‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 168 sur 239 · COUK. — PbyBiol. comp., 2« édit. ib · texte numérisé non relu

COUK. — PbyBiol. comp., 2« édit. ib

59& DE' l'A NUTRITION.

68t incomplètement remplacée, il y a amaigrissement et atrophie ; enQn, lorsqo^dle ne Test pas dn toat, comme dans Tabsiinence, l'usure arrive vite à son terme*

Bien qu'il y ait, en réalité, chez les animaux privés, d'aliments, une véritable nutrition intérieure, celle-ci n'a plus exactement son cachet normal. Dans la nutrition ordinaire, il y.a un double courant, l'un apportant à l'organisme les matières du dehors, l'autre entraînant à l'extérieur les matières que la vie a usées. Le premier est irrégulier et intermittent; il a des périodes de ralentissement et des temps d'arrêt plus ou moins prolongés. Le second, au contraire, est continu et irrésistible; diverses causes peuvent le ralentir, aucune n'est capable de l'arrêter. Dans la nutrition, lors de l'abstinence, le courant qui devrait apporter les matières du dehors est remplacé par un simulacre. La propre substance de l'organisme tient lieu d'aliments : elle est empruntée à toutes les parties; puis elle leur est restituée sous une nouvelle forme avant d'être détruite et éliminée. Il en résulte que les oi^anes se restaurent aux dépens de la masse commuoe. L'édifice menacé de ruine répare ses brèches avec ses matériaux mêmes. L'examen des résultats donnés par l'abstinence est nécessaire pour étayer ces propositions.

J'ai (1) soumis à une diète absolue un cheval du poids de ùOS kilogrammes, bien musclé et gras. Pendant un mois il ne reçut aucun aliment^ mais on lui laissa de l'eau dont la quantité était exactement mesurée. En trente jours il consomma /!i2 litres d'eau, ou, à peu près en moyenne, 1 litre 4 décilitres par jour, et son poids âubit une réduction totale de 80 kilogrammes, ou de 2,666 grammes par chaque période de vingt-quatre heures; en somme, tout juste un cinquième de /a masse initiale. Comme les animaux soumis à l'abstinence peuvent perdre presque les trois cinquièmes de leur poids, celui-ci en avait encore deux à user. Sa provision était donc loin d'être épuisée. Ce cheval a employé, pour ce que j'appelais tout à l'heure son alimentation intérieure, une ration journalière de 2,666 grammes de chair et de 1,400 grammes d'eau. C'est pour chaque kilogramme de poids ^If une ration de 6 grammes 58 centigrammes de chair et de 3 grammes 45 centigrammes d'eau. En admettant que dans la chair consommée la graisse entre pour un quart, la ration diurne sera représentée par :

787,41 de carbone, 115,77 d'hydrogène,

75,05 d*azote,

21,15 de sels.

Si ce cheval cAt été nourri comme d'habitude, il eût consommé aisément 7,500 grammes de foin et 2,270 grammes d'avoine, représentant, d'après les analyses de M. Boussingault :

3,938 de carbone, àUQ d'hydrogène, 139 d'azote^ ' 672 de sels.

(i) G. Colin, Des effets de Vabstiner{ce et de V alimentation insuffisante chez les animaiix {BulL de la Société cenlralede méd. vétér., 1862-1863).

Mais, dédaction faite de la partie de cette ratioD non absorbée et rejetée par les «excréments, il n'aurait reçu en réalité que :

2,57A de carbone, 266 d'bydrogèae, . 61 d'azote^ 97 de sels.

Censéquemment, le cheval à la diète usant 2,666 grammes de sa chair par jour, soit un quart de graisse et trois c^uarts de muscle, dépensait seulement à peu près le tiers du carbone, la moitié de l'hydrogène, le cinqurème des sels qu'il eût pris dans sa ration extérieure, et sensiblement h môme quantité d'azote : il vivait donc avec beaucoup d'économie. Avec cette somme de matériaux empruntés à sa substance, la température prise tous les jours se maintenait à l'état normal, à un degré ,près; la masse du sang n'était pas notablement réduite, proportionnellement au ;poids total du corps. Ce sang analysé par M. Wurtz n'avait subi de réduction que dans le chiffre de ses globtiles^ ses matériaux plastiques étaient même en proportion supérieure à la moyenne de l'état normal. La lymphe devenait riche en matériaux atbumineux et en sels. Au bout de trente jours, la résorption qui avait usé le cinquième du poids initial du corps avait laissé encore de quoi entretenir la nutrition pendant longtemps. Le corps pesait 335 kilogrammes; il restait une forte couché de graisse dans l'abdomen, pesant, avec quelqiies masses de la poitrine, ik kilogrammes; enûn les diverses parties représentaient :

le sang 27,000

ta peau et les sabots 16,000

Les 08 et cartilages Â5,000

Les muscles et tendons : . . . . 159,000

La graisse libre 19,700

, Les viscères 25,570

Les matières gastro -intestinales 26,250

Perle. 6,480

Total 825,000

Sur d'autres animaux, les choses se sont passées à peu près comme sur le cheval.

