‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 110 sur 239 · SC · texte numérisé non relu

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FiG. 144. — Appareil pour mesurer la pression artérielle et la force impulsive du cœur.

en relaliou avec les mouvemeiUs respiratoires. Les premières sont peu étendues et tros-fréquenles ; les secondes sont moins nombreuses et d'une amplitude très-variable, suivant que la respiration est plus ou moins profonde. Ces dernières, sur lesquelles nous aurons encore à revenir, principalement au sujet du cœur droit et de la circulation pulmonaire, deviennent très-considérables dès que Tanimal s*agite, ou lorsqu'il se livre à des eiïorts musculaires un peu énergiques.

Ces oscillations observées par le physicien Haies, et mieux étudiées par M. Poiseuille, peuvent être facilement mesurées. Celles qui dépendent des contractions du c<eur n'ont que de 1 à 5 centimètres d'étendue ; celles qui se lient aux mouvements respiratoires ont au moins 1 décimètre, à l'état normal, pendant le calme le plus parfait, c'est-à-dire à peu près le vingtième de la hauteur totale de la colonne sanguine; mais elles arrivent au double, au triple et au quadruple de cette amplitude, sous l'influence de l'agitation et des grands eiïorts musculaires. Au moment des eiïorts que l'animal exécute pour changer de position, déplacer les membres, se coucher ou se relever, se débarrasser de ses liens, se soustraire à la douleur, etc., la hauteur du sang augmente d'un cinquième, d'un quart, d'un tiers de son chiiïre moyen, soit de 30, /lO, 50, 60, 70 centimètres; conséquemment, cette augmentation exprime celle de la force supplémentaire déployée par le c«eur.

Le mécanisme des oscillations se comprend sans difficultés. En ce qui concerne celles dérivées de l'action du cœur, on voit clairement que la pression du sang artériel doit augmenter au moment où le contenu du ventricule gauche est pousse dans le système aoriique déjà plein, et au contraire qu'elle doit diminuer immédiatement après, par suite du passage d'une notable quantité de liquide dans les vaisseaux capillaires. D'autre part, il parait conforme aux lois de la physique d'admettre que, sous l'influence de l'inspiration, le sang est moins comprimé dan§ l'aorte, et plus fortement attiré vers les oreillettes, tandis que pendant l'expiration il est à la fois plus comprimé dans les gros vaisseaux et dans les diverses cavités du cœur.

La pression du sang artériel et la force du cœur se montrent avec des degrés divers d'intensité, suivant les espèces animales, l'âge, la vigueur des sujets et une foule d'autres circonstances; mais c'est surtout l'énergie des individus et l'étal de réplétidn des vaisseaux qui leur impriment les modifications les plus sensibles.

En opérant sur des chevaux dont les uns étaient pleins de force et les autres usés par l'âge, les fatigues et les privations, j'ai noté des différences de pression trèsétendues. Ainsi le sang artériel s'élevait dans l'hémodynamomètre, tenu verticalement, à la hauteur de :

Sur un cheval très -vigoureux 2"*, 70

Sur un autre, encore très-fort. 2™, 27

Sur un troisième, de moyenne énergie 2'", 02

Sur un quatrième, déjà vieux l^^fOl

Sur un cinquième, très-maigre l'",85

Sur un sixième, presque usé l^'^TS

Sur un septième, assez faible 1™,70

Sur un huitième, dans le même état l'°,62

Sur un neuvième, extrêmement affaibli i">,60

Chez les animaux dont la pression sanguine est diminuée par des saignées successives, la force déployée par le cœur diminue proportionnellement à leur abondance, flales Ta démontré, et toutes mes expériences confirment les résultats de

FORGE DU CGBUR. l^2i

cet ingénieux physicien. J'ai vu, en eflet, que la colonne sanguine de Théniodynamomèlre, d'abord à 2", 27, descendait à 2 mètres, l^.fiO, 0,80, et enfin à ^2 centimètres, après des émissions successives. Nous étudierons ces particularités à Tarlicle de la circulation artérielle.

