LIVRE TROISIEME
DE LA LOCOMOTION
Si ranimai doué de sensibilité, organisé pour être impressionné par tout ce qui l'entoure, eiit été condamné à l'immobilité, sa vie se serait passée dans une perpétuelle souffrance. Incapable de se rapprocher des objets susceptibles de lui causer des sensations agréables, et mis dans l'impossibilité de fuir ceux qui l'auraient péniblement impressionné, il eût été forcé de subir, sans réaction, toutes les influences étrangères à son être. Il n'eût pu, du resie, ni se nourrir, ni se reproduire, puisque l'accomplissement des fonctions nutritives et génératrices exige des déplacements plus ou moins étendus. La faculté de se mouvoir est donc indispensable à l'animal; aussi existe-elle, sans exception, même dans les rangs les plus inférieurs de l'échelle zoologique. L'infusoire microscopique est dans une agitation permanente au sein du milieu où il vit. Le polype lui-même, attachée la masse calcaire qui le protège et l'enveloppe, meut son corps et ses bras pour saisir sa proie. La sensibilité donnée aux êtres vivants serait un non-sens si elle ne coexistait avec la faculté motrice ; l'une ne se conçoit pas sans l'autre. La première met la seconde en jeu ; l'une commande, l'autre obéit. La sensibilité, qui dirige, serait impuissante à elle seule ; la motricité, non régie par la sensibilité, s'exercerait sans mesure et souvent sans but ; elle ferait de l'organisme une machine sans régulateur.
Les mouvements sont les actes par lesquels l'animal déplace quelques-unes de ses parties ou l'ensemble de son corps. Ils résultent, pour la plupart, de la contraction musculaire opérée sous l'influence du système nerveux.
Il y a bien, chez les êtres les plus inférieurs, des mouvements de totalité, et, chez les animaux les plus parfaits, aux surfaces membraneuses, des mouvements imperceptibles qui sont étrangers aux muscles. Les premiers sont dus à une matière spéciale, sarcodique, granuleuse, qui constitue les amibes; les seconds à des cellules épithéliales munies de cils vibratiles. On sait que les épithéliums vibratiles se trouvent dans les cavités nasales, les sinus, le larynx, la trachée, les bronches, le vagin, la matrice, les trompes de Fallope. Leurs mouvements microscopiques, plus ou moins variés, dont on peut se faire une idée en examinant, par exemple, l'agitation des cils des infusoires et des embryons de mollusques, s'opèrent pendant la vie, s'arrêtent assez vite sur le cadavre ou sous l'influence du froid et de divers agenls chimiques, tels (jue les acides et les sels métalliques.
Les mouvements résultant de la contraction musculaire sont les seuls qui se rapportent à la locomotion, les seuls, par conséquent, dont nous ayons à nous occuper ici. Leur analyse |)articulière doit être précédée de l'étude généiale de l'action du tissu musculaire.