est, ainsi qu'a^'issent les main? de riionime et des singes. La lèvre supérieure du cheval, le museau du chien, !<• groin du porc, la trompe de l'éléphant et son appendice, agissent d'une façon analogue, sans toutefois palper avec autant de perfection que peuvent le faire les mains. Les extrémités des animaux ongulés, qu'elles soient indivises ou llssipèdes, ne sont pas ajjtes à palper. Cependant le cheval semhle exécuter quelque chose de semblable quand il explore le terrain avec son pied. Dans les autres régions du corps, le toucher ne présente pas les mêmes caractères ; il y est beaucoup plus obtus ; car, suivant la remarque de Butfon, les deux grands obstacles à l'exercice de ce sens sont l'absence de parties divisées et flexibles, et le revêtement de la peau par des poils, des plumes ou autres productions épidermiques.
L'impression du contact est reçue par les papilles du derme dans lesquelles se ramilient les tilets nerveux émanés du cordon supérieur de la moelle épinière. Ceux-ci ne diffèrent nullement de ceux qui donnent la sensibilité à tous les autres tissus; ils viennent des nerfs mixtes (pii ont laissé leurs lilets moteurs dans les organes contractiles.
Les effets du contact ou les caractères du toucher sont \ariables et difficiles à apprécier, en ce (pii concerne les animaux. Néanmoins, tout poi'te à croire que ce sens donne aux bètes, comme à Ihomme, la notion de la ligure, de l'état de 1,1 surface des corps, de leur imnioI)ilité, de leur mouvement, de leur consistance et de leur température. D'abord, le toucher est assez délicat pour que l'animal s'aperçoive du contact le plus léger. En eû'et, ne suflit-il pas (ju'un insecte vienne se poser sur la peau d'un bœuf, ou même sur les poils, pour qu'aussitôt le ruminant fasse trémousser le tégument et entre dans une agitation [)lus ou moins vive? Ne voit-on pas le même animal accélérer sa marche dès que la corde du fouet vient à eflleurer un point quelconque de la surface du corps ? Ne sait-on pas que les animaux recherchent pour se coucher la terre molle, le gazon, et qu'ils évitent un pavé ou un sol inégal? Ce sens reçoit évidemment aussi les impressions de température, même dans les circonstances où il n'y a ni changements très prononcés, ni transitions brusques. Certaines espèces en sont vivement affectées, notamment celles qui ont la peau nue, tandis que d'antres dont le corps est recouvert d'une épaisse fourrure ou d'une toison abondante y sont plus indifférentes : l'ours blanc, qui parait s'étendre avec plaisir en hiver sur un sol glacé, voit trembloter auprès de lui un animal sans fourrure ou un habitant des contrées tropicales.
Du reste, cette délicatesse du toucher offre mille nuances parmi les animaux. (Jueiquea-uns ressentent vivement les impressions tactiles qui résultent de l'humidité ou de la séclieresse de l'air, de sa température et <le son état électri(|ue. comme nous le prouve l'agitation des oiseaux à l'approche d'un orage, agitation si reniaripiable (pie Virgile a peinte avec tant de vérité'. D'autres, comme les