‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 24 sur 239 · GOLUf . — Pbytiol. eomp. , 2* édit. II. — S · texte numérisé non relu

GOLUf . — Pbytiol. eomp. , 2* édit. II. — S

82 DE l'absorption.

moments. Or, dès la dix-haitième minute, le cbyle offrira -des traces très-appréciables d'iode; la proportion de sel augmentera très-rapidement, et elle sera portée à son maximum au bout d une heure à une heure et demie, après quoi elle demeurera longtemps stationnaire. Dix heures, quinze heures, dix-huit heures même après l'ingestion du sel, le chyle donnera, par Tamidon et le chlore, une coloration bleue très-intense. Il continuera ainâi à bleuir tant que les premiers réservoirs gastriques chasseront vers Tintestin une certaine quantité de la dissolution qu'ils tenaient en réserve.

Même résultat encore chez les ruminants de haute stature, comme la vache et le taureau, quoique la dissolution se perde en partie dans les vastes estomacs et s'y mêle à une énorme quantité de matières alimentaireis.

Un taureau, dont le canal thoraciqne porte un tube d'argent, avale 200 grammes de prussiate de potasse dans un litre et demi d'eau tiède, iu bout d'une demi-heure, le chyle, traité par le persulfate de fer et l'acide chlorhydrique, prend une légère teinte bleue, ce qui indique la présence du prussiate. La coloration prend une intensité croissante dans les moments qui suivent, et elle arrive à son plus haut degré en une heure let demie. Elle se maintient sans changement pendant quelques heures, puis décroît et disparait déjà à la fin de la sixième heure.

Un autre taureau, de même taille que le premier, reçoit, au lieu de prussiate de potasse, 80 grammes d'iodure de potassium dans un litre et demi d'eau. Dès la vingts* cinquième minute, le chlore et l'amidon décèlent dans le chyle des traces d'iode. Ces traces demeurent très-faibles jusqu'à la fin de la première heure, et elles n'augmentent qu'avec une extrême lenteur. C'est seulement à compter de la sixième que la coloration arrive à son plus haut degré. Elle conserve cette intensité pendant deux jours entiers, et lorsqu'on tue l'animal, quarante-six heures après l'administration du breuvage ioduré, le chyle bleuit à peu près comme à la cinquième ou à la sixième heure.

Voilà certainement un résu^ltat bien curieux. Ces 80 grammes d*iodure de potassium versés dans les immenses estomacs d'un taureau, suflfisent, en passant peu à peu dans l'intestin, à alimenter l'absorption pendant deux jours, et à saturer pour ainsi dire le ehyle. Encore, au bout d'une si longue période, la totalité du sel n'a point été enlevée. Il en reste un peu dans les liquides du réseau, dans les matières de la caillette et dans la fiente du gros intestin; de plus, une notable quantité d'iode s'est répandue dans les liquides et dans les tissus de l'économie. On en trouve dans la sérosité de toutes les membranes séreuses, dans le liquide céphalorachidien et dans la plupart des produits de sécrétion. Il y en a dans le tissu cellulaire, dans les muscles, dans les diverses membranes. Le cerveau, la moelle épi* nière et l'œil même en sont imprégnés. L'absorption aurait donc pu encore en recueillir pendant longtemps.

Ainsi le prussiate de potasse et l'iodure de potassium passent dans le chyle et y passent en forte proportion; mais ils ne sont pas les seuls. J'ai administré de la même manière l'émétique et l'acide arsénieux, les arséniates de potasse et de soodc. Le chyle recueilli pendant plusieurs heures a été évaporé, desséché, et le résidu essayé par l'appareil de Marsh : l'antimoine et l'arsenic ont donné sur des capsules de porcelaine les taches miroitantes qui décèlent leur présence.

ABSORPTIONS DITERSBS EFFECTUÉES PAR LES GHYLIFÈRES. 8S

Dans les expériences qui précèdeot, le sel ingéré en dissolution et sous forme de brentage, a pu être absorbé soit par les lymphatiques de l'estomac, soit par les chyliières de l'intestin grêle ou par tous à la fois. U est bon de faire leur part respective en isolant complètement l'absorption gastrique de l'absorption intestinale, car les lymphatiques nés de réseaux fermés dans les tuniques de l'estomac ne sont pas clans les mêmes conditions physiologiques que les vaisseaux blancs émanés des viUoffltés intestinales.

