Virgile, tniorr/iqur-s. livro F
éléphants, les rhinocéros, dont la peau est épaisse et en quelque sorte cuirassée par des plaques épidermiques, ont une sensibilité tactile des plus obtuses. Par le toucher, l'homme éprouve une foule de sensations agréables ou pénibles dont les nuances infinies vont de la douleur à la volupté la plus exquise. Il ne semble pas en être ainsi, à beaucoup près, chez les animaux. Diverses excitations, qui, pour nous, résultent d'iûipressions tactiles, leur viennent par d'autres sens. En effet, par l'odorat le mâle s'excite auprès de la femelle : alors ses lèvres se contractent convulsivement, son flanc s'agite, et tous ses muscles éprouvent des spasmes plus ou moins violents.
Il ne faut pas croire, cependant, que l'exercice de ce sens ne puisse produire chez les animaux des effets analogues à ceux qu'il détermine chez nous. Si les animaux ne recherchent pas les caresses des individus de leur espèce, ils sont extrêmement sensibles à celles que nous leur prodiguons ; le chien et le chat en éprouvent, comme on le sait, un vif plaisir ; les animaux les plus féroces en sont fort agréablement impressionnés. F. Guvier en a rapporté plusieurs exemples, entre autres, celui d'une louve qui entrait, sous leur influence, dans un véritable délire. Les herbivores les plus lourds sont loin d'y être indifférents : il suffit de passer la main sur le front du bœuf et du taureau pour apaiser leur fureur. Les génisses les plus emportées ne cherchent nullement à se soustraire au contact delà main qui leur palpe doucement les mamelles; elles semblent, au contraire, en éprouver une sensation agréable.
Le toucher ne fait pas acquérir à l'animal un bien grand nombre de connaissances. Ce sens, que Buffon regardait couime s'adressant le plus directement à la pensée et à l'intelligence, sert moins aux brutes que tous les autres. On ne voit pas souvent ces dernières chercher, par son secours, à juger de la nature et des qualités des objets ; elles ne palpent point , elles ne tentent nullement de rectifier ou de contrôler par le toucher les notions qui leur arrivent par l'ouïe ou l'odorat. Du reste, s'il a une infériorité marquée chez elles sous le rapport de la délicatesse, il en a une non moins évidente quant aux secours qu'il peut donner à l'intelligence. Mais, pour l'homme, le toucher est, indépendamment des notions qu'il fournit par lui-même, un sens des plus importants. Il est le critérium par excellence des autres, un moyen de contrôle, qui dissipe les illusions venues de diverses sources. Rarement il trompe ; on croit voir, entendre; on perçoit des saveurs, des odeurs imaginaires, mais on n'a pas d'illusions analogues en ce qui concerne le toucher. Ce dernier sens est celui de la certitude la plus complète qu'il nous soit possible d'acquérir. L'animal qui n'a pas d'idée nette d'une illusion et qui doit confondre le plus souvent l'illusion avec la réalité no peut guère penser à un contrôle. Néanmoins, il agit dans quelques circonstances comme s'il doutait de la certitude de ce qu'il voit. Ainsi, le jeune chat jouant avec une souris ne la tient pas pour morte dès qu'il la voit immobile; avant de s'en éloigner, il la frappe du bout des grifl'es et la retourne à plusieurs reprises. Le taureau dans l'arène n'abandonne pas son adversaire dès qu'il le voit couché dans la poussière; il le flaire, lui donne des coups de cornes, le soulève comme s'il craignait d'être trompé par les apparences. Les oiseaux qu'on cherche à efliayer par des simulacres, ceux auxquels on tend des
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piôges, inonliont souvent qu'ils ont conscience de l'illusion et qu'ils parviennent à la reconnaître.
il. — De la gustation.
La gustation est une espèce de tact (}ui s'exerce par une surface d'une sensibilité spéciale, ordinairement placée à l'entrée des voies digestives, sur les substances susceptibles de se dissoudre dans la salive.
Elle (liiïère du toucher, avec lequel elle a cependant la plus grande analogie, en ce qu'elle ne saurait être développée par les surfaces les plus sensibles autres que celles de la bouche, et à cause de cela, elle constitue une sensation aussi spéciale et aussi caractérisée que celles de l'odorat, de l'ouïe et de la vue.
Elle paraît commune à la généralité des animaux, et son existence semble plus utile que celle de la vue et de l'ouïe à la conservation des individus.
De l'or^aiio du ^oût. — L'organe du goût, placé à l'entrée de la cavité digestive pour donner connaissance à l'animal des qualités des substances dont il doit se nourrir, est constitué par une portion de muqueuse ordinairement couverte de papilles dans les(|uellcs se terminent les nerfs chargés de recevoir l'impression des saveurs.
