‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 212 sur 239 · ACCOUPLEMENT · texte numérisé non relu

ACCOUPLEMENT

L*éloDgation du pénis et sa projection hors du fourreau ou de la gaine préputiale dérivent le plus souvent, à la foi3, du redressement des courbures de l*organe^ de sa turgescence, et enGn de l'action de certains muscles qui agissent, t soit sur lui, soit sur son enveloppe. Chez les solipèdes et l'éléphant, Télongation de

t la verge tient au redressement des légères sinuosités que l'organe relâché décrit

I sous la symphyse pubienne, surtout à la turgescence du corps caverneux. Chez

i les ruminants, elle a uniquement pour cause TefTacement de TS que forme habi-

I tuellement l'organe à la région scrotale, effacement produit d'une manière toute

•i mécanique par l'accumulation dii sang dans les aréoles du corps caverneux. La

\ projection de la verge hors du fourreau y est facilitée par le relâchement des mus-

cles blancs insérés au niveau des courbures, et par la rétraction qu'opèrent sur I^ I fourreau lui-même lesdeux bandelettes musculaires émanées du voisinage du pubis.

I Une fois que l'érection est complète, souvent même avant qu'elle soit portée

I à son plus haut degré, le pénis peut pénétrer dans les voies sexuelles de la femelle

I et y verser le sperme. Cette action s'effectue plus ou moins facilement, et dans une

altitude variable, suivant les animaux. £n général, elle exige, chez les mammifères, que le mâle s'élève sur les membres postérieurs, et se maintienne sur la croupe de la iemelle à l'aide de ses membres antérieurs. Le cheval flaire préalablement la I jument au pourtour de la vulve, aux cuisses et au flanc ; il hennit, relève spasroo-^

diquemeut la lèvre supérieure^ dilate fortement les naseaux et la fausse narine, mord quelquefois la femelle ; sa respiration, extrêmement saccadée, met en une sorte de convulsion les muscles du thorax et de l'abdomen. Le dromadaire, d'après F. Cuvier, « saisit au cou la femelle avec les dents, et la force à se coucher sur ses quatre membres, malgré les cris qu'elle jette». Le chat se cramponne sur la femelle en la mordant à la tête et en lui enfonçant les griffes dans la peau; aussi la chatte fait-elle alors entendre des cris de douleur plus ou moins répétés. Les porcs, dont l'accouplement est très-prolongé, écument souvent pendant cet acte, suivant la remarque de Pline, et, si l'on en croit Aristote, se couchent quelquefois: pour l'accomphr lorsqu'ils arrivent à un âge avancé. L'ours prend aussi, dit-on, là même attitude. Arislote prétend que les hérissons se tiennent debout, ventre S ventre, et il assure que les animaux dont l'urine est rejetée en arrière se rapprq-^ chent en reculant et s'accouplent en arrière, le tigre et le lion, par exemple. Mais un tel mode n'est pas possible chez ces quadrupèdes, bien qu'ils aient le pénis très^ court et très-rapproché de l'anus. Le chien peut, il est vrai, opposer directement sa croupe à celle de la femelle, quand, une fois l'intromission opérée, comme chez les autres mammifères, l'un des deux individus se porte brusquement de côté. Alors la verge, qui est peu gonflée en arrière des deux bulbes érectiles et à l'origine de l'os pénien, se replie sur elle-même en ce point, et permet aux animaux de prolonger encore la durée de leur union. La même chose arriverait, d'après Pline, au loup et aux phoques (1). Aussitôt que l'accouplement est commencé, la sensation éprouvée par le mâle, à la suite du contact du pénis avec les parois du vagin, détermine des contractions spasmodiques dans toutes les parties génitales. Le cré-' master tend le cordon testiculaire et rapproche quelquefois^ comme chez le cheva

(1) Pline> HiHoire naturelle, liv. X, p. 396 (tradticlioa GuéroùU).

le testicule de l'anneau inguinal. Les canaux déférents se resserrent, et font mooier Je sperme vers les vésicules séminales. Celles-ci se contractent convulsivement, et expriment une partie de leur contenu dans le canal de Turètbre. Les expanstoos musculaires rougeâtres qui enveloppent la prostate compriment ces glandes, eo font sortir un fluide clair, légèrement visqueux, qui d'abord lubriGe la muqueuse urélhrale, et qui ensuite se mêle au sperme dont il a préparé les voies. Dès que ce liquide est parvenu dans l'urèthre rétréci par le gonflement du tissu spongieux qui entoure ce canal et par la tension du corps caverneux, il est chassé avec force par les contractions d'un muscle rouge à fibres transversales tapissant toute la partie postérieure du canal. La partie supérieure de ce muscle agit spécialement sur la légion pelvienne qu'elle entoure et sur les petites prostates qu'elle tapisse. La seconde exerce son action sur la partie pénienne de l'urèthre. Dans les animaox domestiques, la première a été appelée le muscle ischio-uréthral, et la seconde périnéo-uréthral ou accélérateur.