J'écarte en ce moment l'absorption lymphatique de l'estomac, afin de ne pas me heurter à des complications inévitables, et je considère seulement celle de Tinlestin, qui offre infiniment plus d'intérêL

Pour bien étudier celle-ci, avec ses caractères essentiels et ses nuances infinies, U ne feut pas s'adresser au premier animal venu. Un cheval, un chien, un porc, un lapîn, ne conviendraient nullemenL Chez ceux-ci, une simple incision aux parois abdominales pour atteindre une anse d'intestin et y injecter la dissolution saline appellerait l'air dans le péritoine, affaiblirait la pression qui doit être exercée sur tes chylîfères, et modifierait leur contractilité au point de ralentir considérablement et même de suspendre pour un certain temps le travail de l'absorption. Mais il n'en est pas ainsi chez le bceuf et le mouton ; ces ruminants ont l'intestin enfermé dans un sac épiploîque à doubles parois, qui le soustrait au contact de l'air lorsqu'on fait une petite ouverture aux parois abdominales. De plus, comme ils ont leur duodénum en dehors du sac, on le met seul à nu vers son origine pour y injecter, par une ouverture de trocart, la dissolution saline. Nous choisirons donc nos victimes parmi les animaux de cet ordre.

Sur un premier bélier, auquel j'ai préalablement établi une fistule au canal thoracique, je pousse dans le duodénum une dissolution de 10 grammes de prussiate de potasse pour 300 grammes d'eau. Le chyle est recueilli minute par minute ^dans de petits verres isolés, puis traité par le persulfaite de fer et l'acide chlorhydrique. Dés la vingt-troisième minute, on y reconnaît des indices de la présence du sel. A la fin de la première demi-heure, il prend une teinte vert bleuâtre très-sensible qui se fonce de plus en plus, et arrive bientôt à son maximum d'intensité. Au moment de la mort, le sang de la circulation générale contient aussi du cyanure, «nais beaucoup moins que le chyle.

A un deuxième bélier, au canal thoracique duquel se trouve adapté un tube, j'injecte dans le duodénum 10 grammes de prussiate de potasse pour 100 grammes seulement d'eau froide. Dès la dixième minute, la teinte légèrement azurée que prend le chyle par l'action du persuffate de fer indique qu'il commence à se charger do sel injecté. A partir de la première demi-heure^ la teinte bleu-ciel demeure stalionnaire. Cette fois l'absorption a marché très-rapidement, car l'animai, dont la rumination était suspendue depuis vingt-quatre heures, avait l'intestin presque vide dans tonte son étendue. Mais elle peut se faire encore avec plus de célérité.

J'ai injecté dans le duodénum d'un mouton, qui avait cessé de manger et de ruminer depuis deux jours, 10 grammes d'iodure de potassium dans 1 décilitre 1/2 d'eau, et j'ai examiné sans interruption le chyle que versait à l'extérieur le canal thoracique, comme dans les expériences précédentes. Cette fois, dès la sixième

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minute, le papier amidonné, plongé dans le chyle additionné de quelques gouttes de chlore, commençait à bleuir. De la septième à la dixième minute, ce chyle devenait de plus en plus violet par son contact avec les réactifs. Enfin, à compter de la vingtième minute, il paraissait saturé d'iodure, ou plutôt il prenait une teinte bleu fixe qui persista sans changement dans les échantillons recueillis aux heures suivantes.

Ainsi, six minutes peuvent suffire à l'iodure de potassium poussé dans Tintestin grêle pour pénétrer dans les villosités, franchir l'espace qui sépare l'inteslin des ganglions raésentériques, traverser ces ganglions, arriver à la citerne de Pecquet,, et de là enfin à Tabouchement du canal thoracique dans la sous-clavière ou dans la veine cave.