La langue, qui est l'organe essentiel de ce tact, offre des formes et une structure très variées dans les divers animaux, parce qu'elle sert aussi à la i)réhension des aliments, à la mastication et à la déglutition. Elle est recouverte d'une mu- (|ueuse hérissée de papilles dont quelques-unes sont disposées de manière à icmplir un rôle étranger à la gustation. Chez l'homme, les singes, le chien et plusieurs carnassiers, elle est pourvue de i)apilles molles, souples, et couvertes de gaines épithéliales très minces; chez les chauves-souris, les diverses espèces de chats, l'hyène, les sarigues, elle en a qui sont rudes, aiguës et peu propres à la gustation; chez les grands ruminants, les plus nombreuses sont longues, coniques, recourbées en arrière et renfermées dans des étuis cornés ; les moins nombreuses sont courtes, arrondies à leur extrémité libre et recouvertes d'une enveloppe mince. Ces dernières, connues sous le nom de papilles fongiformes, sont surtout répandues vers la pointe de la langue : leur nombre est à peu près (le deux cents dans l'espèce du bœuf, et du double dans celles de la chèvre et du mouton". Elles paraissent être les véritables papilles gustatives. Plusieurs mammifères, tels (pie les fourmiliers, le tatou, l'éciiidné, ont la langue lisse: les cétacés, qui l'ont excessivement courte, ont des papilles si petites, que plusieurs anatomistes en ont nié l'existence. Du reste, cette dernière disposition, au lieu d'être e\ce|ttionn(!lle, semble appartenir à la plupart des espèces aquati(|ues dont la gustation est regardée par Blainville comme très imparfaite. Les oiseaux ont, pour la plus grande partie, une langue dure, à tégument épaissi, cuirassé et dépourvu d'éminences papillaires, si ce n'est à la base où il s'en trouve quelciues-unes fort développées et analogues aux papilles de la joue des ruminants. Les reptiles, au contraire, possèdent une langue molle et
1 . G. (lolin, Études sur la momhrtnw inio/urusc digestive {Recueil de niédecine vétérinaire, ISiSl.t. VIII. .r série, p. .M).
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humide, comme chez les salamandres et les grenouilles, mais quelquefois dure, ainsi qu'on le voit chez les tortues. Enfin, les poissons ont cet organe habiUiellement rudimentaire ou nul. Toutefois ils ne manquent pas du sens du goût qui persiste dans les animaux plus inférieurs, sans qu'on puisse bien en préciser l'organe spécial.
Diverses parties de la muqueuse qui tapisse la cavité buccale et le pharynx, paraissent jouir de la faculté d'être impressionnées par les substances sapides, surtout lorsque la langue est imparfaitement organisée pour la gustation. Mais on ne sait rien de bien précis à cet égard, du moins eu ce qui concerne les animaux. Les recherches de Vernière et de plusieurs autres expérimentateurs tendent à faire admettre que la langue, sur ses bords, à sa base, à sa pointe et à sa face supérieure, le voile du palais et le pharynx, sont sensibles à l'action des matières sapides, alors que le palais, les lèvres et les joues ne seraient nullement affectés par les saveurs les plus prononcées. J'ai pu voir, sur le bœuf, en appliquant successivement et à des intervalles éloignés, une très petite capsule de verre pleine d'aloès sur le palais, la face interne des joues, la face supérieure de la langue, le fond du canal, que la salivation maxillaire devenait très abondante lorsque la substance se trouvait en rapport avec la langue et le fond du canal, tandis qu'elle l'était à peine si cette dernière touchait les joues et le palais. Ce procédé, qui pourrait être essayé sur divers animaux, sans grandes difticultés, est susceptible d'une rigoureuse précision ; il permet, par les quantités de salive sécrétée, de juger, chez les animaux, d'une sensation dont l'intensité et les caractères se traduisent vaguement aux yeux du physiologiste.
Des saveiirs. — Les éubstances mises en contact avec l'organe du goùl ont besoin, pour l'impressionner, d'être solubles, si déjà elles ne sont liquides ou gazeuses.
La plus grande partie des matières animales ou végétales ont une saveur plus ou moins prononcée. Les matières minérales solubles sont toutes sapides; certains gaz le sont également ; l'air dirigé sous forme de courant sur les surfaces gustatives donne lieu à une saveur fraîche et salée ; l'électricité elle-même jouit de la propriété d'impressionnei* l'organe du goût, comme le font les substances sapides.