Un chat énorme et très-gras, pesant 5,838 grammes, séquestré dans un vaste panier exactement fermé, n'a reçu ni aliments, ni boisson pendant vingt-neuf jours. Au bout de ce temps, il avait perdu 1,733 grammes, ou un peu plnsdu tiers de son poids, soit 59 grammes 7 décigrammes par chaque période de vingt-quatre heures. En conséquence, il consommait iO grammes 22 de sa substance par chaque kilogramme de sa masse, au lien de 6 grammes 58 comme le cheval. Moyennant cela, sa température n'éprouva pas un abaissement de plus d'un demi-d^ré. A Tautopsie, je trouvai beaucoup de graisse encore sous la peau, dans les interstices musculaires ; il y en avait 100 grammes, tant sur les parois internes du ventre que dans les mésentères. Les cellules du foie en présentaient de grosses gouttelettes. Le sang conservait ses caractères normaux : il contenait 139 milligrammes de sucre .pour 100, ou sensiblement la proportion ordinaire. La substance .hépatique n'en

596 DE LA NCJTRITldN.

avait pas moins de 2 grammes 800 milligrammes pour 100. Toot se passait donc b comme chez le cheval.

Il en a été de même pour les oiseaux. Une oie grasse, dn poids de /!i,800 grammes, privée d'aliments, mais recevant de l'eaa à discrétion, vécut quarante-quatre jours, au bout desquels elle avait éprouvé une perte totale de 2ylil5 grammes, on la moitié de son poids primitiL La perle diurne moyenne fut d(mc de 56 grammes 27, soit 11 grammes 72 par kilc^ramme du poids vif. Dans les trente-cinq premiers jours, la température dn corps fut naainteuue à Al"* centigrades; l'avantdernier, elle se trouva à UO degrés. Après la mort, je ûs la statistique suivante :

10 La peau, les muscles et le sang pesaient. . 986 gr.

2^ Les viscères 25d

3® Les os ; di9

à^ Les plumes et les produits cornés 179

50 La graisse libre AA6

Perte Al

Total égal 2325

Ainsi, la graisse libre représentait encore, après la mort, le cinquième du poids du corps; le système musculaire n'était point trop atrophié ; enfin^ le foie conservait du sucre dans la proportion de 2 grammes U centigrammes pour 100.

Mais chez les animaux maigres, les choses ne se passent pas exactement de la même manière.

Je laisse d'abord à la diète un cheval maigre, mais vigoureux. Au bout de quelques jours, l'animal a la physionomie changée, le poil terne, le flanc creux; îl perd ses forces, se tient debout avec peine; sa marche est chancelante; il se couche sur le sternum et bientôt sur le côté. La peau et les exti^mités se refiroidissent; les sueurs surviennent, puis les convulsions de l'agonie. La vie ne peut s'entretenir longtemps, faute d'éléments pour la reconstitution du sang, la combustion et la calorification. A l'autopsie, on trouve un sang pauvre, sans sucre, à sérum clair et dépourvu de graisse, un foie noir dont les cellules n'ont ni sucre, ni matière grasse. Les muscles sont filandreux et flasques, et à la place de la graisse on ne voit plus qu'un peu de tissu infiltré de sérosité jaunâtre. La moelle des os elle-même a été remplacée par une matière visqueuse citrine. Si je soumets de même à l'abstinence des chiens et des chats amaigris, au lieu de vivre, comme les autres, quatre, cinq, six semaines, ils se refroidissent promptement et meurent en dix ou douze jours, souvent dans un plus bref délai. Un poulet ou une dinde sans graisse arrivent au terme de l'inanition en trois ou quatre jours.

Il est clair d'après cela que, toutes choses égales d'ailleurs, la durée de la vie chez les animaux à la diète est proportionnelle à leur provision intérieure capable de remplacer les aliments. Aussi la nature prend-elle des précautions pour prémunir les animaux sauvages contre les suites forcées de l'abstinence. En été et en automne, les animaux profitent de i'berbe abondante pour s'imprégner d'une graisse qui deviendra leur supplément de ration quand le sol aride ne leur offrira qu'une chétive pâture. Les chameaux prennent des bosses graisseuses énormes. Ceux que Pallas a TUS dans les steppes de l'Asie réduits, en hiver, à brouter des roseaux dessécbé^^

perdent leurs bosses et deviennent d'une incroyable maigreur. L'ours, avant de se retirer, pour s'y engourdir, dans les fentes des rochers, a pris de l'embonpoint avec le miel, les raisins^ les fruits sucrés qu'a mûris l'automne. Ce n'est pas en se léchant les pattes^ comme le disait Aristote, qu*il se nourrit durant sa torpeur, mais bien en léchant sa graisse, ses muscles et la substance de tous ses organes. De même, la marmotte, le hérisson, le loir, la chauve-souris, pourraieni-ils hiverner, s'ils ne s'étaient bien engraissés avant de s'endormir? C'est grâce à l'excès et à la qualité de la matière organique emmagasinée qu'ils ne meurent ni de froid ni de bim.

La durée de la vie chez les animaux n'est pas seulement proportionnelle à la masse des matériaux en réserve ; elle est aussi en rapport avec la lenteur avec laquelle ces matériaux sont consommés.