' Un tel trajet franchi en un temps si court a lieu de nous étonner quand nous songeons à cette lenteur extrême que les physiologistes attribuent à la marche des liquides dans le système lymphatique. Et, cependant, cette rapidité du transport des sels absorbés est en réalité plus grande encore que les expériences ne Tindiquent ; car avant que le sel se soit accumulé dans le chyle en quantité suffisante pour devenir sensible aux réactifs, combien de particules ont été saisies et amenées à destination!

J'ai cherché aussi à déterminer plus exactement cette vitesse en isolant autant que possible le temps nécessaire à l'absorption du temps employé au transport des produits absorbés, et pour cela j'ai tenté de recueillir le chyle assez près de l'intestin en insérant un tube dans l'un des principaux lactés du mésentère; mais l'incision faite au flanc, lé contact de l'air avec l'intestin et avec une grande partie des chylifères, ont ralenti le travail de l'absorption au lieu de le précipiter. Sur le bélier, le chyle, parvenu au milieu de la hauteur du mésentère, n'a point paru chargé d'iode avant la cinquième ou la sixième minute. Une telle expérience n'a, au reste, pas une grande utilité. Vraisemblablement, la pénétration des sels dans les lymphatiques se fait aussi vite que dans les veines. Toute la différence entre les deux ordres de vaisseaux gît dans la célérité avec laquelle sont enlevées les particules absorbées. Les lymphatiques opèrent les transports à petite vitesse, car ils n'ont d'autre agent d'impulsion que la contractililé de leurs parois; les veines effectuent les transports accélérés sous l'influence de la pompe cardiaque, qui tout à la fois foule le sang artériel et aspire le sang noir.

Il ne faudrait pas croire que l'absorption intestinale par les' vaisseaux laaés se fasse toujours avec la rapidité que nous avons constatée dans la dernière expérience et dans plusieurs autres analogues. Elle est considérablement retardée lorsque l'intestin, au lieu d'être balayé comme l'était celui de notre bélier par une diète de quarante-huit heures, se trouve bourré d'aliments qui s'imprègnent de la dissolution et en ralentissent la marche. L'absorption est également ralentie quand Tintestin, vide et contracté depuis longtemps, a sa muqueuse collée avec elle-même, comme cela arrive souvent sur le chien. Enfin, elle l'est encore, lorsque la dissolution saline, au lieu d'être promenée promptement, s'arrête dans une portion circonscrite ou revient sur ses pas, par l'effet de contractions antipéristaltiques; aussi, dans ces conditions^ le chyle ne se montre-t-il chargé des sels introduits dans l'intestin qu'au bout d'une demi-heure et même d'une heure. C'est ce qui arriva

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un jour devant une réunion de savants, sur un mouton qui avait reçu, cinq à six iieures avant Texpérience, une trop forte ration d*avoine. Aussi le chyle qui, d'après mes prévisions, devait contenir de l'iode de la sixième à la dixième minute, n'en offrit que vers la trente-cinquième. J'avais donné tant d'avoine au mouton pour en obtenir beaucoup de liquide, que la pâte intestinale avait soustrait la plus grande partie du sel à l'absorption.

Dien d'autres causes plus ou moins saisissables peuvent encore contribuer à ralentir ou à affaiblir l'absorption par les cbylifères. Alagendie a déjà admirablement démontré Tinfluence de la réplétion vasculaire; d'autres ont prouvé celle de la pression. Quelque chose d'analogue se fait sentir sur les vaisseaux blancs. Il y a une pléthore lymphatique comme il y a une pléthore sanguine ; il y a un état d'a- . tonie des Taisseanx blancs qui correspond à Talonie des vaisseaux sanguins; il y a des circonstances où leur contractiiité diminue, d'autres où elle s'exalte. Je ne m'arrête pas sur ces pomts.

Quelle que soit sa rapidité, l'absorption intestinale peut être suivie pas à pas et presque de viilosité à villosité, de chy lifère à cbylifère, taut sont variées les ressources de l'expérimentation. Si, par exemple^ je viens à tuer un animal un certain temps après lui avoir fait prendre en breuvage une dissolution saline, je peux, en piquant successivement les vaisseaux du mésentère et en traitant par les réactifs les gouttelettes de chyle, voir jusqu'où le sel s'est avancé. Lorsque la solution s'est répandue dans les deux ou trois premiers mètres, tous les lactés qui s'en élèvent et tous les ganglions qui leur correspondent donnent du chyle qui bleuit; au contraire, tous les ganglions placés en regard des parties où le sel n'est pas arrivé donnent du -chyle normal.

