DE L'ABSORPTION DANS LES MEMBRANES SÉREUSES
Les membranes séreuses : les plèvres, le péricarde, le péritoine, la gaîne vaginale, l'arachnoïde, les synoviales tendineuses et artitulaires, les bourses muqueuses normales ou accidentelles, sont le siège d'une absorption très-active qui, à l'état physiologique, porte seulement sur des produits versés dans leur cavité et non sur des matières étrangères.
A première vue, ces membranes ne semblent pas organisées pour absorber avec une grande activité. £lles possèdent peu de vaisseaux sanguins, et sont tapissées par un épithélium pavimenteux simple à cellules aplaties et serrées. Mais elles sont fort minces; les réseaux capillaires sanguins sont atonclanls dans le tissu cellulaire sous-
ABSORPTION DANS LES MEMBUANES SÊKELSbS. 117
jacent, et elles possèdent ea propre des réseaux lymphatiques fort rapprochés du revêtement épithélial, réseaux plus serrés dans le feuillet qui couvre les viscères que dans les lames pariétales. Les capillaires lymphatiques communiqueraient même avec la cavité de la séreuse par des orifices, des sortes de stomates que Ludwig dit avoir trouvés à la plèvre diaphragmalique du lapin, et Recklinghausen au péritoine. Ces vaisseaux, qui probablement jouent un rôle important dans Fabsorption opérée par les séreuses, ne manquent pas dans les plus minces; ils peuvent s'injecter, même dans l'endocarde, qui forme les valvules des orifices ventriculaires et artériels. Toutefois, ils manquent là où la membrane est interrompue, comme à la surfeice des cartilages articulaires, et dans les points où elle est réduite à son épithélium^ comme au feuillet pariétal de Tarachnoîde.
La faculté absorbante des séreuses n*cst pas très-inférieure à celle des muqueuses spécialement disposées pour recueillir les matières étrangères. Elle s'exerce, comme on va le voir, sur tous les principes solubles injectés dans leur cavité.
C'est principalement dans les grands sacs séreux que l'absorption est facile à démontrer, et que son activité est très-évidente. Haller et Fiandrin ont constaté que l'eau injectée dans les plèvres et le péritoine y disparaît promptement, et divers observateurs modernes ont fait la même remarque pour la strychnine^ l'acide oxalique, le prussiate de potasse, l'opium. Lebkuchner a vu le prussiate de potasse en dissolution injecté dans le péritoine se retrouver dans le sang artériel et dans l'urine au bout de six minutes. Nous avons constaté, M. Bouley et moi, que l'extrait alcoolique de noix vomique étendu d'eau et injecté dans le péritoine détermine le tétanos et la mort beaucoup plus vite que lorsque cette substance est introduite dans les voies digcstives.
Ainsi, nous injectâmes dans le péritoine d'un premier cheval, par une petite ponction au milieu du flanc droit, 32 grammes d'extrait de noix vomique étendu d'eau. Neuf minutes après l'introduction du poison^ tous les symptômes habituels de l'intoxication se manifestèrent, et l'animal tomba sur le sol; il mourut dix-sept minutes après l'injection.
La même dose de noix vomique fut poussée, de la même manière, dans la cavité péritonéale d'un second cheval de grande taille, qui épix)uva des convulsions en moins de sept à huit minutes, et mourut dix -huit minutes après l'injection.
£nfin, un troisième cheval, dans le péritoine duquel on fil pénétrer aussi 52 grammes de noix vomique délayée, mourut au bout d'un quart d'heure en proie à de violentes convulsions tétaniques.
Les matières colorantes sont aussi facilement absorbées dans les séreuses, car Fiandrin ayant injecté de la teinture de garance, de l'indigo en dissolution, de Tencre, dans le péritoine de plusieurs chevaux, vit ces substances disparaître en totalité ou en très-grande partie; mais il ne les trouva point dans les lymphatiques qui partaient de cette membrane séreuse. Mascagni, qui avait noté l'absorption des liquides colorés, longtemps après la mort, n'avait eu affaire qu'à un phénomène cadavérique sans importance. Recklinghausen, qui a injecté des liquides colorés dans le péritoine^ dit avoir retrouvé les corpuscules colorants dans les lymphatiques, auxquels il attribue des ouvertures béantes à la surface de cette séreuse.
Le curare s'absorbe dans les séreuses. Moins de 1 décigramme de ce poison avec
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6 grammes d*eao, a déterminé sur le chien les premiers symptômes d'mtoxication à la sixième minute, et la mort à la dixième.
Enfin, les gaz peuvent être absorbés, mais avec une très-grande lenteur, dans les cavités des membranes séreuses. Davy a noté que Toxygène, à mesure qu'il y diminue, y est remplacé par des quantités équivalentes d'azote. I.a difficulté que les gaz éprouvent à y disparaître explique la persistance de certaines tympanites dues à des opérations chirurgicales.
L'absorption s'opère aussi à un certain degré dans les séreuses synoviales des articulations, comme le prouvent les injections iodées que l'on emploie dans les maladies de ces membranes.
Les phénomènes physiologiques ou morbides qui se rattachent aux fonctions des séreuses suffisent, sans le secours des expériences, pour démontrer clairement le pouvoir absorbant de ces membranes.
L'absorption dans les séreuses est une conséquence nécessaire de l'exhalation d'une certaine quantité de liquide. Il est indispensable que le fluide qui baigne leur surface libre y soit repris dans los mêmes proportions qu'il y est versé. Dès l'instant que l'équilibre entre ces deux actes, l'exhalation et l'absorption, se trouve rompu, il se développe une hydropisie; la sérosité s'accumule en quantité énorme, et exige, par la suite, un travail de résorption extrêmement actif. En effet, celui-ci doit être considérable pour faire rentrer dans les voies de la circulation les masses énormes de liquides que renferment le péritoine et les plèvres à la suite de Tinflammation.
La disparition plus ou moins complète des exsudations fibrino-albu mineuses qui accompagnent la pleurite, la péritonite, donne une preuve non moins remarquable que la précédente dja pouvoir absorbant des séreuses. On sait avec quelle rapidité ces dépôts plastiques diminuent d'épaisseur, s'organisent, et donnent lieu à des adhérences entre les organes et les parois de leur cavité, comme on le voit si sonvent entre les poumons et les côtes, le testicule et la tunique vaginale^ le foie et le diaphragme.
