‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 11 sur 239 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

L'introduction des matières étrangères dans les lissas vivants est l'acte initial de l'absorption. A ce premier acte s'ajonte une impulsion. Les molécules admises dans les tissus doivent être déplacées, enlevées, pour ûire place* à des molécules nouvelles. Les forces qui président à leur introduction déterminent un déplacement lent; mais c*est par suite de rentrée des molécules dans les vaisseaux, et par conséquent, de leur admission dans les courants sanguins et lymphatiques, qu'elles reçoivent la grande et définitive impulsion qui les dissémine dans toute Té- Gonomie.

Sans doute, l'impulsion que les matières saisies reçoivent des forces moléculaires, d'où résultent l'osmose, la diffusion, pourrait, à la rigueur, déterminer l'cnièvement, l'exportation et la dispersion de la matière. Elle y suffit dans les espèces Inférieures, tontes de petite taille, aussi bien que dans les végétaux cellulaires, où les produits absorbés passent d'utricule en utricule, de lacune en lacune; mais elle défient insuffisante dans les organismes plus élevés, et surtout dans les types sopêrieurs, où tous les transports de liquides se font à grande vitesse.

Les vaisseaux chargés de l'exportation des produits absorbés ne peuvent donc êlre considérés comme les agents immédiats de l'absorption : ils en sont seulement l€s aunliaires, les organes complémentaires. L'absorption est effectuée par les élé* ments anatomiques avant que ces vaisseaux interviennent ; mais, dès qu'ils y participent, c'est à des tîires divers. En effet, les vaisseaux agissent : 1^ au même titre cfue les tissus dont ils sont formés, et par les éléments anatomiques de ces tissus; 2* par l'attraction de leur contenu, doué d'un certain pouvoir osmogène; et, sous ee rapport, ils font l'office de petits osmomètres dispersés en nombre infini dans la substance des membranes et dans l'épaisseur des organes, osmomètres membraneux êC perméables dans une grande partie de leur étendue comme à leurs extrémités radiculaires; 3* enfin, ils agissent en enlevant rapidement les molécules saisies, et, par conséquent^ en maintenant constante la différence initiale entre le liquide intra-vascnlaire et le liquide extérieur, différence qui facilite une diffusion toojoun active du second dans le premier. Les vaisseaux sont ainsi des organes d'absorp- CÎMi, de réception et de transport des matières destinées à entrer momentanément dans le torrent circulatoire.

D'après ce qui a été dit plus haut du mécanisme de la pénétratibn des matières étrangères dans les tissus, il est clair que tous les vaisseaux à parois minces doivent, quels qu'ils soient, jouir de l'aptitude 3i absorber, et l'expérimentation directe va bientôt en donner la preuve. Mais c'est surtout à leur origine et à cause même de la perméabilité extrême que leurs minces parois y présentent que les vaisseaux rem- (tlteent ce rôle. A ce point de vue, les veines et jes lymphatiques se ressemblent. Toutefois^ l'activité de l'absorption ne saurait être égale dans les deux ordres de vaisseaux. En admettant, des deux côtés, une égale perméabilité de parois, on peut, à priwif supposer que chaque ordre de vaisseaux absorbe en raison directe de

retendue de sa surface radiculaire, de la masse du contenu et de la rapidité des courants. Pour toutes ces raisons, la prééminence semble appartenir aux Tais* seaux sanguins, ainsi que Texpérimentation va le prouver.

Il est clair que chez les animaux invertébrés dépourvus de lymphatiques, eC chez les animaux supérieurs, dans les parties où les vaisseaux blancs font défaut, l'absorption est dévolue tout entière aux vaisseaux sanguins. L'absorption veineuse est donc une action plus générale que l'absorption lymphatique.