Le même résultat sera obtenu sous une forme plus saisissante si, au lieu d'un sel ou avec ce sel, j'emploie une matière colorante susceptible d'être absorbée. En donnant, par exemple, de la- murcxide à un mouton, on teint en ronger toutes les glandes de Peyer et tous les ganglions des anses intestinales où elle a pénétré, pendant que les autres conservent leur aspect ordinaire.

Chez le bélier, la dissolution marche dans l'intestin grêle avec une vitesse moyenne de deux à trois décimètres par minute, ou de dix à douze mètres à l'heure, -et chez le cheval plus vite encore. Chez ce dernier, qui a douze à quinze cents cbylifères, on peut, à quelques-uns près, compter ceux dans lesquels le sel a pénétré. Je me suis quelquefois amusé à celte futilité, qui prendra tout à l'heure une grande importance.

Voilà donc nos cbylifères qui absorbent le prussiate de potasse, l'iodure de potassium, l'émétique, l'acide arsénieux, la murexide. Peuvent-ils absorber plusieurs sels à la fois comme ils les absorbent isolément?

J'ai donné à un fort chien porteur d'une fistule au canal thoracique, et sur la fin de la digestion, une solution de 10 grammes de prussiate de potasse et 10 grammes d'iodure de potassium; l'iodure s'est montré dans le chyle dès la quatorzième minute, et il a continué à y passer pendant plus de trois heures; néanmoins, le prussiate de potasse n*y a paru à aucun moment. Il semble donc qu'à quantité ^ale 4'un des sels empêche l'antre d'être absorbé.

J'ai donné les deux mêmes sels à un autre chien, en doublant la quantité de celui

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qui n'avait pas passé (10 grammes d'iodare de potassiom et 20 grammes de prussiate de potasse). Cette fois les deux sels se sont montrés dans le chyle, mais plu» tardivement, et l'iodure quatre minutes avant le prnssiate. Ils ont continaé à passer ensemble pendant plus de vingt-quatre heures, et^ chose bien remarquable, sur cette béte, qui était pleine, l'iode se répandit dans les liquides du fœtus sans y être accompagné par le prussiate. Ces faits sont bien singuliers! Lorsque l'iodure et le cyanure sont donnés en égale proportion, le premier seul est absorbé, et il semble s'opposer à l'absorption de l'autre ; mais ils sont absorbés tous les deux si je double la quantité de celui qui tout à l'heure ne pouvait l'être. De quoi peuvent dépendre ces curieuses particularités?

Le physiologiste qui s'en tiendrait aux résultats bruts de l'expérience serait tenté de croire, quand il ne voit pas les deux seb arriver en même temps, que l'un a été absorbé avant l'autre. Cette interprétation pourrait n'être pas la vraie. Dans les ex* périences, l'iodure apparaît le plus souvent plus tôt que le cyanure, et il continue à se montrer longtemps après, toutes choses étant égales d'ailleurs sous le rapport de la quantité des sels et des conditions dans lesquelles sont placés les animaux. Gela se conçoit. L'iodure se décèle plus facilement que le cyanure. Lorsque le chyle s'est chargé des premières particules des deux sels, les unes peuvent être mises en évidence et non les autres. Cependant elles sont vraisemblablement en égale proportion. C'est pour la même raison que sur la fin l'un des composés paraît manquer dans le chyle, bien que l'autre persiste.

Avec deux sels, j'ai essayé de faire absorber encore autre chose. Les chylifères, qui, d'après M. Bernard, n'admettraient pas le sucre, l'absorbent à merveille. Rien n'est plus facile à constater que l'addition de ce sucre à celui qui est propre au chyle. On commence par adapter un tube métallique au canal thoracique, et à recueillir un échantillon de liquide dont on dose la matière sucrée à l'aide de la liqueur de Fehling, puis on retire un nouvel échantillon quand on suppose que l'absorption du sucre administré doit être en pleine activité. On voit alors que le second contient une quantité de glycose supérieure d'un quart, d'un tiers, d'une moitié, à celle du premier.