La résorption du sang épanché dans les cavités des séreuses s'y opère aussi sans trop de difficulté. JLe chirurgien et rcxpérimcntatour en ont sous les yeux de nombreux exemples. A la suite de la castration de la chienne, de la truie, de la vache, il tombe dans le péritoine une quantité de sang souvent assez considérable dont il ne reste bientôt plus de traces. Après la ponction du rumen avec débrîdement, à la suite de l'excision de l'épiploon hernie, de la réduction de la hernie étranglée, ce fluide disparait de même assez promptemoiît. Enfin, lorsque l'expérimentateur a donné lieu à une hémorrhagle en établissant une fistule, soit au conduit pancréatique, soit au canal biliaire, ou aux vaisseaux chylifères des animaux ruminants, on voit la résorption s'opérer en peu de jours, si l'hémorrhagie n'a pas déterminé une péritonite violente avec production de fausses membranes.
Néanmoins les séreuses se refusent à l'absorption des matières grasses. Emmert et M. Ségalas ont retrouvé intacte, après huit à dix jours, l'huile qu'ils avaient injectée dans le péritoine ou les plèvres.
La résorption à la surface des membranes séreuses est vraisemblablement opérée à la fois par les veines et par les lymphatiques, D'après les expériences de
Magewfie, éHe aurait pour agents principaux les reines ; car la ligature du canal thoracique, et par conséquent l'interruption du cours de la lymphe^ n'apportent pas de modifications très-sensibles aux effets des substances mises en contact avec ces membranes.
Il importe, au point de vue pratique, de se rappeler que la grande activité absorbante des séreuses peut donner lieu à des accidents, dans le cas d'injections de matières qui deviennent toxiques à faible dose. Déjà on en a noté de graves^ et même de mortels, à la suite des injections iodées dans les kystes de l'ovaire. On conçoit que les injections qu'on ferait dans les plèvres et le péritoine pourraient mieux encore avoir de funestes conséquences si la quantité d'iode injectée était Irès-consîdérable.
, CHAPITRE XXXVl
Le tégument externe, qui a tant d'analogie d'organisation avec le tégument muqueux, est loin de se comporter comme ce dernier, par rapport aux liquides et aux substances sotubles mis en contact avec sa surface libre. Son revêtement épidermique épais, stratifié, enduit de matière sébacée, peu miscible à l'eau, l'entoure d'une barrière d'un difficile accès à laquelle s'ajoutent, dans beaucoup d'animaux, des poils, des plumes, des écailles, des carapaces ou des coquilles.
Ce tégument offre, dans la série animale, des variétés d'organisation nombreuses qui ont la plus grande influence sur son aptitude à l'absorption.
Chez les animaux inférieurs dont le corps est nu, la peau diffère en général trèspeu des muqueuses et elle peut fonctionner comme ces membranes. Il en est ainsi chez divers helminthes^ chez les vers terrestres, les mollusques, les batraciens.
Chez les articulés qui ont le corps couvert de plaques, d'étuis cornés, calcaires; chez les reptiles dont l'éplderme est écaiileux ; chez beaucoup de mammifères, comme le rhinocéros, l'éléphant, où l'épiderme est à la fois très épais et enduit de matières onctueuses, l'aptitude à rab>orption est réduite à son minimum ou tout à fait annulée.
Entre ces deux extrêmes il y a de nombreux intermédiaires, même parmi les animaux les plus rapprochés. Certaines espèces ont, comme celle du mouton, du lapin, la peau fine et à épiderme mince dans toute son étendue. D'autres, comme les oiseaux, l'ont plus mince encore, mais avec un épiderme que l'eau mouille difficilement. Quelques-uns ont la peau très vasculaire, comme le chien ; presque nue, comme le porc; tout à fait nue, comme l'homme. Et le plus souvent sur la même espèce on trouve, delà partie inférieure des membres au dos, à l'aine, aux orifices naturels, tous les degrés d'épaisseur, de vascularité, de protection épidermique ou sébacée.
De même que parmi les muqueuses les unes jouissent au plus haut degré de la faculté absorbante, tandis que d'autres sont à peu près imperméables, la peau, suivant les propriétés physiques de ses revêlements, fonctionne tantôt comme une membrane des plus perméables, tantôt comme uti tégument que rien ne traverse. Et, entre ces deux extrêmes, il y a une foule de nuances intermédiaires.
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£n général, la peau peut absorber les gaz, les solutions salines, diverses matières oi^aniques solubles, même des corps gras^ etc.
Il faut donc examiner séparément ces absorptions dans les principaux groupes d'animaux, en évitant de conclure d'une espèce znologique à une autre, et d'une matière à une autre matière.
Absorption dea gaz. — La peau nue de la plupart des animaux ou la peau qui offre, une foule de points non couverts par les poils, les plumes et autres productions de même nature, jouit de la faculté d'absorber les corps gazeux, avec lesquels elle est en contact. Elle absorbe l'oxygène, comme la muqueuse des voies aériennes, mais à un degré infiniment restreint. Sous ce rapport, elle constitue un poumon étalé dont la surface est beaucoup moindre que celle de l'organe essentiel de l'hématose, poumon qui, comme l'autre aussi, exhale de l'acide carbonique et une grande quantité de vapeur aqueuse. Ce fait complexe se prouve, comme nous e verrons au chapitre de la respiration, par l'asphyxie qui, à divers degrés, se produit consécutivement à l'application d'enduits imperméables à la surface cutanée.
La peau absorbe également, et très-vite, les gaz délétères, notamment l'hydrogène sulfuré. Chaussier et Collard de Martigny ont vu en effet que de petits mammifères, tels que des lapins, et divers oiseaux dont le corps était enfermé dans de petits ballons pleins de ce gaz^ la tête demeurant en dehors, périssaient en dix à douze minutes.
C'est surtout chez las espèces inférieures, les batraciens, les mollusques et les zoophytes, qu'elle absorbe activement les gaz en dissolution dans l'eau, comme l'étude des phénomènes respiratoires le prouve amplement. Là, elle fonctionne d'ailleurs comme la muqueuse des branchies, et quelquefois tient lieu de tout autre appareil respiratoire.
