‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 219 sur 239 · CHAPITRE LXXVl · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXVl

DE LA PARTORITION,

Le fcetus parvenu à un certain degré de développement, fixe dans chaque espèce, doit se séparer de ses annexes et sortir de Tntérus pour jouir d'une vie nouvelle trèsKlifférente de celle dont il vient de parcourir toutes les phases. L'acte par lequel il est expulsé du sein maternel constitue l'accouchement, le part ou la parturition.

L'époque de l'élimination du fœtus con-espond, en général, au moment où l'animal peut vivre à Textérieur aux dépens du lait maternel. Elle est réglée, à quelques jours ou à quelques semaines près, pour la plupart des espèces, maïs elle peut être avancée ou retardée dans des limites considérables* On voit, en effet, dans l'espèce humaine, des accouchements prématurés donner à six mois un produit qui peut être viable; mais, chez les animaux, le fqetus n'est apte à vivre qu'à une époque très-rapprochée du terme normal. La cause de la parturition à époque fixe dans les divers animaux n'est pas déterminée. On a cru la voir récemment dans le retour du travail de l'ovulation, retour qui, par sympathie, entraînerait le relâchement du col et les contractions utérines de l'accouchement.

La parturition est précédée, chez toutes les femelles, de changements plus ou moins sensibles dans l'état général de l'organisme et dans celui des parties sexuelles. A partir du moment de la fécondation, le rut n'a plus reparu, l'excitation générale de la femelle s'est calmée. Celle-ci a perdu peu à peu de son ardeur; il s'est manifesté une grande tendance à l'engraissement ; la vie végétative ou de nutrition a acquis une prédominance marquée sur la vie de relation; les mouvements sont devenus de plus en plus lents, le ventre a pris un grand volume et s'est abaissé, le flanc s'est creusé. L'utérus, eu augmentant de volume, a rempli une grande partie de la cavité abdominale, il a déplacé une partie des viscères digestifs et s'est déplacé lui-même; ses ligaments, allongés et devenus très-musculeux, lui out permis de descendre sur les parois inférieures de l'abdomeOf et de se rapprocher plus ou moins du diaphragme, suivant les animaux. Dans les derniers moments, les mamelles se gonflent et commencent à donner un lait jaunâtre, séreux ; la vulve et son pourtour s'aedématient^ des mucosités s'écoulent par son orifice, le col de l'utérus perd de sa fermeté et commence à s'ouvrir. Chez quelques femelles, celle du cochon d'Inde, d'après Legallois, la symphyse pubienne se gonfle, acquiert de

la mobilité, et enfin ses deux moitiés s'écartent i*une de l'autre au point de permettre au doigt de passer entre elles; mais rien de semblable à celte dernière modification ne paraît s'observer chez les ruminants et les solipèdes, car chei les femelles adultes de ceux-ci la symphyse est ossifiée et on la trouve à son état ordinaire sur celles qui meurent pendant ou après le travail de la mise bas.

Lorsque le part est près de s'opérer, les femelles éprouvent un vague sentimeot d'inquiétude et de malaise qui les portent à fuir le voisinage de l'homme, celui des animaux, à se retirer dans des lieux écartés et sombres. Beaucoup d'entre elles font entendra des cris plaintifs et étouffés, d'autres conservent un mutisme ahsoia. La plupart des femelles carnassières cherchent à se faire un nid dans un lieu sombre, dans des feuilles, sur la paille ou sur le fourrage; celles qui font des petits nos et aveugles, comme la lapine, les rats et d'autres rongeurs, mettent plus de soins encore à préparer le nid de leur progéniture; la lapine le garnit même de poii qu'elle s'arrache sous le ventre et sur le trajet des mamelles. Mais les grandes femelles de solipèdes et de ruminants, même lorsqu'elles sont laissées en libertéi ne paraissent guère s'inquiéter à cet égard.