En appliquant à chaque animal le procédé dont je me suis servi pour le cheval, on arriverait à déterminer le chiffre de la force impulsive du cœur dans les diverses espèces. Mais Topéralion est longue et difficile, en ce qui concerne la mensuration de la surface interne du cœur, l'organe pris au degré de réplétion qu'il présente au début de la systole sur Tanimal vivant. Haies (i), qui suppose pour l'homme une pression artérielle semblable à celle des animaux, trouve que la force du cœur dans notre espèce peut être évaluée à 51 livres 5. Il l'a trouvée de 35 livres 62 sur un mouton, et de 3S livres 6 sur un chien qui en pesait cinquante-deux.

La force du cœur dans les divers animaux est sans douic en rapport direct, toutes choses égaies d'ailleurs, avec le poids de l'organe. Or, ce poids varie beaucoup, non-seulement d'une espèce à une autre espèce, mais même d'un individu à un autre individu, dans une espèce donnée. En effet, les pesées du cœur que j'ai faites comparativement à celles du corps montrent que, parmi nos seuls animaux domestiques, le poids de cet organe représente de la. 76*°' à la 303"'' partie du |)oids du corps, c'est-à-dire une fraction variunt du simple au quadruple. Ainsi :

L.e cœur du cheval pèse de la 103' à la 171^ partie du corps.

— derâne — 108' à la 171« — -* du bœuf gras — 17^* à la 265« —

— du bélier — 159» à la 283« ~

— du porc — 163" ù la 303° —

— du chien — 76* à la 173" —

— du chat — 117" à la 253" —

H en résulte que, pour un kiiogranmie du poids du corps :

Rr. içr.

lie cheval a de 5,82 à 9,62 de cœur.

L'àne 9,82 à 9,23 —

Le bœuf. 3,77 à 5.72 —

Le bélier. 3,53 à 6,28 —

Le porc 2,29 à 6,10 —

Le chien 5,90 à 13,05 —

Le chat 3,95 à 8,5â —

Force Impulsive du cœur droit. — Le ventricule droit, moteur du sang dans la petite circulation, est loin de déployer la force de son congénère. Comme il n'a à faire progresser le sang que dans le circuit pulmonaire, une énergie égale à celle de l'autre serait inutile. Il s'agit de voir ce que représente sa puissance de contraction com|>aréc à celle du cœur aortique.

Cette nouvelle détermination^ quoique fondée sur les mêmes principes que la première, présente des difficultés particulières. Le manomètre qui s'adaptait aisément à une artère extérieure, sans troubler la circulation, doit être maintenant introduit dans le thorax et fixé au tronc de l'artère pulmonaire. Conséquemment, l'opération entraîne quelques perturbations dans la respiration et l'action du cœur, perturbations dont on doit tenir compte pour se rapprocher autant que possible de la mérité absolue.

(i) Haies, ouv, dlé, p. 36, àh, ^7.

. L*instrument dont je me suis servi à cet effet se compose de deux parties. La première est un lube de cuivre de 0*",70 de long sur 8 miilim. de diamèii^e; Tune de ses extrémités arquée, effilée et taillée en bec de plume, doit pénétrer dans la crosse de l'artère pulmonaire ; Tautre, coudée à angle droit, s'adapte, au moyen d*une virole de caoutchouc, à une seconde partie constituée par un tube de verre fixée sur une règle graduée. (]e manomètre est introduit, sur l'animal couché, dans le thorax par une ouverture aux parois abdominales et au diaphragme, et son extrémité est maintenue dans l'artère pulmonaire par la main droite de l'opérateur. Le tube gradué étant tenu verticalement, un aide lit les hauteurs du sang à chaque systole, et un autre les inscrit à mesure. En moins de deux minutes on obtient 60 à 80 indications, et on retire l'appareil ou bien on en fait écouler le sang qui s'épaissit, si l'on veut continuer l'expérience. Il importe, pour arriver à des données exactes, d'opérer rapidement et d'éviter les mouvements violents de l'animal, la compression du cœur et l'introduction de l'air dans le thorax.

