GENÈSE, USURE ET RENOUVELLEMENT DL SANG
trique, 5 de bile, 5 de suc pancréatique, 40 de suc inlestiiial/total 67 kilogrammes, soit plus de deux fois le poids du sang et le sixième de la masse du corps. Si on ajoute à cela 12 kilogrammes d'urine, 8 kilogrammes de produits de transpiration, 2 à 3 kilogrammes de carbone de.*^tiné à remplacer ce qui a été brûlé dans Tensemble de Téconomie, en tout 90 kilogrammes, on ne s'étonne pas de voir arrivci dans le torrent circulatoire une centaine de kilogrammes de chyle, de lymphe et divers produits absorbés pour compenser les déperditions éprouvées par le sang.
Mais tons las éléments sanguins ne s'usent pas également vite, et conséqueniment n*ont pas tous une régénération également prompte. L'eau qui leur sert de véhicule s'en va avec une vitesse excessive, emportant avec elle les matières salines. Les glandes salivaires, à elles seules, en enlèvent 15 à 20 kilogrammes pendant le repas d'un cheval ou d'un grand ruminant; la peau, les muqueuses respiratoires ou digestives, les reins, en soustraient aussi de grandes quantités en de très-courtes périodes. Aussi les chylifères et les lymphatiques en verseni-ils dos niasses énormes dans le torrent circulatoire : l'absorption fait équilibre à l'exhala tion; elle répare les pertes à mesure qu'elles s'opèrent. Le sang perd ses sels en grande proportion, et il en reçoit des quantités équivalentes; il perd. ensuite pour la nutrition, les sécrétions du tissu cellulaire^ celles des membranes séreuses, beaucoup d'albumine, et le système lymphatique lui rapporte beaucoup de cet élément précieux, sujet à tant de métamorphoses ; il cède peu de fibrine et en reçoit peu ; enûn il ne parait éprouver que des pertes insensibles de globules : aussi ces corpuscules précieux, dont la formation est si obscure, se renouvellent-ils avec une extrême lenteur.
En dehors des conditions ordinaires, par exemple lorsque In digestion est suspendue, pendant l'abstinence de longue durée, l'hibernation, le plasma s'use vite encore, puisque le travail nutritif persiste et que beaucoup de sécrétions conservent une grande activité. Ses pertes alors s<mt compensées, non plus par les apports du système chylifère, mais seulement par ceux des lymphatiques de l'ensemhle du corps.
Les éléments figurés ou les globules, bien qu'ils soient aussi des éléments tiMusitoires, ne se détruisent qu'avec lenteur. Il est impossible de dire quelle est leur durée. Comme ils se produisent lentement, ils doivent se détruire avec lenteur. Les blancs dont la genèse est la plus rapide sont vraisemblablement ceux dont la vie est la plus courte. Ceux qui ne se transforment pas en hématies paraissent s'atrophier en partie et en partie se détruire par rupture de leur enveloppe, rupture qui laisse libre le contenu et ses granulations.
Les globules rouges vivent selon toute apparence assez longtemps. Dans quol^ ques conditions, pendant l'abstinence par exemple, ils pâlissent et se déforment, comme Schuitz et Nasse l'ont remarqué. Alors sur la grenouille, suivant Donders et Moleschott, ils deviennent transparents et semblent se réduire à leur partie centrale. £n moins d'un mois, la moitié éprouve ces modifications. Toutefois les globules de mammifères introduits dans les vaisseaux de ce batracien s'y maintiennent pendant une quinzaine de jours. Dans certains cas, ils semblent se détruire avec rapidité, surtout si l'organisme n'est pas en état de faire face aux besoins de la réparation. J'ai vu des herbivores maigres devenir anémiques en quelques jours ou en
une semaine au plus, anémiques, non pas seulement par réduction considérable de Ja masse totale du sang, mais encore par réduction de la quantité des globules.
La destruction des globules qui est probablement une conséquence de leur fonctionnement actif doit s'opérer dans le système vasculaire, puisque ces corpuscules n*cn sortent pas avec le plasma ; elle n*cst pas le résultat direct, immédiat de la nutrition ou des sécrétions, puisque ces organites ne concourent pas en bloc à ces deux actes qui usent si vite tous les matériaux plasmaliques du liquidé. Elle paraît se faire plus activement dans certains organes, notamment dans ceux où naissent les matières pigmentaires et où se préparent des matières colorantes comme à la rate et au feie, de sorte que ces organes jouent à la fois le rôle de producteurs et de destructeurs de globules, rôle qui est, à divers degrés d'ailleurs, celui de toutes les parties. Mais on a certainement exagéré ce qui parait se passer dans quelquesuns, notamment dans la rate, car, d'après Funke^ le sang qui sort de ce dernier organe loin d'avoir toujours moins de globules rouges que le sang afférent, en a quelquefois plus.
