SENSATIONS BELATIYES AUX ACTES REPRODUCTEURS
un changemeDi dans le plumage ; le coq prend une crête, une queue à longues plumes, des ergots plus ou moins développas ; les caroncules du dindon, le plumage du faisan, celui de la plupart dés oiseaux sauvages, offrent choz le mâle, soit des nuances particulières, soit des marques qui les distinguent de ceux de la femelle. Parmi les poissons, les reptiles, et jusque chez les invertébrés, il y a des différences de taille, de conformation. Beaucoup d'insectes mâles sont plus petits que leurs femelles, et un grand nombre d'helminthes, les ûlaires, les ascarides, les lingualules entre autres, sont dans le même cas.
Les organes sexuels éprouvent des modifications remarquables à l'âge auquel les animaux acquièrent l'aptitude h la reproduction. Chez le mâle, les testicules deviennent plus volumineux, et dans quelques espèces seulement ils sortent de la cavité abdominale ; le sperme est sécrété en abondance^ et les animalcules y apparaissent; ce fluide s'accumule dans les vésicules séminales jusqu'alors petites et resserrées ; l'érection devient complète et fréquente ; les émissions spermatiqoes commencent à s'opérer même quelquefois à l'approche des femelles sans qu'il y ait accouplement. Chez celles-ci, les mamelles prennent du développement et les ovaires se gonflent ; il s'y développe des vésicules de de Graaf. La ponte périodique commence à s'effectuer avec les caractères qu'elle conservera pendant le reste de la vie. Enfin une foule de modifications surgissent dans le caractère, les instincts, les mœurs et les habitudes des animaux; la plupart des traits de ressemblance qui dans le jeune âge existaient entre les mâles et les femelles, s'effacent plus ou moins corn* plétement.
Mais lorsque les animaux sont privés des organes essentiels à la reproduction, ils n'éprouvent plus, à l'âge auquel apparaît la fécondité^ les changements qu'amène avec elle la puberté. Les formes, les proportions, la vigueur, le caractère et les habitudes des animaux se modifient d'une manière sensible. Privés jeunes de leurs testicules, le cheval et le bœuf, tout en arrivant au degré de développement propre à leur espèce, prennent des formes dont l'ensemble diffère notablement de la conformation générale de l'étalon et du taureau; ces animaux deviennent moins lourds, moins massifs. Leur tête est moins forte, leur encolure plus droite, plus longue, plus mince; leur poitrine plus étroite; leurs épaules moins musclées, leur croupe plus légère, leurs articulations moins épaisses, leurs membres plus déliés. I^ peau parait plus mince, la crinière moins touffue, l'ossature plus légère, le système musculaire moins développé, d'où résulte une diminution d'énergie. La moindre ampleur des voies aériennes, du larynx, du thorax, fait perdre à la voix de sa gravité. Les parties de l'appareil génital qu'ils ont conservées, la verge, les prostates, les vésicules séminales, n'acquièrent pas leurs dimensions ordinaires. L'animal, n'étant plus dominé par les instincts de la reproduction, devient plus doux, plus facile à instruire et à gouverner. Mais si la castration est opérée vers l'âge adulte, elle ne fait qu'éteindre les instincts génésiques. L'animal ayant alors pris son développement à peu près complet, conserve la plupart de ses caractères. Les proportions du corps, le volume des masses musculaires, l'ampleur de la poitrine ne peuvent plus éprouver de modifications considérables. On sait que l'eunuque est dans le même cas que les animaux. Il prend, s'il a été mutilé jeune, des formes féminines; son corps reste glabre et son pubis dénudé. Néanmoins, s'il a sobi très-
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tard la castration, les parties conservées ne s*atrophient pas, ce qoi/ suivant la remarque de Juvénal, n*était point indifférent aux esclaves des dames romatu& Les animaux privés des attributs de ^eur sexe acquièrent une grande aptîlude à l'engraissement ; leur chair est plus molle, d'une saveur plus agréable; elle a perdi Todeur souvent repoussante que possède celle des mâles arrivés à Tâgc adulte.
La castration produit du reste des effets variables, suivant les animaux. Sous soi influence, les cornes des ruminants deviennent plus saillantes, plus effilées; lesbos de plusieurs ne tombent plus, ou, s'ils étaient tombés lors de la mutilation, nés renouvellent point. Le coq ne prend plus d'ergots robustes; sa crête n'arrive pasà son développement ordinaire ; sa queue, son plumage, perdent leur aspect habituel ; sa voix ne vibre plus comme celle du maître de la basse-cour. Sans courage, sans énergie, il essuie les mauvais traitements du mftle qui jouit de la pléJHtode de ses facultés.
Les animaux parvenus à l'âge de la fécondité éprouvent périodiquement, et même quelquefois d'uue manière continue, une excitation particulière qui les porte a perpétuer leur espèce.
