Marey, ouv. cite', p
supportant une petite règle graduée dans l'axe de la tète ; d'autio part, unt' pointe d'aif,aiille dans le muscle, comme point de repère. Dès que l'animal vient à manger, on voit la portion du tendon où se trouve implantée la pointe de l'aiguille remonter de 2, 3, 4 centimètres vers l'origine du muscle. Or, comme la portion charnue de celui-ci n'a pas plus de 14 à 15 centimètres, on voit que son raccourcissement varie du cinquième au tiers de sa longueur. Ce raccourcissement est faible relativement à l'étendue delà portion charnue lorsque celle-ci a des libres très obliques pnr rapport à son grand axe.
Il s'accomplit dans le muscle, pendant la contraction, des phénomènes physiques, électriques et chimiques qu'il impoite d'indiquer.
D'abord le muscle qui agit fait entendre un son sur lequel W'ollaston a appelé l'attention des physiologistes. Ce son, perceptible à l'auscultation, est en rapport avec le nombre des secousses, dont le minimum correspond de 32 à 35 vibrations par seconde. 11 prend de l'acuité à mesure que les secousses se multijtlient ou se rapprochent. Or, d'après Helmholtz, en une seconde, le nerf peut recevoir et communiquer au muscle plusieurs centaines d'excitations et déterminer un nombre égal de vibrations.
Le muscle contracté est le siège de courants électriques qui ont été mis en évidence parles recherches de Matteuci et deDiiBois-Heymond. Ces courants se manifestent par la déviation de l'aiguille du galvanomètre, toutes les fois qu'on applique un des rhéophores de l'instrument sur la coui)e longitudinale d'un muscle et l'autre sur sa coupe transverse. Ils sont très intenses dans les muscles vivants, s'ad'aiblissent quand la température s'abaisse et cessent une fois que le muscle a perdu ses propriétés sur le cadavre ; on en augmente l'énergie en entassant des segments de muscles disposés à la manière des éléments d'une pile, la surface externe de l'un avec la coupe transverse de l'autre; mais, comme ces courants électriques se produisent dans le muscle inactif, il est diflicile de déterminer leur signilication relativement à la contraction musculaire. Toutefois Du Bois-Reymond a constaté qu'ils sont beaucoup jibis intenses pendant l'action du muscle que lors de son relâchement.
Le travail de la contraction musculaire donne lieu aussi à un dégagement considérable de calorique, dégagement qui peut être mesuré, soit en introduisant le thermomètre dans une masse musculaire en action, soit seulement en plaçant le thermomètre entre la peau et le muscle en contraction. L'élévation de la température, par exemple à la surface du masséter du cheval, s'est, dans nos expériences, produite rapidement et est arrivée à 3 degrés, même plus haut, après quelques minutes. Ainsi, sur un cheval, lors de l'inaction des mâchoires, le thermomètre, entre la peau et la face externe du masséter, marquait 33 degrés. Après une minute de mastication, il montait à 33" 6 dixièmes ; après deux minutes, à 35°; après trois minutes, à 35", 5 ; après quatre, à 36"; après cin((. à 36°,2 et après six minutes, à 36°, 4; puis demeurait stationnaire. fiint (pie durait la mastication. Après cet exercice du muscle, qui échauffait notablement, le sang des veines, la calorilication restait longtemps très active et le thermomètre ne baissait qu'avec une extrême lenteur.
L'élévation de la température dans les nuisdes en action fient à une double
cause : à l'appoit dans ces organes d'une plus grande quantité de sang, puis à l'accélération du travail chimique accompli pendant la contraction. Elle tient, peutptre aussi, en partie, aux frottements, aux pressions des éléments du muscle les uns sur les autres, car tous ces actes mécaniques donnent lieu à un dégagement de calorique. D'après la plupart des physiologistes, une partie seulement de la chaleur produite par la contraction, ou pendant la contraction, deviendrait sensible, l'autre serait transformée en puissance mécanique, utilisable pour la locomotion.
D'après les idées de Hirn, qu'on accepte peut-être trop facilement, la contraction ne serait pas cause productrice de la chaleur. La combustion plus active produirait une somme de chaleur qui se diviserait en deux parties : l'une pour engendrer la contraction et la série de ses effets mécaniques, l'autre pour se dégager sous forme de chaleur sensible. Le rapport entre ces deux parts varierait, d'un moment à l'autre, suivant que la contraction déploierait telle ou telle somme, soit d'effort, soit de mouvement, en d'autres termes, la quantité de chaleur dégagée à l'état sensible diminuerait d'une manière relative en raison directe de l'effort déployé ou de l'augmentation du mouvement réalisé. En tout cas, dit-on, l'homme ou l'animal ne pourrait transformer en travail qu'un cinquième de la somme totale de chaleur produite par les combustions dans l'ensemble de l'organisme. Le reste serait employé à entretenir la température du corps à son degré normal et perdu par le rayonnement, la transpiration, etc.
La production exagérée de chaleur dans le muscle pendant la contraction tient évidemment à des combustions, à des dédoublements ou à d'autres actions chimiques d'une intensité plus grande qu'au moment du relâchement. Déjà Matteuci avait vu les pattes de grenouilles, contractées par les excitations électriques, dégager plus d'acide carbonique que les mêmes parties dans l'inaction, et Bernard avait constaté que le sang artériel perd plus d'oxygène dans le muscle en action que dans le muscle inactif. Cela doit être, car d'après divers observateurs, la proportion d'acide carbonique produite par le travail représente quatre à six fois celle qui naît dans les conditions ordinaires. Aussi, à la suite d'une action plus intense et plus prolongée du muscle, après une période de fatigue plus ou moins longue, la quantité d'acide lactique, de créatine, de créatinine qui sont des produits de combustion imparfaite, augmente-t-elle et leur accumulation constitue peut-être la principale cause de la fatigue. Très probablement, les principes que la contraction fait brûler sont empruntés au sang, au plasma épanché, au suc des muscles et il n'y a pas combustion d'une partie de la substance même du muscle, comme on le croyait autrefois. Loin [de là, la substance musculaire, sous l'influence de l'action, s'accroîtrait même dans une proportion notable, d'après les recherches de Parkes. On voit, parla, que le travail musculaire doit donner lieu à des déperditions considérables et qu'il réclame, par conséquent, pour être soutenu, un supplément de matière nutritive.
En étudiant [dus tard, d'une part, l'utilisation des forces déployées parle système musculaire, et, d'autre part, les phénomènes de la calorilication, nous verrons comment l'animal, transformé en une machine comparable à la locomo-
tive, dépense les matériaux nutritifs et les combustibles pour produire la force et la chaleur.
Voyons maintenant les conditions dans lesquelles la contraction musculaire peut s'effectuer.