DÉSIGNATION DES ARTÈRES
Aorte primitive ., <
Aorte antérieure * • . .
Tronc brachial droit
Tronc brachial gauche . . . .^
Carotide »
numérale • .
Artère pulmonaire
Bronchique
Aorte postérieure
Cardiaque gauche
Gastriques réunies
Splénique
Hépatique
MésentériqUe antérieure i
Mésentérique postérieure
Rénale droite
Iliaque interne
Tronc crural
Grande testiculaire "
Utérine
Diamélre iatvrieur.
milh
Âix*e
exprimée en mill.
Rapport de
l'aire des artères
comparée
à l'aorte.
Le degré de réplétion du système vasculaire a, sur la pression du sang artériel,
UM
DE LA CIRCULATlOiN.
une influence des plus considérables que Haies a indiquée el mesurée. Pour cela il notait d'abord la hauteur du sang dans son manomètre, faisait une saignée de quantité connue, prenait de nouveau la hauteur du liquide, après quoi une nouvelle saignée et ime nouvelle mensuration, jusqu'à épuisement. Les hauteurs do sang décroissaient après chacune des émissions successives; mais elles ne descendaient point à la fin au-dessous de 2 pieds anglais. Il en a été ainsi dans (ouïes mes expériences dont je citerai deux seulement.
Numéros
des
mcnsuratioDS.
Niiméms
des
mensiiratioDs.
Quantité Quantitt; totale
de sang extraite de sang extraite
av^nt chaque avant chatiue
mensuratioD. meiisiiration.
Hauteur
du sang dons
l'IiOuiodynamr.-
mètre.
grani.
gram.
Quautité
de
sang extraite
avaut chaque
monsuraticm.
gram.
(Quantité
totale
d<! sang extraite
avant chaque
mensuration.
gi'aïu.
Hauteur du sans dans rhémodynauitimètre.
Pendant lo calme.
Au moment des efforts.
Dans la première faite sur un cheval très-vigoureux et couché, le sang s'élevait avant toute déperdition à 2"", 27. Son niveau baissait de 13 centimètres après une première saignée de 2 kilogrammes, puis de 5 centimètres après une seconde saignée de même quantité. ]1 descendait à U2 centimètres après la dix-septième émission, alors que l'animal avait perdu en somme 25 kilogrammes de liquide.
Dans une autre expérience sur un cheval entier, de trait, du poids de dOO kilo-
CIRCULATION ARTÉRIELLE. kU9
grammes, la colonne sanguine qui, avant les saignées, s'élevait à 2'°*02, descendait à kU centimètres lorsqu'on eut lire à l'animal 22 kilogrammes de sang en douze émissions successives. Le second tableau de la page précédente donne les hauteurs régulières du sang pendant le calme et les hauteurs observées au moment des efforts musculairesw
Dans une série d'autres expériences la pression s'est montrée décroissante à mesure que le système vasculaire s'est désempli» sans que toutefois la diminution fût, comme Haies l'avait observé déjà, proportionnelle à la somme des évacuations. J^e fait a une très-grande importance en thérapeutique, et il explique l'influence salutaire de la saignée lorsqu'il s'agit de combattre les congestions, les hémon hagies et tous les états morbides qu'engendre la pléthore et une pression sanguine exagérée.
Il est clair qu'en augmentant la masse du liquide en circulation on accroît la tension que aous venons de mesurer. Un certain temps après le repas, lorsque l'absorption a apporté une grande somme de matériaux dans le système vasculaire, cet accroissement est notable et se traduit par des modiQcations dans l'état du pouls et la force des contractions du cœur. La transfusion d'une certaine quantité de sang ou môme* d'eau tiède prodoit rapidement le même effet.