Pour obtenir par ce procédé la force du cœur droit, il suffit de trouver la hauteur à laquelle le sang s'élève dans le tube manométrique et la base de la colonne sanguine ou l'étendue de la surface interne du ventricule droit.

La hauteur à laquelle s'élève le sang dans lé manomètre adapté à l'artère pulmonaire est peu considérable, car la tension du liquide des minces artères du poumon est faible. Sur 20 chevaux dans différentes conditions, la hauteur du sang de l'artère pulmonaire n'a jamais dépassé l'"20, lors des plus grands efforts ; en moyenne, elle a été de /i5 5 50 centimètres, soit le cinquième ou le quart de la hauteur du sang aortique.

Des 20 solipèdes sur lesquels les expériences ont été régulièrement faites, 1 3 sont demeurés calmes, et 7 se sont agités ou se sont livrés à des efforts plus ou moins énergiques, mais de courte durée. Voici les minima et les maxima des hauteurs du sang dans les deux séries :

Première série.

Cheval maig^re 24 à A3

Cheval faible ; . 14 à 22

Cheval de vigueur moyenne 35 a 52

Cheval vieux et émacié 30 ù 3G

Cheval faible 17 à 32

Cheval entier, de vigueur moyenne 16 à 61

Jument âgée et faible 16 à 29

Cheval de trait 33 à 59

Cheval usé . 19 a 31

Cheval de petite taille 40 a 48

Cheval hongre de 16 ans 12 à 36

Cheval de 18 ans 18 à 37

Jument de trait 13 à 52

Deuxième série.

Cheval peu vigoureux 30 à 92

Cheval maigre 40 à 70

Cheval de grande taille, vigoureux 60 à 80

Jument de trait 21 à 119

Cheval hongre 22 à 88

Cheval vigoureux 25 à 116

Ane , 35 à 113

FORCE DU COEUit. Li2Z

Dans loules ces cxpéricuccs, comme on a enregistré pendant une ou deux minutes les oscillations successives, les chiiïres obtenus indiquent les hauteurs correspondant aux diastoles et aux systoles du cœur. Voici comment elles se produisent dans les conditions les plus ordinaires sur le même animal :

Hauteurs rie in colonne sangume dans le manomètre adapté à l'artère pulmonaire, liti centimètres. à7 centimètres. 110 cenlimctres. ai centimètres.

àH

àti

àd

2fi

La hauteur de la colonne sanguine étant o4)lenue, il faut trouver sa base par la mensuration de la surface interne du ventricule droit. Cette surface s*est trouvée de 660 cenlimctres carrés sur le cheval qui offrait 565 pour celle du ventricule $;auche. Conséquemment, une colonne sanguine de 50 centimètres de hauteur sur 660 de base, pesant 33 kilogrammes, nous devons admettre que la puissance impulsive du ventricule droit est de 33 kilogrammes. Cette puissance est un peu pUis du quart de celle que nous avons trouvée au ventricule gauche. Dans les cas où le sang s'élève seulement à 25 centimètres, la puissance déployée est réduite de moitié, soit à 16 kilogrammes; elle est plus que doublée par rapport h son in> tensité moyenne lorsque le sang s'élève à l^SO.

La grande différence que nous trouvons entre la force du ventricule droit et celle du gauche s'explique par les difîérences d'épaisseur qu'on remarque entre l'un et l'autre et par l'inégale étendue du champ des deux circulations. Le ventricule droit, dont les parois ont à peine le tiers de l'épaisseur de celles du gauche, n'a pointa déployer une grande force pour lancer le sang dans le poumon, tandis que le ventricule gauche, h parois si épaisses, doit opérer des systoles très-énergi(pies pour chasser le sang jusqu'aux extrémités du corps. La puissance de ces deux organes ou de ces deux appareils d'irrigation doit être proportionnée à l'étendue des canaux dans lesquels chacun d'eux met les fluides en mouvement, ainsi qu'à la somme de résistance à vaincre de part et d'autre; et c'est, en effet, ce que l'expérimentation et le calcul démontrent.