Si les globules sanguins pouvaient sortir des vaisseaux, leur mode de destruction deviendrait apparent dans quelques points. Herbst dit bien que sous l'influence d'une pression accrue dans le système sanguin par la transfusion, les globules rouges deviennent abondants dans la lymphe, et Kôlliker affirme que ces globules passent dans les lymphatiques de la queue des têtards lorsque la circulation est embarrassée; mais dans ces circonstances, c'est probablement par des solutions de continuité microscopiques que le passage s'effectue. Dans tous les cas, les glol)ules qui passent d'un système vasculaire dans l'autre ne sont pas pour cela destinés à se détruire plus vite; ils reviennent promptement dans le réservoir commun. Ceux qui tombent dans les tissus, par suite d'épanchements sanguins, s'agglutinent entre eux et s'entourent d'une couche albumineuse ou encore se transforment en granulations pigmentaires.
£n somme, le sang s*use de deux manières : 1® par ce qu'il cède aux tissus pour la nutrition, la caloriûcation et les sécrétions; 2® par ce qui se transforme ou se détruit directement dans ses vaisseaux. Les éléments plasmatiques se détruisent suivant le premier de ces modes, les figurés suivant le second. Il n'y a à ce sujet rien d'obscur.
RcBoaTellemeiii des matérliiax do Miiig. — Les éléments COtlstitulifs du sang, pour maintenir ce liquide dans un certain équilibre de composition, doivent se renouveler proportionnellement -à leur usure respective. Cette rénovation est extrêmement rapide pour le plasma et elle est nécessairement lente pour les élé« ments figurés qui ont une stabilité relative.
La rénovation a lieu directement par l'absorption que les vaisseaux sanguins eO'ectuent dans les tissus^ aux surfaces des cavités closes, et enfin dans l'appareil digestif. £lle a lieu indirectement par l'apport continuel dans le système veineux des masses de chyle et de lymphe que les vaisseaux blancs sont chargés de recueillir. La part relative de ces deux moyens n'est pas exactement déterminée, puisqu'il est impossible d'évaluer exactement le produit de l'absorption veineuse; mais celle des deux fractions du système lymphatique est énorme, soit pour les grands solipèdcs et ruminants de 50 à 100 kilogrammes en vingt-quatre heures, i*eprésentant an
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maximam trois fois h qoaDtité de sang que contient, à nn moment donné, le système sanguin.
La masse du sang, ;i elle a été réduite dans de fortes proportions par une hémor* rhagie spontanée ou par des saignées abondantes, revient très-vite à son chiffre normal ou à peu près. Les fortes saignées faites presque coup sur coup pour combattre la pneumonie et d'autres affections congestives ou inflammatoires graves sont suivies d'une réparation rapide, parfois étonnante. Girard ayant tiré à une jument de taille moyenne 10 kilogrammes de sang le premier jour, 10 le deuxième, 8 le troisième, 8 le quatrième, 7 le cinquième, 9 le sixième, recueillit encore à l'ouverture du cadavre, après cette dernière saignée, 5 kilogrammes de liquide^ en tout 57 kilogrammes. Un autre cheval de forte taille donna le premier jour 15 kilogrammeS; 12 et demi le troisième, 13 le cinquième, 11 le septième et, après la mort qui suivit cette dernière, U et demi, en somme 56 kilogrammes. Gomme la quantité de sang obtenue sur ces deux animaux représente environ deux fois celle qui devait être contenue dans les vaisseaux au début de l'expérience, il faut en conclure qu'en six à sept jours il s'est formé une masse de sang équivalente à celle * existant au début. Et cette quantité s'est reconstituée dans de mauvaises conditions, puisque l'abondance et la rapidité des émissions ont dû entraver et finalement suspendre le travail digestif M. Piorry a vu que sur le chien les choses se passent ainsi. Le carnassier saigné abondamment donne le lendemain, même à la diète, 10 à il onces de sang, et plusieurs jours après de nouvelles quantités. Quelques laits plus anciens devenus classiques prouvent que sur Tbomme la régénération du sang n'est pas moins active. Ainsi, au rapport de Haller^ un jeune homme perdit en dix jours 75 livres de sang, soit plus de la moitié du poids du corps. Si cejeune homme avait 10 livres de sang ou un quinzième du poids du corps, son sang en masse se serait renouvelé environ sept fois en dix jours. Un hémorrhoidaire en perdait 5 livres par jour pendant deux mois, soit en somme 310 livres, ce qui suppose une régénération répétée trente et une fois, soit une fois par chaque période de quarante-huit heures. Une jeune fille perdit 200 livres de sang en quatorze mois par des saignées et la menstruation, etc.