A des intervalles d'abord éloignés, la femelle éprouve des douleurs qui se traduisent par l'expression de la physionomie, par des déplacements sans but apparent, des plaintes sourdes et étouffées, des mouvements de la queue, des changements de situation des membres postérieurs. Ces douleurs s'accompagnent de contractions utérines plus ou moins énergiques, d'efforts expulsife de la part do diaphragme et des muscles abdominaux. Ces efforts poussent l'utérus eu arrière vers le bassin, dilatent peu à peu le col de cet organe, font proéminer momentanément en arrière l'anus et la vulve. Insensiblement l'amnios et l'allantolde, pressés par l'utérus et les parois abdominales, déchirent le sac du chorion, et s'engagent en partie dans l'ouverture du col utérin pour y former ce qu'on appelle la pocbe des eaux; cette poche finit par franchir le vagin et sortir entre les lèvres de la volve où elle se rompt après un temps plus ou moins considérable.

Le fœtus ne tarde pas à se montrer en partie une fois que les enveloppes se sont déchirées, et même, comme cela arrive fort souvent, pendant qu'elles sont encore intactes. Sa position est alors, dans plusieurs animaux, très-diSérente de celle qa'il a conservée dans l'utérus jusqu'aux derniers temps de la gestation. Pendant les premiers temps, le fœtus avait une situation peu définie en raison de la facilité de ses déplacements et du petit espace qu'il occupait dans la cavité utérine au iniiieD des fluides abondants de l'amnios. Plus tard, chez les solipèdes, il avait le ventre en haut^ les membres postérieurs engagés dans la plus longue des cornes utérines, et les membres antérieurs avec la tête dirigés vers le col de l'utérus. Dans les ruminants, son ventre se trouvait tourné en bas, car, toujours cette région regarde la concavité des cornes, et la tête se trouvait également dirigée en arrière. Enfin, chez les femelles multipares, telles que la chienne, la chatte, la truie, tous les fœtus ont la tête dirigée du côté du col de l'utérus et l'abdomen vers la partie concave des cornes de cet organe, c'est-à-dire vers le bord qui donne attache aux ligaments ian;^ et entrée aux vaisseaux. Néanmoins M. Rainard (1) dit que chez ces dernierst

(1) Rainard, Traité complet de la parturition des principales femelles domestiques, tjw, 1845, t. I, p. 285.

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chaugement résulte plutôt des mouvements propres du fœtus que de ceux des parois utérines.

La position du fœtus sortant des voies génitales est très-variée. Le plus soavent, c*est la tête qui sort la première, appuyée sur les membres antérieurs étendus Tun à côté de Fautre (fig. 207). Plus rarement ce sont les membres postérieors et la croupe qui sortent en premier lieu. Les autres présentations sont plus ou moins anormales et rendent la parturition plus'ou moins laborieuse et parfois même impossible sans une intervention étrangère. Ainsi la 'présentation de la tête repliée latéralement, en haut ou en bas sur le cou, celle des membres fléchis sur eux-mêmes, celle de tous les membres rassemblés en un faisceau, celle du cou, du dos, do poitrail, de la croupe, etc.

La position que prennent les femelles pendant la parturition est assez variable. La vache et la jument se tiennent ordinairement debout; elles se couchent si elles sont affaiblies, soit sur le côté, soit dans l'attitude sternale. La truie, la chienne, la chatte, se couchent, ployées en demi-cercle, comme dans les circonstances ordinaires. Lorsque la femelle se tient debout, le fœtus en sortant du vagin glisse sur les jarrets de sa mère et tombe sans secousse sur le sol ; pendant sa chute, le cordon ombilical se rompt plus ou moins près de Tabdomen. Dans les autres cas, les eflbrts que le fœtus ou la mère fait pour se déplacer, en amène la rupture, ou bien encore celle-ci le coupe avec les dents, comme on le voit parmi les femelles carnassières et même la vache et la jument. Sans ce secours instinctif de la part de la mère, souvent le cordon ne se déchirerait qu'avec difficulté. J'ai vu nnc chienne qui, après s'être accroupie pour mettre bas un petit, fut obligée de fuir, lorsque l'expulsion du fœtus s'achevait ; elle franchit rapidement un assez long trajet, le fœtus restant suspendu par le cordon ombilical et heurtant les jarrets de sa mère à chaque déplacement des pieds de derrière.

L'expulsion du fœtus est un acte qui résulte de la coopération de l'utéros, du . diaphragme et des muscles abdominaux.