En qualifiant d'absorption veineuse celle qui est effectuée par les vaisseaux san* guins, les physiologistes emploient une formule qui n'est pas suflBsamment rigoqreuse. Toutes les parties du système sanguin peuvent admettre, proportionnellement à leur perméabilité, les diverses substances absorbables, quelle que soit la direction des courants sanguins. Dès que les artères sont suffisamment divisées pour présenter de minces parois, elles absorbent, et le produit de leur absorption est poussé avec le sang vers les capillaires, puis vers les veines. Les capillaires, qui représentent un système d'une immense étendue de surface, absorbent mieux encore; ils peuvent être considérés comme la partie essentiellement absorbante du système vasculaire sanguin; aussi les petites veines ou les radicules veineuses continuent cette fonction jusqu'au moment où l'épaississement de leurs parois en annule la perméabilité.

Tant que les anciens ne connurent pas les vaisseaux blancs, ils attribuèrent nécessairement l'absorption aux veines; et, à cet égard^ il ne pouvait alors s'élever aucune contestation; mais les physiologistes commencèrent à disputer sur la réalité de l'absorption veineuse lorsqu'ils eurent établi l'office des vaisseaux blancs; ils unirent par la nier à peu près jusqu'au moment où Magendie et Dellile la prouvèrent par des expériences décisives. Ce sont les suivantes :

1<» Ces deux expérimentateurs, après avoir lié le canal thoracique à un chien, lui ont fait avaler une certaine quantité de noix vomique. L'empoisonnement a eu liea dans les délais ordinaires, donc le poison a été pris par les veines et porté par elles seules dans le torrent de la circulation. Déjà Fontana avait vu le venin de la vipère causer la mort, bien que le canal thoracique eût été lié sur les animaux mordus; et E. Home avait constaté que, dans le cas où le canal thoracique est lié, la rhubarbe introduite dans les voies digestives s'élimine très-bien par les urines. L'objection faite à cette expérience : que le système lymphatique a pu verser le poison dans les veines par quelque communication avec la sous-clavière autre que celle de l'insertion du canal thoracique, est sans valeur, puisque les communications supposées n'existent pas.

2** Ils ont mis à découvert une anse intestinale qu'ils ont liée à ses deux extrémités et appliqué des ligatures suri tous les lymphatiques, puis les ont coupés en travers. Enfin, après avoir également lié et coupé les vaisseaux sanguins, à l'exception d'une artère et d'une veine, ils ont injecté dans cette anse de la noix vomique délayée. Au bout de six minutes, les effets de l'agent toxique se sont manifestés avec leur intensité ordinaire. Évidemment, dans cette circonstance, l'absorption a eu lieu par les veines et par les veines seules, car tous les lymphatiques étaient liés et coupés; il ne pouvait en subsister aucun, puisque la tunique celluleuse des deux vaisseaux sanguins laissés inucts avait été enlevée.

ABSORPTION TEINEUSE. 37

y Les mêmes expérimentateurs ont séparé da tronc le membre postérîear d*an dùen, an niveau de la cuisse, en laissant intactes l'artère et la veine crurales, dont la tunique celluieuse était enlevée, afin de détruire les lymphatiques qui pouvaient ramper autour de ces vaisseaux. Deux grains d*un poison très*subtil, l'upas tieuté, forent eofoncés dans la patte. L'empoisonnement fut aussi prompt que si la cuisse n'eût point été séparée du tronc. Pour mieux s'assurer qu'il ne restait plus de lympbatiques autour des vaisseaux conservés, l'artère et la veine furent coupées en travers et leurs extrémités réunies par des tuyaux de plume. L'intoxication eut lieu comme dans les circonstances ordinaires. Si l'on comprimait la veine lorsque les premiers effets de Tupas commençaient à se montrer, ils cessaient bientôt, puis ils réapparaissaient dès que les vaisseaux devenaient libres.

De ces trois expériences, la dernière est passible d'une objection grave, à savoir: qne le poison inséré dans une plaie peut être porté dans les veines blessées par les solutions de continuité nécessairement nombreuses, et non pas absorbé à la manière ordinaire. Les deux premières sont démonstratives à la condition d'être exécutées avec intelligence. Je les ai faites sur le cheval, où elles ne présentent pas de difficultés sérieuses.

