‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 23 sur 239 · IL — ABSORPTIONS DIVERSES EFFECTUÉES PAR LES CHÏLIFÈRES · texte numérisé non relu

IL — ABSORPTIONS DIVERSES EFFECTUÉES PAR LES CHÏLIFÈRES

Depuis deux siècles et demi que les lactés sont connus, il y a eu^ parmi les physiologistes, de nombreux revirements d'opinion sur le rôle de ces vaisseaux. A peine Aselli les faisait-il connaître, qu'on leur donnait à eux seuls l'office d'ab- 2{orberla totalité des produits utiles de la digestion. Puis Flandrin, Magendie, s'appuyant sur des expériences incomplètes, leur laissaient la faculté d'absorber le chyle en leur retirant celle de prendre autre chose; Bichat, sans s'expliquer trcs-nettement, leur attribuait le pouvoir de choisir, en vertu d'une sensibilité spéciale, parmi les matières qui leur sont offertes. Naguère, on partageait entre eux et les mésaraîques le travail de l'absorption intestinale; et, aujourd'hui, ce n'est plus la

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moitié du rôle qui leur est laissé : on prétend qu'ils n'absorbent pas même le liquide connu sous le nom de chyle ; que leur participation se borne à prendre quelques particules de graisse destinées à blanchir, sur certains animaux, la lymphe des tuniques intestinales. On affirme qu'ils ne prennent ni les matières azotées dissoutes dans le suc gastrique, ni la dcxtrine, ni le sucre, ni les sels, ni les médicaments, ni les poisons, ni les matières colorantes ou odorantes. Après avoir sapé en principe la théorie des affinités électives, on en crée de nouvelles plus fantastiques et poussées jusqu'à l'absurde.

Déjà j'ai montré (1) combien cette théorie est fausse en ce qui concerne la constitution du chyle proprement dit; il me reste à prouver, comme je l'ai fait (2) en 1858 et en 1862, que les chylifères, contrairement à l'opinion de Magendie et de son école, absorbent à peu près toutes les matières qu'ils étaient supposés ne pouvoir saisir; et, chemin faisant, je signalerai les illusions dont les physiologistes ont été dupes.

£n ce qui concerne l'ensemble des matières autres que les aliments, une démonstration est très-nécessaire. On a douté et on doute encore généralement aujourd'hui de leur pénétration dans le système chylifère. « Les recherches les mieux » conduites, dit M. Milne Edwards (3), ont prouvé que la plupart des matières » étrangères, dont l'absorption a lieu dans l'intestin, ne se montrent pas dans le p chyle, et pénètrent directement dans les veines. » « Tous les faits les mieux observés 9 tendent à montrer, ajoute-t-il, page 179, que les vaisseaux chylifères admettent cer- » taines substances de préférence à d'autres, qu'ils exercent sur les matières conte- » nues dans l'intestin une absorption élective et prennent dans le chyme, les corps » gras, peut-être aussi les matières albuminoîdes, à l'exclusion des matières sa- » lines. » En effet, Haller n'y a pas retrouvé les sels de fer^ Tiedmann et Gmelin ni les même sels, ni ceux de plomb et de mercure, sauf dans quelques cas où ils en ont reconnu des traces. MM. Bouchardat et Sandras n'y ont pas retrouvé noii plus le cyanoferrure de potassium; M. Chatin, ni l'acide arsénieux, ni l'émétique; et, cependant, Fodera, Lawrence, Goates, ont reconnu le cyanoferrure dans le canal thoracique, et Panizza des traces d'iodure de potassium. Moi-même, avant 1855 (/»), j'avais constaté, au bout de huit minutes, le passage dans les chylifères du cheval du cyanoferrure de potassium injecté dans l'intestin; mais, pour m'en être tenu alors aux vieilles traditions expérimentales^ je n'avais pas fait ce qu^il fallait pour rendre la démonstration complète.

Ce fut seulement en 1858 que, me révoltant contre la manière un peu mécanique dont Magendie découpait les anses d'intestin, je cherchai et trouvai un procédé plus sûr que le sien. Au lieu d'opérer comme le savant physiologiste, d'après un mode qui mène presque toujours à l'illusion et à l'erreur, je mis à découvert le canal thoracique, et y insérai un tube d'argent. Lorsque le chyle vint à couler

(1) G. Colin, Recherches expériment sur les fond, du système lympKy Mémoire inédit présenté à l'Institut.

