‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 129 sur 239 · Dm cours du sang dans le système de la veine porte · texte numérisé non relu

Dm cours du sang dans le système de la veine porte

La veine porte, dérivée de tous les oi|;anes digestifs renfermés dans Tabdomen, estomac, intestin, rate et pancréas, offre ceci de très-remarquable, qu'après s'être constituée en un tronc volumineux, eUe va se diviser dans le foie, y aboutir à un système capillaire, duquel naissent des veines de plus en plus grandes destinées à reprendre le sang de la veine porte et à le verser dans la veine cave postérieure, lors de son passage dans la grande scissure hépatique antérieure. Seule, parmi tontes les veines, elle est pourvue de deux systèmes capillaires, Tnn \ son origine, l'autre à sa terminaison. Dans Tune de ses moitiés, le sang progresse des capillaires et des branches vers le tronc; dans l'autre, ce fluide marche du tronc vers les branches et les capillaires. Dans sa première moitié, la circulation a lieu comme celle des autres veines; dans la seconde^ elle se fait comme la circulation artérielle. Ce système remarquable représente ainsi un arbre coin* plet ayant un tronc très>court, ses racines dans les viscères digestifs^ et ses branches dans le foie.

Dans les solipèdes, la veine poite est formée : 1° par la veine rectale et les quatre ou cinq veines du côlon flottant qui se réunissent pour former la petite mésaraîque; 2° par les deux grosses veines du côlon replié, les deux veines du cœcum^les seize à dix-huit branches de l'intestin grêle de la réunion desquelles résulte la grande mésaraîque; 3"" par la splénique, qui rassemble les divisions de l'estomac et de la rate; /i*" enfin, par de petites branches pancréatiques et épiploîques. Dans lesruminants, elle est constituée par la réunion de toutes les branches intestinales rassemblées en une seule mésaraîque, des deux grandes veines du rumen, de la grosse veine du feuillet et des veines de la caillette; enfin, d'une seule splénique. Dans les carnassiers, elle dérive d'une très-petite mésaraîque, de la grande mésaraîque* et enfin, d'une gasiro-splénique dont la disposition rappelle celle des aninuiux solipèdes.

Toutes ces veines, en même nombre que les artères, dont elles suivent exactement le trajet, affectent la disposition de ces dernières. Ainsi, les branches prove« nant du rectum s'anastomosent avec celles du côlon flottant, celles-ci avec les branches du côlon replié; les branches du ccecum avec celles de l'intestin grêle; enfin, ces dernières avec des divisions gastriques, de telle sorte que, si dans cer-

taioes d'entre elles, la circulation est gênée, le sang peut passer là où il progresse librement.

Le cours du sang dans le système abdominal s'opère sous Tinfloence des forces qui mettent en mouvement ce fluide dans toutes les autres veines de l'économie. De plus, dans la partie bépatique de la veine, c'est-à-dire depuis le tronc, qui traverse l'anneau du pancréas, jusqu'au système capillaire du foie, la couche mascoleuse du tronc de la veine porte ajoute une nouvelle impulsion à celle que le fluide possédait en arrivant à ce point central du système. Cette couche^ qui commence à apparaître sur la grande mésaraîque et sur la splénique vers leur jonction 'an tronc, devient de plus en plus épaisse et distincte à mesure que celui-ci s'approche de la scissure postérieure du. foie, et y acquiert dans les solipèdes et les ruminants une épaisseur considérable. Cependant, le tronc de la veine porte, ainsi renforcé, ne saurait être considéré comme faisant l'office d'un agent puissant d'impulsion. Il ne m'a pas semblé qu'il fût le siège de contractions rhythmiques spontanées sur le chien, où il est à découvert dans une grande étendue, ni sur le cheval, ouverts vivants. Il n'a éprouvé qu'un resserrement lent et très-équivoque, par suite de l'action de l'alcool ou d'un acide concentré. L'application d'un couraut galvanique, immédiatement après la mort, a seule prodoit sur le cheval une contraction manifeste^ lente et prolongée dans les cas où la veine n'était pas trop distendue ni tiraillée par le poids des intestins déplacés. Koiliker et Yirchow (1) ont vu des lambeaux de ces veines détachés du cadavre d'un supplicié et soumis à l'excitation électrique, se contracter encore plus de deux heures après la mort. Suivant ces mêmes observateurs, la contractilité ne serait pas limitée au tronc où les fibres musculaires sont bien évidentes ; elle aurait lieu aussi dans les branches, car ils ont noté que la mésaraique, près de l'iléon, s'était resserrée du quart de sa lumière.