Après avoir lié le canal thoracique à un cheval et compris une anse intestinale entre deux ligatures très-serrées, éloignées l'une de l'autre d'environ 1 mètre et demi, j'ai lié en masse les lymphatiques de cette anse et injecté dans son intérieur une dissolution de 25 grammes de cyanure de fer et de potassium. Au bout de six minutes, le sérum du sang des veines de l'anse Interceptée prenait une teinte bleuâtre par son contact avec le persulfate de fer. Évidemment, dans cette circonstance, le cyanure indiqué par le réactif avait été absorbé par les veines, car si quelques atomes de ce sel avaient été saisis par les chylifères restés libres autour des vaisseaux sanguins» ils n'auraient pu parvenir dans le système sanguin, puisque le canal qui devait les y verser était intercepté.

J'ai lié une anse intestinale à ses deux extrémités, et coupé en travers les lymphatiques de cette anse, dans laquelle j'ai injecté ensuite hO grammes d'extrait alcoolique de noix vomique délayée. Le sang de la veine demeurée libre a été recueilli au moyen d'un ajustage prolongé par un tube de caoutchouc qui versait ce sang à l'extérieur : il avait l'amertume caractéristique de la noix vomique, et les greooaillesqut y furent baignées pendant une demi-heure moururent empoisonnées avec tous les symptômes que détermine la strychnine.

Ces diverses expériences établissent clairement que l'absorption s'opère, et très* vile, par les veines.. 11 en est d'autres moins concluantes, qui conduisent à la même démonstration.

Mayer ayant injecté du prussiate de potasse dans la trachée, retrouva ce sel dans le sang au bout de deux à cinq minutes. Le prussiate apparut dans le sang avant d'être reconnaissable dans le chyle : sa présence fut constatée dans le cœur gauche avant de l'être dans le cœur droit Panizza trouva également le sel dans le sang avant de le voir dans le chyle du canal thoracique et dans les lymphatiques du poumon. La promptitude avec laquelle la substance saline a passé dans les voies de la circulation fait supposer que celle-ci y est arrivée par les veines. La question de temps est ici extrêmement importante ; car, d'après Mayer, ou retrouverait, huit

38 DE L'ABSOBPTION.

miontes après l'injection, le cyanure dans Turine, dans la sérosité da péritoine, des plèvres, la synovie des articalations, etc.

Ségalas sépare par deux sections une anse intestinale du reste de l'organe : il lie es artères et les veines, en laissant libres les vaisseaux lymphatiques, puis il injecte dans cette anse une dissolution d'extrait alcoolique de noix vomique. La substance vénéneuse y demeure pendant une heure sans déterminer d'empoisonnement : résultat qui n'a rien d'étonnant, puisque l'anse dont les vaisseaux sanguins sont liés est frappée d'inertie et de mort Dans une autre expérience, il lai^e à l'anse une artère libre, et fait couler à l'extérieur le sang de la veine qui peut charrier le produit de l'absorption. Le poison reste également sans effet On conclut de ce fait que non-seulement les veines absorbent, puisque leur ligature empêche l'empoisonnement, mais encore qu'elles absorbent seules, puisque les lymphatiques restés libres n'ont pu se charger de la quantité de noix vomique suffisante pour tuer l'animal. Cette dédaction n'est pas, comme on a pu le voir déjà, très-rigoureuse; car, d'une part, les vaisseaux sanguins du mésentère sont tellement rapprochés chez le chien, qu'en les liant on lie en même temps les lymphatiques les plus considérables; d'autre part, il peut arriver qu'une petite quantité de poison soit absorbée par les vaisseaux demeurés libres, tout en restant insuffisante pour tuer en une heure. En attendant plus longtemps, et en opérant sur le cheval, par exemple, où il y a nne très-grande quantité de lymphatiques dans un seul espace intervasculaire, on arrive à observer des phénomènes d'intoxication qui mettent en évidence Tabsorption des lymphatiques. D'ailleurs, en expérimentant ainsi, même sur le chien, avec un poison plus actif que la noix vomique, comme l'acide cyanhydrique, par exemple, on tue les animaux. Du moins c'est ce que j'ai eu l'occasion de noter.