La tension du sang dans les artères croît aussi par suite de t'énergie avec laquelle le cœur y pousse le fluide, et celte énergie est beaucoup plus considérable sur les sujets vigoureux que surxeux débilités par le travail, l'âge et les privations. A cet égard toutes mes expériences donnent des résultats concordants. Sur le cheval énergique le sang monte souvent à plus de 2 mètres 1/2; il reste fréquemment au-dessous de 2 mètres sur les animaux faibles ou usés. £lle diminue toutes les fois que l'énergie des systoles cardiaques est affaiblie, comme par exemple après la section des vagues, l'emploi de la digitale, l'injection de diverses substances dans les veines, l'usage des pui^atifs à haute dose, dd nitrate de potasse, etc. Ce sont là des modifications dont l'importance est grande au point de vue de la thérapeutique.
£lle devient aussi plus forte si des obstacles sont apportés à la marche du liquide et à sa répartition uniforme dans les diverses parties du système. Ainsi elle augmente si l'accès du sang devient difficile dans quelques organes où il doit en aborder de grandes quantités, car alors la fraction que ces organes devraient recevoir s'ajoute à la masse destinée aux autres. De même si, dans un département vasculaire à artères multiples et en communication entre elles, une ou deux artères viennent à se resserrer ou à s'obstruer, la tension doit nécessairement croître dans les autres. Aussi en liant un certain nombre d'artères dans le mésentère de l'intestin grêle, on provoque aisément l'hypérémie dans les points dont les artères sont demeurées libres. On conçoit par là comment la compression de quelques artères intestinales, en faisant refluer le sang dans les autres, provoque des congestions et même des hémorrhagies dans les portions dont les artères demeurent accessibles. Peut-être chez le cheval dont la grande mésentérique se remplit de caillots provoqués par la présence de sclérolomcs, l'hypérémie et les raptus de l'intestin grêle sont-ils dus souvent à cette cause.
La tension artérielle s'accroît encore chez un animal dès qu'on vient à lier une artère un peu volumineuse, Taorte postérieure, les fémorales, parce qu'alors la quantité de sang augmente en réalité dans les départements libres. L'inflammation
fi. COUK. — Physiol. comp., 2« édit. il. — 29
produit un effet analogue. Au contraire, si la perméabilité vasculaire d'une partie devient plus grande, le sang qu'elle appelle en abondance diminue la tension dans le reste. On conçoit par là l'action des révulsifs cutanés quand il s'agit de diminuer la tension du sang dans le cas de congestion sur un organe important, le cerveau, le poumon, par exemple.
Les divers étals de la circulation capillaire influent plus qu'on ne pense sur la tension artérielle. Si le sang traverse aisément les systèmes capillaires dilatés, cette tension diminue et les artères demeurent molles et dépressibles. Dans le cas où le système capillaire est resserré ou seulement embarrassé dans une région un peu étendue, les artères se désemplissent moins aisément, deviennent plus tendues. Ainsi par le fait du froid qui agit sur l'ensemble de la peau, par l'immersion rapide du corps, par l'action de la douche à basse température, le resserrement brusque des capillaires superficiels augmente constamment la tension artérielle et provoque souvent des contractions cardiaques énergiques, de véritables palpitations, des raptus dans les vaisseaux de l'encéphale. L'engouement d'un système capillaire un peu important peut produire un effet analogue. Au contraire, la dilatation des capillaires sous l'influence d'une douce chaleur, en les rendant très-accessibles au sang, produit un effet diamétralement opposé an précédent
D'un autre côté, les variations dans l'intensité de la poussée que lé sang exerce sur les parois artérielles réagissent sur le cœur. Si la tension est très-forte dans les artères, la systole ventriculaire est plus prolongée en même temps qu'elle est plus laborieuse ; la projection du sang dans l'aorte étant plus pénible^ se fait avec plus de lenteur. Au contraire, lorsque la tension artérielle est faible, la systole ventriculaire est plus brève et elle fait, en un temps très-court, entrer l'ondée dans l'aorte.