L'émission du sperme et des fluides prostatiques se fait très-rapidement cbex les solipèdes, chez le taureau, le bélier, le bouc, le lapin, les oiseaux, et chez beao* coup d'autres espèces où ces liquides ont peu de consistance et de viscosité. Chez ces animaux, le coït est^de très-courte durée. D'après mes observations il ne dore en général que dix à quinze secondes, pour les étalons vigoureux, mais il peat aller jusqu'à trente pour ceux qui sont un peu fatigués. L'émission est, an contraire, assez lente chez le chien, chez le porc^ et plus encore chez le dromadaire. Aussi raccoupl'ement du porc se prolonge-t-ii cinq à six minutes, et celui du dromadaire un quart d'heure, une demi-heure, même des journées entières, comme les anciens le savaient déjà (1}. Dans ce dernier cas, l'éjaculationse fait paisiblement, sans secousses de la part de l'animal, et sans spasme des organes génitaux. Les dromadaires accouplés dans des lieux retirés conservent le décubitus sternal et ruminent de même que dans les conditions ordinaires : l'éjaculation s'achève le plus souvent sans qu'aucun signe particulier en marque le terme. Mais il n'en est pas toujours ainsi. Le cheval éprouve des secousses répétées, fait trémoiuser sa queue ; puis, l'acte accompli^ les oreilles tombent, il baisse la tête et semble éprouver un aflaisscment subit très-prononcé.

Le fluide séminal^ associé aux humeurs prostatiques, est dardé avec force dans les voies génitales de la femelle. Une partie de ce fluide est nécessairement versée dans le vagin, tandis que le reste paraît pouvoir être lancé directement dans la cavité du col delà matrice. Plusieurs considérations indiquent la possibilité de cette projection du sperme dans la cavité utérine. D'abord, il existe une relation manifeste entre la longueur du conduit vaginal et l'étendue de la partie libre du pénis, de telle sorte que chez les femelles dont le vagin est très-long^ la verge peut encore atteindre facilement le col utérin. Ensuite, il y a dans chaque espèce un rapport entre la conGguration de la tête du pénis et celle du col de la matrice. Ainsi la verge du cheval, qui se termme par un renflement en pomme d'arrosoir, peut s'appliquer exaaement sur le fond du vagin, et le petit prolongement uréthnl

(1) Artsiote, Histoire des animaux^ traduction Camus, livre V, p. 241 ; — * Pline, livre %$ p. 396, édition Guéroult.

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saillaDt est bien disposé ponr pénétrer dans Touverture de la fleur épanouie et s'y enfoncer d'autant plus que le mdie imprime à sa croupe des secousses plus énergiques. Celle du bœuf, grêle, à peu près cylindrique, mais rigide et terminée en pointe, peut s'engager dans le col utérin épais de la vache. La ?ei^ du bélier, plus grêle encore et continuée par un appendice vermiforme, avait besoin d'une telle conGguration pour s'insinuer dans le col de la matrice très-long et extrêmement resserré delà brebis. Du reste, le col de l'utérus n'est pas, pendant la vie, fermé ni resserré comme sur le cadavre, où la roideur cadavérique oppose une grande résistance à la dilatation. Il est facile, en explorant cette partie sur les femelles vivantes, de s'assurer que, sans effort, on peut y faire pénétrer le doigt^ et très-probablement, à l'époque du rut, sa dilatabilité doit être encore plus grande.

Dans le but de constater l'état de la matrice et du col utérin pendant l'accouplement, j'ai exploré et fait explorer ces parties sur la jument aussitôt après le coït Sur deux ou trois de ces femelles qui étaient bien en rut, le col de la matrice s'est trouvé flasque et a laissé pénétrer sans efforts deux et même trois doigts. Sur l'une d'elles, tuée quelques heures après l'accomplissement de Tacle, le col de la matrice était injecté, et il y avait des spermatozoïdes en grand nombre dans le vagin, dans la cavité du col et dans le reste de l'utérus ; une autre qui avait rejeté plus d'un décilitre de matière blanchâtre après la descente de l'étalon, n'a presque pas montré d'infusoires ni dans l'utérus ni même dans le vagin.

On conçoit donc que le coït soit sans résultat, si la femelle fait immédiatement après de violentes contractions expulsives. Cependant si les efforts expulsifs sont faibles et limités à la région vulvaire, ils n'entraînent pas le sperme. La jument rend, quelques minutes après avoir reçu l'étalon, de l'urine souvent tout à fait dépourvue de spermatozoïdes. La truie peut même uriner plusieurs fois pendant l'accouple* ment sans rejeter de matières qui ressemblent au sperme.