On a constaté ce passage des substances salines dans les veines par un grand nombre d'expériences dues à Tiedemann et Gmelin, Magendie, Panizza et d'autres. Mais comme dans ces expériences on n'a pas toujours tenu compte du temps qui s'est écoulé entre le moment où le sel a été mis en contact avec la surface absorbante et celui où il a été retrouvé, en est en droit d'objecter que, dans ces divers cas, la substance pouvait être absorbée par les lymphatiques, qui l'auraient ensuite versée dans le sang. Le résultat est ici entouré de trop de causes de complications pour qu'on puisse considérer ces dernières expériences comme rigoureuses.

L'absorption de certaines matières colorantes dont on n'a pas reconnu la présence dans les lymphatiques est généralement attribuée aux veines : ainsi, celle de l'indigo, qui, à la longue, bleuit le lait et l'urine; celle de la garance, qui rougit les os, l'ivoire dentaire et d'autres tissus. Mais de ce que ces substances ne sont point vues dans le chyle ou dans la lymphe, il ne faut pas conclure que les veines seules les ont absorbées. Il peut très-bien se faire qu'elles soient prises aussi par leç vaisseaux Uancs en proportions trop minimes pour y être facilement reconnaissables.

Les matières odorantes passent très-vite dans les veines, sans qu'on puisse le plus souvent les reconnaître dans le chyle. Divers observateurs ont trouvé au sang l'odeur du musc, du camphre, de l'assa fœtida, de l'alcool, lorsque ces substances avaient été ingérées dans l'estomac et l'intestin. On s'assure de ce £iit de la manière la plus évidente en injectant, dans une anse intestinale eimée^ de l'acide cyanhydrique, après avoir adapté à une veine de cette anse un long ube de caoutchouc,

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ABSORPTION ▼EINEOSE. . ^

qui sort de l'abdomen et conduit le sang à rextérienr. Ce sang répand alors, ec^ parlant longtemps, nne très-forte odeur d'amandes amères. Cette odeur est encore très-sensible lorsque l'acide est disséminé dans toute la masse du sang, car die est déjà très-prononcée dans celui de la jugulaire deux à tmis minutes après qu'on a injecté l'acide dans l'intestin du chevaL II en est ainsi de l'éther, de quelques essences et autres liquides d'une extrême diffu^bilité. Flandrin, qui a tant contribué i rendre aux veines le rôle qui leur appartient dans l'absorption, trouvait au sang de l'intestin grêle une odeur légèrement herbacée; à celu du coecum, un goût piquant^ une odeur urineuse faible^ enfin au sang des veines du côlon, ces derniers caractères au plus haut degré. Il était parvenu à distinguer parfaitement ces diverses espèces de sang qu'on recueillait dans des vases séparés. En examinant attentivement le contenu des veines intestinales, on croît reconnaître que le sang de l'intestin grêle n'a ni la même odeur, ni la même saveur que celui du cœcum et du côlon, €t l'on s'explique cette différence en se rappelant que les principes aromatiques, certaines substances sapides, sont absorbés par les veines, et que les sucs versés dans le tube digestif sont eux-mêmes résorbés en plus ou moins grande partie. Maôs il faut noter aussi qu'aussitôt après la mort les gaz intestinaux et les liquides transsudent âi travers les membranes, et viennent imprégner le sang accumulé dans les veines. Enfin ces gaz et ces liquides peuvent encore se mêler au sang au moment oà on le recueille, s'il coule à la surface des viscères.

La présence du sucre dans le sang de la veine porte, observée par Tiedemann el Gmelin sur des animaux nourris de principes sucrés on féculents, et par d'autres expérimentateurs, en différentes circonstances, est aussi une preuve de l'absorption veineuse.

