‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 94 sur 287 · III. — Conditions de la contraction musculaire · texte numérisé non relu

III. — Conditions de la contraction musculaire

Le muscle n'a pas en soi tout ce qu'il faut [lour agir. Les physiologistes disent, depuis longtemps, qu'il lui faut pour so contracter: 1° une excitation; 2° l'influence des nerfs ; 3° du sang artériel.

La stimulation qui met en jeu l'action musculaire peut provenir de l'encéphale ou de la moelle épinière, résulter de la volonté ou d'une action réflexe inconsciente; elle peut s'exercer sur le nerf ou directement sur le muscle, être une action physique, chimique, etc.

Un muscle volontaire ou involontaire ne se contracte jamais sans y être sollicité par un stimulus quelconque : le cœur se resserre par suite du contact du sang, les plans musculaires de Testomac et de l'intestin, par l'action des aliments, ceux de la vessie, consécutivement à l'impression qui résulte de la distension de ce réservoir, etc. Les muscles du squelette se mettent, pour la plupart, en mouvement sous l'influence de la volonté qui est leur excitant normal; ceux de l'appareil respiratoire agissent par l'intervention d'une excitation qui émane de la moelle allongée. L'excitation met donc en jeu l'action musculaire; elle la règle et lui assigne ses limites.

La volonté est généralement, pour le système de la vie animale, le mobile et le régulateur de la contraction musculaire; c'est elle ([ui commande et le muscle obéit sur-le-champ. Si elle est énergique, le mouvement qu'elle suscite partage cette énergie; si elle est persistante, la contraction se prolonge jusqu'à l'épuisement du muscle. Rien n'est merveilleux comme la dépendance dans la([uelle le muscle se trouve relativement à la volonté. Celle-ci agit avec une admirable précision, sans jamais se tromper : il suffit que l'animal veuille exécuter un mouvement déterminé pour qu'elle sollicite immédiatement les muscles qui sont susceptibles de l'effectuer. Par la promptitude de son action, elle a une certaine analogie avec le moteur du télégraphe électrique. De même que, dans ce dernier, le courant qui passe par un (11 métallique, avec une certaine vitesse, produit un mouvement à l'extrémité de ce ni ; de même aussi la volonté, dès qu'elle agit sur un cordon nerveux, provoque une contraction, et, chose remarquable, son influence se transmet seulement par les filets qui se rendent aux muscles chargés d'effectuer le mouvement qui doit être produit ; elle ne passe point dans les fllets du même nerf qui se distribuent aux muscles antagonistes, car il y aurait contradiction, conflit dans le résultat.

Les muscles extérieurs, ceux de la respiration, par exemple, (pii se coiilracfent régulièrement sans l'intervention de volonté, n'en ont pas moins, comme les autres, leur cause excitatrice dans le système nerveux.

L'action nerveuse exercée sur le muscle est-elle une simple excitation ou est-elle en même temps la source de la puissance contractile?

Haller^ était arrivé, à la suite de ses expériences célèbres, à considérer la propriété contractile du muscle, l'irritabilité comme indépendante des nerfs. Selon lui elle pouvait agir seule, agir d'elle-même dans le muscle complètement séparé des centres et des cordons nerveux. Les expériences modernes confirment cette vue de l'illustre physiologiste en précisant l'influence du nerf sur le muscle. Lorsque le nerf d'un muscle quelconque est coupé, ce muscle cesse de se contracter sous l'influence de la volonté, puisque l'excitation ne peut plus lui être apportée, mais il se contracte si une excitation mécanique, galvanique, ou chimique est appliquée au segment du nerf qui y demeure attaché, et une fois que le segment nerveux a perdu, par le fait de la dégénérescence, la faculté de conduire l'excitation, ce qui arrive en quatre à cinq jours, le muscle se contracte encore à la condition que l'irritation lui est directement appliquée; il conserve cette aptitude à la contraction, avec un affaiblissement graduel, pendant les trois mois qui suivent la section des nerfs.

Néanmoins, les choses ne se passent ainsi qu'à la suite de la section d'un nerf moteur, le facial, par exemple ; car, après celle d'un nerf mixte, le muscle privé de la sensibilité éprouve une altération nutritive qui ôte rapidement à son tissu la faculté contractile. Déjà, au bout de deux à trois semaines, il perd sa teinte rouge, pâlit ou jaunit, devient flasque, se rapetisse, la striation de ses fibres s'efl'ace et bientôt se trouve remplacée par un pointillé de matière grasse, comme on le voit dans les paralysies locales à la suite de lésions nerveuses. Alors, la perte de la contractilité n'est pas le résultat de la non-communication avec les nerfs, mais bien la conséquence d'une modification de texture, d'une altération profonde de tissu.

Dans d'autres conditions encore on voit la contractilité se conserver dans le muscle, quoique la sensibilité et l'excitabilité s'éteignent dans les nerfs. Ainsi quand, sous l'impression d'un jet de vapeur d'éther, le sciatique a perdu sa sensibilité et le pouvoir de conduire les excitations motrices volontaires, les muscles des membres postérieurs jouissent toujours, sous l'influence des excitations directes, de la faculté de se contracter comme à l'état normal. Sur la grenouille, empoisonnée par le curare, les muscles stimulés directement demeurent contractiles, quoique leurs nerfs, dont l'excitabilité est perdue, ne puissent leur transmettre ni les incitations de la volonté, ni les excitations qu'ils reçoivent. De même, dans l'empoisonnement strychnique, l'irritabilité du muscle se conserve pendant que celle du nerf se perd complètement. Enfin, la vératrine, d'après Kolliker, les essences injectées dans les vaisseaux des muscles, l'upas antiar, la digitaline, porteraient une grave atteinte à la contractilité sans léser l'irritabilité nerveuse. Les acides minéraux dilués exciteraient le muscle seul et non le nerf, d'après les recherches de Kiihne.

Le nerf est donc, pour le muscle, le conducteur de l'excitation motrice volontjiirc ou (le l'excitation réflexe. Il provoque et règle ainsi la contraction musculaire, l'ar son influence sur la circulation et sur les phénomènes de nutrition dans la fibre, il la maintient à l'état où hî muscle peut conserver sa propriété

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