Nos chylifères absorbent donc le cyanure ferrique, l'iodure de potassium, l'antimoine, l'arsenic, le sucre, une matière colorante, soit isolément, soit associés à deux ou à trois. Comme en même temps ils prennent^ si l'animal est en. digestion, des matières albumineuses, de la caséine, de Tprée, des matières grasses, des sels de différente nature^ cela fait déjà un total considérable. On pourrait cependant demander quelque chose de plus.

J'ai souvent réfléchi à une belle expérience de de Saussure, aussi peu citée qu'elle mérite de l'être souvent, expérience qui met en évidence de curieuses particularités de l'absorption chez les plantes. De Saussure faisait dissoudre dans Feau des quantités égales de dix substances diverses; et lorsque les plantes qu'il y plongeait avaient absorbé la moitié du liquide, il déterminait ce qu'elles avaient laissé. De cette manière, il a vu que les plantes ont absorbé Tean dans une plus forte proportion que les matières dissoutes; qu'elles ont pris de toutes les substances sans exception, mais en proportions très-inégales ; elles ont pris plus de sels alcalins, plus de sucre que de gomme. Ainsi, pendant que le polygonum absorbait 15 parties de

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eblonire de potassium, il en enlevait seulement 13 de chlorure de sodium, 12 de chlorhydrate d'ammoniaque, 8 d'acétate de chaux, U de nitrate de la même base. Les plantes paraissent donc choisir, et les deux espèces sur lesquelles il opérait ne choisissaient pas l'une comme l'autre. Après la section de leurs racines, elles ne choisissaient plus, mais prenaient les substances à plus forte dose et à peu près dans le même rapport que l'eau où elles étaient dissoutes.

J'aurais voulu répéter sur les animaux et dans des conditions physiologiques diverses l'expérience de de Saussure : Enfermer dans des anses intestinales des solutions titrées de plusieurs sels, afin de voir si, au bout d'un temps donné, les sels seraient absorbés eu proportions égales et dans les mêmes rapports que l'eau; mais pour cela il m'eût fallu des connaissances analytiques que je n'ai pas, on la coopération d'un habile chimiste I J'ai quelques raisons de croire que dans l'économie animale l'absorption reproduirait certaines particularités observées sur les végétaux. Quand, par exemple, l'iodure de potassium est donné à un ruminant sous forme de breuvage, les parties liquides qui passent dans l'intestin semblent se dépouiller très-vile de leur iode. Celui-ci paraît absorbé en plus forte proportion que son véhicule. D'autre part, quand on injecte dans l'intestin du curare très-étendu, l'eau disparaît et le poison reste. Les graisses, qui blanchissent si vite le chyle dans les conditions normales, ne sont point absorbées, s'il y a une irritation inflammatoire de la muqueuse intestinale, et tous les praticiens savent combien la digestion en est difficile dans une foule de maladies.

Ces curieuses particularités de l'absorption s'expliquent jusqu'à un certain point par les divers états des muqueuses, les caractères du mucus et des épithéliums, ainsi que par les changements qui surviennent dans la contractiiité des vaisseaux et dans la perméabilité de leurs parois. Elles résultent aussi en partie des propriétés inhérentes aux matières offertes à l'absorption, et de lenr manière d'agir sur les tissus. Aussi n'y a-t-il pas lieu, pour en rendre compte, de faire intervenir ces mystérieuses affinités électives dont Bichat a tant parlé dans son Anatomie générale. D'ailleurs, ces prétendues affinités ne s'opposent à l'absorption des substances touques, ni sur les membranes, ni dans les tissus; et, fort heureusement, elles ne mettent pas obstacle à celle des agents médicamentaux qui, eux aussi, sont pour la plupart des poisons,' à une dose élevée. Leur intervention ne paraît pas plus réelle aux lymphatiques qu'aux veines, car les premiers vaisseaux deviennent les complices des seconds dans le délit, comme ils en sont les auxiliaires dans le travail utile. Elles ne sont pas moins en défaut devant des quantités infimes qu'en présence de grandes masses.