Enfin il est encore une foule d'arguments que les physiologistes invoquent pour démontrer fa part que les veines prennent à l'absorption, arguments pour la plupart équivoques ou sans valeur réelle, que Ton peut citer pour mémoire.

Ainsi la présence du chyle dans le sang, sous l'aspect de stries blanchâtres, que Swammerdam, Glisson, Tiedemann, Gmelin et d'antres ont cru reconnaître, n'est qu'une illusion. Il n'y a pas de stries blanches dans le sang de la veine porte, et les lobules blancs qui s'y trouvent en certaine proportion, comme dans le sang des autres ? dues et des artères, ont leur origine dans le système lymphatique qui les verse dans le système sanguin par le canal thoracique. Plus tard^ il y aura à fiechercher si une parde de ces globules blancs peuvent nattre dans les radicules de h veine porte ou se former dans la rate.

L'augmentation de la partie aqueuse du sang, constatée quelques heures après l'ingestion d'une grande quantité de boissons, n'est pas nne preuve que l'eau est absorbée par les veines seules en dehors do concours des chylifères. Cette augmentatioD montre que l'hydratation du sang s'accroît sans rien faire préjuger sur les voies de l'entrée ou de l'apport de l'eau.

La présence dans le foie d'une forte proportion des substances minérales ou des foisons administrés par les voies digesiives n'implique nullement que ces matières aient été absorbées par les veines et portées par elles dans la glande. Les poisons se trouvent là en très-grande quantité, comme ils se trouvent dans tous les organes 4rè»-va8CQlaires; et ils s'y accumulent en grande masse, parce que le foie, de même

32 DE l'absorption.

des expériences faites avec Tendosmoinètre ou de simples portions de membraoes prises sur le cadavre.

L'activité de Tabsorption, indépendamment des influences qui peuvent Taccélérer ou la ralentir, offre des variations notables qui paraissent dépendre de conditions purement anatomiques.

Elle est portée au plus haut degré dans les voies aériennes, puis dans l'inleslin grêle, le tissu cellulaire, les membranes séreuses. Elle est à peine sensible dans le tissu des cartilages, des tendons, des ligaments; elle Test même très-peu dans le tissu des nerfs et dans la substance assez vasculaire des centres nerveux, car il a été démontré que Topium, la strychnine, Tupas, Tacide cyanhydrique, déposés sur de gros cordons nerveux et sur la substance cérébrale, y restaient sans effet, ou ne déterminaient de faibles symptômes d'empoisonnement qu'après de longues périodes.

L'activité de l'absorption est telle sur certaines membranes muqueuses, que plusieurs litres d'eau disparaissent des bronches d'un cheval en moins d'une heure* Quoique un peu moins prononcée dans l'intestin , elle enlève dans une période de vingt-quatre heures, chez le cheval, plus de 60 litres de liquides, provenant soit des boissons, soit des sucs digestifs. Dans tous les cas, elle n'entraîne pas la disparition complète des poisons pendant le temps qui s'écoule entre leur ingestion et le moment où ils tuent. Aussi quand un chien meurt vingt à vingt-cinq minutes après qu'on a injecté dans son estomac 6 à 7 grammes d'extrait de noix vomique délayée^ le viscère garde encore de quoi empoisonner un autre chien de même taille. L'acide cyanhydrique, qui, injecté dans une anse d'intestin grêle, tue en quatre à cinq minutes, se retrouve encore après la mort en quantité appréciable dans cette anse. La noix vomique, introduite dans l'une des plèvres du cheval à la dose de 32 grammes et sous forme de dissolution aqueuse, se retrouve encore après la mort en proportion très-notable dans ce sac séreux, et s'y fait reconnaître à son extrême amertume et à sa couleur.

Il est une foule de conditions pathologiques qui peuvent influencer, très-diversement, l'activité de l'absorption. On en connaît un certain nombre.