L'utérus a, comme on le sait, une tunique musculcuse qui, à mesure que la gestation avance, ^'hypertrophie dans tous les points de son étendue, au col, au corps, aux cornes et jusque dans l'épaisseur des ligaments larges. Ses faisceaux dirigés, les uns longitudinalement, les autres transversalement, sont très-bien disposés pour rétrécir la cavité utérine dans tous les sens, notamment suivant la direction même de ces faisceaux. Leurs contractions évidentes sur l'utérus vide sont encore plus marquées pendant la gestation. Déjà Haller(l), sur des chattes, des chiennes et des lapines pleines, avait vu les cornes utérines se mouvoir spontanément et d'un mouvement péristaltiquc égal à celui des intestins, lequel persistait même lorsque l'oi^gane était détaché du corps. J'ai vu aussi ces mouvements extrêmement marqués sur une chatte pleine dont l'utérus contenait 5 fœtus, 3 dans une corne et 2 dans l'autre : ils étaient surtout énergiques au niveau des espaces intermédiaires aux: fœlus. Ils étaient très-prononcés sur des brebis à diverses périodesde la gestation, resserraient et dilataient alternativement les cornes^ les rapprochaient et les éloignaient tour à lour l'une de l'autre ainsi que du col de l'organe; on les

(1) Haller^ Mémoires sur les parties setisibies et irritables du corps animal, 1. 1, p. 293*

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voyait persister quelquefois jusqu'à quarante à cinquante minutes après la mort. Sur une vache pleine et ouverte vivante, ils avaient un caractère analogue et devenaient plus vifs et plus étendus sous Tinfluence d'une légère irritation; les cornes changeaient de forme en se contractant; elles se raccourcissaient sensiblement et se tordaient sur elles-mêmes à leur extrémité antérieure; enfin, ces contractions n'étaient pas moins évidentes sur la jument dont j'ai parlé. Du reste, tous ceux qui ont eu l'occasion d'engager la main dans l'utérus pour remettre le foetus dans une position convenable, ou dans tout autre but, ont été étonnés de la violence avec laquelle le bras est éireint au niveau du col dès qu'il s'opère le moindre effort cxpulsif. Ainsi, les mouvements propres de l'utérus ne peuvent être mis eu doute; ils ont un grande énergie ; leur rhythme, sans être parfaitement défini, est, selon toute probabilité, analogue à celui de l'intestin; ils sont péristaltiques, de l'extrémité fermée des cornes vers le col utérin, surtout chez les femelles qui, comme la chienne et la truie, ont les cornes utérines très-longues, et qui ont, dans celles-ci, les fœtus disposés les uns à la suite des autres.

L'action de Totérus a évidemment pour auxiliaires puissants le diaphragme et les muscles abdominaux, qui agissent ici de la même manière que dans le vomissement et l'émission des urines. Leur participation est toujours indispensable ; mais elle est surtout très-utile dans les cas où la tunique musculeuse est frappée d'atonie, soit par suite de contractions trop répétées, soit par le fait de la prostration générale de la mère. L'effort que ces puissances accomplissent coïncide toujours avec celui de la membrane charnue de l'utérps.

L'expulsion du fœtus nécessite un léger agrandissement du bassin, et, dans quelques sens, une réduction de volume du fœtus loi-même, qui, habituellement, a des proportions trop considérables pour franchir aisément les détroits de cette cavité.

Le bassin est susceptible de s'agrandir dans deux sens : suivant son diamètre vertical et suivant son diamètre transversal. Il augmente verticalement par l'aplatissement et la projection de la vessie en avant du pubis, par la dépression du rectum à la face inférieure du sacrum, et enfin par une élévation sensible de l'extrémité inférieure du sacrum et de la base de la queue. Il augmente transversalement par suite d'un léger écartement des deux coxaux, à leurs articulations sacro-iliaques, écartement comparable, bien qu'il soit peu sensible, à celui des branches d'un arc commençant à se ^étendre; enfin, il s'agrandit, surtout dans ce dernier sens, et en arrière, par la projection en dehors des ligaments sacro-ischiatiques.