Cet état, que l'on appelle le rut chez les animaux sauvages, et les chaleurs dans les espèces soumises à la domesticité, est caractérisé par une excitation générale qoi reflète celle des organes génitaux, excitation coïncidant, comme nous le verroos chez les femelles, avec le travail de l'ovulation. Les phénomènes et les signes qui l'annoncent sont les uns communs aux deux sexes, les autres propres au mâle on à la femelle.
Dans les deux sexes, l'appareil génital éprouve une turgescence plus ou moins vive, qui en* augmente la sensibilité et y détermine des sécrétions abondantes. Cette stimulation de l'appareil reproducteur réagit sur toute l'économie : une sorte de fièvre s'empare de l'animal; sa sensibilité s'exalte, il perd l'appétit, éprouve une soif très-vive ; on le dirait en proie à une vague inquiétude; les instincts génésiques, jusqu'alors assoupis, poussent les sexes à se rechercher et à se rapprocher. Le carnassier solitaire revient momentanément en société ; l'animal sauvage erre à travers les forêts, parcourt des déserts immenses à la rencontre d'un animal d'oo autre sexe. Les troupes sauvages se désunissent : l'amour, comme le dit Aristote. sépare les herbivores qui paissaient ensemble. Ceux qoi viennent à se rencontrer, s'ils sont rivaux, se livrent souvent des combats terribles ; ils montrent un courage et une persévérance inusités à vaincre les obstacles qui s'opposent à la satisfaction de leurs désirs. Certains animaux domestiques, emportés par la fougue de leurs désirs, méconnaissent la voii de leur maître ci deviennent intraitables.
Les mâles, dans la génét^alilé des espèces, entrent périodiquement en rut, quoiqu'ils soient toujours disses à couvrir leurs femelles, dès que celles-ci sont en chaleur. Pour ceux qui vivent à l'état sauvage, ce rut coïncide avec celui des femelles, et il est même déterminé par ce dernier, car la seule présence d'une femelle en chaleur suffit |x)ur exciter au plus haut degré l'ardeur génésiquc du mâle. Néanmoins, en l'absence de la femelle, le rot du mâle se montre avec une certaine intensité, même chez les animaux qui ne se reproduisent pas en captivité, comme on le voit chez les éléphants et les rhinocéros de nos ménageries. Soa« l'influence de cette excitation, le cheval hennit fréquemment, s'agite presque con
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tinuellement, trépigne, |X)rte les oreilles dans toutes les directions ; il entre souvent en érection, éprouve quelques pertes séminales; la contraction des crémasters maintient les testicules rapprochés de la région inguinale, et leur imprimé parfois des mouvements très-marqués. Le taureau a la bouche pleine d*écume, mugit à des intervalles très-rapprochés, parcourt les prairies, flaire toutes les femelles qu'il rencontre, livre des combats terribles à ses rivaux. L'âne devient méchant, intraitable; les l)éiiers se battent entre eux avec fureur; le dromadaire le plus doux est alors dangereux pour son conducteur. Parmi les espèces sauvages, le moment du rut est celui des combats, car c'est par la force et la violence^ que le vainqueur satisfait ses désirs, usurpant pour lui seul un droit que la nature a donné à tous. L'odeur de la transpiration et des sécrétions sébacées devient plus forte et prend des caractères particuliers, comme le bouc nous en oiïre un exemple remarquable, et cette odeur» chez les espèces sauvages, donne à la chair, au moment du rut, un goût désagréable. Chez certaines espèces, il s'établit des sécrétions sébacées abondantes, comme celles des glandes temporales de l'éléphant et du dromadaire. Ce dernier animal éprouve des sueurs au commencement et à la fin^ du rut ; un appendice de son voile du palais sort souvent de la bouche vers la commissure des lèvres, et une fois le rut passé la mue commence à s'effectuer. Les bois des cerfs, des chevreuils, des daims, qui servaient de parure nuptiale, ne tardent pas à tomber aussitôt que le moment des amours est passé.