Sur les sujets malades qui ne mangent pas, l'absorption est active partout, h l'exception de l'absorption gastro-intestinale, laquelle est manifestement affaiblie tant par suite du resserrement, de l'inertie de l'intestin, que de l'épaisseur et de la densité de la couche de mucus étalée sur la membrane absorbante. S'il y a de la fièvre, elle peut activer l'absorption, et, notamment^ celle de l'eau, en raison de Tépaississement du sang. Elle doit l'accélérera la peau pendant la période de réàctioa et l'affaiblir à celle du frisson. S'il y a adynamie, affaissement extrême, comme dans les maladies où le système nerveux est gravement atteint, çUe peut languir par le fait du ralentissement de la circulation, ou paraître ralentie faute de la réaction nerveuse capable de révéler les effets de l'introduction des médicaments dans le système sanguin. Enfin, dans le cas d'altération du sang, clic peut être également entravée et rendre inefficaces les médications les plus rationnelles et les plus énergiques. On sait que, par exemple, dans le choléra elle est à peu près nulle dans les voies digestives.

IHFLUENCB DU SYSTÈME NEKtEUX SUR L'ABSORPTION. 33

T. •— Influence du système nerveux sur l'absorption.

Jusqu'ici les physiologistes ont été partagés sur la question de savoir si l'absorption est, dans certaines limites, subordonnée à l'influence du système nerveux. Les «us ont prétendu que les nerfs n'ont pas d'action sensible sur cette fonction, les ^lutines ont avancé qu'elle ne peut s'opérer en dehors de l'intervention nerveuse. Ces deux opinions contradictoires sont Clément fausses : elles ne reposent que sur des expériences mal exécutées et mal interprétées.

Il est clair que l'imbibition, la capillarité, l'osmose, la diffusion, qui sont des |)béiioinènes purement physiques, ne dépendent pas de l'influence nerveuse, fyuisqu'ils s'accomplissent sur le cadavre comme dans les osmomètres inertes, iermés par des doisons inorganiques ou par des membranes mortes; mais les con- -ditions de ces phénomènes : la perméabilité plus ou moins grande des membranes, J*étatde leurs revêtements épithéliques, l'abondance de leur mucus, Tactivité des -courants sanguins ou lymphatiques qui les parcourent dépendent incontestablement 4'actions vitales réglées par le système nerveux. Tout ce que nous verrons plus tard nous prouvera que le système nerveux, étranger aux actes physiques de l'absorption, tient néanmoins cette fonction sous sa dépendance, en réglant les diverses conditions de son activité.

Voyons les £iits.

Ghristison et Goindet ont remarqué les premiers que l'acide oxalique injecté dans i'eiMomac agit moins vite après la section des nerfs vagues, que dans le cas où les nerfs sont intacts. Dupuy a constaté que la noix vomique injectée dans l'estomac du cheval, après h section des nerfs vagues, ne produit plus d'empoisonnement. Les premiers oat conclu de faits observés sur le chien, qu'à défaut d'influence nerveuse, ^'absorption gastrique est ralentie; et le second, que, dans les mêmes circonstances, elle ne s'effectue pas chez les solipèdes. Or, ces deux conclusions, en apparence ibrt logiques, ne sont nullement fondées. Voici ce qui se passe réellement sur le chien et sur le cheval.

Après l'injection d'un poison dans l'estomac du chien ou d'un autre camivore, si la section des pneumo-gastriqùes a été faite préalablement, l'absorption s'effectue encore, mais elle peut être ralentie parce que le viscère paralysé, au lieu de chasser une partie de l'agent toxique dans l'intestin, le garde tout entier : l'absorption demeure donc alors limitée à l'estomac au lieu de s'étendre en[même temps à l'in* lestin, comme cela a lieu dans les circonstances ordinaires.

Mais, à la suite de l'ingestion du poison dans l'estomac du cheval dont les nerls vagues sont coupés, les choses se passent tout autrement. Gomme, d'une part, ce viscère paralysé ne pousse rien dans l'intestin, et que, d'autre part, sa muqueuse ne peut absorber d'une manière sensible, il garde intacte la totalité de la substance dâétère et aucun symptôme d'empoisonnement ne se manifeste.