Absorption de Feaii. — La pénétration des liquides par la voie cutanée est généralement moins facile que celle des gaz, car l'épiderme, dans une foule d'es« pèces, est enduit de matières non miscibles ou très-peu miscibles à l'eau.
C'est chez les animaux à peau nue, dans les classes inférieures, qu'elle s'opère avec la plus grande activité. La limace peut, d'après Nasse, absorber plus de 2 grammes de liquide en une demi- heure; le limaçon en absorberait même, en somme, plus de moitié de son poids; car, d'après Spallanzani (1), un mollusque de cette espèce pesant 17'' 9, arrive assez vite au poids de Sl*"^ 3. Les batraciens absorbent non moins promptement de très-grandes quantités de ce liquide, soit dans l'eau, soit dans l'air très-humide. W. Edwards (2) a vu que des grenouilles préalablement exposées à l'air absorbent, pendant l'immersion, 1/18* de leur poids par heure, et en quatre heures une quantité d'eau égale à environ le tiers de leur poids, soit 10 grammes pour des grenouilles du poids de 32 à 33 grammes.
Il est probable que l'absorption cutanée est très-active chez les animaux à peau nue, même parmi les espèces aquatiques supérieures, comme les carnassiers amphibies et les cétacés ; mais on conçoit qu'elle doive être limitée, soit par des enduits muqueux, soit par des matières sébacées difficilement miscibles à l'eau, afin que l'hydratation des tissus et des liquides de l'organisme ne dépasse pas le degré qui lui convient
En ce qui concerne l'homme et les animaux dont le corps peut être plongé mo-
(1) Spallanzani, Mémoires sur la respiration, 1803, p. 137.
(2) W, Edwards, Influence de? agents physiques sur la vin. Paris, 1821, p. 98.
mentanémeiH dans l'eau, la question n'est pas d'une solution simple, car pendant l'immersion, la transpiration cutanée et la perspiration pulmonaire continuent à s'effectuer dans une proportion que l'on ne peut déterminer exactement, d'autant plus qu'an moment de la sortie du bain l'épiderme et le pelage des animaux sont chargés d'une certaine quantité de liquide.
Pour i^homme, l'expérimentation est facile et susceptible de résultats dégagés de complications. Malheureusement, faute d'avoir expérimenté avec habileté, on n'est point encore parvenu à des données concordantes.
Seguin (1) est le premier qui ait soumis ce point à des investigations sérieuses. Dans trente-trois expériences, il a constaté que le corps plongé dans l'eau pendant un temps et à une température variables n'augmenle jamais de poids, mais qu'il éprouve une diminution moindre que dans Tair. D'après lui, la moindre perte résulte non de l'absorption d'une petite quantité d'eau, mais d'une diminution de la perspiration pulmonaire et de la transpiration cutanée. Mais Dill, Madden^ Berthold, Duriau, ont au contraire constaté dans beaucoup de cas une augmentation de poids. Elle a été, dans les expériences de Berthold, faites à 36° centigrades de 11 grammes après un bain d'un quart d'heure, de 27 au bout de trois quarts d'heure, de 32 au bout d'une heure. Dans les expériences mieux conduites de F. Duriau (2), les résultats ont été les suivants. Dans un bain à une température de 22 à 25° centigrades, il y a eu augmentation du poids du corps : de 16 grammes après un quart d'heure d'immersion, de 35 grammes après trois quarts d'heure, de &5 grammes après cinq quarts d'heure. Dans un bain un peu au-dessous de la température du corps, le poids demeure à peu près stationnaire; et à une température plus élevée, par exemple à 42°, il diminue dans une forte proportion et peut perdre en moyenne 378 grammes en un quart d'heure. Or, en admettant d'une part l'exactitude des pesées, et d'autre part la persistance tant de la perspiration pulmonaire qui est manifeste à toutes les températures, que de la transpiration cutanée, à des degrés divers, il faudrait conclure de ces expériences : 1° que la peau de l'homme absorbe l'eau dans le bain à une température de 20 à 25° ; 2° qu'elle l'absorbe encore à une température de 23 à 32°, à laquelle le corps est à peu près stationnaire, car alors l'équilibre ne peut tenir qu'à une compensation entre la quantité d'eau enlevée par la transpiration et la quantité absorbée; 3° qu'enfin elle l'absorbe probablement même à une température de t\0 à 42°, bien qu'il y ait une perte énorme, perte qui serait plus grande encore si une fraction n'en était compensée par l'eau absorbée.
Quelque concluantes que paraissent ces expériences, leurs résultats étant supposés parfaitement exacts, elles ne prouvent pas, avec une certitude absolue, l'absorption de l'eau par la peau. En définitive, la légère augmentation de 45 grammes au plus en cinq quarts d'heure pourrait fort bien tenir, d'une part, à une absorption de vapeur aqueuse par les voies respiratoires; d'autre part, à une simple imprégnation de l'épiderme dont la masse, pour l'ensemble du corps, est considérable si l'on songe à l'épaisseur réelle de cet enduit dont les phlyctènes donnent l'idée, imprégnation
(1) Seguin, Annales de chimie^ t. XG, p. 190.
(2) F. Duriau, Recheixhes expérimentales sur Pabsorpi, et Vexhal. par le tégument eoh terne, Pari's^ 1856.
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d*dillettrs manifeste à la plante des pieds, aux talons, etc. Une gâte sècbe de cette épaisseur et de cette étendue deviendrait très-lourde si elle était imprégnée d'humidité.
Il y a donc, pour établir la quotité de l'absorption^ des tentatives de ce genre à reprendre avec soin, sur l'homme, dans des conditions bien déterminées et par )a méthode des pesées, car celles où l'absorption de Teau se déduit de la diminution de la densité de Turinc ne sont pas concluantes. On ne peut espérer des résultats rigoureux. sur les animaux parce que, d'une part, l'épiderme épais des grandes espèces, et leur pelage irès-hygroscopiquc, se chargent d'une quantité d'eau indéterminable, et que, d'autre part, les moyens de pesage ne sont pas, pour le cheval et le bœuf, d'une sensibilité suffisante.
