‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 34 sur 239 · ABSORPTION SUR DIVERSES SURFACES MUQUEUSES ET DANS LES VOIES · texte numérisé non relu

ABSORPTION SUR DIVERSES SURFACES MUQUEUSES ET DANS LES VOIES

GLANDUUIRES.

Elle s'y fait plus ou moins facilement suivant leur vascularité, l'épaisseur de leur épithélium et les propriétés dos fluides qu'elles sécrètent.

La conjonctive doit être placée en prcmi.>re ligne pour sa grande perméabilité. L'acide cyanhydrique qu'on y verse foudroie les animaux, les solutions de belladone qui y sont appliquées déterminent vite la dilatation de la pupille. Né.anmoina elle ne paraît pas absorber toutes sortes de substances dissoutes. Il résulte de mes expériences qu'elle n'absorbe point le virus charbonneux. J'ai, eu ciïet, soulevé les paupières, badigeonné leur surface d'un pinceau fm imprégné de sang charbonneux^ ou maintenu à leur face interne des caillots de même nature sur des porcs, des' moutons, des chevaux et des lapins, sans donner lieu au moindre accidenL

Le curare ne paraît pas non plus abi^prbé par cette membrane. Ayant introduit à l'angle nasal de Tœil d'un jeune chien un morceau de curare suffisant pour tuer deux animaux de cette espèce, puis maintenu les paupières rapprochées pendant plusieurs minutes, je n'ai vu se produire aucun symptôme d'empoisonnement.

La pseudo- muqueuse qui tapisse la cavité prépuliale et recouvre la vet^edoit à son épithélium pavimonteux et à sa matière sébacée, peu miscible à l'eau, et à d'autres liquides, de se montrer assez réfraciaire à l'absorption. Un cheval auquel j'ai fait frictionner la voi^e avec des feuilles de Ilhus toxicodeudron, n'a présenté aucune trace de ces éruptions qui se produisent si souvent aux mains des personnes qui ne font que toucher à ces feuilles.

Cette muqueuse, qui est délicate et rosée chez les ruminants et les carnivores, y absorbe sans doute moins difficilement. Mais elle parait, comme la muqueuse intestinale, se refuser à l'absorption du curare. J'ai vu un chien conserver pendant quatre heures dans la cnviié préjiutiale, dont l'ouverture avait été liée après l'injection, 1 décigramme de curare délayé. Il ne s'est produit aucun symptôme d'empoisonnement

M. Demarquay a constaté que sur l'homme le tégument du gland et de la face interne du prépuce n'absorbait le cyanoferrure de potassium qu'après une, quatre, huit heures, et même quelquefois pas du tout. Aussi est-ce plutôt par la muqueuse de l'extrémité de l'urèlhre que par celle-là que doit se faire l'absorption du virus syphilitique dans les cas où il n'entre pas, soit par des parties dépouillées de leur épiderme, soit par des solutions de continuité.

ABSORPTION DAXHS t£S VOIES GLANDULAIRES. 115

La muqueuse vaginale u'ahsorbe aussi qu*avec une certaine lenleur, car il fout attendre plusieurs heures pour retrouver dans Turine des traces de cyanoferrure de potassium sur Ja jument dont le vagin a été tamponné au moyen d'une éponge chargée de la solution de ce sel. M. Deraarquay est arrivé aux mêmes résultats en ce qui concerne la femme. Le passage du cyanoferrure dansTurine ne s'observait qu'après trois ou quatre heures. Dans quelques cas même il n'a pas été constaté.

La muqueuse utérine, peu après le part, est une surface douée d'une grande activité d'absorption, surtout au niveau des insertions placentaires indiquées par des ouvertures encore béantes; aussi absorbe- 1- elle les matières putrides qui résultent soit ifi la décomposition du délivre non éliminé, soit de ses produits de sécrétion altérés et même des miasmes répandus dans l'atmosphère, puisque l'oriGce utérin, longtemps béant, leur donne un libre accès. Aussi est-ce dans ces conditions que se développent, comme on le sait^ les graves accidents de la fièvre puerpérale.

D'ailleurs, dans une fouie d'autres circonstances, la muqueuse utérine opère une résorption très-évidente. Lorsque le fœtus ne peut être expulsé, il se momifie par suite de la disparition de ses parties molles et de ses fluides. Le sang épanché dans l'utérus, pendant le travail de la parturition, les efforts et les manipulations de la délivrance, est aussi souvent repris s'il n'est pas en très-grande quantité. Au col, l'absorption a lieu toujours d'une manière très-évidente. On sait, depuis longtemps, que la belladone peut y produire des effets généraux.

