‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 88 sur 287 · Cuvier. Anafomie comparée, t. III, -2' édit., p · texte numérisé non relu

Cuvier. Anafomie comparée, t. III, -2' édit., p

tantôt en dedans de cet axe, comme chez l'homme ; ou en dehors, comme dans le cheval, le loup, le chamois, les oiseaux et les reptiles ^ Il pénètre à travers une petite ouverture, fermée elle-même par une membrane criblée d'une infinité de trous.

L'intérieur du globe oculaire est divisé en deux grands compartiments par le diaphragme perforé qu'on appelle l'iris. Cette cloison est une membrane vasculaire et contractile d'une couleur très variée, mais généralement uniforme pour tous les individus d'une espèce sauvage. Elle a des fibres annulaires très nombreuses qui forment un véritable sphincter autour de l'ouverture pupillaire et qui en déterminent le resserrement, puis des faisceaux radiés dilatateurs qui partent de la périphérie pour se joindre aux premières, comme Kôlliker l'a vu et figuré très nettement dans le chat. L'ouverture qu'elle présente, à son centre, est elliptique et allongée transversalement chez le chevalet les ruminants domestiques, disposée au contraire en fente verticale chez le chat et plusieurs carnassiers nocturnes. Son bord supérieur est légèrement sinueux et festonné dans le bœuf, le mouton, la chèvre, et notammeSt les solipèdes où il porte de petites masses de matière colorante connues sous le nom de grains de suie. Les différentes formes de la pupille sont sans doute appropriées aux variantes de la vision des animaux. Cependant, on ne saurait préciser leur utilité. Il est difficile de concevoir que les ruminants et le cheval, avec leur pupille ovale, ne verraient point devant eux, comme l'avance Dugès si leur pupille était ronde.

En avant et en arrière de l'iris, existent des liquides d'inégale densité et une lentille destinée à réfracter la lumière. Ils constituent ce qu'on appelle les milieux de l'œil.

Vhumeur aqueuse remplit toute la chambre antérieure , c'est-à-dire le compartiment compris entre la cornée et l'iris, puis toute la chambre postérieure ou l'espace étroit laissé entre l'iris et le cristallin. Sa densité, un peu supérieure à celle de l'eau, lui donne un pouvoir réfringent peu différent de celui de ce liquide. Elle est en très petite quantité dans l'œil des poissons, par suite de l'aplatissement antérieur du globe oculaire de ces animaux. Ce liquide est entouré par la membrane transparente amorphe dite de Descemet, sur laquelle on trouve un épithélium à cellules polygonales.

Vhumeur vitrée, plus épaisse, plus dense que l'autre, remplit l'espace laissé entre le cristallin, les procès ciliaires et le fond de l'œil. Elle est contenue dans les mailles d'une membrane fine, transparente, connue sous le nom de membrane hyaloïde.

Le cristallin forme une lentille biconvexe dont la moitié postérieure est plus bombée que l'antérieure. Il est sphérique, ou à peu près, chez les poissons; presque sphérique, ou du moins très convexe sur ses deux faces dans les cétacés; enfin il est plus aplati dans les mammifères aériens, et plus encore dans les oiseaux. Sa substance visqueuse et diaphane est disposée en couches dont la densité augmente de la surface vers le centre. La capsule transparente et élastique qui l'enveloppe a une structure fibreuse. Par sa configuration et sa densité, il est

1. Cuvier, Anat. cornp., t. lîl, 429 et suiv. Il dit en dedans pour le cheval, mais c'est une erreur.

DK LA VISION.

très apic à concentrer les rayons lumineux et à remplir, par conséquent, le rôle des lentilles clans les instruments d'optique.

Autour du cristallin existe la couronnt; plissée du cercle et des procès ciliaires, résultant de l'association du tissu conjonctif avec des vaisseaux, des cellules pigmentaires et des fibres musculaires lirses qui s'échappent du muscle ciliaire.

Enfin, entre la rétine et le cristallin se trouve, mais seulement chez les oiseaux, certains reptiles et quelques poissons, une membrane vasculaire, très fine, analogue à la choroïde, et qu'on ai)i>elle le peigne ou la bourse noire. C'est, d'après la [)lupart des observateurs, une sorte de cône souvent et fortement plissé qui part de la face antérieure de la rétine, traverse le corps vitré et arrive jusqu'au cristallin, sur la capsule duquel il se fixe, du moins chez un certain nombre d'oiseaux. Il paraît servir à rapprocher, [tlus ou moins, le cristallin de la rétine, afin de faire varier l'étendue du champ visuel, et de permettre ainsi aux animaux de voir les objets à de petites comme à de grandes distances.

Telles sont les principales parties constituantes de l'appareil de la vision. II reste maintenant à examiner comment cet appareil fonctionne, c'est-à-dire comment la lumière agit sur l'œil pour donner l'image des objets, la sensation de leur forme, de leur couleur et de quelques autres de leurs propriétés.

