‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 25 sur 239 · A'BSORPTIONS DIVERSES EFFECTUÉES PAR LES CHYLIFÈRES · texte numérisé non relu

A'BSORPTIONS DIVERSES EFFECTUÉES PAR LES CHYLIFÈRES

irous iroavez dans les chylifèrcs soit, absorbé par eux et ne leur soit pas donné par le sang? Tontes nos démonstrations menaceraient ruine, si je n'étais en mesure de montrer que les matières absorbées pénètrent directement et de prime-saut dans les iraisseaox blancs. Il est bien vrai qu'une partie des substances absorbées par les veines et apportées dans la masse du sang s'échappent des vaisseaux avec le plasma, pour être reprises plus tard par les lymphatiques, mais cela ne saurait arriver dans nos expériences. On ne s'expliquerait guère comment, dans un espace de cinq à six minutes, un sel pourrait être absorbé pur les veines, apporté au cœur, puis «xtravasé dans tous les tissus, et réabsorbé de nouveau par les vaisseaux blancs. 11 faudrait, dans cette hypothèse, faire intervenir trois actions successives : l'absorption veineuse du sel, l'extravasation de celui-ci au sein des tissus, et sa rentrée dans les lymphatiques; conséquemment, cette absorption, qu'on voudrait rejeter comme un acte immédiat, serait admise forcément comme un acte secondaire. Il y a là un non-sens et une contradiction flagrante. Ce qui prouve mieux que tous les raisonnements imaginables que les vaisseaux blancs effectuent une absorption directe et immédiate, c'est qu'on trouve les sels comme les poisons dans le chyle et dans la lymphe en même temps que dans le sang, et souvent même avant.

En effet, lorsque j'ai poussé dans l'intestin d'un bélier une dissolution d'iodurede potassium, et que l'iode apparaît dans le chyle de la sixième à la dixième minute, il n'y en a encore aucune trace visible ni dans le sang artériel, ni dans la lymphe du cou ou des autres parties. D'un autre côié, lorsque j'ai injecté le sel dans une anse fermée aux deux bouts^ le chyle de tous les vaisseaux qui s'élèvent de cette anse hieuit comme aussi le contenu de tous les ganglions placés sur leur trajet ; mais le chyle des lactés et des ganglions des autres anses ne présente pas la moindre trace de coloration.

Ainsi, l'objection s'évanouit; les sels, les poisons, les matières cplorantes que nous avons trouvées dans les chylifères ont été directen^ent et primitivement absorbés par eux : elle tombe devant des preuves d'une valeur incontestable. Sans doute, si on attendait des heures, des journées, avant de faire la constatation de présence de ces matières, la question serait compliquée. A la part absorbée directement pourrait s'ajouter ime part plus petite provenant de la diffusion opérée par le plasma sanguin. Tout physiologiste tant soit peu judicieux se met à l'abri d'une telle complication.

Ne demandons pas trop aux lactés. Ils ne paraissent pas aptes à prendre les corpuscules solides, les corps simplement divisés, les globules résultant d'un travail organique, ceux du sang, du lait, etc. Évidemment, ils le peuvent comme les autres vaisseaux si ces corps entrent en se frayant des voies artiGcielles. Hors le cas de ^lotion de continuité, on ne voit pas la possibilité d'une telle admission. Les faits qui semblent l'indiquer sont^ pour la plupart, mal établis et contestés. Beaucoup même supportent si peu l'examen qu'on s'étonne de les voir pris en considération par les savants, et par exemple ceux sur lesquels Herbst se fonde pour admettre le passage des globules du lait dans le chyle : ils pourraient être acceptés si le chyle pur avait été recueilli avec soin par une fistule: mais ils sont inacceptables dès l'instant que, pour obtenir ce liquide sur le cadavre, on a disséqué et ouvert sur place le canal thoracique; car la dissection de ce conduit sur l'animal encore chaud

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a pour conséquence inévitable la lésion du tissu adipeux dont les gouttelettes se mêlent au chyle bavant de la plaie faite à ses parois, gouttelettes semblables aux globules de lait, et bien certainement confondues avec eux.

Les chylifères ne possèdent donc pas de faculté élective : ils partagent avec les veines le pouvoir d*absorber les matières étrangères, salines, médicamenteuses, toxiques, comme les produits utiles de la digestion; aucune absorption ne paraît leur être étrangère, aucune ne semble incompatible avec celle du chyle, dont les caractères sont si remarquables. En cela, l'expérimentation, dirigée avec art, concorde parfaitement, par ses données, avec les déductions tirées des lois physiques de l'osmose et de la diffusion.

On voit maintenant, sans qu'il soit besoin d'insister sur ce point, pourquoi tant d'observateurs habiles n'ont pas réussi à constater le passage des sels, des médicaments, des poisons dans les chylifères. C'est que leurs moyens d'expérimentation étaient imparfaits, et qu'ils s'en servaient mal.

Si, en effet, M. Magendie n'a pas^ au bout d'un quart d'heure, constaté la présence du prussiate de potasse dans le chyle du canal thoracique, c'est que l'absorption du sel avait été retardée comme elle l'est souvent dans des limites plus étendues encore.

Si, dans ses expériences, la noix vomique a tué les chiens dont le canal thoracique était Hé ou les chylifères coupés, ce qui n'implique nullement la non-participation des lactés à l'absorption, c'est que la quantité de poison prise par les veines seules a été suffisante pour.déterminer la mort.

S'il n'a pas vu le chyle coloré par la rhubarbe, s'il n'y a pas retrouvé l'odeur de l'alcool, cela peut tenir non à leur absence, mais à leur petite quantité dans ce liquide. Il les y eût trouvés en recueillant de grandes masses de liquide sur les animaux de hagte stature.

Si M. Ségalas n'a pas vu la noix vomique déterminer ses effets ordinaires dans des anses intestinales dont les chylifères seuls restaient libres, c'est que, dans ces anses préparées et à vaisseaux sanguins liés, l'hypérémie de la muqueuse est tellement forte qu'elle met obstacle à l'absorption.

Si enfin M. Ghalin n'a pas retrouvé dans le canal thoracique l'antimoine, l'arsenic administrés par les voies digestives, c'est qu'il n'y prenait et ne pouvait y prendre, sur le cadavre, que des quantités insuffisantes pour la constatation de présence de ces substances.

En somme, ces expérimentateurs cherchaient dans des quantités minimes de chyle ce qui, le plus souvent, ne peut se trouver que dans de grandes ; ils cherchaient au hasard, souvent avant que les matières y fussent entrées, ou alors qu'elles n'y étaient plus. Il ne leur a manqué qu'une chose pour découvrir la vérité : de petits tubes insérés au canal thoracique ou aux chylifères. A Taide de ces tubes versant au dehors de grandes quantités de chyle, ils auraient constaté, de la manière la plus nette, l'absorption par les vaisseaux lactés de toutes ces substances qu'on les croyait incapables de prendre : ils en auraient vu le début, les progrès^ la décroissance et le terme.

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