La contractilité de la partie centrale de la veine porte, niée par Bichat, doit être regardée, si faible qu'elle puisse être, comme un cause auxiliaire du mouvement du sang dans ce petit système. Très-probablement, la pression exercée sur les viscères abdominaux par le diaphragme et les parois abdominales, les mouvements de ces musdes, ceux des intestins et de l'estomac, la distension des viscères, doivent favoriser cette impulsion, comme le pensait l'illustre physiologiste que je viens de citer. La pression des parois abdominales sur la veine porte est, d'après Poîseuille (2), égale à celle d'une colonne d'eau de 5 à 7 centimètres à l'état normal, et de 14 à 21 centimètres au moment des efforts. Il suffit, pour se convaincre de son utile coopération, de voir avec quelle rapidité les divisions spléniques, gastriques et intestinales se gonflent et deviennent variqueuses une fois que les parois abdominales enlevées n'exercent plus leur pression habituelle sur les viscères digestifs.

Le mouvement de reflux qui s'opère dans le système veineux général sous l'influence des mouvements du cœur et du mécanisme respiratoire, ne parait guère possible dans celui de la veine porte. Ce mouvement qui, dans le premier, s'affaiblit à mesure qu'on s'éloigne du cœur et que les vaisseaux diminuent de

(i) KôUiker et Virchow, Archives générales demédecitie, février 1855, p. 198.

(2) Poisemlle, Recherches sur les causes du mouvement du sang dans les veines, Paris, 1830.

diamètre, cesse d'être apprédabie dans les petites veinés, bien avant que celles-ci aient atteint les capillaires. Or, à supposer que le reflux du sang de la veine cave se fasse sentir jusque dans les veines sus-bépatiques un peu volumineuses, il doit certainement cesser avant les capillaires qui unissent celles-<:i à la veine porte; è plus forte raison ne doit-il ni se propager à ces capillaires, ni s'étendre au. delà. £n effet, Tinspection directe ne montre là aucun indice de reflux, comme Bichat en avait déjà fait la remarque. Cependant, de nos jours, on ne s*est pas contenté d'admettre l'existence si contestable de ce simple reflux commun au reste du système vasculaire à sang noir, on a prétendu que le sang^ de la veine pouvait progresser en sens inverse de son cours habituel, c'est-à-dire éprouver une véritable' circulation rétrograde.

D'après M. Bernard (1), qui est l'auteur de cette conception, le sang de la veine porte, après avoir traversé le système capillaire du foie et avoir été amené dans la veine cave postérieure par les veines sus-hépatiques, refluerait dans le tronc de la veine cave en arrière de la scissure antérieure du foie, et de là dans la veine rénale, où il servirait à la sécrétion urinaire. Ce courant rétrograde aurait lieu pendant la digestion seulement, et la circulation reprendrait sa direction normale pendant l'abstinence. Ainsi s'expliqueraient, suivant lui, la ra|^idiié avec laquelle les boissons se trouvent éliminées par les urines et certaines particularités relatives au mode d'action de diverses substances vénéneuses introduites dans les voies digestives.

On conçoit très-bien que le sang des viscères abdominaux, une fois parvenu à la veine cave, puisse éprouver dans le tronc de cette veine un reflux tel que celui du sang de la veine elle-même $ on conçoit que ces deux sangs mêlés puissent refluer assez loin dans la partie abdominale de la veine cave, dans la partie libre des rénales, dans la partie supérieure des iliaques. C'est là un phénomène propre à toutes le:» veines un peu considérables et dont nous nous somtnes assez occupés précédemment [}our qu'il soit inutile d'y revenir. Mais ce reflux doit être, comme celui de toutes les autres parties du système veineux, régulier et subordonné aux mouvements du coeur et au mécanisme respiratoire; il doit se faire pendant la digestion comme pendant l'abstinence, s'effectuer en masse, dans des limites restreintes, s'affaiblir et s'éteindre à mesure qu'on se rapproche des radicules ténues du système veineux. Tout cela n'a rien d'étonnant, rien de particulier, puisque les choses se passent dans l'abdomen comme dans les autres parties de l'organisme.