En effet, nous avons démontré, M. Bouley et moi, comme on le verra plus com- .plécement au chapitre de l'absorption gastrique, que les substances toxiques ingérées dans l'estomac du chien, et retenues dans sa cavité par la ligature du pylore, lueDt très-rapidement, que lesncrCs soient coupés ou qu'ils restent intacts , tandis 6. coum — PhytioL comp, , 2« édit, ii — 3

ZU . i>B l'absorption.

qae les mêmes sabstances restent sans effet dans l'estomac du cheval dont le pylore* est également lié, que les nerb soient inucts ou qu'ils aient été préalablement réséqués. Si ces substances tuent le cheval dans les circonstances ordinaires, c'est que Testomac; après les avoir reçues, les pousse par ses contractions dans l'intestin, où leur absorption s'effectue. Si , au contraire, elles ne tuent pas après la section d^ vagues, c'est que le viscère paralysé, ne pouvant les chasser dans l'intestin, les conserve dans sa cavité, où l'absorption n'a pas lieu normalement d'une manière sensible.

Il est donc évident, d'après ce qui se passe chez les^carnivores, que les nerfs vagues n'exercent pas d'influence marquée sur l'absorption gastrique, mais il ne faut point inférer de ce fait que les nerfs soient sans action sur les phénomènes de l'absorption dans tous les autres cas. Après la section des vagues, les nerfs ganglionnaires nombreux qui arrivent à l'estomac, en serpentant autour des artères gastriques, peuvent sufiBre à exercer l'influence dont nous parlons. Il fiiudrait couper ces derniers avec les autres pour arriver à un résultat concluant : or la chose n'est possible que pour un moment, en divisant transversalement les artères et en rétablissant la continuité entre les deux extrémités de chacune d'elles par un tube de verre ou un tube métallique dans lequel le sang continuerait à circuler.

Les autres expériences tentées pour mettre en évidence le rôle du système nerveux dans l'absorption ne sont pas plus concluantes que celles de Dupuy : il est facile de s'en convaincre même par un examen très-superûciel.

Brodie ayant versé sur une patte antérieure d'un lapin un poison violent, après la section de tous les nerfs de cette extrémité, vit néanmoins l'empoisonnement se produire Gollard de Martigny, après la section des nerfs et de toutes les parties^ molles d'un membre dont les artères et les veines étaient intactes, obtint le même résultat Enûn Panizza, après la section de tous les nerfs de la langue et des lèvres^ a constaté que l'acide cyanhydrique, appliqué sur ces parties, tue comme dans les circonstances ordinaires. Mais dans toutes ces expériences les nerfs des parois artérielles n'étaient point détruits. Quant à rexpérience t^nt vantée de Témulsine et de l'amygdaline, elle ne prouve rien en ce qui concerne l'absorption.

Quelque incomplètes que soient les tentatives faites pour apprécier l'influence nerveuse sur l'absorption, elles prouvent cependant que les nerfs cérébro-spinaux ne sont pas nécessaires à l'accomplissement de cette fonction; mais elles ne jettent aucun jour sur la part d'action qui peut revenir aux nerfs ganglionnaires.

Pour peu qu'on réfléchisse à la nature intime des actes de l'absorption, on voit que l'intervention du système nerveux à leur égard doit être infiniment restreinte. Cette intervention n'est nécessaire ni à la pénétration des substances étrangères à travers les tissus, ni à leur entraînement par les courants vasculaires, la première action étant toute physique, et la seconde résultant du fait même de la circulation. Seulement les nerfe, en activant ou en ralentissant la circulation, et de plus en réglant la vitalité des parties organiques, influencent indubitablement l'absorptioii et lui impriment des modifications que les expériences ne peuvent mettre en relief» mais qui se traduisent par mille résultats divers dans les actes r^olateurs de la .résorption, soit des fluides exhalés, soit des éléments constitutifs des organes.

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