‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 158 sur 239 · MULTIPLICATION 'DES ÉLÉMENTS SOLIDES DES TISSUS · texte numérisé non relu

MULTIPLICATION 'DES ÉLÉMENTS SOLIDES DES TISSUS

Ch. Robin^ etc^ le physiologiste peut porter quelque lumière dans le mystérieux ' dédale de la nutrition.

Ainsi la cellule, comme on Ta dit déjà, est Télément actif de Torganisme, Tor- ^ane par lequel s'eiïectnent, en dernière analyse, les actions vitales de formation, de sécrétion, de sensibilité et de mouvement. G*est, dans certaines conditions et à l'aide de certains matériaux, une partie apte à fonctionner par elle-même^ comme un organe complet et indépendant. L'être, dans son ensemble, n'est qu'un agrégat de cellules fonctionnant d'après certaines lois qui mettent en harmonie les actions individuelles : les fonctions ne sont que des actions cellulaires additionnées et diver- '«ement combinées.

Considéré d'une manière absolue, le travail nutritif est régi par deux grandes lois : celle de la forme, et celle de la composition. Par la première, chaque partie se développe avec une configuration particulière, invariable, dans des proportions limitées, et en conservant avec les autres des connexions définies. Par la seconde, chaque partie se produit et s'entretient avec des matières de nature déterminée.

La forme que prend la matière qui s'organise, en passant de l'état fluide à l'état ^Itde, ne parait nullement dépendre de causes analogues à celles qui donnent lieu aux modes si variés d'agrégation et de cristallisation des substances minérales : elle porte, à la fuis, et sur la partie prise dans son ensemble et sur ses éléments les plus petits. La forme globulaire, la plus simple de toutes^ se dessine avant que les maté- '^riaux du sang se convertissent en tissus, car il se développe spontanément des globules dans le chyle, dans la lymphe et dans le plasma sanguin. La forme vésiculaire ou cellulaire est, pour ainsi dire, la forme typique de la matière qui s'organise, aussi bien chez les plantes que chez les animaux. Elle appartient au tissu adipeux, aux épiihéliums de la peau, des muqueuses, des membranes séreuses, et se retrouve dans les éléments de certains tissus, comme les cartilages, les os. La forme de fibre creuse on pleine, dérivée de la précédente, est celle de la substance des nerfs, du tissu cellulaire, des tendons, etc. Elle est déterminée d'une manière précise et invariable pour chaque tissu. La fibre du nerf ne ressemble pas à celle du muscle, celle du tissu cellulaire à celle du tissu nerveux. De môme, la cellule adipeuse diffère des cellules propres aux glandes^ et dans les glandes, celle de chacune a des caractères particuliers. Les cellule» épitliéliales ont atissi des caractères diversifiés suivant la nature des membranes que l'épîthélium tapisse. Les micrographes distinguent parfaitement <ftlles qui constituent l'épithélium de la peau des autres cellules épiihéliales des muqueuses et des séreuses. Les variations morphologiques vont même si loin que, dans un oi^ne tel que l'estomac, une partie de la muqueuse a un épithélinm qui diffère totalement de celui de l'autre partie.

La fonne des organes, pris dans leur ensemble, n'est pas moins constante et moins bien déterminée que celle des |)arties primaires. Chaque muscle a sa configuration propre qu'il conserve toujours. Chaque os, chaque viscère est dans le même cas, 4nrec quelques variations sans importance. Les parties les moins vivantes, celles nuéme qui dérivent plutôt d'un travail de sécrétion que de nutrition, ont une forme ffigonrensement détermihée. Voyez, par exemple, la plume de l'oiseau. Son toyau a sa courbure toujours disposée de la même manière, ses barbules inégales^ ses couleur» si variées, mais d'une association si uniforme. Né sémÙe-t-il pas que

tOQt, dans celte production, soit exécuté d*après un modèle invariable, où chaque coup de pinceau a sa place marquée? Considérez les parties les moins importantes de l'économie, -les écailles d'un poisson, la coquille d'un mollusque, le pelage d*iiii mammifère sauvage : la forme, l'étendue, les rapports, les teintes de chaque détaS semblent souvent ûxés comme s'il s'agissait des oignes les plus essentiels à la vie.

Tout, dans l'organisme, est soumis à cette loi d'après laquelle chaque partie a sa forme déterminée, par l'ensemble comme par les plus petits détails, son heure de développement, ses phases d'évolution. Rien n'est laissé indécis, abandonné en qoelr que sorte aux caprices des forces qui travaillent en mercenaires à la construction des machines vivantes. Il n'est pas jusqu'aux aberrations, connues sous le nom de moustrnosiiés, qui n'aient aussi leur législation spéciale.

La loi de composition est, dans le travail de la nutrition, non moins évidente que la première. Chaque partie y est soumise, d'une manière rigoureuse et invariable. L'os, le muscle, la fibre nerveuse, le parenchyme de la glande, le tissu de la peau et des membranes, se forment toujours aux dépens des mêmes éléments^ L'os, à sa première phase d'évolution, est muqueux ou cartilagineux, puis il devient osseux; sa trame organique est toujours formée de la même substance^ et cette trame s'imprègne toujours aussi des mêmes seis ; le cartilage, le tendon, la fibre musculaire, la fibre nerveuse, se constituent aux dépens d'éléments invariables. Jamais, à l'état normal, l'os ne se nourrit de la matière constitutive du muscle, le muscle de celle du neril De même, nous verrons plus tard chaque glande fabriquer un produit spécial, mais jamais l'une d'elles ne donnera le produit qu'une autre est chaiigée de séparer.

Le rhythme du travail nutritif a des caractères spéciaux aux diverses phases de h vie fœtale et de la vie extra -uiériue; il en a d'autres qui appartiennent à chaque tissu, à chaque organe.

Pendant la vie embryonnaire, ce travail jouit d*une extrême activité, surtout dans les parties nécessaires au développement des autres et dans celles qui doivent entrer en fonction de très-bonne heure, soit avant, soit seulement après la naissance. Mais il y a formation simple, assimilation prompte sans désassimilation corrélative ïàea manifeste pour le plus grand nombre des organes. Néanmoins, le phénomène de la décomposition fait disparaître quelques parties transitoires à mesure qu'elles cessent d'être utiles, creuse peu à peu le canal médullaire des os longs, etc. Plus tard, après la naissance, le mouvement d'assimilation reste longtemps prépondérant et domu» lieu à un accroissement rapide. On voit la résorption active seulement dans quelques organes; elle fait peu à peu disparaître le thymus, amincit les parois des vaisseaux ombilicaux, creuse les sinus des os de la tête, agrandit le canal médullaire des os. A l'âge adulte, l'équilibre s'établit entre l'activité de l'assimilation et celle des déperditions, de telle sorte que l'organisme reste à peu près stationnaire. Enfin, sor le déclin de la vie, les phénomènes de la décomposition tendent à prédominer sur ceux de l'assimilation, et insensiblement l'amaigrissement général fait des progrès, le système musculaire s'atrophie, etc.

L'activité de la nutrition, qui semble, jusqu'à un certain point, en rapport avec le degré de vascularité des tissus^ est beaucoup plus grande dans les muscles, le tissu adipeux, que dans les cnrtilages, les ligaments, les tendotis, les os, le cerveau, la

Page 1