Ces modifications dans l'état du bassia résultent de l'effort que le fœtus exerce sur les parois de cette cavité. Celui-ci, pour franchir un passage étroit, se resserre, se déprime dans tous les sens. La tête s'étend sur le cou et sur les membres antérieurs ; les courbures de la colonne vertébrale s'effacent autant que possible, et, par suite, les longues apophyses des vertèbres dorsales s'inclinent les unes sur les autres; le sternum se rapproche du rachis; les parois costales s'aplatissent et se rapprochent également; les deux épaules, au lieu de rester sur la même ligne transversale, se portent l'une en avant de l'autre, et glissent, en quelque sorte, sur les parties au niveau desquelles le diamètre transverse du thorax a le moins d'étendue. Le reste du corps du fœtus cède encore avec plus de facilité.

Lorsque le part est maltlple, son mécanisime présente quelques particularités qui méritent d'être notées.

Si Tutérus des femelles, normalement unipares, contient deux fœtus, comme cela arrive souvent à la brebis, plus rarement à la vache plus rarement encore à la jument, les deux cornes de l'utérus ont sensiblement le même volume, et chacune d'elles contient un fœtus ayant la même position que s'il était seul Alors les contractions utérines s^eflectuent, vraisemblablement d'une manière simultanée, dans les deux cornes qui sont réunies entre elles postérieurement sur une assez grande étendue; mais comme les deux fœtus ne peuvent s'engager à la fois dans le col de l'utérus, le plus avancé s'y insinue et se trouve expulsé le premier. Le fœtns qui se trouve en arrière étant solllcilé à sortir pousse mécaniquement celui qui l'a devancé. Lorsque le nombre des fœtus est plus considérable,, ils sont aussi expulsés successivement, à des intervalles de quelques heures. Ainsi, on a vu plusieurs fois des vaches donner, en une seule portée, deux, trois et quatre veaux. Rainard en dte des exemples, et Baron avait même signalé à Réaumur un part quintuple chez celte femelle. On a tu également des brebis mettre bas dans la même portée trois, quatre, et jusqu'à sept petits.

Chez les femelles habituellement multipares, la truie, la chienne, la chatte, les fœtus sont expulsés les uns après les autres à des intervalles de dix, quinze minutes, d'une demi-heure, d'une heure et plus. Après la naissance de chacun d'eux, la mère coupe, le cordon, lèche le petit, Vessuie, l'approche de ses mamelles, se délivre des enveloppes du fœtus qui vient de sortir, les dévore, puis elle met bas un autre petit, et ainsi de suite. C'est surtout chez les femelles multipares que les contractions utérines doivent avoir, suivant la judicieuse observation de Rainard, un rhythme péristaltique très-régulier : il faut que chaque fraction de l'ulérns correspondant à un fœtus se contracte à son tour, d'abord le segment de l'une des deux cornes le plus rapproché du col, puis le segment qui précède, et ainsi jusqu'au plus voisin de l'ovaire, de manière à amener l'élimination successive de tous les fœtus et à faire alterner ceux de l'une des cornes avec ceux de la corne opposée. Ce qui se passe chez ces femelles est tellement bien réglé, qu'on a là toutes les preuves de l'existence d'un rhythme propre aux contractions utérines, rhythme qui, sans doute, se retrouve chez les femelles unipares, à utérus simple ou à utérus bicorne.

Dans les cas de superfétation, s'il en existe réellement ailleurs que chez les femelles dont chaque corne utérine aboutit au fond du vagin par un orifice distinct, il faut aussi que les contractions utérines soient limitées à la corne contenant le fœtus parvenu au terme de la gestation; car autrement le fœtus le moins avanoé serait éliminé à la même époque que le premier; il y aurait à la fois une parturition normale et un avortement.

Mais il faut noter ici que les cas de superfétation sont excessivement rares. On a souvent pris pour tels des cas de gestation double ou triple dans lesquels les fœtns ne se ressemblaient point, ou bien se trouvaient expulsés à un intervalle considérable. Ainsi, les exemples de juments ayant mis bas le même jour, ou à quelques jours de distance, un poulain et un mulet, ne sont point des cas de superfétation; car, à une même période du rut, on dans un même espace de vingt-quatre à quarantehuit heures, la jument a été couverte successivement par un cheval et par un âne;

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