Nous avons vu plus haut un cheval maigre vivre un mois sans aliments, conserver son sang à l'état normal et sa température, moyennant une perte diurne de 2,666 grammes. Et au bout de ce temps, après lequel il fut tué, il avait encore beaucoup dégraisse, avec des muscles volumineux : le faible chiffre de sa dépense était devenu la condition principale de sa longévité. Un autre cheval de trait, fortement musclé et passablement gras, qui pesait, 2^ heures après le dernier repas, 508 kilogrammes, en perdit 62i en quatre jours seulement, savoir : 17 le premier, 16 le deuxième, 16 le troisième et 15 le quatrième. Il mourut le cinquième, bien plus épuisé que ne l'était celui de l'expérience précédente au bout de trente jours. Eh bien ! ce cheval, qui se consumait si vite, devenait morveux ; il avait la fièvre. Au lieu de brûler 6 grammes par chaque kilogramme de son poids, il en brûlait 31, c'est-à-dire cinq fois autant que le cheval sain. Avec ce qu'il dépensa en quatre jours, l'autre eût vécu près de trois semaines

Un tel contraste entre le cheval sain, dont les fonctions s'exécutent avec calme, et le cheval sons le coup d'une excitation morbide, est frappant. Les deux animaux vivent de la inéme manière, aux dépens de leur substance; mais l'un consomme une ration intérieure cinq fois égale à celle de l'autre. C'est là un fait d'une haute signification. Si nous décomposons la ration de notre cheval malade d'après les données chimiques, et en admettant que la graisse se détruis3 dans la proportion de 1 partie pour U parties de muscle, nous verrons que cet animal usait par jour :

4,186 de carbone au lieu de 787

596 d*hydrogène au lieu de 115

àlO d'azote an lieu de 75

135 de sels au lieu de 21

9,600 d'eau au lieu de 3,000

Cette énorme consommation s'explique par le fait de l'excitation fébrile. Un cheval en repos qui, d'après les analyses de M. Lassaigne, brûlait 2^2/il grammes de carbone, n'en usait pas moins de ^,887, c'est-à-dire plus du double^ sous l'influence de l'exercice. La fièvre accrott la dépense du combustible pris à l'intérieur conmie le travail accroît celle du combustible emprunté aux aliments; le résultat chimique est le même dans les deux circonstances. Il est évident, du reste, que chez f animal dont la combustion avait pris une si grande activité, les exhalations puimo-

S98 DE LA KUTBITION.

saîres et ci^tanées devaient être fort abondantes pour restreindre Félévation de 1» température ; il ne l'est pas moins, d'autre part, que les sécrétions^biliaire et urinaire chargées d'évacuer les produits hydrocarbonés et azotés non détruits par I» respiration, devaient, de leur côté, entraîner une forte proportion de matières ûxes.

On voit, d'après cela, qu'il y a une énorme différence entre le cheval sain et le cheval en proie à une excitatiou fébrile. L'un est le foyer calme où la combustion • s'effectue avec lenteur, l'autre est le foyer ardent où l'oxygène a un accès trop fi|cile. Dans le premier, la vie peut s'entretenir longtemps, dans le second elle est vite épuisée. Ce qui est arrivé à notre cheval malade se reproduit dans une fouie de cas^ On est frappé souvent de la rapidité avec laquelle certains sujets maigrissent^ ils s^nblent fondre à vue d'œil ; en quelques semaines^ en quelques jours, ils deviennent méconnaissables : l'économie se dévore avec une promptitude effrayante.

Les chiens, les chats, les oiseaux qu'on prive d'aliments ou qui ne peuvent plus manger après certaines mutilations, maigrissent d'une manière infiniment plus rapide que ceui^ qui sont soumis à une simple abstinence. Les oiseaux surtout dépérissent avec une promptitude étonnante. En huit jours, j'ai amené une oie qui av^it subi une petite opération à un degré de marasme bien pins avancé que chez celle qui mourut après une dicte de quarante-six jours. En moins d'une semaine, des pigeons sans graisse sont alors réduits à l'état de squelettes : leurs muscles pectoraux perdent les neuf dixièmes de leur épaisseur ; ils deviennent, du côté de l'abdomen, minces comme des feuilles de papier.

Il qe suffit donc pas, pour que l'abstinence puisse être longtemps supportée^ que l'animal possède une abondante réserve de matériaux; il faut qu'elle soit dépensée avec lepteur ou très-économiquement* S'il l'use trop vite, il ne peut supporter une longue abstinence. Dans le jeune âge, alors que les fonctions sont très*actives, la diète fait maigrir avec unç grande rapidité. Les enfants ne la supportent pas, surtout s'ils sont très-vifs, disait Hippocrate. Les jeqnes chiens séparés de leur mère perdent toute la graisse de leur foie en moins de quaranie-buît heures. Les petits oiseaux qui voltigent sans cesse vivent souvent à peine une ou< deux journées, s'ils ne prennent pas de nourriture. Aussi la nature^ dans sa prévoyance infinie, prend soin d'éloigner toutes les causes d'excitation à l'égard, des animaux qui doivent vivre longtemps de leur provision intérieure. Elle fait d'un animal à sang chaud presque un animal à sang froid ; elle le pousse dans unrepaire à l'abri des alternatives trop marquées de la température^ ralentit la respiration, la circulation et les exhalations de toutes sortes ; elle le plonge dans la torpeur et paralyse tous ses mouvements. Par cet artifice, qui affaiblit tout à la fois les excitations du dehors et celles du dedans, elle fait vivre un petit mammifère pendant toute la mauvaise saison avec ce qu'il userait aisément en un mois,, s'il était actif et .éveillé.