S'il faut des expériences nouvelles pour déterminer la quantité d'eau que la peau est susceptible d'absorber en un temps donné, celles que nous possédons, si imparfaites qu'elles soient, établissent sans contesle la réalité de cette absorptiou. Dès l'instant que la pcrspiration pulmonaire et la transpiration cutanée persistent dans le bain, il faut nécessairement, pour que le corps y conserve son poids, que la peau absorbe une quantité d'eau équivalente à celle que les deux exhalations emportent. Et s'il y a une augmentation de poids, elle indique que la quantité absorbée est supérieure à celle que les exhalations ont entraînée.
Toutefois, il ne faut pas oublier que l'augmentation de poids résulte, pour une certaine part, d'une imbibition de l'épiderme et des autres productions épidermiques, imbibition qui n.est point une absorption entière, mais qui en implique la possibilité.
Absorption de» dlssolatlons salines et minérales. — On sait que les membranes peuvent remplir le rôle de dialyseurs, séparer les substances les unes des autres, admettre peu de sels, l'un d'eux seulement, alors qu'elles laissent passer une grande quantité d'eati. Conséquemment, l'absorption de l'eau n'implique pas celle des sels tenus en dissolution dans ce liquide, et suivant les proportions dans lesquelles ils sont dissous. Il faut donc examiner particulièrement celte absorption.
La peau nue des animaux inférieurs, des batraciens, par exemple, qui absorbe l'eau si aciivement, absorbe aussi très-vite les dissolutions salines.
Millier ayant maintenu les pattes de derrière d'une grenouille dans une solution de prussiate de potasse, trouva, au bout de deux heures, que la lymphe sous-cutanée devenait bleue par l'action des sels de fer.
J'appliquai sur toute l'étendue de la peau d'une grenouille, préalablement fixée sur une planchette, une dissolution aqueuse de 1 décîgramme de sulfate de strychnine. Un quart d'heure s'était à peine écoulé depuis le moment de l'application de la substance vénéneuse, que l'animal éprouvait des secousses tétaniques. Au bout de vingt minutes il était mort Cependant il y eut encore, pendant un qnarl d'heure, quelques légers mouvements du diaphragme maxillaire qui n'avait pas été touché par le poison.
J'étendis, en une seule fois et en moins d'une minute, la même quantité de sulfate de strychnine sur la peau d'un énorme crapaud. Les convulsions et la roideur tétanique commencèrent à se montrer au bout de quatre minutes, et dix minutes plus tard le batracien ne donnait plus aucun signe de vie.
La même quantité de sel ténénenx en dissolatîon fnt déposée sur la peau d*ane salamandre aquatique, et à trois reprises différentes de huit en huit minutes. Les premiers signes de tétanos se manifestèrent à la sixième minute de Tetpérienee, mais ranimai ne mourut qu'après trois heures^
Chez les mammifères, dont la surface absorbante est réduite par les poils et couterte dans les intervalles par un épiderme plus ou moins épais, l'absorption a encore lieu.
Yestrumb a vu qu'un chien plongé, par le train postérieur préalablement rasé, dans nu bain chargé de prussiate de potasse, absorba ce sel qui se retrouva bientôt dans le sang.
Je versai lentement sur la région dorso-lombaire d'un cheval, pendant cinq heures, une dissolution de UO grammes de cyanure de fer et de potassium, en ayant soin de ne pas laisser dessécher la surface sur laquelle le liquide était versé. Au bout de quatre heures et demie, Turine rendue par l'animal contenait des traces du sel, et quelques heures plus tard ces traces étaient encore plus sensibles. L'épiderme n'avait été nullement entamé, car on ne fit jamais de frictions en arrosant la surface avec la dissolution saline.
J'étendis en dix fois sons le ventre et la poitrine d'un chat, dont les pattes étaient liées sur une planchette, une dissolution de 2 grammes et demi de valérianate de strychnine. Les lotions durèrent quatre heures. Il n'éprouva de symptômes d'empoisonnement qu'après dix heures^ et mourut seize heures après le commencement de Texpérience.
Dans ces derniers temps, on croit avoir donné des convulsions à un renard enfermé dans un hydrofère et soumis à des douches chargées de 1 à 2 grammes de sulfite de strychnine. Gela est possible, mais il eût mieux valu choisir un animal qui n'eât pas, autant que le renard, de propension à trembler dans un appareil tel que rhydrofère.
La peau des oiseaux, quoiqu'elle soit mince et qu'elle paraisse très-perméable, absorbe avec lenteur et souvent avec de grandes difficultés. Dans une ancienne expérience^ j'ai développé des convulsions chez un pigeon seulement trois heures après lui avoir versé sous les ailes et sous le ventre une dissolution de 1 gramme de sulfate de strychnine. Tout récemment^ j'ai vu que, sur de jeunes moineaux pris dams le nid alors que lé dessous du ventre, de la poitrine et des ailes, était encore dépourvu de plumes^ l'application d'une solution alcoolique faible de sulfate de strychnine produisait très-difficilement des convulsions. Trois, six, dix, douze gouttes de la solution, appliquées sur les parties sus-mentionnées, ne produisaient pas la pins faible secousse, tandis que trois gouttes de la même solution versées dans le bec en déterminaient au bout de quatre à cinq minutes, puis la mort souvent en moins d'un quart d'heure.
Il est probable que la peau des oiseaux aquatiques est réfractaire à l'absorption de l'eau; car le plumage, enduit d'une matière onctueuse, ne laisse pas le liquide arrivera la surface; ou, s'il y arrive par places, il se trouve dans l'impossibilité de traverser l'épiderme imprégné de la même matière.
En ce qui concerne Thommc, dont la peau est nue et l'épiderme peu épais, il
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n'y a pas de doate. Un grand nombre de résultats établissent le fait de l'absorption des dissolutions salines, mais dans de faibles limites.
Vestrumb (1) plonge le bras dans une dissolution de cyanure de fer et de potassium et de sel de nitre. Au bout de quarante-cinq minutes, les traces de prussiate se montrent dans l'urine. Après l'immersion des jambes dans une solution concentrée de prussiate, il trouve le sel dans l'urine au bout d'une heure trois quarts. Après un bain de pieds de deux heures dans la solution de ces deux sels, ceux-ci se retrouvent tous les deux dans ce produit de sécrétion.