Dans les voies urinaires, l'absorption est évidente à compter du bassinet oii l'urine s'épaissit, si un calcul lui barre rentrée de l'uretère.

Plus loin, l'absorption est plus manifeste encore en raison de l'accroissement des surfaces.

A la muqueuse vésicale la faculté absorbante se prouve par la concentration progressive de l'urine et par l'empoisonnement que produit la strychnine injectée dans ce réservoir. Le fait d'intoxication a été constaté par M. Ségalas sur le chien et sur le Japin. Sur l'homme, M. Demarquay a noté que l'iodure de potassium^ en solution très^tendue, injecté dans la vessie, s'est retrouvé dans l'urine tantôt au bout d'une demi -heure seulement, d'autres fois après trois, quatre, cinq ou six heures; encore cela n'a eu heu que dans la moitié des cas.

Le curare injecté dans la vessie est sans action toxique. M . Bernard l'a constaté, et j'ai reconnu une fois l'exactitude de ce fait sur le chien en prenant la précaution de lier après linjection, et pour plusieurs heures, l'extrémité du canal de l'urèthre et l'entrée du prépuce. Le défaut d'action du poison ne tient pas à ce qu'il pourrait être altéré par l'urine, car ccilc-ci prend des propriétés toxiques.

Lorsqu'avant l'injection d'une solution saline la vessie a été sondée, l'absorption se fait plus vite que dans les conditions normales ; elle a lieu alors très-activement dans les points que le contact de l'instrument a dépouillés de mucus et'd'épithéiiunL

Les canaux excréteurs des glandes, et les réservoirs qui leur sont annexés, jouissent aussi d'une faculté absorbante très-active, mise en évidence par un grand nombre de phénomènes normaux ou pathologiques comme par les expériences.

Lorsque les canaux salivaires sont liés ou qu'un calcul en obstrue la lumière, la partie aqueuse de la salive se résorbe et le n)ucus seul reste. Si on y injecte une so«

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lution d'iodure de potassium ou de cyanoferrure, ces deux sels se retrouvent bientôt soit dans l'urine , soit dans les canaux des glandes opposées. La strychnine et le curare, d'après M. Bernard, y produisent des phénomènes d'intoxication, et plus vite pendant l'inaction des glandes que dans les périodes de sécrétion.

Dans les canaux pancréatiques liés, la partie aqueuse du suc disparaît non moins vite que dans les canaux salivaires, et on n'y trouve bientôt plus qu'un mucus trèsépais.

Il en est de même dans les voies biliaires. La bile qui arrive dans la vésicule est peu consistante, à peine visqueuse^ peu foncée en couleur, comme on le voit en établissant des fistules sur les carnivores, les ruminants et les autres animaux pourvus d'une vésicule biliaire. Lorsque cette bile a séjourné pendant un certain temps dans son réservoir, elle se concentre, s'épaissil, devient très-visqueuse, foncée en couleur, etc. Or, sa partie aqueuse a été résorbée, et peut-ôire avec elle ont disparu aussi quelques-uns de ses principes fixes. Quand ce liquide ne peut plus suivre son cours normal, par suite de l'obstruction de ses voies, ou de la ligature des canaux, ou enfin par l'effet d'une cause quelconque, il est résorbé en plus grande (]uantiié: ses sels, sa matière colorante, sont repris aussi bien que sa partie aqueuse; aloi^ la bile, charriée avec le sang, va teindre en jaune la peau, les membranes muqueuses, plusieurs tissus el divers produits de sécrétion. Tous les jours l'expérimenlalion peut reproduire ces phénomènes en suspendant l'évacuation normale du liquide.

Les mamelles sont le siège d'une résorption analogue, bien qu'elle s'opère sur des principes plus difficiles h absorber que ceux de la bile. Loi*squ'une femelle vient h eire séparée brusquement de ses petits pendant que ses mamelles sont gorgées de lait et que ces glandes jouissent de toute leur activité fonctionnelle, il faut que le liquide disparaisse des sinus galactophores. L'eau, les sels, le sucre, passent aisément dans les voies de la circulation; mais la graisse, le caséum, ne peuvent y rentrer qu'avec lenteur. Néanmoins tout disparaît, et bientôt la glande elle-même se réduit aux minces proportions qu'elle présente pendant ses périodes de non-activité. Nul doute que beaucoup de substances médicamenteuses ou autres i.njectées par les mamelles y trouveraient une voie facile pour pénétrer dans les vaisseaux.

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