J'ai beaufcpup étudié le j|;iérisson, surtout pour comparer les déperditions dela< veille avec celles de la période d'engourdissement. D'abord si le hérisson n'est pas engraissé avant de s'endormir, il ne peut passer l'hiver. J'ai fait perdre à deux de ces animaux leur embonpoint, et bien qu'ils se fussent engourdis après, ils 4iH>ariirfnit an bout d'un mois. La petite quantité de combustible qu'ils avaient conservée ne pouvait les entretenir davantage. Mais le hérisson, qui a un pannicule-

STATIQUe <aHiaQU£ DE tk NUTRITION. 599

graisaeux épate et des épiploons bien garnis est en mesure de passer du mois de novembre au mois de mars sans rien prendre. A son réveil, il lui reste encore quelque chose, car il a besoin d'être prémuni contre les jours froids, qui peuvent se prolonger d'une manière intempestive. Étant éveillé, un hérisson du poids de 1,035 grammes perd par jour 8 gr. 6. C'est 8 gr. 3 par kilogramme de poids vif. Au bout de-sept semaines, il est réduit, en mangeant quelquefois, au poids de 965 et dès lors il s'engourdit pour se réveiller au bout de quatre mois environ. Durant son sommeil de cent douze joQrs, il perd en somme 230 grammes, ou presque le quart de sa masse, soit 2 gr. 05 par chaque période de vingt-quatre heures. Par suite de son sommeil, sa perte journalière se trouvait donc réduite juste au quart de ce qu'elle était pendant la veille. G^était une économie considérable. Si l'animal eût dépensé engourdi ce qu'il dépensait éveillé, il eût en un mois consommé ce qui lui a suffi poyr quatre ; par conséquent, avant la fin de décembre, il eût épuisé la provision qui devait le nourrir et le chauffer jusqu'à la fin de mars.

Ce qui arrive au hérisson arrive également à la marmotte, au loir, à la chauvesouris, à tous les animaux ditshibernants^ Quelque chose d'analogue se produit encore chez tous les reptiles et les invertébrés. En voici un exemple :

Chacun sait que l'escargot des baies et des vignes, à l'approche des froids, se cache dans des excavations humides, retire tout son corps a« fond de sa coquille, et en ferme exactement la porte au moyen d'un opercule solide sécrété par la peau ; il esx ainsi préservé de l'action directe de l'air, de sorte qu'il respire et transpire seulement par les pores de son enveloppe calcaire: Cinquante escargots à coquille exactement close et bien essuyée pesaient ensemble 90& grammes. Du 12 novembre au 1^ mars, en cent neuf jours, ils perdirent ii2 grammes^ soit 0 gr. 38 par chaque période de vingt-quatre heures. Au printemps, lorsqu'ils eurent fait sauter leur opercule, ils perdirent 1 gramme 15 par jour, c'est-à-dire trois fois autant que pendant l'engourdissement C'est donc aussi par économie de nourriture et de combustible que l'escargot se calfeutre si exactement en hiver. En fermant sa porte il peut vivre trois mois avec la snbsUince qu'il eût usée en un s'il l'eût laissée ouverte. Jie voit-on pas entre le cheval calme, qui use seulement 2 kilogr. 1/2 de sa substance par jour^ et le cheval fiévreux, qui en brûle 15 à 16, le même rapport qu'entre le hérisson engourdi et le hérisson éveillé, ou entre l'escargot dont la porte est fermée et celui dont la porte est ouverte ?

Combien d'autres rapports trouverions-nous encore entre ces phénomènes et une fDole d'autres, si nous voulions en chercher. Entre l'homme éveillé et l'homme endormi, il y a quelque chose du contraste qui existe entre rkibernant actif et l'hibemant engourdi. Je me suis pesé fort souvent avant de m'endormir et à mon réveil afin de comparer les pertes du sommeil à celles de la veille, et j'ai constaté d'énormes différences. Ainsi lorsque je perdais^ endormi, 28, 30, 35 grammes par heure, mes déperditions, une fois levé^ arrivaient à 50, 60^80 grammes ; elles s'élevaient à 100, à 130, si je venais à m'occuper de dissections ou d'opérations; enfin elles atteignaient le cfaiflDre de 200 grammes sous l'influence d'une promenade un peu rapide. Le sommeil est donc réparateur à double titre^ et par lui-même et parce qull réduit, dans une proportion considérable, le chiffre des déperditions, f .e ma-

600 DE m NUTRITION.

lade qui ne dort pins eH bien vite épuisé ; le malheureux qui souffre du froid et de la faim a grand avantage à dormir. Ici comme en beaucoup d'autres choses l'observation a devancé la démonstration scientifique.