L'absorption des matières colorantes par les chylifères est d'une constatation moins facile que celle des seb, parce que, d'une part, beaucoup d'entre elles ne sont qu'imparfaitement dissoutes ou sont même totalement tenues en suspension, et que, d'autre part, elles passent à la fois en quantité trop minime pour changer la teinte du chyle. La commission de Philadelphie, qui a donné, par les voies digestives, l'ind^o, là rhubarbe, la cochenille, n'a pas trouvé le chyle coloré par ces matières. Tiedmann et Gmelin, sur le cheval et le chien, n'ont pas vu se produire de coloration du chyle par Tindigo, la garance, la cochenille, la rhubarbe, la gomme guttei et Hagendie a obtenu les mêmes résultats négatifs.

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Deux faits suflGsent pour démontrer ta possibilité de cette absorption : celui de ]a coloration du cbyle par la chlorophylle et la murexide.

Si, en effet, après avoir recueilli du chyle sur une vache nourrie de paille de blé, on vient à lui donner, pendant un ou deux jours, de la luzerne verte ou du regain desséché de la même légumineuse, on voit, en comparant sur des masses assez considérables, le sérum du premier chyle à celui du second, que leur coloration est très-différente : Tun est jaune et l'autre tire sur le verdâtre ou le vert d'absinihe. On est plus vite fixé si on fait, en même temps, une fistule au canal ihoracique sur une vache au [régime de la paille et une autre sur une vache nourrie de luzerne. Les chyles, au moment où ils sont recueillis dans des vases de mêmes formes ei dimensions, se différencient nettement par leurs nuances respectives. J'ai fait plus de dix fols cette remarque, et elle me paraît démonstrative.

En second lieu, si l'on administre en injection, dans l'intestin grêle, cette belle matière rouge que j'ai souvent employée, tant pour l'élude de l'absorption des planta que pour celle des animaux, on voit que^ le plus souvent, elle donne une légère teinte rose au chyle; mais il faut procéder avec le plus grand soin pour la constatation du changement de couleur, et ne pas la faire sur le chyle du canal ihoracique où le reflux peut amener assez de sang pour produire un changement de teinte équivalant à celui que donnerait l'absorption de la murexide. D'ailleurs, nous avons vu que cette matière passe très-bien dans les lymphatiques, mieux même que dans les chylifères.

L'absorption des matières odorantes par les chylifères est moins facile à démontrer encore que celle des matières colorantes, parce que leur quantité est toujours minime dans les faibles échantillons de chyle que l'on prend dans la citerne. Aussi ne doit-on pas s'étonner que Flandrin, Magendie, Tiedmann et Gmelin, n'aient pas trouvé au chyle, pi*is dans la citerne, l'odeur du musc, de l'alcool, de l'essence de térébenthine administrés par les voies digestives. Je ne me suis pas occupé de ce point, persuadé que c'était poursuivre de la fumée, quoiqu'il me fût facile de chercher ces matières dans d'énormes quantités de chyle où elles se seraient trèsprobablement trouvées ; mais les partisans des vieilles idées n'auraient pas manqué de m'objecter que, vu le temps un peu long mis à recueillir ces masses de chyle, les matières odorantes avaient pu y être apportées par le sang à travers les parois vasculaires.

Diverses matières odorantes passent indubitablement dans ce liquide; celles qui lui donnent une odeur propre à chaque espèce : odeur de bouverie, de bouc, de chien, etc., et qu'on dégage par l'action de la chaleur. Seulement, on doit se demander si elles sont absorbées dans l'intestin ou formées dans le chyle même par suite d'élaborations ou de mutations chimiques. M. Wurlz pense que ces matières sont nombreuses, et qu'elles consistent en acides gras volatils qu'on parviendra à isoler. »

Ainsi, les lactés peuvent absorber autre chose que du chyle, et prendre avec ce liquide, contrairement aux déclarations des doctrinaires, la plupart des substances solubles et diffusibles introduites dans l'intestin.

Mais une grave objection se présente ici au nom des partisans exclusifs de l'absorption par les veines. Ils peuvent nous dire : Est-ii bien certain que ce que

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