Les femelles, à l'époque du rut, éprouvent une excitation générale non moins vive que c^lle des mâles. Elles ressentent une ardeur fébrile qui leur fait perdre l'appétitetlcb' jette dans une agitation presque continuelle. Elles recherchent les mâles, les suivent à distance, les provoquent souvent par les caresses, qu'elles sont, suivant l'expression de Dûgès, habituées à recevoir; elles montent sur culc, sur les mâlôs privés d'organes sexuels, de même que sur d'autres femelles ou sur des animaux d'espèces différentes. Elles font de fréquents efforts pour uriner, mais elles urinent j)eu à la fois; il y a dans quelques-unes, notamment chez les solipèdcs, des mouvements très-répétés du clitoris et des lèvres de la vulve; les mamelles se gonflent; la sécrétion du lait, si elle est active, diminue sensiblement; la muqueuse vaginale est injectée; il s'écoule par la vulve tuméfiée nil fluide visqueux, parfois sanguinolent, analogue à celui de la menstruation chez la femme, fluide qui provient, en forte pioix)rtioi], chez la vache, non de l'utérus, mais de glandes énormes placées eu avant des lèvres de la vulve, et dont j'ai constaté la turgescence et l'hypersécrétion pendant la période du rut (1). Cet écoulement sanguinolent n'est pas, à beaucoup près, général parmi les mammifères; néanmoins il a lieu dans un assez grand nombre d'espèces. Bufîon, G. Cuvier, F. Cuvier, Geofl'roy Saint-Hilaire l'ont observé sur divers quadrumanes, notamment sur les femelles des macaques, des guenons, des cynocéphales. Plusieurs auteurs Tont vu chez certains carnassiers, tels que les chauves-souris^ les genettes, les chattes, les chiennes; sur des ruminants, et entre autres la hufilesse et la biche. Le fluide, qui s'écoule en quantité variable au moment du rut, est très-odorant,' son odeur, attire les mâles souvent à de grandes distances, et leur donne les moyens de distinguer
(i) G. Golin^ Description des glandes vaginales de la roche {Rec. de méd, vétér,^ 186 A).
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les femelles en cbalear de celles qui le sont pas. Qn*il soit simplement mDqoem, ou roussâlre, oa sangainolent, il devient pour le màie qui flaire la femelle un excitant très-énergique.
L'époque du rut n^est pas la même pour toutes les espèces animales^ mais ék est fixée assez exactement pour la plupart d'entre elles. Les animaux domestiques et ceux qui, sans être réduits à un état de servitude, trouvent un abri et une sobsistance assurée dans nos habitations, jouissent presque constamment, suivant l'observation de Fr. Guvier, de la faculté reproductrice. Les animaux sauvages, ai contraire, n'ont de tendance à la reproduction que dans certaines saisons et à des époques semblables pour tous les individus de la même espèce.
D'après les observations deFr. Cuvier(l), les époques du rut sont assez ika déterminées pour les carnassiers, les rongeurs et les ruminants. Les premiers, comme on le savait déjà pour un grand nombre d'ientre eux, sont en chaleur pendant l'hiver : les loups, de décembre à février; les renards, l'Isatis, la chienne, à peu près au même moment; le hérisson, à la fin de l'hiver, en sortant de sod engourdissement. Les ours font exception à la règle, très-probablement à cause de la torpeur dans laquelle ils sont plongés pendant la saison froide; ils n'entreot en rut qu'en été. Toutefois, les carnassiers en captivité ne sont pas tous soumis à la loi; le lion, le tigre et les autres chats n'entrent en chaleur qu'à des époques variables et à des intervalles très-éloigués ; le loup ne devient en rut qu'au mois de mars, sous l'influence de la même cause.
Parmi les rongeurs, le lièvre est en rut surtout en février et en mars ; le hamster, à la fin d'avril; l'ondatra et l'écureil au printemps. Plusieurs d'entre eux faisant plusieurs portées par an, comme les rats et les campagnols, ont aussi nécessairement d'autres saisons que la fin de l'hiver pour se livrer à la reproduction.
Quelques pachydermes, comme les sangliers et plusieurs ruminants, le dromadaire entre autres, sont en rut pendant l'hiver, de janvier à mars au plus tard; mais la plupart sont en chaleur en autonme; les brebis et les chèvres en septembre, les reunes à la fin du même mois, les cerfs, les daims, les chevreuils en octobre et novembre.
On sait que pour les oiseaux la saison des amours est la fin de l'hiver et le commencement du printemps. Alors la mue les a revêtus de leur plumage de noces; ils se rassemblent en troupes, font entendre les chants les plus harmonieux; le mâle ne quitte plus la femelle dans les espèces monogames, comme les pigeons, qui préludent, comme le dit Pline, par des baisers à des caresses. plus intimes.
La plupart des espèces domestiques entrent en rut toute l'année à des intervalles très-rapprochés, de même que les animaux qui supportent, sans trop en souffrir, les ennuis de la captivité. Les singes^ l'éléphant, le rhinocéros, le buffle, le zèbre, sont dans ce cas. Les mâles sont, du reste, toujours disposés à couvrir les femelles dès que celles-ci entrent en chaleur, comme on le voit pour le cheval, le taureau, le dromadaire, le bélier, le porc^ le chien.
La durée du rut est plus ou moins longue, suivant les âges, les espèces et quel-
(i) Fr. Cuvier, D^ rut {Annales du Muséum, 1807, t. IX, p. 118).