‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 159 sur 239 · MULTIPUGATION DES ÉLÉMENTS SOLIDES DES TISSUS · texte numérisé non relu

MULTIPUGATION DES ÉLÉMENTS SOLIDES DES TISSUS

moeKe éptDière. Tout le monde sait avec quelle rapidité la graisse se dépose dans les tissus, diminue et disparaît soûs l'influence des maladies on seulement de l'abstinence; les muscles s'amaigrissent aussi à un haut degré dans les affections qui con* duisent an marasme, tandis que dans les mêmes conditions, les os, les cartilages» les tendons, les centres nenrenx, semblent toujours conserrer le même volume.

Les lois qui président à la conversion des fluides en solides organiques, deviennent uniformes pour toutes les variétés du travail nutritif; elles paraissent être, pour l'accroissement, la reproduction et la régénération des parties, ce qu'elles sont pour leur formation et leur entretien.

L'accroissement des solides s'effectue aux dépens des parties fluides, que la circulation dissémine dans tous les points de l'économie. Ces fluides donnent naissance à des cellules à l'intérieur desquelles se trouve un noyau qui n'est lui-même qu'une cdlule plus petite. L'agrégation de ces cellules, leur allongement, la formation de nouvelles cellules à l'intérieur et à Textérieur de celles déjà développées, les métamorphoses qu'elles sout suscepUbles d'éprouver, sont les moyens que la nature emploie pour accroître la masse des parties vivantes, de même que pour en créer pendant la vie embryonnaire. Plus tard, nous étudierons avec plus de détails les belles observations qni ont été faites à cet égard.

La reproduction des tissus divisés ou détruits s'opère aussi soit aux dépens du fluide plastique, ûbro-albumineux, exhalé à la surface des solutions de continuité, soit par la prolifération des éléments anciens. La régénération des parties détruites, celle des tentacules des gastéropodes, des pattes des crustacés, de la queue des salamandres, met en évidence, comme le font les autres phénomènes nutritifs, l'unité du mode d'après lequel s'organise la matière vivante.

Dans tous les actes du travail nutritif, on voit donc intervenir deux ordres de forces : des forces vitales qui tracent le plan, assignent les limites, les formes, les rapports, et tous les autres caractères des parties; des forces chimiques qui opèrent l'arrangement moléculaire et les transformations des principes aux dépens desquek se constituent les tissus. Les premières déterminent Tordre d'évolution de chaque parUe, hâtent le développement des organes qui doivent fonaionner de bonne heure, arrêtent celui des parties dont le rôle transitoire ou momentané est accompli ; elles règlent l'évolution des dents, des productions cornées ou épidermiqnes, la mue périodique, la chute des bois des ruminants, la disparition des cartilages épiphysaires^ et une foule d'autres particularités plus ou moins importantes. Les forces chimiques font le reste; elles exécutent leurs opérations dans un sens rigoureusement déterminé par les premières : tout se borne pour elles à remplir un rMe dont les moindres détails sont réglés II l'avance.

Le système nerveux exerce une influence incontestable sur les phénomènes de la nutrition, soit pendant la durée du développement des organes, soit lorsque les parties n'ont plus qu'à demeurer stationnaires.

C'est pendant h vie embryonnaire que l'intervention du système nerveux sur la nutrition est le plus obscure; car le travail de formation s'éublit en plusieurs points, et fait des progrès rapides avant que les centres nerveux, avec leurs parties périphériques, soient eux-mêmes constitués. Ce travail suit ses phases régulières dans les circonstances où le cerveau et les autres parties de l'encéphale manquent plus ou

inoios complètement ; mais alors il reste Tioflaence de la moelle épinière, des nerfe c£ui en émanent, et celle d« grand sympathique. Toutefois, comme dans ces conditions, le travail formateur marche parallèlement au sein d*un grand nombre de parties, dans la plupart des organes aussi bien que dans le système nerveux lui-même, et comme, du reste, ce travail est déjà très-avancé avant qu'il ait pu être influencé par ce système, on doit admettre que, pendant la période de formation,, les actions mitritivcs ne dépendent pas intimement de Tintervention nerveuse.

Pendant la vie extra-utérine, cette inQuence devient plus manifeste et réeUemeai: plus profonde. Ainsi, lorsqu*il survient chez les enfants une bémipl^ie, on voit par la suite, et pendant toute la durée de la vie, s'établir et pei*sister des diflëreoœs notables entre le développement des parties droites et celui des parties gauches do corps. Le côté malade ne se développe pas au même degré que l'autre ; les amscle» y acquièrent moins de volume et y demeurent flasques; les os, du moins ceux qui comtne les phalanges, peiiveni être mesurés approximativement, semblent plus grêles; la peau, de ce côté, est plus mince, plus délicate, et ses poils sont plus fins que du côté qui a acquis son développement normal. Ces différences persistent à i*âge adulte.