Voyez aussi ce qui se passe chez les animaui à Tengrais. L'oie, immobile dans sa cage étroite et obscure, a bientôt le foie gras qu'elle ne prendrait jamais en liberté. Le bœuf acquiert difficilement de l'embonpoint s'il se donne trop de mouvement dans une étable éclairée et aérée, ou bien s'il y est inquiété par les insectes. Il faut fermer la porte, boucher les fenêtres, adoucir la température, provoquer l'assoupissement, la torpeur, éloigner, en un mot, tous les genres d'excitations capables d'activer les pertes de Torganisme.

Lors donc qu'un animal est soumis à l'abstinence, le travail de la nutrition s'effectue, au fond, d'une manière analogue à celle de l'état normal. Le sang se reproduit aux dépens des tissus et ceux-ci vivent aux dépens du sang, comme dans les circonstances ordinaires ce sang et ces tissus se reproduisent et vivent de matières venant du dehors. La substitution se conçoit sans difficulté. Il importe peu qus dans le travail chimique de la combustion, les matières carbonées ou hydrogénées soient puisées dans l'intestin ou empruntées au tissu adipeux et aux muscles. Seulement si ces matières sont du sucre et de la fécule, il en faut deux parties et demie pour produire autant de chaleur qu'une partie de graisse. Si c'est du muscle, il en faudra une masse énorme. En effet, comme 1 kilogramme de graisse contient six fois autant de carbone que 1 kilogramme de muscle, on conçoit que le poids de la ration intérieure consommée pendant l'abstinence soit très-variable. Si un animal gras dépense en .un temps donné 1 kilogramme de graisse et 2 kilogrammes de muscle, un animal maigre, de même taille et dans les mêmes conditions, dépensera forcément 8 kilc^rammes de chair musculaire dépourvue de matière grasse : les deux rations seront équivalentes.

La ration intérieure de l'animal soumis à l'abstinence est donc bien réellement composée, comme celle de l'animal dans les conditions ordinaires, d'aliments pias* tiques (ûbriiie et albumine) et d'aliments respiratoires représentés par la graisse. Elle est d'autant moindre, quantitativement, que la graisse y prédomine davantage. Voilà pourquoi chez l'hibernant, chez l'animal qui doit souffrir de la faim, la provision alimentaire est formée surtout par de la graisse. Elle devrait être six fois plus grande, si elle était représentée par de la chair musculaire.

L'animal soumis à l'abstinence n'a pas seulement l'alimentation intérieure du carnassier, il en a encore les excrétions. La bile, l'urine qui versent au dehors des produits métamorphosés que la respiration ne peut détruire davantage, ressemblent alors chez les herbivores à la bile et à l'urine des carnivores. L'urine du cheval cesse d'être trouble et de déposer d'abondantes masses de carbonates calcaires et magnésiens ; elle devient acide et se charge d'acide urique.

Tant que, dans ces conditions, l'absorption et la calorification trouvent des matériaux en quantité suffisante, la température se maintient, le sang conserve sa constitution. C'est ce qui peut arriver pendant un mois sur le chien, le cheval même, pendant sept semaines sur l'oie, plus ou moins sur le hérisson. Mais, dès que la résorption cesse de recueillir la somme de matériaux nécessaire, et que, sur place, l'oxygène n'en trouve pas assez, la masse du sang diminue de moitié et

même des deux tiers, le iiqmde s'appaayrit, surtout en globules et eu Gbrine, perd ses facultés stimulantes ; son sucre disparait; la lymphe et les cellules du foie se dépouillentde ce principe. Par suite, les sécrétions se tarissent, les sensations deviennent obtuses, les mouTeuients se ralentissent et la température baisse. Finalement ranimai meurt; il meurt physiologiquement de la même manière qu*à la suite d'une longue maladie, et, sans doute, pour des raisons analogues.

11 y a donc dans l'abstinence deux périodes distinctes : l'une où Tanimal se nourrit régulièrement aux dépens des matériaux qu'il puise en lui-même, l'autre pendant laquelle il cesse de trouver dans sa propre substance des matériaux suffisants pour entretenir sa température et renouveler son sang. Celle-ci a pour terme fatal la mort qui, d'après les belles recherches de M. Cliossat (1), arrive, en général, pour les animaux à sang chaud une fois que la perte totale s'élève à txO centièmes du poids initial du corps, à 20 centièmes seulement chez les animau:^ jeunes. Les vertébrés à sang froid, en raison du peu d'activité de la caiorification mettent, pour arriver à ce déficit, un temps vingt-trois fojs plus loug que les mammifères et les oiseaux.