La puissance de contraction du ventricule droit, outre sa faible intensité, se caractérise par ses oscillations nombreuses et plus ou moins étendues, suivant l'état de la respiration. Elle fléchit dans l'inspiration^ par suite de la facilité que le sang trouve alors à pénétrer dans les vaisseaux pulmonaires ; elle augmente dans l'expiration pour une raison opposée, et surtout pendant les efforts violents. CoDSéquetn-

&2/i DE LA CIRCULATION.

ment, ses oscillations fréquentes et brusques montrent que son intensité varie d'une seconde à l'autre, double ou triple, par le fait des modifications apportées au rhylhmc des mouvements respiratoires. Mes expériences à l'aide du manomètre coudé ne laissent aucun doute à cet égard. Quelques résultats obtenus par M. Bernard au moyen du cardiomètre introduit dans le cœur droit, montrent aussi que d'une systole <i l'autre la force déployée varie; en effet, il l'a trouvée dans des systoles très-rapprochées exprimée par /iO, /i5, 50, 60, 70.

Ou conçoit que la force à déployer par le cœur pour lancer son ondée dans l'aorte ne soit pas toujours la même ; elle doit croître en raison de la tension du sang dans l'artère. Si cette tension est forte, il faut que la systole soit très-énergique pour soulever les valvules et faire place à l'ondée expulsée. Alors la systole dure plus longtemps. Si la tension est faible, la systole est plus facile et s'opère avec une grande rapidité.

On voit, d'après ce qui précède, que les deux ventricules , tout en fonctionnant ensemble, diffèrent tant par l'inégalité de leurs forces res|>ectives que par l'inégale étendue des oscillations de ces forces-. Pendant que celle du ventricule droit double ou triple sous l'influence des mouvements respiratoires exagérés et des efforts, celle du gauche, dans les mêmes conditions, ne fait qu'augmenter d'un cinquième, d'un quart, ou au plus d'un tiers.

Quelques physiologistes, se basant sur l'intensité de l'impulsion que le cœur communique au sang, ont tenté d'évaluer, d'une manière absolue, le travail mécanique de cet organe. Yierordt croit avoir trouvé que le cœur de l'homme effectue, par seconde, un travail de 0^,020 pour le ventricule gauche, et de 0'',015 pour le droit, soit, pour les deux ensemble, un travail capable d'élever en une scaindc un poids de 35 grammes. Le travail total du cœur, en vingt- quatre heures, serait, d'après ses calculs, l'équivalent de celui d'une pompe qui, pendant le même temps, élèverait à la hauteur de 1 mètre 3024 litres d'eau.

En résumé^ la force impulsive développée par la systole du cœur^ mesurée à l'aide des deux manomètres que j'ai décrits^ est, terme moyen, de trois à quatre fois aussi grande pour le ventricule gauche que pour le droit. Pendant que, sur le cheval de taille ordinaire, celle du premier ventricule s'élève de 115 à 120 kilogrammes, celle du second n'est que de 29 à 33. Cette force est en rapport, dans chacun des deux cceurs, avec l'épaisseur si différente de leurs parois et avec l'étendue du champ des deux circulations.

La force sysiblique des ventricules varie d'intensité d'un instant à l'autre et sous l'influence de plusieurs causes. Ses variations les moins marquées sont liées aux mouvements d'inspiration et d'expiration : les plus étendues dépendent des divers efforts et dos obstacles qui peuvent être ap^wrtés au cours du sang. Elle diminue dans les systoles qui coïncident avec la dilatation du thorax, et augmente dans celles qui correspondent à son resserrement. Au moment des violents efforts musculaires, la force du ventricule gauche s'accroît d'un cinquième, d'un quart, d'un tiers et même d'une moitié de son intensité moyenne. Celle du ventricule droit s'élève alors au double et parfois au triple de son chifl're normal. Le nianoniètre montre clairement que les efforts, quels qu'ils soient, déterminent une gêne beaucoup plus prononcée dans la petite circulation que dans la circulation générale. C'est |)Our

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