Mais, chose singulière, beaucoup d'observateurs qui, an lieu de plonger seulement les bras ou les jambes dans l'eau chargée de sels, y plongent le corps entier, ne constatent point la présence des sels dans l'urine.
Ainsi Duriau, après des bains de deux heures à 30^, 32^, renfermant 200 grammes d'iodure de potassium, des bains d'une heure au cyanure de fer et de potassium, des bains de deux heures contenant de 200 à 250 grammes de carbonate de potasse, des bains d'une heure à deux heures avec addition de 1 kilogramme de sulfate de magnésie^ ne retrouve dans le produit de la sécrétion urinaire ni Tiode, ni le cya* nure, ni le nitrate de potasse, ni le sulfate de magnésie.
Homolie n'y a pas retrouvé non plus Tiodure ni le cyanoferrure de potassium après un bain d'une heure et demie tenant en dissolution 100 grammes de ces sels. Hébert, après des bains de quatre heures chargés de 200 grammes de ces mêmes sels, n'y eu trouve pas de traces. Parisot arrive aux mômes résultats négatifs avec ces deux sels et avec le chlorate de potasse.
Mais 0. Henry, après des bains de trois quarts d'heure ou d'une heure, chargés seulement de 6 à 10 grammes d'iodure de potassium, dit avoir reconnu des traces d'iode dans l'urine; mais il n*y trouve pas le cyanofermre mis dans le bain en égale quantité.
Sereys et Réveil, dans des bains de .trente-cinq minutes à une heure à l'hydrofère, qui projette l'eau avec une certaine force à la surface de la peau, ont vu l'urine présenter de Tiode, du cyanoferrure de potassium, de l'arséniate de soude. Le bain était chargé seulement de 8 grammes d'iodure de potassium, de 15 grammes de ferrocyanure et de 2 grammes d'arséniaie de soude. L'iode a été retrouvé dans l'urine à la sortie du bain et dans les vingt-quatre heures suivantes.
Enfin, M. Demarquay (2) a trouvé des traces d'iode dans les urines d'individus qui avaient pris des bains d'une heure à deux heures chargés de 30 à 100 et 150 grammes d'iodure de potassium.
De ce que dans les expériences on voit disparaître l'eau sans qu'on retrouve dans l'urine le sel que l'eau tenait en dissolution, ou bien de ce que l'on voit passer dans ce produit seulement l'un des deux sels d'une solution, l'on est porté à attribuer à la peau une facuhé élective : c'est une erreur d'interprétation. Là, comme dans la généralité des cas, l'eau est absorbée plus facilement que les substances qu'elle tient en dissolution, et les sels passent, non pas. dans les proportions où l'eau les contient, mais dans des proportions nouvelles subordonnées à leur dilTusibilité. Et
(1) Vestrumb, Archives de MeckelyX, VU, p. 528.
(2) Demarquay, Recherches sur Cabsorption des médicaments, Paris, 1867.
pois, on est trompé soavent par des apparences. Quand, par exemple, on retrouve dans Turine l'iode avant le nitrate de potasse du même bain, cela ne tient pas nécessairement à ce que Fiode y est arrivé le premier, mais à ce que sa présence s*y décèle par les premières fractions, tandis que la présence de l'autre ne peut l'être qu'après l'arrivée de fractions plus considérables. Il n'y a pas plus d'action élective à la peau qu'aux membranes muqueuses, et pourtant les phénomènes de l'absorption offrent des particularités analogues à celles-là, même chez les plantes, comme les expériences de Saussure l'ont prouvé.
La peau absorbe non moins évidemment beaucoup d'autres substances médicamenteuses en dissolution. Leur absorption se prouve aussi sûrement par les effets généraux de ces substances qu'elle pourrait se prouver par l'analyse chimique, car il est une foule de ces matières qui agissent dès qu'elles passent en très-minimes proportions dans le sang. Yestrumb et B. Stuart ont vu, par exemple, la rhubarbe mise dans le bain passer dans l'urine. Le premier a retrouvé à l'air expiré l'odeur du musc et du camphre, mis dans l'eau de ce bain, ou appliqués sur la peau. Tous les jours, dans la pratique médicale, on voit le cataplasme laudanisé, la décoction de pavots, calmer non-seulement les douleurs de la pe^u, mais celles des parties sousjacentes. Une forte dose de laudanum a empoisonné, au rapport de M. fiéclard, un auteur dramatique. L'infusion de tabac a pu, dans le bain, provoquer des vomissements et de la diarrhée.
Toutefois, ces effets ne se produisent que dans des limites ét?roites, et ils ne sont pas constants; car, dans plusieurs expériences de Homolle et de Duriau, les infusions de belladone et de digitale, de 500 grammes à 2 kilogrammes de feuilles, n'ont produit aucun changement dans l'état de la pupille ni dans les caractères des battements du cœur.
Il suffit de cet ensemble de faits pour montrer que la peau absorbe les dissolutions salines. Les expériences dans lesquelles cette absorption n'a pas été constatée^ prouvent qu'elles n'ont pas été faites, à ce qu'il semble, avec assez de soin : les bains ont pu être de trop courte durée^ la quantité de sels employée insuffisante, la recherche du sel faite trop tôt ou trop tard, avant son appariijon dans l'urine ou après son élimination complète. Elles prouvent, néanmoins, que l'absorption des sels en dissolution dans l'eau est extrêmement faible, et que, par conséquent, l'emploi des bains qui ont pour but l'introduction de ces agents médicamenteux est un moyen peu efficace, souvent même illusoire.
Il est hors de doute que la matière onctueuse qui imprègne l'épiderme et peut former un vernis à sa surface, est la grande cause qui rend difficile l'absorption de Teau et des dissolutions aqueuses. C'est cette matière très-abondante chez les phoques, l'hippopotame, qui empêche l'eau de mouiller la surface cutanée, d'y adhé- 'rer, de gonfler et de ramollir l'épiderme, comme cela arrive cependant à la plante du pied, à la paume de la main de l'homme, et à la partie inférieure des membres de nos grands animaux. Mais cette matière n'est point une barrière absolument infranchissable : elle laisse passer de petites quantités d'eau et de sels, surtout dans les points où elle offre son maximum d'épaisseur, car c'est là qpi'elie se trouve en moindre quantité.