L'alimentation insuffisante, qui n'est en définitive qu'une abstinence partielle, fait éprouver au travail de la nutrition des modifications analogues à celles que la diète produit

Pendant que les inatériaux venus du dehors sont consommés, l'organisme prend en lui l'appoint de la nourriture. Comme il faut, pour l'exercice des fonctions et Tenlretien de la chaleur animale, une certaine somme de matières organiques, l'animal tire de lui-même ce qui en manque à la ration ; si celle-ci est d'un tiers, d'une moitié inférieure à ce qu'elle devrait être, l'appoint pris dans l'économie est équivalent au chiffre du déficit Aussi l'amaigrissement est-il en raison directe du degré d'insnfGsance de l'alimentation. Chez le bœuf, qui travaille dans ces conditions, le système' musculaire éprouve des pertes énormes ; chez la vache laitière et toutes les femelles qui nourrissent des petits, les dépôts adipeux employés à la lactation réduisent d'un sixième, d'un quart même, le poids du corps en une période assez courte. Dans de telles conditions l'existence est menacée et la mort peut survenir à la longue comme à la suite de l'abstinence. L'organisme est alors une place assiégée dont la résistance peut être calculée avec une rigueur mathématique : elle tient en raison directe de ce qu'elle peut fournir, et en raison inverse de ce qui est 'réclamé; ou, en d'autres termes, elle résiste d'autant plus que son approvisionnement est considérable, et que celui-ci est dépensé avec moins de rapidité. Il en a été déjà ainsi pour l'abstinence, et nous verrons que les deux états peuvent être facilement ramenés à la même formule physiologique.

Dans le plan de la nature, l'alimentation insuffisante est, par moments, pour beaucoup d'animaux, un accident fort ordinaire. Tous les herbivores des régions tempérées^ et surtout ceux des climats froids, souffrent de la disette pendant l'hiver, lorsque la végétation suspendue ne laisse plus sur le sol que de chétife débris. Forcés de se contenter souvent de quelques touffes d'herbes, de plantes desséchées et fanées, d'écorces et de minces arbustes, ils usent pour compléter leur insuffisante

(1) Chossat, Recherches expérimentales sur l'inanition, Vmtf 1843, îa-d<*.

602 DE LA MUTEITION.

ration, la provision de graisse qu'ils ont amassée pendant la belle saison, ils maigrissent alors, et sans doute quelques-uns périssent avant le retour du printemps. Les carnassiers eux-mêmes passent par des périodes de pénurie, dont ils ont plus ou moins à souffrir.

C'est pour se soustraire aux inconvénients de cette insuffisante alimentation qu'un grand nombre d'espèces de toutes lesclasses, mammifères, oiseaux, poissons, insectes même, éprouvent des migrations connues de tous les naturalistes. Les uns se contentent de descendre des montagnes dans les plaines, oà la température plus douce n'a pas entièrement suspendu la végétation, et c'est à cela que se bornent ordinjiirement les déplacements des herbivores. Quelques antilopes africaines, chassées des plaines arides par la sécheresse, s'en vont en grandes troupes vers les régions où le sol est couvert de verdure. Les martes, les hermines, les lemmings, quittent à certains moments les froides montagnes de la Scandinavie pour se disperser dans les plaines voisines. Mais les oiseaux surtout effectuent des déplacenients plus loinr tains. Il faut que les palmipèdes du Nord, les oies, les grues, marchent à l'entrée de l'hiver vers les régions tempérées, où les étangs, les marais et les cours d'eau ne sont point couverts de glace; il faut que l'hirondelle, quand l'air se dépeuple d'insectes, s'en retourne dans les pays chauds ; que la bécasse fuie les hantes montagnes, de bonne heure couvertes de neige, pour se répandre dans nos forêts et nos plaines*

Il y a là une btale nécessité à laquelle l'animal menacé de la famine ne peut se soustraire. Il doit partir, qu'il soit bon ou faible voilier, qu'il aime ou non les longs et rapides déplacements. Le rossignol, qui nous était arrivé à la floraison de l'aubépine, est contraint de partir sans bruit en septembre, bien qu'il y ait encore des larves dans nos bocages; la fauvette de nos buissons, le petit ronge-gorge, bien engraissé, s'expatrient à la même époque, au risque de devenir en route la proie des rapaces ; la caille, lourde et enveloppée dans son manteau de graisse, doit trouver la force de traverser la Méditerranée. Les mauvais voiliers s'en tireront de leur mieux. La poule d'eau et le râle feront une partie de leurs étapes à pied ; les pingouins, les manchots, aux courtes ailes, émigreront à la nage, tant qu'ils trouveront des cours d'eau pour les transporter. Mais si quelque faible, quelque malade, quelque produit d'une tardive couvée n'obéit point, malheur à lui; il voltigera isolé; de canton en canton, comme le font un petit nombre de cailles et de mésanges, au risque de mourir de faim. Le héron, qui aura voulu rester Adèle à ses marais, y passera de* longues journées à se morfondre, en attendant que sa proie se dégage de la vase à demi-glacée, et ainsi de bien d'autres. Quant à ceux qui ne peuvent changer pério« diquement de patrie, comme Tours, le lent hérisson, la lourde marmotte, la taupe, les loirs, et tant d'autres pour lesquels l'hiver est une saison de famine, il ne reste qu'une ressource : s'engourdir, afin de ralentir l'activité des pertes et de faire durer plusieurs mois une provision que la veille userait en quelques semaines.

Nos animaux domestiques que la prévoyance de l'homme devrait soustraire aux inconvénients de la disette, en souffrent néanmoins fort souvent, surtout dans les pays où l'agriculture est arriérée, dans ceux où la provision d'hiver est naturellement ou forcément restreinte. Ils se trouvent dans les mêmes conditions que les animaux sauvages qui n'émigrent point.