Plusieurs faits montrent la réalité de cette influence. Dans les paralysies loGalfiS des nerfs, on voit souvent, pour peu que Taflectiou soit ancienne, les muscles dafs lesquels ces nerfs se rendent mous, décolorés, moins volumineux qu'à l'état noroial. L'altération est sensible aux muscles cervicaux chez les chevaux qui ont eu l'eoctlure infléchie latéralement, aux muscles du bras, de l'avant-bras, delà cuisse, ionique quelques divisions des plexus brachiaux ou lombaires sont devenues le siège de . lésions graves. La section des nerfs plantaires, pratiquée sur les chevaux affectés de la maladie uaviculaire, dans le but de faire cesser la douleur et la claudicatioip, détermine quelquefois, loraqu'elle est complète des deux côtés» le décollement et la chute de l'ongle. Enfin, la résection des nerfs des membres donne lieu, comme on le sait, à une atrophie plus ou moius marqiiéc, ralentit le travail de la cicalrisaûoii des plaies, et leur donne de la tendance à la gangrène.

L'influence nerveuse sur la nutrition, quoique incontestable, ne parait donc pas absolument nécessaire; elle accélère ou aflaiblil le travail nutritif, comme MûUer le fait remarquer avec justesse; mais sans elle, ce travail persiste et conserve une cçrtaine activité.

D'ailleurs, ainsi que le dit M. Robin (1), l'influonce du système nervenx ^r U nutrition n'est pas une influence directe ou immédiate. C'est par les modiflcaiions * qu'çîllc apporte à la circulation qu'elle s'exerce. Si, par exemple, les vaisseaux sont extrêmement relâchés et le cours du sang très-facile dans le système capiflaire, les globules qui passent trop vite ne cèdent point une suffisante quantité d*oxygène aux éléments du tissu, et ne leur enlèvent pas assez d'acide carbonique. Ces éléments cessent de fonctionner avec régularité, et la nutrition s'altère plus ou moins profondément. Tout ce qui peut troubler l'action du système nerveux. Les émotions, l'inquiétude, la douleur, est capable, par les modiflcations imprimées >.la. circulation, de porter une atteinte plus ou moins grave aux actions nutritives.

Considérée dans son ensemble, la nutrition est influencée par plusieurs causes^ (i) cil, Robin, Leçons sur les humeurs normales et morbides, Paris, 4867, p. 68.

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qa agissent d'une manière plas ou moins directe» à la longue, ou avec une certaine rapidité. Les plus remarquables tiennent au climat, au régime, à l'hérédité,

l'exercice, elc.

Ainsi, le climat exei*ce sur elle une action puissante, continue, qui donne aux animaux et à leurs diverse^ races des caractères très-saillants, et cette action porte sur la taille^ les formes, le dé? eloppement proportionnel des parties, notamment sur celles qui ont le moins d'importance Sous les plus froides latitudes comme, dans les régions éqnatortales, les animaux domestiques conseirent une petite taille; ils n'acquièrent tout leur développement que dans les régions tempérées. Dans lés l^ys chauds, le tissu cellulaire est peu abondant, le pelage clair, la pieau de plusieurs espèces est nue. Dans les pays froids, le» animaux ont une fourrure épaisse et fine: la chèvre a un duvet fin qu'elle perd dans les lieux tempérés; leléphant antédiluvien avait dans les régions du Nord la peau couverte de poils, et il Ta complètement nue sous les latitudes où il vit actuellement. Les pays humides produisent des animaux massifs, leur donnent des formes empâtées, une constitution lymphatique, et rendent les productions pileuses abondantes et grossières.

Le régime, suivant qu'il est pauvre ou abondant, réduit ou développe la taille, ralentit ou accélère l'accroissement; il allonge Tintestîn, augmente la capacité des l'éservoirs digestifs et l'étendue de la muqueuse qui les tapisse, si le carnassier reçoit les aliments de l'herbivore ; il donne une prédominance excessive au sN'stème adipeux, s'il est très-abondant; il rend les animaux rachiiiques, s'il ue fournit pas une quantité sufiîsantc de matières minérales au système osseux. L'exercice développe le système musculaire, restreint la production de la graisse, enfin l'hérédité ou la transmissibilité, par la voie de la génération, ({es modifications imprimées à l'économie, influence profondément ce travail. Par son secours et par celui des agents divers que l'homme peut utiliser, les lois de la nutrition sont modifiées d'une manière étonnante. On augmente considérablement la taille des races domestiques; on change les proportions du squelette. Au point de vue de la consommation, les parties qui sont sans utilité, comme la tête et les extrémités, se rapetissent; les masses musculaires prennent un volume énorme; la toison des bêtes ovines devient plus serrée et plus fine; les cornes disparaissent; l'évolution des dents a lieu avant le temps fixé par la nature; la disparition des épiphyses est hâtée; en un mot, l'animal arrive plus promptemcnt à l'âge adulte que s'il était resté dans les conditions ordinaires.

Enfin le travail de la nutrition, suivant qu*il s'accélère ou se ralentit dans tel ou

cisystème, dans telle ou telle partie, peut modifier considérablement les formes générales et les proportions du corps. On sait que dans les races bovine et porcine précoces le tronc prend un développement rapide et que, comme le fait remarquer Baudement (1), la poitrine y acquiert une ampleur considérable lice à un grand volume des muscles et du tissu adipeux, tandis que les membres tendent à se raccourcir et h se rapetisser. Aussi le développement exagéré du tronc qui caractérise les races destinées à produire la viande entraîne-t-il, s'il a lieu dans le jeune âge» une réduction notable dans celui des extrémités.

(1) Baudement, Annales des sciences naturelles^ ^* série, Zoologie, t. XY, 1861.

DE LA NITTRITlOll.

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