Ce n'est pa^ seulement la peau de l'hoiiime et de? mammifères, dont l'épiderme
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est mince, qui absorbe; la peau à éjûdermo corné, écailieux des reptiles, tels que les lézards et les serpents, absorbe encore, comme le montrent les ei^riences sui- Tantes :
J'étendis sur la peaa d*un gros lézard vert, et à plusieurs reprises, une dissolution aqueuse de 25 centigrammes de sulfate de strychnine. Au bout d'une lieure et demie le reptile était paralysé. Ses memhi*es, étendus et appliqués sur ks côtés du corps, n'éprouvaient que de faibles secousses convulsives, soit spontanément, soit sous l'influence d'une excitation extérieure. La respiration était suspendue et la queue complètement privée de mouvement. Cet état se prolongea pendant quinze heures et l'animal mourut*
J'appliquai de la même manière et à plusieurs reprises, pendant trois heures, une dissolution de 1 gramme de sulfate de strychnine sur la peau d'une énorme couleuvre à collier convenablement Gxée. Six heures ^après le commencement de l'expérience, le reptile, jusqu'alors très-agité, se roula en plusieurs sens sur luimême et devint immobile; la peau était plissée, les côtes rapprochées et la respiration ralentie. L'ajiimal, bien qu'on l'irritât, ne faisait aucun mouvement et conservait la position que l'on domiait à son corps sans souplesse. 11 demeura dans cet état tétanique pendant trois jours et mourut. Ainsi l'épiderme épais et écailleux des lézards et des scrpejots n'est point un obstacle invincible à l'absorption.
Absorptioo dei • «eia non diMiouA. — Les premières expériences sur ces substances, dues à Sejjuin, ont permis de constater que des quantités pesées de divers sels mis à la surface de la peau, sous des verres de montre, diminuaient sensiblement de poids ; mais ces expériences ne sont pas suffisamment rigoureuses, car le déchet des sels peut tenir au changement dans la proportion d'eau dont ils sont chargés, à une température iniérieure à 100^
M. Roussin (1) a appelé de nouveau l'attention sur ce point. Il s'est frotté et saupoudré la partie supérieure du corps avec de l'iodure de potassium, et a trouvé dans l'urine, sécré itée pendant les vingt et une heures suivantes, beaucoup d'iode. Il a revêtu, après dessiccation, une chemise imprégnée de solution d'iodure de potassium. Pendant les trois jours qu'elle a été portée, l'iode se montrait dans les uripes. Ces faits i l'ont rien d'étonnant. A supposer que pendant les manipulations de saupoudrement aucune particule d'iodure ne se suit introduite dans les voies aériennes, l'iode i ùïs en contact avec la peau a dû être dissous par le produit de la transpiration*et ab sorbe, comme à l'ordinaire, sous forme de solution et non pas, comme le pense l'a .uteur de ces expériences, à l'état solide et pulvérulent ou associé aux matières grast ses.
C'est, je pense, de la même manière qu'il faut interpréter les accidents signalés par M. Tardieu si ir des individus porteurs de bas teints à la coralline, et par divers observateurs sur les personnes dont la peau s'est trouvée en contact avec des étoffes teintes au ^ f^ert arsenical (2).
Il est clair que < ies matières diverses, virulentes ou autres, imprégnant des vôte-
(1) Z. RoussiD, h ■mpoisonnemcnt par le vert de Schweinfùrth et Nouvelles expériences re- UUivea à Pabsorptit n [Ann. eThyg. '^aris, 1867).
(2) Ambr. Tardit m, Mém, sur ^empoisonnement par la coralline (Bulletin de l'Àcdd^ de tnéd., 4869, l. XXÏ j\, p. 48, eiAnn, d*Byg, puùL, t. XXXI, p. 257).
méats, ou adhérentes à des harnais, peuvent ainsi, à un moment donné, ramollies par la transpiration, par la soeur, devenir, surtout si la peau se dépouille de son épiderme par le frottement, le point de départ d'inoculations plus ou moins étendues.
AbMirpliaa de «|iaUère« diverses assoeléee aux cer^ gras el 4 dea li^vldea anaeeptilOea d'adhérer ik la pean. — Si la peau absorbe avec quelque difficulté les corps solubles en dissolution dans Teau qui mouille difficilement Tépiderme, eQe absorbe beaucoup mieux celles qui sont associées aux graisses ou sous forme de pommade. A cet égard, les données de la prati4ue médicale rendent une démonstration expérimentale presque superflue. L'application de la pommade d*iodore de potassium est suivie, au bout de quelques heures, de Tapparition de l'iode dans les urines ; celle de la pommade raercurielle donne lieu à de la salivation et souvent à d'autres accidents. La pommade stibiée peut provoquer la nausée et le vomissement sans le concours des frictions ; la pommade de belladone, la pommade d'atropine, produisent assez promptemeiit la dilatation des pupilles. La graisse qui s'applique exactement à la peau, qui pénètre l'épiderme comiiie elle pénètre les corps poreux, entraine avec elle l'agent médicamenteux qui, une fois arrivé profondément, se dissout dans l'humidilé des tissus et laisse peut-être le corps gras en chemin. Il est possible qu'elle pénètre dans les canaux des glandes sébacées, des glandes sudoripares, et qu'ainsi elle s'offre, à des surfaces très-étendues, d'une plus grande puissance d'absorption que celle de l'extérieur.
L'incorporation des substances médicamenteuses aux corps gras ou aux substances miscibles à la matière sébacée, pourrait s'étendre avec avantage à d'autres agents qu'il conviendrait d'offrir à Tabsorption cutanée.
Divers liquides, miscibles à la matière sébacée et très-aptes à traverser l'épiderme^ sont promptement absorbés. Dans cette catégorie se trouvent l'alcool, les boUes essentielles, le sulfure de carbone, la benzine, Tammoniaque. L'éther, l'acide cyanbydrique, s'absorberaient aussi s'ils n'étaient rapidement volatilisés, et on pourrait obtenir leur absorption en les maintenant sous de petites cloches telles que celles des ventouses.