Les mouvements respiratoires font varier notablement la tension du sang artériel. L'inspiration l'affaiblit, car, par la tendance au vide qu'elle produit dans le thorax, elle diminue la pression exercée sur le cœur et sur les deux troncs aorti' ques. L'expiration l'augmente, puisqu'elle affaisse le poumon sur le cœur et sur les gros vaisseaux. Aussi, quand on examine avec attention les mouvements du sang dans le tube de Haies, on voit que ses oscillations y sont de deux sortes, les unes en rapport avec les mouvements du cœur, les autres avec les mouvements respiratoires. Il n'est nul besoin d'appareil enregistreur pour les constater et les mesurer. Les oscillations synchrones avec l'ampliation ou le resserrement du thorax sont peu marquées si la respiration est calme ; elles acquièrent de l'amplitude proportionnellement à l'exagération de ces mouvements. Dans tous les cas, comme il y a successivement accroissement et diminution, les différences se compensent.
C'est au moment des efforts violents que la pression artérielle éprouve l'augmentation la plus considérable. Alors, comme la glotte est fermée, l'air du thorax presse fortement et sur le cœur et sur les grosses artères. Il suffit d'un simple déplacement de l'animal, comme Haies l'avait déjà vu, pour élever sensiblement la colonne sanguine dans le manomètre. Le déplacement d'un pied, l'action de se débattre augmente la hauteur de la colonne sanguine de 20, 30, 50 et même 60 centimètres, c'est-à-dire parfois de plus d'un quart. C'est dans ces conditions que les palpitations surviennent, que les anévrysmes se rupturent. La difficulté que le sang éprouve
à entrer dans Taortc peul même être telle qu'elle entraîne un arrêt momentané dans l'action du cœur, arrêt que j*ai noté plusieurs fois, comme divers expérimentateurs.
L'accroissement de pression résultant des efforts violents est très-bien supporté par les parois artérielles tant qu'elles conservent leur épaisseur et leurs propriétés normales, car elles offrent à l'expansion une résistance énorme, l^intringham a constaté que les plus épaisses, l'aorte, l'iliaque, la crurale ne se déchiraient que sous une pression de U atmosphères, soit l'équivalent de celle d'une colonne de sang de 38 à 39 mètres. Leur rupture n'exige pas une pression si forte sur les cadavres qu'on injecte, ni sur l'animal vivant On voit parfois l'aorte se déchirer à son origine sur le cheval sous l'influence des efforts très-violents.
La tension du sang artériel a été considérée pendant longtemps, à partir des recherches de Poiseuille, comme étant uniforme dans toutes les parties du système, quelle que soit leur distance du cœur. En effet, tant qu'on expérimente sur des artères d'un certain calibre on la trouve sensiblement égale dans toutes. Cependant Volkmann,et plus récemment M. Bernard, ont cru la voir diminuer d'un vingt-cinquième et souvent d'une fraction plus considérable dans les artères très-éloignées du cœur, comme par exemple celles du pied. Mais la diminution constatée n'a été ni en rapport avec la dislance entre le cœur et le point observé, ni avec l'atténuation du vaisseau. Aussi suis-je porté à l'attribuer à des causes étrangères, telles que la dénudation du vaisseau, la lésion des collatérales, etc., qui ont un effet plus marqué sur les petites que sur celles d'un grand calibre.
Quoi qu'il en soit^ à cet égard, les oscillations que subit la pression artérielle sous rinfluence de l'action du cœur, des mouvements respiratoires et des efforts s'affaiblissent d'autant plus qu'on se rapproche davantage des capillaires. Leur étendue se restreint à mesure que le cours du liquide perd son caractère saccadé.
Dans le système artériel pulmonaire la tension du sang est, comme nous l'avons déjà vu, en déterminant la force impulsive du cœur, beaucoup moindre que celle du sang aortique. Butner, en 1853, l'a trouvée égale au tiers de cette dernière chez le chien, au quart chez le lapin, au cinquième chez le chat, mais cet expérimentateur, qui coupait les nerfs vagues, ouvrait largement le thorax et établissait une respiration artiGclelle pour détef miner les pressions, ne pouvait obtenir des résultats exacts. En 186^, par un procédé qui consiste à adapter un manomètre à l'artère pulmonaire, en passant par une petite ouverture de l'abdomen et du diaphragme, sur l'animal vivant, je l'ai mesurée dans les conditions les plus variées (1). Le sang de l'artère pulmonaire, sur treize animaux de vigueur moyenne, s'est élevé aux hauteurs suivantes dans les moments de calme parfait :
Sur le premier, à 0™,32; sur le deuxième, à O^^iSS; sur le troisième, à 0"',36; sur le quatrième, à 0*", 37; sur le cinquième, à 0",^3; sur le sixième, à 0°*,^8; sur le septième, à 0"*, 52; sur le huitième, à O^jSQ; sur le neuvième, à0",61.