Il est évident-que si l'utérus est immobile et resserré^ surtout dans la région du col, il rend les conditions de la fécondation très-défavorables. Les Arabes le savent^(1), et quand ils ont affaire à des juments qui ne retiennent pas, ils engagent le bras dans le vagin et le poussent jusque dans le col utérin. Elles sont fécondables à la suite de cette manipulation qu'on pratiquait déjà de diverses manières sur les femmes stériles, du temps d'Hippocratc.

Évidemment, l'utérus peut, puisqu'il a une tunique musculaire, surtout trèsépaisse au col, se mouvoir sensiblement, et participer au spasme de toutes les parties de l'appareil génital pendant l'accouplement. Il ne serait pas impossible, comme le pensait Bartholin, que cet organe se mût en divers sens, s'ouvrit et se fermât pendant l'accomplissement de cet acte. Ces mouvements propres, dont les anciens avaient soupçonné l'existence, avaient fait dire à Platon et à Arétée, que l'utérus était un animal dans un autre animal.

La projection du sperme dans le fond du vagin et le col de l'utérus est fort rarement gênée chez les mammifères par la présence d'un repli analogue à celui qui, chez la femme, porte le nom d'hymen. Néanmoins, un ou plusieurs replis de ce genre existent quelquefois, même d'une manière constante, dans certains ani-

(i) Général Daumas, les chevaux du Sahara. Parii, 1864.

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maux. Duvernoy (1) en a signalé la présence snr un assez grand nombre de fe« melles. Il a vu qu'en général il y a, au niveau du méat urinaire^ entre la volve et le vagin proprement dit^ soit un étranglement circulaire, soft des replis plus oa moins marqués. Dans Tours, suivant lui, il y a au fond du conduit vaginal on large repli percé, au delà duquel se trouve cachée la fleur épanouie. Dans rhyène, (e daman, il a vu des replis analogues^ que Steller a observés aussi dans une espèce de lamantin et Lobstein dans le phoque h ventre blanc. Chez la vache et la jorneat, il y a un resserrement circulaire au niveau du méat urinaire; en avant Josqa'ao col utérin, le vagin est amplement dilaté. Mais, dès que le canal vient à être dilaté mécaniquement, le resserrement disparaît, sans qu'il reste à sa place une trace de repli. Cependant, il n'est pas rare de trouver à ce point des replis ioefb» çaMes de forme plus ou moins bizarre. Dans un premier cas^ c'était une dapli* catnre muqueuse transversale découpée inégalement et comme frangée à son boni libre. Dans un second cas, il existait une cloison verticale percée de deux ouvertures, une de chaque côté ; enfin, dans on dernier, il y avait un repli circalaire portant trois dentelures réunies par trois petites brides entre lesqnettes sse trouvaient naturellement trois ouvertures. Chez la femelle du cochon d'Inde, Torifice du vagin est fermé si solidement, d'après Legallois, que le mile mettrait quelquefois quinze jours d'efforts pour en opérer le décollement Et comme, après chaque accouchement, l'adhésion se rétablit, le mâle jouit^ dit cet observateur, de l'heureux privilège de trouver toujours à sa femelle les apparences de la virginité. Il eu est de même chez la souris.

La quantité de sperme qui est éjaculée pendant un seul accouplement doit être considérable, surtout chez les animaux^ tels que le porc, le chien et le dromadaire, où cet acte se prolonge beaucoup ; mais elle n'a pas encore été appi'éciée. Le liquide, qu'on peut recueillir dans un vase, lorsque le taureau où l'étalon se cabre sur la femelle^ s'élève souvent de 50 à 60 grammes. Celui que le chien en érection perd est aussi parfois assez abondaut ; car un chien de berger de moyenne taille en donna dans ces conditions 50 grammes en vingt minutes. Seulement ce fluide renferme très-peu de sperme ; il est clair, à peine visqueux, c'est du suc prostatique presque pur.

Lorsque l'émission spermatique est arrivée à son terme, les animaux se désunissent, à moins de quelque obstacle mécanique, tel que celui du gonflement énorme qui, chez le chien, retient les deux bulbes érectiles du pénis en avant des lèvres de la vulve. Le sperme coule encore goutte à goutte au moment de la séparation, notamment chez le taureau et chez le cheval, dont la tête du pénis est beaucoup plus lai^e qu'avant l'intromission. EnQu, l'érection cesse plus ou moins vite, et la verge rentre dans son enveloppe, soit par le fait seul de la cessation de la turgescence des tissus érectiles, soit en même temps par suite de llnlervention de certains muscles. Chez le taureau, il y a, outre les deux faisceaux musculaires grisâtres propres à la plupart des quadrupèdes, deux muscles dérivés de la réfçion pubienne, qui font rentrer la verge dans le fourreau et l'y retiennent avec une grande force. Pour apprécier leur action, j'ai pratiqué à la peau de l'abdomen une

(1) Cuvier, Leçons cTamtomie comparée ^ 2« édit., t. VIII, p. 260,

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