Si, après ces émissions abondantes, le sang se reconstitue en masse assez vite, sa reconstitution ne porte pas, d'une manière égale, sur tous ses éléments. MM. Andral, Gavarret et Delafond ont vu sur un cheval vieux qui subit sept fois, à vingtquatre heures d'intervalle, une saignée de 6 kilogrammes, en tout li2 kilogrammes, le chiffre de Tean monter de 802 à 894» celui des matériaux solubles du sérum descendre de 90 à 60 et des globules de 104 à 38. L'eau se remplace donc très-facilement, même au delà du chiffre normal, puis la fibrine dont le chiffre ne baisse pas, les matériaux solubles du sérum moins facilement que l'eau, les globules moins que les matériaux fixes du sérum.
On voit, d'après cela, qu'en somme, il y a une très-grande différence entre le renouvellement du plasma sanguin et celui des globules. Le plasma, ou la solution ibrino-albumineuse qui sert de véhicule aux hématies, s'use vile et se répare vite : il s'use vite, car il est l'élément de toute sécrétion et de toute nutrition; il se répare vite, car le fluide mixte qui résulte du mélange du chyle avec la lymphe est un plasma complet auquel il ne manque absolument rien, et qui vient continuellement se dé-
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Terserdans le torrent circulatoire. Les globules, au contraire, ont une fixité remarquable au seîn du liquide dans lequel ils nagent ; ils constituent la partie réellement stable de la niasse sanguine.
Le sang se comporte donc comme les parties solides, les tissus de réconomie». C'est un liquide organisé, vivant, qui jouit de la faculté d'assimilation et de désassimtlation, un liquide qui se forme, se détruit et se renouvelle, se compose et sedécompose sans cesse. Il est vivant par son plasma et par ses éléments figurés, et chacun de ceux-ci vit à sa manière; chacun a son mode de formation, de r^énération, de destruction, comme chacun a une fonction spéciale, déterminée.
D'abord le plasma est vivant : c'est une sorte de blaslème qui sert de matière première à la constitution de tout le reste. L'absorption en recueille les matériaux et en ajoute sans cesse de nouveaux; le travail ds la nutrition et des sécrétions lui en prend continuellement. Dans les vaisseaux, il fournit des matériaux aux leuco* cytes et aux hématies, et il en reçoit de ces corpuscules. Entre eux et lui s'opèrent des échanges incessants de gaz, de matières protéiques, de sels. En dehors des vaisseaux il offi-e aux éléments des tissus ce que réclament l'assimilation et la sécrélioa» Il est vivant dans les vaisseaux et en dehors des vaisseaux : c'est la matière de tontes * les formations oi^niqacs intra et extra-vasculaircs.
Le leucocyte vit plus ostensiblement que le plasma. Dès les réseaux capillaires oC» dès les foyer!^ glandulaires dans lesquels il prend naissance, il se comporte commela cellule : il absorbe, grandit; son noyau, son contenu se modifie; sa paroi se contracte, s'étend, donne dos prolongements. Il établit entre lui et le liquide ambiant des échanges nombreux ; enfin, par des mutations successives, il arrive à se convertir ei) hématie ou au moins à donner les éléments propres à la constitution de ce corpuscule.
Quant aux hématies, elles représentent le type le plus élevé de la cellule vivanteet libre. Elle sont une nutrition des plus actives, prennent dans le plasma des éléments suivant des proportions définies, et en rejettent; elles prennent, par exemple, les phosphates alcalins et laissent les chlorures dans le sérum ; elles se chargent des graisses phosphorées et laissent les autres autour d'elles; elles se saturent d'oxygène et abandonnent la presque totalité de l'acide carbonique au sérum. Elles élaborent
la matière colorante, transportent partout l'oxygène^ ie cèdent aux tissus, l'échangent avec rapidité contre racidc carbonique résultant des actions chimiques. Sans elles le sang ne peut stimuler, nourrir les organes, ni entretenir la chaleur animale. C'est par elles que ce liquide joue le rôle si complexe que nous allons étudier dan» la nutrition et les diverses sécrétions.
Ainsi, en somme, le sang, quoiqu'il représente un liquide en voie de mutation perpétuelle, tant dans son ensemble que dans chacun de ses éléments, se maintient dans chaque espèce à l'état de liquide d'une composition définie. Il s'y maintient parce que, d'une part, les lois de sa formation et de son renouvellement sont fixes; d'autic part, parce qu'il jouit de la faculté de se débarrasser, par les sécrétions, de tous les matériaux nuisibles ou seulement superflus que l'absorption luia apportés.