Dire que, lors du travail digestif, le sang de la veine porte change son cours habituel et progresse en arrière vers les reins au lieu de se diriger vers le cœur ; dire que ce sang, repoussé dans la portion abdominale de la veine cave, s'engage dans le tronc des émulgentes, de là dans leurs racines, pour rétrograder jusque dans les capillaires du rein et y fournir des matériaux à la dépuration urinaire; dire enfin que les fibres musculaires du tronc de la veine cave sont destinées à porter le sang en arrière au lieu de le faire progresser vers l'organe central de la circulation, c'est

(1) Cl. Bernard, Union médicale, 19 et 2d septembre 1850. — £. Littré, note additionnelle sur la circulation bépatico -rénale, in MUUer, Manuel de physiologie. Paris, 1852. 2« édil., p. 792).

COURS DU SANG DANS LES VEINES. U^l

élever autant d'hypothèses invraisemblables, illogiques et entièrement dénuées de preuves sérieuses.

£n effet, pourquoi le sang de la veine porte refluerait-il dans les veines pendant le travail digestif, et pourquoi reprendrait-il son cours normal pendant Tahstinence? Si cette circulation rétrograde, bépatico-rénale, comme on l'appelle, a lieu lors de la. digestion, elle doit s'effectuer d'une manière permanente chez les animaux qui, comme les ruminants, digèrent constamment. S'il y a réellement un courant qui porte le sang veineux dans le rein, il faut qu'il s opère non-seulement dans le tronc de la rénale et de ses principales branches, mais encore dans les plus petites, et jusque dans les capillaires; sinon, il ne saurait y servir à la sécrétion de l'urine; car ce n'ei^t pas le sang que renferment les gros vaisseaux qui peut être employé à cet office. Or, comment pourraient se mouvoir dans une même veine deux courants opposés : d'abonl, celui du sang dérivé des artères et revenant au cœur; puis, celui du sang, qui de la veine porte se dirigerait vers le système capillaire du rein? Ces deux courants seront-ils simultanés ou successifs? S'ils sont simultanés, comment pourra-t-il se faire qu'une partie des fluides de la veine marche en un sens, et l'autre partie en sens opposé? S'ils sont successifs, quelles seront les causes de leur alternance, les lois de leur succession?

Les partisans de l'opinion contre laquelle j'ai été le première m'élever (1) n'ont pu l'étayer jusqu'ici que sur des considérations vagues, sur des expériences ambiguës et des arguments embrouillés, souvent sans rapport avec l'idée qu'ils vou- 'laient défendre ; mais il serait inutile de les suivre ici sur un terrain que probablement ils ne tarderont pas à abandonner.

Le sang de la veine porte, pour se rendre au cœur, doit-il toujours et entièrement traverser le système capillaire du foie, ou, en d'autres termes, y a-t-il des communications directes enire le système de la veine porte et celui des veines de la grande circulation?

La plupart des anatomistes modernes s'accordent à dire que la veine porte est dépourvue de valvules et que, par conséquent, le sang peut y progresser dans tous les sens sous l'influence des causes susceptibles de modifier la circulation de ce petit système. Bichat, Béciard et les auteurs vétérinaires les plus récents y nient l'existence de ces replis. Cependant, depuis fort longtemps, les valvules de cette veine ont été indiquées et décrites. G. Bauhin (2) en signale à l'extrémité des mésaralques, Colombus cité par G. BarthoUn (3) en fait une mention vague au point de vue physiologique, Perrault {k) décrit et figure celles du tronc de cette veine dans une vache de Barbarie, Higmore a représenté celles de la veine splénique du bœuf et du cbieUy Blasius (5) a reproduit ces figures, Haller (6) a indiqué celles des rameaux mésaraiques et de la veine splénique du cheval Enfin, Bourgelat (7) a

(1) G. Colin, Recueil de médecine vétérinaire, t. X, 3^ série, p. 955.

(2) Casp. Bauhini, Anatome. Basile®, p. 355, 356.

(3) Bartholin, Instit. Anat.y trad. do Prat. Paris, 1647.

(4) Perrault, Mémoires pour servir à l'histoire des animaux, Paris^ 1676.

(5) Blasius, Anatome animalium, Amsterdam^ 1681^ p. 334 et 364.

(6) CuTÎer, Leçons d'anat. comp,^ 2^ édit., t. VI, p. 280.

(7) Bourgelat, Précis anatômique du corps du cheval, 4" édit., 1807, p. 308.

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