‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 16 sur 239 · ABSORPTIONS DIVERSES EFFECTUÉES PAR LES LYMPHATIQUES · texte numérisé non relu

ABSORPTIONS DIVERSES EFFECTUÉES PAR LES LYMPHATIQUES

tique. Home, Flandrin, Halle, Magendie, Tiedemann^ Gmelin, n*y voient ni les matières colorantes telles que la cochenille, la gomme-gutte, Tindigo, ni les matières odorantes (elles que le camphre, le musc, les essences.

Les résultats incertains, même opposés, aussi souvent positifs que négatifs, donnés par ces méthodes d'expérimentation, et surtout les faits constatés par Magendie, faits dont la valeur a été exagérée par lui et ses disciples, ont porté les physiologistes, depuis un demi-siècle^ à regarder la participation des lymphatiques à l'absorption comme très-douteuse. On l'a admise ou rejetée suivant qu'on estimait plus tels résultats que tels autres, et ceux qui l'ont admise l'ont considérée comme obscure, irrégulière^ non constante, tout à fait accessoire, presque insignifiante. Il faut donc une autre méthode pour trancher la question sans la moindre incertitude. Je crois l'avoir trouvée.

Elle consiste à insérer, suivant les cas, un tube d'argent soit à la partie terminale du canal tboracique, soit au canal chylifère du mésentère des ruminants, soit aux gros troncs lymphatiques du cou ou des membres, et à recueillir continuellement la lymphe, où l'on cherche de minute en minute la substance qui a été introduite dans l'appareil digestif, les séreuses, le tissu cellulaire, etc« De cette manière, on voit à quel moment précis la substance apparaît, on suit les progrès et les oscillations de son absorption, on en voit le déclin et le terme. Si Ton a administré plusieurs matières à la fois, on reconnaît la simultanéité ou l'ordre successif de leur apparition ; enfin, dans les cas où il faut, comme pour l'antimoine, l'arsenic, opérer sur d'assez grandes masses de liquide, on les obtient facilement et, en les divisant, on a les moyens de faire les contre-épreuves et les vérifications nécessaires. C'est celte méthode que j'ai employée dans toutes mes expériences, à compter de 1856. £Ue m'a donné des résultats extrêmement nets. Voici quelques-unes des principa/es expériences (1).

J'injecte dans la cavité péritonéale d'un mouton, au canal tboracique duquel a été préalablement fixé un tube métallique, une solution de 10 grammes d'iodure de potassium dans 200 grammes d'eau. Cinq à huit minutes après l'injection, le chyle commence à bleuir au contact de l'amidon et du solutum de chlore. La teinte bleue augmente progressivement dans les quantités recueillies plus tard, puis elle s'affaiblit et disparaît.

Sur un autre, porteur d'une fistule semblable, j'injecte la solution, partie dans le péritoine, partie dans la plèvre : le liquide du canal présente un peu plus tôt l'iode que dans l'expérience précédente, puisqu'il est répandu sur une plus grande surface absorbante.

Sur un troisième, toujours porteur d'une fistule dont les produits sont recueillis par portions isolées, de minute en minute, l'injection est faite dans la trachée sur une surface plus grande que celle des deux séreuses : l'iode apparaît plus vite, et en quelques heures il a été complètement absorbé, car, après ce délai, la lymphe n'en montre plus de traces très-appréciables ou seulement l'équivalent de ce qui est disséminé dans tous les autres liquides de l'économie.

(1) Elles sont relatées dans mon Mémoire intitulé : Recherches expérimentales sur les fonc" tions du système lymphatique, adressé à Tlnstitut .en 1858.

G. coLUi,— Pbys. comp. , 2* édit. ". — à

50 DE l'absorption.

Voilà pour l'absorption lymphatique à la surface des séreuses et des muqueuses. Il en sera de même pour le tissu cellulaire.

Sur un premier cheyal de très-petite taille, j'injecte dans le tissu cellulaire de la moitié droite de la face 100 grammes d'eau tenant eu dissolution 3 grammes i/2 de ferro-cyanure de potassium, après avoir établi une fistule du même côté è un lymphatique accolé à la carotide. Dès la neuvième minute, le persulfate de fer commence à bleuir la lymphe, dont la coloration continue à augmenter pendant longtemps. Cette coloration arrive à son maximum dans la première demi-heure, se maintient sans variations pendant une heure, puis diminue d'une manière insensible; le sel a été absorbé ici comme il Ta été dans l'intestin.

Sur un second cheval, j'établis une fistule à un lymphatique voisin de la carotide vers le milieu du cou, et j*injecte dans le tissu cellulaire de la face, par une petite ouverture de la peau, 5 grammes de ferro-cyanure dissous dans 200 grammes d'eau; une partie de la solution est poussée sous la parotide, et, pour accélérer la progression de la lymphe^ on donne du foin à l'animal. A compter de la septième minute, le liquide recueilli par le tube prend, par le persulfate de fer, une belle teinte vert-d'émeraude. Dès la quinzième minute, la teinte bleue devient très-foncée; elle conserve toute son intensité pendant la première heure; puis elle décroît, et à la fin de la troisième heure elle disparaît A ce moment, la totalité de la dissolution a été absorbée.

Ainsi, en sept minutes, le sel que nous avons déposé dans le tissu cellulaire facial, près des lèvres et des narines, a été absorbé, puis porté dans les ganglions sousglossiens^ de là dans les ganglions parotidiens et pharyngiens, de ceux-ci dans les petits, qui sont échelonnés sur les côtés de la trachée, enfin il est arrivé vers le milieu de l'encolure. Ce court délai lui a suffi pour effectuer un si long trajet.

Ici, comme à l'intestin, nous avons deux temps confondus, celui de Tâbsorption et celui du transport des produits absorbés. Quelle est leur durée respective? Est-il possible de dire combien il a fallu de minutes aux lymphatiques pour prendre le cyanure, et combien pour l'amener de la région des lèvres à la partie moyenne du cou? Il est évident, d'une part, que si nous déposons le sel très-près de Tcndroit où il doit être amené, et que si^ d'autre part, nous activons la marche de la lymphe par les mouvements musculaires, nous réduirons considérablement la durée du transport Les expériences suivantes vont, en effet, nous montrer que les deux phases du phénomène sont assez courtes.

J'injecte sous la parotide d'un cheval et aussi en partie sous la peau de la face une solution de U grammes de ferro-cyanure pendant que l'animal mange. Cela fait, le sel paraît déjà très-nettement, dès la cinquième minute, dans la lymphe, qui coule au milieu du cou. Les parties absorbées sont arrivées plus vite que dans l'expérience précédente, car leur trajet était réduit d'une étendue presque égale à la longueur de la tête, et elles n'avaient point à traverser le groupe des ganglions flous-glossiens.

Sur un autre, où l'injection de 7 grammes de cyanure dans 150 grammes d'ean fut faite au même point, le sel parut plus vite encore, au bout de quatre minutes seulement. M. Milne Edv^ards fut témoin de celte expérience. Dans aucune de celles que j'ai faites depuis, le sel ne s'est montré avec plus de promptitude.

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