‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 28 sur 239 · ABSORPTION INTESTINALE · texte numérisé non relu

ABSORPTION INTESTINALE

et dans la généralité des veines, de toutes les autres substances offertes aux absorbants.

L'absorption des médicaments et des poisons s*opère dans Tintestin, particulièrement dans le grêle, avec une grande activité par les deux ordres de vaisseaux qui se partagent le travail. Il n'y a pour ces substances aucun privilège attaché ni aux veihes ni aux chylifères. C'est sans aucune espèce de fondement et de preuves que la plupart des physiologistes, et Loiiget entre antres, attribuent à peu près exclusivement aux veines la faculté de les prendre.

La démonstration de ce fait est des plus faciles. Si, après avoir établi une fistule au canal thoracique, on injecte directement dans Finteslin une solution d'iodure de potassium, on peut trouver le médicament dans le chyle au bout de cinq^ dix à quinze minutes, et le trouver en même temps dans le sang d'une mésaraîque.

Il en est de même de Témétique, de Tacide arsénieux, des arséniates de soude et de potasse. Leur passage dans les veines, leur dépôt partiel dans le foie, sont des faits établis. D'autre part leur passage dans les chylifères est, je pense, depuis mes expériences publiées en 1861 et en 1863^ un fait hors de contestation.

En ce qui concerne les matières dont la présence en petite quantité dans le sang ou dans le chyle est difficile à établir, il n'y a qu'à constater leur absorption et la rapidité avec laquelle elle s'effectue.

J'en cite quelques exemples. On sait que la nicotine tue rapidement si elle est versée sur la langue; elle tue moins vite dans l'estomac on dans Tinicstin. Sur un chien une dose de ce poison capable de tuer deux animaux de cette espèce, injectée dans l'intestin, a déterminé ses premiers effets apparents au bout de cinq minutes et la mort après trois quarts d'heure.

Il est un certain nombre de poisons qui ne s'absorbent pas dans le tube intestinal.

Redi avait déjà constaté l'innocuité du venin de la vipère introduit dans l'intestin, et celle du poison dont les Javanais se servent pour envenimer leurs Qèches. La Condamine, Humboldt, avaient fait les mêmes observations en ce qui concerne le curare, observations que Bernard et d'autres ont vérifiées.

Mais à quoi lient cette innocuité ? Est-ce à l'altération du |)oison ou à sa non-absorption ?

MM. Bernard et Pelouze ont reconnu qu'il n'est pas altéré dans l'estomac. Il ne l'est pas davantage dans l'intestin. Le curare est sans action parce qu'il ne saurait être absorbé par la muqueuse intestinale. Il est cei tainement dillicile d'expliquer pourquoi cette substance n'est pas endosmotique : elle se comporte comme les matières animales, les albuminoïdes notamment, et d'ailleurs elle ne s'absorbe pas non plus sur la pituitaire, la conjonctive et d'autres muqueuses. Sous ce rapport elle ressemble au virus charbonneux qui peut être impunément ingéré dans l'in* testin, d'après les expériences de M. llenault et les miennes.

La nullité d'action du curare s'observe même quand on administre des doses considérables de cette substance : 1 décigramme injecté dans l'iniestin d'un chien n'a rien produit ; — 3 décigrammes, avec 25 grammes d'eau, dans le duodénum d'un second chien, sont également demeurés sans effet"; — 5 décigrammes avec 20 grammes d'eau dans le duodénum d'un troisième, pendant la digestion, n'ont déterminé aucun symptôme d'empoisonnetnent ; — enfin 1 gramme

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et demi délayé dans ^0 grammes d*eau, dose qui aurait suffi pour empoisonner vingt-cinq chiens, n'a déterminé ni efforts de vomissement, ni aucun symptOmç d'intoxication.

Celte particularité est d'autant plus curieuse que, d'après M. Bernard, le curare peut s'absorber dans l'estomac de ranimai à jeun et dans le rectum. Elle paraît tenir à ce que ce poison, comme les venins, ne peut, sur l'animal vivant ainsi que sur le cadavre, traverser le tissu de la muqueuse. Et, à cet égard, les expérience^ faites[au moyen de Tendosmomètre ne laissent aucun doute. Il reste à savoir si l'imperméabilité de h muqueuse est due au mucus, à l'épilbélium ou aux éléments propres de la membrane. Déjà les expériences endosmoméiriqucs ont appris que le mucus est un obstacle, car la membrane, tant qu'elle e^ «st recouverte, ne laisse pas passer les venins, et elle leur donne accès dés qu'il est enlevé. L epitbélium est peut-être aussi .un obstacle à ce passage, mais son rôle est moins bien défini que celui du mucus.

La non-absorptioil d'uue matière toxique ou virulente est un fait d'un haut intérêt. Elle nous porte à douter de la possibilité de l'absorption des miasmes, des efDuves dissous dans la rosée, déposés sur les aliments, etc., comme de celle des ferments chargés d'éléments figurés. '

L'intestin absorbe les matières colorantes : la garance, qui va teindre le lait, les os et divers tissus ; — la ^omme gutte, la rhubarbe, qui foncent la couleur jaune de l'urine; — les principes colorauls du campêche, de l'airelle, de la betterave ; il absorbe les matières odorantes de l'ail, de l'oignou, de l'asperge, les huiles esseï^tielles, etc. Ces matières qui, dit-on, suivent « spécialement et presque exclusivement les veines intestinales», me paraissent, comme toutes les autres, devoir se partager entre les veines et les chylifères.

Enfin les gaz introduits dans l'intestin avec les aliments, les boissons, c«ux qui sont développés par suite de Taltération des matières alimentaires ou qu'où iouecteexpérimeutaiement, sonl absorbés avec lenteur. La disparition graduelle de l'oxygène le prouve, ainsi que l'élimination, par les voies respiratoire^, de l'hydrogène sulfuré injecté dans l'intestin.

L'absorption dans l'intestin n'est pas également active pendant la digestion, et dans les courts intervalles de la fonction ou pendant l'abstinence?

Il est clair que lors de la digestion l'absorption des liquides et des st4)staoces n\]tritives jouit de toute sou activité. L'état des villosités et du système chylifère le montre suffisamment. :Mais si dans ce cas des substances salines sonl associées au)( aliments, elles ne sont absorbées qu'avec lenteur, car elles se délaient d^s une masse liquide énorme et ne disparaissent en totalité qu'avec la masse dana laquelle elles sout éteudues. Aussi, si l'intestin est très-rempii, les solutions salioes ne sont reconnaissables dans le sang qu'après un délai assez considérable.

Si, au contraire, la digestion intestinale est achevée depuis peu et si, par CQiv»équent; l'intestin grêle est presque vide sans être complètement affaissé et contracté» l'absorption se faillite. En cinq à six minutes un sel injecté ila^ii» rintestin pajaU dans le chyle du canal thoracique^ au lieu de s'y montrer seulemeni au bout de vingt à trente minutes, comme dans le cas précédent

Enfin si la digestion est achevée depuis fort longtemps, si l'intestin grêle est vide

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