Si un bœuf pèse 500 kilogrammes an commencement de novembre, il est réduit k 400 à la fin d*avril. Des cinq paires de bceufs à Tétable, il n'en reste plus, en réalité que quatre au printemps. Les quatre paires restantes auront mangé la cinquième : c'est la reproduction vivante du songe de Pharaon. Sans doute, au printemps, les fourrages nouveaux répareront les pertes éprouvées pendant Thiver; mais ce qui remplace les 100 kilogrammes perdus aurait été ajouté au poids initial, s'il n'avait pas éprouvé de réduction. La perte, au point de vue économique^ n'est pas réparée.

L'alimentation insuffisante est préjudiciable à l'organisme sous plusieurs rapports. Elle l'est aux sujets débiles, aux femelles qui allaitent; surtout aux jeunes animaux. G^est, en effet, dans le jeune âge, que l'alimentation exubérante devient le grand levier du développement de l'individu et le principal agent de l'amélioration des races» Tous les éleveurs savent que, pour produire des animaux de belle venue, il faut les laisser longtemps à la mamelle, et leur fournir en al)ondance, dès qu'ils peuvent inanger, une nourriture substantielle et choisie. C'est en grande partie par elle qu'on réalise aujourd'hui ces merveilles dont le secret est demeuré inconnu de» temps anciens. En nourrissant parcimonieusement le bétail, on ne façonne que des races chéiives qui portent l'empreinte ineffaçable d'un travail organique incomplet» languissant, et souvent interrompu.

Voyez, en effet, ces jeunes ruminants qu'on sèvre au bout de quelques semaines, . ayant que leurs débiles organes aient acquis la force de digérer l'herbe et les fourrages grossiers. Tout en quittant la mamelle de leur mère, ils maigrissent, leurs * flancs se creusent, leurs muscles s'amincissent, et la graisse à peine déposée se résorbe. À ce moment déjà, ils usent une partie de leur substance pour compléter une ration qui ne suffit pas, non comme quantité, mais faute d'être assez complètement élaboré^. Chez eux, tout souffre d'une manière plus ou ipoins évidente, depuis la surface de l'être jusque dans la profondeur du plus caché de ses organes. le poil se hérisse et devient terne, la peau sèche, les intei*stices musculaires se creusent ; tout ce qu'il y a de mou s'affaisse, se résorbe ; le foie se rapetisse et noircit. Quelques organes semblent seuls continuer leur évolution à ce moment d'arrêt, de détérioration précoce. Le squelette, dont l'accroissement se fait en ^nde partie aux dépens des matières minérales, semble moins souffrir que le reste. Seuls, l'estomac et l'intestin se dilatent très-sensiblement, car leur expansion mécanique est indépendante de l'activité du travail nutritif. Pour peu que cet état de choses se prolonge, l'équilibre qui devrait exister dans le développement relatif des différents systèmes organiques est bientôt rompu : le système musculaire et le sanguin restent en retard ; les système cellulaire et lymphatique prennent le dessus ; les germes delà débilitation se développent; la faculté de résistance aux causes morbifiqnes s'affaiblit, et souvent l'animal devient subitement la proie des parasites et des helminthes : ceux-ci achèvent ce que l'insuffisance de la nourriture avait préparé.

Mais, dans les conditions les plus communes, ces périodes de pénurie, si préjudiciables aux jeunes sujets, ne sont pas de longue durée; elles sont suivies de moments d'abondance, pendant lesquels le dommage éprouvé par l'économie se répare dans certaines limites. L'accroissement se fait ici chez les animaux do-

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mesdques comme chez les aaimaax sauvages^ par intermittences-, par saccades. En été, l'herbivore prend de la taille et de rembonpoint ; il engraisse ; puis Thiver venu, il use une partie de sa substance musculaire, de sa graisse, pour compléter son insuffisante ration, en attendant des temps meilleurs. L'évolution est en somme entravée d*une manière plus ou moins considérable, car dans les temps d'arrêt et même de dépérissement le travail de l'ossification continue et, une fois les épipbyses soudées, l'élévation de la taille devient impossible. Si, dans ces conditions, le travail excessif, la maladie contribuent à la détérioration de la machine, l'atrophie fait des progrès effrayants, et bientôt arrive le moment où l'organisme ne peut plus rien céder; il n'y a plus dès lors de réparation possible. Cette extrême atrophie s'observe sur les animaux employés aux dissections, comme dans les amphithéâtres où s'étalent les derniers restes des misères physiques de l'humanité.

Voilà comment s'opère, d'une manière générale, la nutrition lorsque le travail de désassimilation n'est pas exactement compensé par le travail d'assimilation. Dans ce cas, comme dans tous les autres, les produits des mutations éprouvées par les tissus, c'est-à-dire l'eau, l'acide carbonique, l'urée, l'acide urique, l'acide choléique, sont éliminés par les voies respiratoires, par la peau, les reins, le foie, qui sont autant de portes ouvertes aux produits de la dissolution des parties organisées. Tous dérivent de l'action fatale de l'oxygène qui a pénétré dans l'économie, où il est à la fois l'élément de la vie et celui de la destruction.