Limites de l'abaorpiioa entanée. — La peau absorbe douc incontestablement, même dans les espèces où elle a un épiderme écaiileux et corné, l'eau, les sels et autres substances tenues en dissolution ; elle absorbe aussi très-facilement les substances solubles associées aux graisses et même celles qui, déposées à l'état de siccité, sont susceptibles de se dissoudre insensiblement dans les produits de la transpiration ou de se convertir en co.mposés solubles.
Mais cette absorption est, sauf dans les espèces inférieures à peau nue, très-limitée, tant à cause de l'épaisseur et de la faible perméabilité de l'épiderme que par suite de la noo-miscibilité de l'eau et des solutions salines aux matières sébacées qui ajoutent une nouvelle barrière à celle de l'épiderme même. Aussi quand le bain est de courte durée et qu'il contient peu de substances salines^ l'absorption de celles-ci est presque insensible ou nulle, d'où les résultats négatifs obtenus par un si gi^and nombre d'expérimentateurs, avec des matières dont l'absorption est pourtant incontestable.
En effet, cette absorption est tellement faible que les lotions très^tendnes ft U
décoction de tabac, que le bain de Geriach, très-chargé de cette décoction, et le bain de Tessier où la proportion d'acide arsénieux est considérable, ne donnent pas lieu, sur les moutons galeux qu'on y plonge entièrement, à des accidents indiquant une absorption tant soit peu sensible.
Dans tous les cas, cette absorption ne s'étend pas à une foule de substances telles que les venins, les virus; car si elle pouvait en prendre les plus faibles quantités, î*inocuIation de la rage, de ta syphilis, de la morve, du farcin, aurait lieu lorsque la peau demeure longtemps au contact de ces agents virulents. Or, à la con-* dition que la peau n'offre ni plaie ni dénudation d'épiderme, on peut manipuler sans inconvénient les débris imprégnés de diverses matières virulentes. Magendie a en effet touché impunément à la salive du chien enragé, et dans le cours de mes expériences et de mes études anatomiques, j'ai plongé cent fois les mains dans le sang des animaux vivants ou des cadavres charbonneux, morveux, farcineux, etc.
Sans doute l'épiderme, la matière grasse qui l'imprègne, sont des obstacles à cette absorption, mais ils n'en sont ni les seuls ni les plus efEcaces, car l'épidenne à la longue s'imbibe et la matière onctueuse est modifiée ou entraînée par les alcalis du sang qui demeure souvent des heures entières en contact avec la main de l'opérateur ou de l'anatomisle. Nous ne connaissons pas les raisons physiologiques on physiques qui entravent, à la peau, mieux encore qu'à la muqueuse gastro-intestinale, la pénétration des matières virulentes.
Partlealarltés du méeanlsiiie de l'absorption cniaiiée. — La peau Se
trouve évidemment dans des conditions exceptionnelles par rapport aux substances à absorber. Elle est protégée par une barrière renaissante, qui est plus ou moins imprégnée de matière onctueuse dans ses couches superficielles, et c'est bien plus par cette matière non miscible à l'eau qu'elle est préservée que par l'épiderme lui-même. En effet, dans les parties où celui-ci est très-épais mais sans enduit sébacé, comme à la paume des mains et à la plante des pieds de l'homme, elle absorbe mieux qu'ailleurs et elle absorbe encore chez les animaux tels que les serpents^ les lézards où cet épiderme est écailleux, presque corné. Mais dans tous les points où existe l'enduit gras soluble dans l'éther et le chloroforme, l'eau ne mouille pas l'épiderme; elle glisse à sa surface, comme on le remarque aisément pendant le bain même très-proiongé. Toutefois, à la longue, cet enduit laisse passer. le liquide» puisque peu à peu l'épiderme blanchit jusqu'à une grande profondeur, même dans les parties inférieures des membres où il a une grande épaisseur, chez les animaux de la taille du bœuf ou du cheval. Les dissolutions salines le pénètrent aussi avec plus ou moins de lenteur. L'expérience du docteur Bloch rend ce fait sensible, car si après avoir tenu soit la main, soit le pied dans une solution de sulfate de fer, on lave à grande eau et on essuie ces parties pour les immerger ensuite dans une solution de ferrocyanure de potassium, l'épiderme ne tarde pas à bleuir dans toute son épaisseur à mesure que le second sel arrive dans les strates où le premier s'est précédemment engagé. Il est visible, dans cette circonstance, que l'imbibition épiderroique se fait graduellement, des couches superficielles vers les profondes; car la coloration est limitée à la surface après le bain de courte durée, et elle n'arrive aux oouches internes qu'après un bain très-proiongé.
La marche de la solution saline à travers les diverses couches de répiderme se fait lentement et peut-être plus au début que ultérieurement, alors que ces couches sont humectées. Dans tous les cas, le second bain colore d'autant plus vite l'épiderme et avec plus d'intensité qu'il est pris à un intervalle plus rapproché du premier. Mais la pn^ression de la matière admise parait se ralentir beaucoup et même se suspendre, une fois que de nouvelles quantités ne chassent plus les précédentes^ £n effet, douze, vingt-quatre, trente-six heures, et quelquefois même plus, après le premier bain, il reste encore de la solution dans l'épiderme. La partie la plus profonde continue probablen^nt à avancer et à entrer dans les vaisseaux absorbants, la partie extérieure est emportée soit avec les produits de la transpiration, soit par les progrès de l'exfoliation.
ClreonvtaBees qal faYorlsent l'alMorptlon catenée. — Parmi ces circon-
tances, les principales sont celles qui, en amincissant l'épiderme et en le débarrassant de la matière sébacée, ont ce double résultat de permettre uii contact plus intime entre la substance à absorber et le t^ument, et d'augmenter la perméabilité de son revêtement protecteur.
Les lavages et surtout les lavages alcalins qui enlèvent les squames et les couches superficielles de l'épiderme, les produits desséchés de la transpiration, la matière onctueuse qui imbibe les couches restantes, ont une action assez frappante pour qu'il ne soit pas nécessaire de l'analyser. Cependant ces lavages en hydratant l'épiderme peuvent, pour un moment, créer des difficultés à la pénétration des corps gras et des autres substances peu miscibles à l'eau. Aussi faut-il, quand on les emploie, attendre que la peau soit desséchée pour y appliquer des substances de cet ordre.
