‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 17 sur 239 · ABSORPTIONS DIVERSES EFFECTUÉES PAR LES LYMPHATIQUES · texte numérisé non relu

ABSORPTIONS DIVERSES EFFECTUÉES PAR LES LYMPHATIQUES

Dans d*auires expériences, j*ai remplacé le prussîate de potasse par Tiodure de potassîam, et les résultats ont été les mêmes. L'éroétique et I*acide arsénieux, le «iilfo-cyaDure de potassium, que les chylifères avaient absorbés, ont été pris également par les vaisseaux blancs. Voilà pour Tabsorption lymphatique dans le tissu cellulaire. Elle n'est pas moins évidente à la surface des plaies.

Ainsi, sur un cheval portant vers le sabot, au bourrelet et au paturon^ une plaie vaste avec chute de peau, j'établis une fistule à un lymphatique satellite de la saphène, vers le milieu du plat de la cuisse, puis le pied fut plongé dans un baquet contenant une solution étendue de ferro-cyanure de potassium; le sel apparut dans ta lymphe à la vingtième minute.

De tout ce qui précède, il résulte clairement que les lymphatiques, bien qu'ilssoîent dans les circonstances ordinaires seulement chaînés de recueillir le plasma du sang^ peuvent cependant, comme les chylifères, admettre les substances solubles qui leur sont offertes, les admettre rapidement et en grande quantité. Aucun doute ne peut plus subsister à ce sujet.

Pour réfuter l'hypothèse d'après laquelle les lymphatiques n'absorberaient que secondairement, et dans le plasma épanché, les sels qu'ils contiennent, je fais l'expérience suivante :

J'insère deux tubes métalliques dans les vaisseaux blancs de l'encolure, lun du côté droit, l'autre du côté gauche; je mets à découvert la carotide et la jugulaire, de manière k recueillir du sang très-rapidement et de minute en minute, puis j'injecte dans le tissu cellulaire de la moitié droite de la face une solution de prussîate de potasse. A la septième minute, je vois apparaître le sel dans la lymphe du côté droit, où l'injection a été faite, et aussitôt je recueille un échantillon de sang de la jugulaire droite, de la carotide, et enfin de la lymphe du côté gauche do cou. Or, le sérum du sang de la jugulaire droite venant des parties où le sel a été déposé ne contient que des traces presque insaisissables de prussiate. Le sang artériel et la lymphe du côté gauche n'en montrent pas du touL Évidemment le sang artériel n'a pu donner au plasma le sel qu'il ne contient pas encore, et, s'il eât pu en donner, il l'eût fait à la lymphe du côté gauche comme à celle du côté droit. Si nous continuons à suivre notre expérience, nous verrons qu'à la dixième, à la douzième, à la quinzième minute, la lymphe provenant du côté de l'injection prendra une teinte de plus en plus bleue. La lymphe de l'autre côté sera toujours dépourvue de prussiate^ et le sang de la jugulaire droite n'en contiendra ni plus ni moins qu'au début. Cela est très-concluant.

Les matières colorantes sont aussi absorbées par les lymphatiques. L'indigo traité par l'acide sulfurique est^ dans mes expériences, arrivé du chanfrein aux ganglions sous-maxillaires. La murexide, l'une des plus belles matières rouges que l'on paisse employer, a été parfaitement absorbée et son absorption a pu être suivie dans toutes les phases de son activité. 2 grammes de cette matière colorante en dissolution dans 300 grammes d'eau ont été injectés dans le tissu cellulaire de la face. Le lymphe versée par la fistule a changé de teinte h partir de la dix-septième minute : de la teinte normale jaune-d'ambre elle a passé à une couleur de plus en plus rougeâtre jusqu'à la fin de la première heure, puis elle est revenue à sa nuance primitive

Toutes les matières colorantes ne passent pas avec autant de facilité, même dans les lymphatiques de Tintestin^ car on se rappelle que la plupart des observateurs n'ont pas trouvé dans ces vaisseaux la rhubarbe, la gomme-gutte, la cochenille; mais il est probable qu'elles passent en quantité faible, trop faible pour faire changer la teinte du liquide. Comme le sujet a peu d'importance^ je n'ai pas cru devoir étendre mes recherches à un grand nombre de matières tinctoriales différentes.

Ainsi voilà réhabilités les vaiiseaux blancs que des expériences défectueuses et de fausses déductions avaient voulu déposséder d'une partie considérable de leurs attributions. Ils sont bien et dûment remis sur la même ligne que les veines, avec lesquelles ils partagent, sans aucun doute, la fonction de recueillir les matières diverses offertes à l'absorption.

Maintenant une autre question se présente. Les lymphatiques peuvent-ils, dans quelques conditions et dans certaines limites, absorber les substances non dissoutes, simplement divisées en particules ténues?

Quelques faits bien observés montrent que des corpuscules solides peuvent être admis dans les lymphatiques, par exemple, le charbon porphyrisé, les particules qui vont dans les ganglions bronchiques s'associer à des sels calcaires et y former des dépôts considérables, et enfin celles de cinabre insérées dans les couches superficielles du derme^ lors de l'opération du tatouage. Mais, dans tous ces cas, il est probable que les particules anguleuses se sont frayé des voies, des solutions de continuité microscopiques. Gela n'est pas douteux pour les parcelles de cinabre retrouvées dans les ganglions axillaires des individus tatoués au bras : elles ont été aussi insérées directement dans les vaisseaux piqués, comme le mercure Test par la petite canule implantée au hasard dans la couche dermique la plus superficielle.

Dans les conditions pathologiques, les vaisseaux blancs prennent à diverses absorptions une part aussi considérable et aussi évidente que «dans les cas ordinaires; car, d'ailleurs, leur action pathologique n'est le plus souvent qu'une action physiologique exagérée. Ainsi, ceux du tissu cellulaire reprennent des masses de liquides albumineux dans les œdèmes, dans l'anasarque, l'infiltration des meni^ bres^ dans les hydropisies de la gaîne vaginale, des plèvres, du péritoine, dans les kystes volumineux de l'ovaire, les grandes dilatations synoviales. On les voit alors arriver à un volume énorme, et demeurer pleins de liquide. La grande quantité qu'ils en amènent aux ganglions les met dans un état de turgesccilce remarquable et plus ou moins persistante.

Leur action est aveugle et fatale : elle s'exerce sur les matières virulentes, septlques, qui sont produites en quelques points de Poi^nisme ou qui viennent de l'extérieur, et elle les dissémine partout Ils prennent dans l'intestin du typhoïde, dans le poumon à inflammation gangreneuse, dans les plaies de mauvais caractères, des matières septiques qui vont, avec celles que les veines ont recueillies, développer les accidents de l'infection putride. Lors du coït iihpur, ils prennent le virus syphilitique et vont le déposer dans les ganglions inguinaux. Dans le cas de piqûre anatomique à la main ou de morsure envenimée, ils transportent visiblement un agent nuisible; car ils se tuméfient, deviennent sensibles, et vont bientôt révoquer une tuméfaction douloureuse de la glande où ils déposent la matière

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