Ainsi s'opère le travail de la nutrition considéré dans son ensemble, sorte de lutte perpétuelle entre l'assimilation et la destruction, la composition et la décomposition, comme si la vie devait résulter d'tin antagonisme incessant et réglé entre les forces qui édifient et celles qui détruisent. Aussi le corps animal est-il bien réellement comparable au vaisseau des Argonautes, dont les avaries continuelles étaient réparées à mesure. Mais il est impossible de savoir quel est le temps nécessaire à la rénovation complète de toutes les parties de l'économie, c'est-à-dire le temps au bout duquel l'admirable vaisseau de l'organisme ne conserve plus aucune des pièces qui le constituaient primitivement. Tout ce qu'on a dit à cet égard ne repose sur aucun fondement réel, et très-probablement les bases manqueront ton* îours à une pareille détermination qui, du reste, n'a pas une grande importance. Mais on peut jusqu'à un certain point déterminer la part d'usure éprouvée par les diverses parties de l'organisme^ dans un temps donné.

Il est clair, comme il a été dit plus haut, qu'elle doit porter sur les matériaux liquides, aussi bien que sur les tissus. Le sang se détruit en bloc et dans chacun de ses éléments, et si au terme de l'inanition il représente encore un dix-huitième du poids du corps, réduit de moitié, il a dû éprouver lui-même une réduction de 50 pour 100, réduction en masse, inégalement répartie sur les matières plasmatiques et les globules.

D'après Cbossat, les pertes subies par les parties suivantes ont été : pour le sang, de 75 pour 100 du poids initial de ce liquide ; la rate de 71 ; le pancréas de 6^, le foie de 52, le cœur de &/î, l'intestin de ^2, les muscles extérieurs de 42, la peau de 33, le squelette de 16 et le système nerveux de 2 pour 100. Seulement, comme le terme de comparaison était pris sur des oiseaux qui ne pouvaient pas être absolument semblables de tous points à ceux qu'on soumettait à l'inanition, et comme.

d'autre part^ les pertes se chiffraient en quantités très-minimes, 7 grammes pour le sang, 5 pour les os et des décigrammes pour le système nerveux, des erreurs ont dû se glisser dans ces déterminations.

Les expériences de Bidder etSchmidt ont donné des résultats analogues, sans être beaucoup plus précis. Un chat du poids de 2572 grammes, soumis à l'abstinence pendant dix-buit jours, fut réduit à 1261 grammes. li perdit conséqnemment plus de la moitié de son poids, soit, d'après les expérimentateurs, 927 grammes d'eau, 205 grammes de carbone et 30 grammes d'azote. La perte s'est répartie de la manière suivante pour 100 du poids initial de chaque partie, ce poids initial supposé égal à celui des mêmes parties sur un autre animal :

Sang 93

Pancréas 85

Graisse 80

Rate 72

Muscles et tendons 66

Foie 59

Axe cérétro-spinal 37

Poumons 25 . .

Estomac, intestin 30

Os 14

Keins 6

Quoique ces expériences ne donnent que des approximations, quant aux pertes partielles, puisque l'état initial n'est jamais exactement connu, elles montrent que la réduction porte sur toutes les parties, et que toutes, par conséquent, sont le siège d'une désassimilation active dont les produits s'en vont squs forme d'eau, d'acide carbonique, d'urée, d'acide urique, de dépôts salins et terreux de l'urine.

En somme, ce qui se passe pendant l'abstinence nous montre l'un des côtés de la nutrition, celui de l'usure ou de la désassimilation : usure par la combustion, le dédoublement des matériaux, leur conversion en produits qui seront éliminés avec l'air, la transpiration et l'urine. Gomme nous avons antérieurement cherché à reconnaître les mutations que subit la matière pour s'organiser^ se transformer en sang, en cellules^ en flbres et en divers tissus, nous devons nous demander maintenant comment elle perd sa forme, comment elle change d'état et Cnalemenl se détruit

Cette désassimilation se fait plus ou moins rapidement suivant les espèces, suivant l'âge des animaux, les conditions de repos ou d'activité dans lesquelles on les place.

Chez les jeunes animaux où l'assimilation est très-rapide, l'usure l'est dans la même proportion. Déjà Cbossal avait noté, sur les tourterelles, que la perte diurne était de 81 millièmes dans le jeune âge, de 59 à Tâge adulte et de 35 plus tard: aussi, tandis que les premières mouraient au bout de trois jours, les vieilles résistaient jusqu'au treizième jour. J*ai vu plusieurs lapins privés de leur mère au moment de la naissance, résister seulement trois jours, des chats dans les mêmes conditions quatre jours, un chien d'une semaine est allé jusqu'au neuvième jour, et des chats à la veille du sevrage ont supporté une abstinence de douze jours. Les adultes seuls vont jusqu'au vingt-cinquième ou trentième jour et plus.

L'animal maigre, anémiqae, affaibli, résiste très-peu; le gras pent supporter, comme je Tai ùoté pour l'oie, une abstinence de plus de quarante jours, car sa graisse préserve de Tusure les matières azotées du muscle et des autres tissus. Voici, au reste, pour treize animaux, la durée de l'abstinence, la perte totale et ia perte diurne absolue que j'ai constatées et qui sont exprimées en millièmes do poids initial.

DÉSIGMATIOR

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