Les saveurs sont fort nondjreuses. Chaque substance soluble a, pour ainsi dire, la sienne i)]us ou moins bien caractérisée; mais comme il en est beaucoup qui ont de l'analogie les unes a\ec les autres, on les a groupées en jdusieurs catégories. Galien com|)fait huit saveurs principales; Linné, Haller, un plus grand nombre; Boeriiaavc les divisait en priinitioea et en com/josécs. Les déterminations diverses données par les physiologistes ne sauraient manquer d'être plus ou moins arbitraires, car s'il est des saveurs bien caractérisées comme l'acide, la salée, l'acre. Tanière, il en est d'autres telles que les saveurs douces, styptiques, qui sont loin de l'être au même degré. D'ailleurs, dans chacune des mieux caractérisées, il y a mille nuances que les animaux apprécient sans doute comme nous, mais dont il est impossible de juger autrement que par analogie.
On ne sait ;'i <[U(ii r;i|(|»(M'fci- les dillércncrs cpii cxislciil nilrcles saveurs. Les
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anciens' croyaient qu'elles tenaient à la forme des molécules sapidcs: qu'ainsi les molécules arrondies avaient une saveur douce, les molécules anj,^uleuses unisaveur [tiquante. H [tarait qu'elles tiennent plutôt à l'action chimique des cor[is sur les surfaces muqueuses qu'à l'action physique de leurs particules; du moins, cela est incontestable pour les substances très énergiques, comme les acides concentrés, les alcalis, le sublimé corrosif, k's divers caustiques, etc. Ce qui tend à le faire croire, c'est ([ue la même substanix' n"a [las tout à fait la même saveur dans toutes les ciicoiistances : un acide faible n'agit [las connue un acide concentré, ni un sel [)ur comme un sel mêlé à une certaine quantité d'eau. Du reste, la saveur d'un corps n'a rien d'absolu et de constant, parce qu'elle n'est point la njême dans les diverses parties aflectées à la gustation.
Les dilVérentes saveurs qui sont agréables à l'homme ne paraissent pas toutes plaire aux animaux. La saveur salée plaît beaucoup aux herbivores, notamment aux ruminants, et la sucrée aux carnassiers; les saveurs acides, les saveurs piquantes des plantes aromatiques, celles des spiritueux, ne semblent pas beaucoup leur convenir. Du reste, telle saveur qui plaît à un animal paraît désagréable à un autre.
I>e la «ouMsttioii $&-ii»!ita.tive* — Pour (|ue la gustation s'effectue, [>lusieurs conditions doivent être remplies. Il faut : 1° que la substaru-e sapide soil mise en contact inuuédiat avec l'organe du goût; 2° que la surface de cet organe soit plus ou moins humectée; 3" enliu, qu'il y ait action des nerfs chargés de lecevoir l'impression des saveurs.
Le contact des matières sa{iides avec les surfaftes gustalives est d'autant [dus intime que ces matières se rapprochent [dus de l'état li(|uide ou qu'elles sont [dus divisées et jtlus solubles. Si elles sont ingérées en masse dans la bouche, elles ne dévelo[i[»ent com[)lètement leur saveur que par suite de leur broiement et de leur agitation. Aussi, dès qu'une substance plaît à un animal, les mâchoires la mettent en mouvement et la divisent, la langue la porte dans toutes les parties de la cavité, et ses mouvements continuent tant que quelques [larcelles impressionnent le sens du goût. La salive, versée alors plus abondamment, délaye les substances, les dissout; elle donne à leur action son maximum d'énergie, comme aussi quelquefois elle l'alTaiblit en les entraînant rapidement.
Les matières sapides ne peuvent se mettre en contact^avec les nerfs des papilles qu'en se dissolvant dans la salive ou dans les liquides qui imprègnent la mu([ueuse, si elles ne sont [tréalablement dissoutes. l*our cela, elles doivent indjiberles
• oilfes épitliéliales des [lapilles, les traverser et arriver à la surface des tube> nerveux. Cette [lénétration constitue, ((uelle ([ue soit sa rapidité, le [uemier temps de l'absorption. Elle s'elfectue d'autant |dus aisément que les revêtements des |»apilles sont [dus minces, [tar conséquent mieux dans les [ta|iilles fongiformes et
• idici formes (|ui' dans les [>a[»illes coni([ues à envelop|)e cornée; mais enlin elle s'o[)ère djuis toutes, comme aussi dans les espaces interpa[)illaires.
On se demande encore aujourd'hui si c'est sur les papilles seules ou sur toute l'étendue de la muqueuse ([ue les substances sa[)ides agissent. Rien tu' [trouve