(2) G. Colin, De r absorption effectuée par les vaisseaux lymphatiques et du système des affinités électives, lu à l'Académie de médecine, juin 1862 {Bull, de VAcad, de m^d., Paris^ 1861-62, t. XXVII, p. 498, et Recueil de méd. vétérin., 1863, p. 519).

(3) Milne Edwards, Leçons de physiol, et d'anat, comp.^ t. VII, p. 177.

(4) G. CoUn, Traité de physiologie^ première édition. Paris, 1856^ t. II, p. 13.

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librement, j'administrai à f animal ud sel facile à reconnaître, le prassiate de potasse, riodore de potassium, i'émétique, Facide arsénienx, etc., et je le cherchai, de minute en minute, dians le produit de la fistple. Voici quelques-unes de mes expériences principales.

• Je fais avaler à un gros chien, dont le canal ihoracique est ouvert, une solution de 20 grammes d*iodure de potassium dads 200 à 250 grammes d*eau, et je recueille toutes les minutes le chyle dans une série de verres à réactifs; puis j'essaie chaque échantillon par le chlore et Tamidon. Si Tanimalest en digestion, si le pylore laisse librement passer le liquide dans l'intestin grêle, si cet intestin imprime un mouvement un peu rapide aux ondées qu'il reçoit, la dissolution saline est bientôt mise en contaa avec les villosités et saisie par les chylifères. Dès la dix-huitième ou la vingtième minute, le chyle, traité par l'amidon et le chlore, commence à offrir des Stries violettes. Huit à dix minutes plus tard, la coloration devient sensiblement plus prononcée; elle continue à augmenter d'intensité pendant une heure, une heure et demiei jusqu'au moment où le chyle prend une teinte bleue uniforme ; puis elle demeure stationnaire, s'affaiblit à la longue pour disparaître au bout de six, huit, dix, douze, quinze heures. Ainsi, on voit à quel moment précis le sel commence à passer dans le chyle en quantité appréciable; on juge des progrès que fait l'absorption par l'intensité croissante de la teinte bleue du liquide; on détermine le moment où cette absorption arrive à son maximum, le temps pendant lequel elle est stationnaire; enfin, on la suit dans toutes les phases de son ralentissement jusqu'à la disparition des dernières traces appréciables du sel.

Ce résultat est constant; il se reproduit dans tous les cas, avec les mêmes caractères essentiels, sauf les variations Infinies dues à l'état de l'appareil digestif. Le sel met nu temps très-long à se montrer si l'estomac, inerte, contracté et enduit de mucus, le conserve dans sa cavité, — si ce sel se trouve mêlé à une trop grande masse d'aliments, ou bien s'il est poussé en faibles proportions dans un intestin resserré et sans contractions péristaltiquss. Au contraire, il apparaît très-vite et en grande quantité si l'estomac est dilaté, — si le pylore s'ouvre souvent, — si la marche des liquides intestinaux est accélérée. Et, à cet égard, les limites des variations sont fort étendues, au point que le même sel met à se montrer, dans certains cas, un temps double, triple, quadruple de celui qu'il emploie dans les conditions ordinaires. Aussi ne faut-il pas s'étonner de ce que dans les maladies où mille causes peuvent modifier l'état des organes, l'absorption est si incertaine et si mal réglée. .

Ce qui vient de se passer chez le chien va se reproduire de la même manière chez les herbivores, soit qu'ils aient un estomac à plusieurs compartiments de vaste capacité, comme les ruminants, ou un estomac simple et à peu près dépourvu de la faculté absorbante.

Je donne à un bélier, sous forme de breuvage, 25 grammes d'iodure de potassium dans 500 grammes d'eau, et je recueille, minute par minute, le chyle que verse le tube d'argent adapté au canal tboracique, en avant de la première côte. La dissolution saline que l'animal a avalée tombe en partie dans les trois premiers estomacs, où elle se mêle à une grande masse d'aliments, et en partie dans la caillette, qui jouit seule de la propriété d'absorber. C'est seulement cette dernière fraction qui, en passant dans l'intestin grêle, peut être absorbée dans les premiers

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