Mécaniwiiie «le I« vis^ioii. — L'impression produite sur l'u'il par les objets extérieurs s'effectue par l'intermédiaire de la lumière émanée des corps sous forme de rayons divergents qui marchent toujours en ligne droite. Lorsqu'un de ces rayons tombe perpendiculairement à la surface d'un milieu transparent, il le traverse sans changer de direction. S'il y arrive obliquement , il éprouve, en le traversant, une déviation connue sous le nom de réfraction. Il est réfracté en se rapprochant de la perpendiculaire, s'il passe d'un milieu moins dense dans un milieu plus dense, tandis qu'il est éloigné

de cette ligne dans le cas contraire. L'angle que le rayon lumineux fait alors avec le prolongement de la perpendiculaire élevée à la surface du milieu, constitue Vangle de réfraction. Le degré de celui-ci est en rapport avec la densité et la forme des milieux ; ses variations paraissent dépendre de ce que la lumière ne traverse pas tous les corps avec une égale vitesse. Soient les rayons AB et CB tombant sur l'une des faces d'un cube de cristal (fig. 50). Le rayon AB perpeiuliculaire traversera ce milieu, sans éprouver de déviation, c'est-à-dire suivant la ligne ABD. Le rayon CB oblique, au lieu de traverser suivant la direction CE, sera réfracté en se rapprochant de la perpendiculaire; il prendra la direction BF. Puis, en sortant du cube pour passer dans l'air qui est moins

lÙLi. 50.

réfrin'^ent que le cristal, il éprouvera une nouvelle déviation FG qui l'éloignera de la perpendiculaire.

Si les ravons lumineux parallèles viennent à- traverser une lentille biconvexe, ils sont réfractés de la manière suivante. Soient (fig. 51) les rayons AB, CD, EF tombant à la surface d'une lentille, dont les courbes peuvent être considérées comme formées d'un grand nombre de petites surfaces planes. Le rayon CD arrivant perpendiculairement, et dans l'axe de la lentille, n'éprouvera pas de déviation. Le rayon AB, au contraire, arrivant obliquement, se rapprochera de la perpendiculaire HB, au point d'incidence. En sortant de la lentille, il sera réfracté de nouveau et éloigné de la perpendiculaire à son point d'émergence. Ces deux réfractions successives l'amèneront à rencontrer le premier sur un point

FiG. 51.

qui est le foyer de la lentille ; il en sera de même pour le rayon EF, et il en serait encore ainsi pour tous les rayons intermédiaires. Au foyer de la lentille, les rayons lumineux s'entrecroisent, puis continuent leur trajet à l'infini. Si les rayons lumineux partent d'un point placé à une dislance limitée de la

FlG. 52.

lentille, ils arrivent en divergeant à la surface de cette dernière, mais ils sont réfractés de la même manière que dans les cas où ils sont parallèles. Ainsi, par exemple, le faisceau conique des rayons émanés du point A (fig. 52) sera réuni au foyer B de la lentille CD, comme si tous ces rayons étaient parallèles.

Lorsque les rayons partent d'un corps plus ou moins étendu, leur réfraction s'effectue encore suivant les mômes lois, seulement il y a dans cette circonstance une complication apparente dont la figure 53 donne une idée, la (lèche ABC envoyant par fous (M's points des rayons divergents qui forment des pinceaux ou des cônes dont I;i hase rst n'iiirsentée par l'une des laces de la lentille.

Le cône du point A rassemblera les siens en F, celui du point C en D, et celui (lu point B en E. D'où il résulte que l'image de la flèche reçue sur un plan au |>oint de réunion dos cônes lumineux sera renversée.

Ce qui précède étant bien compris, il est facile de se rendre compte de la lormation des images dans l'o'il. Si nous supposons la flèche AB (lig. 54) à une certaine distance du globe oculaire, elle enverra par chacun de ses points des pinceaux de rayons ou des cônes lumineux dont la base sera représentée par la face antérieure de la cornée. De son extrémité supérieure partira le pinceau A, qui, après avoir été successivement réfracté par la cornée, l'iuuneur aqueuse, le cristallin, viendra réunir ses rayons en G. Le pinceau B sera réfracté de la nièiue manière, et les siens se réuniront en D: de telle sorte [que l'image de la flèclie

l-'u;. ôl.

peinte sur la rétine sera renversée. La [)remière rétraction opérée par la cornée transparente est déjà considérable, à cause de la courbure et de la densité de cette membrane. La seconde, qui a eu lieu dans l'humeur aqueuse des deux chambres, est moindre; la troisième, i\n\ seflectue dans le cristallin, est la plus prononcée; eniin, celle du corps vitré est intermédiaire aux deux précédentes. L'indice de réfraction de ces divers milieux est tellement calculé, que le foyer des rayons de chaque cône lumineux se trouve à la surface de la rétine. 11 faut donc, pour que l'image peinte sur cette expansion nerveuse soit nette, que la distance qui existe entre le cristallin et le fond de l'œil soit déterminée. Si cette distance

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