Les frictions qui enlèvent ou qui divisent les couches épidermiques mortes, font adhérer les matières à la surface de l'épiderme et les incorporent même à une partie de ses strates, les poussent par la pression dans les orifices des glandes sébacées, des glandes sudoripares, dilatent les vaisseaux, accélèrent la circulation dans les couches superficielles, activent beaucoup l'absorption surtout celle des préparations dans lesquelles entrent les corps gras et les autres substances dont l'adhésion à la peau s'opère difficilement.
Lebkuchner, après avoir frictionné à plusieurs reprises la face inférieure de l'abdomen d'un lapin avec une solution de prussiate de potasse, retrouva, peu de temps après, ce sel dans le sang et dans l'urine. L'acétate de plomb, employé de la même manière sur un animal de cette espèce, détermina des convulsions mortelles en moins de vingt-quatre heures. Dans ce dernier cas, le tissu cellulaire sous-cutané, .soumis à l'action de l'hydrogène sulfuré, noircit par le plomb qu'il retenait Les frictions ont ici très-visiblement accéléré l'absorption.
Dans d'autres expériences, il put constater l'absorption du chlorure de baryum, de l'ammoniure de cuivre, du camphre, de l'essence de térébenthine ; mais souvent, en se servant de substances irritantes et de frictions énergiques, il détermina certainement une pénétration physique.
Beaucoup de médicaments employés par cette méthode des frictions, dite iatraleptique, produisent une action très-manifeste, et souvent même assez rapide, eu égard à la faible perméabilité de la peau. Tous les praticiens savent que les prépa- C. COUR. — Physiol. comp.; 2* édit. il. — 9
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ratHNiB mercurielles employées en friclions sur la peau délerminent, à la longue, une salivation plu8 ou moins abondante, one âcltou spéciale sur les niainelles, et chez les ruminants des tremblements, une sorte dMnfection mercuHi le, qui peut aiter, cheE le mouton et la chèvre, jusqu'à TemiMiisonnemcnt. L'iodu et ses composés s'absorbent également ; l'huile de croton tiglium en frictions purge le chien ; les frictions de pommade siibiée provoquent des efforts de vomissement sur les caraassiere; l'essence de térébenthine, employée de là même manière, agit sur les reins; l'huile essentielle de la moutarde passe aussi probablement dans le sang etsti* iDule les organes génito-urinaires.
L'association des substances à des matières qui pénètrent promptement les tissus ou qui agissent chimiquement sur l'épiderme, accélère aussi l'absorption cutanée. Les alcalis qui le ramollissent et ie dissolvent rendent les voies plus accessibles. Le chloroforme rend l'absorplion de l'atrapine si prompte que, quelques minutes tprès son application, on peut constater la dilatation de la pupille.
Quant à l'absorption par la peau dépouillée de son épidcrme, elle se fait dans des conditions toutes nouvelles analogies à celles des muqueuses. Lorsque la barrière inerte est enlevée, le derme peut absorber à peu près tout ce qui lui est offert, sels, alcaloïdes, poisons, venins, matières virulentes, matières sepiiques, ce dont l'opéralaur et l'anatomiste doivent bien se souvenir. L'emploi dos médicaments, dans cette condition, qui constitue ce qu'on nppclle la méthode endermique, est suivi d'effets prooâ^. (i'est un moyen ctcellent auquel on peut recourir lorsque les voies digestives ne sont pas libres et surtout lorsqu'il s'agit de faire absorber des médicaments précieux, d'un petit volume.
L'active absorption de la peau dépouillée de son épidémie peut donner lieii quel*- ^uefois à des accidents graves, comme le prouvent les effets de la caniharidine.
On s est demandé, dans ces dcrniei^s temps, si la peau a une action élective sur ks substances qui liii sont offertes. D'après quelques observateurs, l'eau chargée de sels serait absorbée en plus forte proportion que les sels ou môme sans en être accompagnée; et dans le cas où elle en renfermerait deux, l'un pourrait être absorbé sans l'autre. Il y aurait là, dit-on, les preuves d'une action élective. Mais cela ne me paraît |)as évident. 11 faut des dosages exacts, que je ne vois faits nulle part, pour éta« biir qu'un sel n'a pas été absorbé dans la même proportion que l'eau qui le tenait en dissolution; et puis, dans les cas où l'un des sels offerts n'a pas été retrouvé dans l'urine, £'est plutôt, ce me semble, en raison de sa faible quantité qu'en raison de son absence. Il est clair que si l'on a mis 2 ou '6 grammes d'arséniate de soude ou de potasse dans un bain de 100 liu^s d'eau et qu'en une heure 50 grammes de cette solution aient été absorbés, ces .50 granunes représentant la "2/1000 partie de la solution, n'auraient pu faire entrer dans l'organisme que la 2/1000 partie des ^ grammes de i'arséniate, soit 1 milligramme et demi, laquelle portion serait bien difficile à retrouver, à supposer qu'après avoir été dispersée dans toute la masse du sang et de l'organisme, elle se soit rassemblée pour être tout entière éliminée par l'urine, et dans le moment pendant lequel ce liquide est recueilli. C'est trop souvent d'expériences aussi déleciueuses, qui ne supportent pas l'examen, qu'on tire des déductions eu apparence acceptables.
L'action élective ne peut pas se déduire de ce que la peau se refuse à l'absorption
ABSORPTION DANS LE TISSU CELLULAIRE. l3i
des venins, des ^irus ; car ces matières sont réfraclaires à Tabsorpiion sur la muqueuse gastro-intestinale pour des raisons encore mal déterminées, qui ne paraissent pas se concilier avec les idées qu^on se fait des prétendues actions électives.
En résumé, l'absorption cutanée est incontestable, mais elle est et doit être irèsfaible, et c'est par Tcpiderme et Tenduit sébacé qu'elle a ses caraclèi-es. Elle ne s'exerce sur l'ean et les substances que Teau tient en dissolution que dans des limites três-restreintes. Aussi ne faut-il pas se figurer que les bains minéralisés fassent entrer dans Téconomie de bien grandes quantités de matières salines. Cette absorption peut acquérir une plus grande activité par le secours des frictions et des préparations qui augmentent la perméabilité de Tépiderme. EnGn elle devient, dans le cas de destruction du revêtement épidermique, presque aussi énergique que celle des membranes muqueuses.