Gonséquemment , la tension moyenne du sang dans l'artère pulmonaire est , sur le cheval, tout au plus le quart ou le cinquième de celle du sang aortique.
(1) G. Colin, Recherches ea^pérùnentales sur la circulation pulmonaire et sur les diffé" renées d'action qui existent entre les cavités droites et les cavités gauches du cosur (Comptée rendus de C Académie des sciences, 5 décembre 186A).
Ce qui distingue essentiellemeut cette tension, c*est son extrême mobilité et les variations très-étendues qu'elle éprouve sous Tinfluence des mouvements respira-
toires et des efibris. •
D*abord le mécanisme respiratoire l'accroît ou la diminue sans cesse, lui fait éprouver des oscillations qui correspondent par leur étendue à l'ampleur des mouvements du thorax. Déj^ dans le système aortique la pression augmente lors db Texpiration et diminue dans l'inspiration, quoique les parties centrales de ce système éprouvent seules l'influence de la dilatation ou du resserrement de la poitrine. Il n'est donc pas étonnant que le système des vaisseaux pulmonaires, tout entier confiné dans le thorax, au sein d'un organe tour à tour dilaté et resserré, ressente à un plus haut degré l'influence de ces alternatives d'ampliation et de resserrement. Lors de l'inspiration, le sang circule dans des vaisseaux dilatés et se trouve à son minimum de tension; au moment de l'expiration, il progresse dans des vaisseaux affaissés, resserrés, sirueux ; sa tension y arrive au maximum et elle exige, de la part du cœur droit, une projection plus énergique. Cependant les oscillations subordonnées aux mouvements respiratoires ne sont pas toujours très-prononcées, et notamment dans les cas où la respiration est accélérée, d'autant que l'influence exercée par chaque temps de la respiration sur la tension du sang ne s'éteint pas immédiatement, ou, en d'autres termes, que la diminution de pression produite par riuspiratiou se prolonge sur l'expiration, et réciproquement
Dans tous les cas, ce qui prouve péremptoirement que les difl'érences de pression subordonnées aux mouvements respiratoires sont réelles, c'est leur exagération très-marquée par le fait des efforts, exagération dont les nuances sont nettement accusées par le manomètre. Dès que ces efforts viennent à se produire, on voit en effet la hauteur du sang s'élever subitement dans le tube manométriquc. De 30 centimèti^, par exemple, elle atteint i!iO, 50, 60, 80 centimètres, 1 mètre, l"*,!.^, i'',20, soit la moitié et plus de la hauteur du sang aortique. Elle n^ se maintient à ce degré qu'un instant ou bien pendant de longues périodes suivant le caractère et a durée des efforts. Voyez page 653 un exemple de ce dernier cas que je mets en regard des oscillations du sang artériel, sur un cheval très-vigoureux.
£n résumé, la pression du sang dans le système artériel pulmonaire est en moyenne à peu près égale au cinquième de celle du sang des artères aortiques. Elle est extrêmement influencée par les mouvements du thorax et par ies^ causes diverses qui modifient le rbylbme de la respiration. Ainsi, elle diminue au moment de l'inspiration et augmente lors de l'expiration d'une manière très-marquée. Par le fait des efforts, elle peut atteindre et même dépasser un chiffre double de celui qui représente son intensité normale : dans ces conditions, elle égale le tiers et jusqu'à la moitié de celle du sang aortique. Au delà de ces limites, elle ne serait plus compatible avec le degré de résistance des minces parois artérielles du poumon, surtout au niveau de leurs petites divisions, dans les lobules et les dernières ramifications bronchiques. C'est là qu'a lieu, en effet, la rupture des arlérioies sous l'influence des efforts qui élèvent la pression du sang à son maximum.