‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 49 sur 239 · PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DU CHYLE · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DU CHYLE

pancréas, et sur les herbivores au régime des tourteaux, alors que le fluide pancréatique coule à Textérieur. Dans les condilious ordinaires, je l'ai vue assez marquée chez les carnassiers, même un ou deux jours après la dernière digestion, tant qu'il restait un peu de graisse dans Tintestin. La couleur blanche du chyle ne dépend donc point de la nature animale, végétale ou mixte des aliments ; elle est subordonnée à la proportion de graisse qu'ils contiennent Le chyle la prend dès qu'il se montre dans les villosités, les réseaux de l'intestin.

La couleur blanche peut présenter diverses nuances. Le blanc de lait est très-pur chez la plupart des animaux à la mamelle et chez (es carnivores exclusivement nourris de chair. Le blanc est moins intense quand l'opacité du liquide diminue, c'est-à-dire à mesure que la proportion de la graisse se réduit el que celle de l'eau augmente; ce blanc est légèrement safrané chez le poulain à la mamelle, et chez tous les solipèdes qui reçoivent de fortes rations d'avoine.

. Chez ks rongeurs, lapins, cochons d'Inde, rats, le chyle est d'ordinaire simplement opalin et sans opacité très-marquée. Il prend le même aspect chez les carnassiers soumis à une alimentation végétale.

Il est à peine trouble et d'une teinte safranée, tirant sur celle du foin, ou rappelant celle du sérum du sang et de la lymphe chez les solipèdes nourris de fourrages. La paille le rcnd'plus clair, comme le font les racines aqueuses ou les tubercules de pommes de terre. Mais l'avoine, le maïs et tous le résidus de graines oléagineuses le rendent opaque, au point de lui donner, s'ils sont consommés en grande quantité, l'aspect lactescent du chyle des carnivores. Le chyle des grands ruminants est jaune verdâtre, celui du mouton cl de la chèvre ne l'est pas sensiblement.

Ces différentes nuances jaunes et verdâtres tiennent à deux causes : d'abord à ce que la lymphe intestinale, toujours plus ou moins colorée, s'est môlée en certaine proportion au chyle dans les parois du tube digestif, ensuite au passage dans ce liquide des matières colorantes des aliments végétaux, principalement* de la chloiopbylle. Aussi le sérum qui tient en dissolution ces matières est-il ambré sur les animaux qui vivent de foin de prairies, et d'un vert-absinthe chez ceux qui foiit usage de luzerne sèche, dont la teinte verte est plus foncée.

Le chyle perd son opalinité, devient limpide, transparent, tout en conservant une nuance jaune verdâtre sur les bétes bovines dont la digestion est susfieudue par défaut de rumination, ou sur celles dont la panse ne contient plus, à la suite de l'abstinence, qu'une faible quantité d'aliments délayés, ou encore sur les bêtes souffrantes qui, sans digérer, absorbent de grandes masses d'eau. Il la perd encore, à un certain degré, chez les animaux dont la muqueuse intestinale, plus ou moins phlogosée, absorbe difficilement les matières grasses.

La couleur du chyle, quelle qu'en soit la nuance, est fixe; elle ne change point au contact de l'air, ni même parle fait de la décomposition commençante; seulement l'opaLuité se prononce à mesure que le liquide se refroidit el qu'il se coagule, et cela peut-être en raison de l'opacité que tend à prendre la fibrine sous l'influence de la coagulation, et de celle que les graisses acquièrent par uu abaissement de température.

Dans aucun cas le chyle pur des parois intestinales, des lactés du mésentère, ne présente de teinte rosée ni n'en acquiert par son exposition ou par son agitation à

15a DE l'absorption.

Tair. Tout ce'que Reuss, Ëmmert, Tiedemann, Gmelin et la plupart des physiologistes ont dit ou répété de la coloration rosée, prise insensiblement par le chyle exposé au contact de l'air, repose sur des illusions et des erreurs d'observatiou. Ce qu'ils ont avancé^ sur les variations que celte teinte vermeille éprouverait suivant les points où ce liquide est pris et suivant la nature des aliments dont il provient, ne s'applique pas à du chyle. pur. J'ai relevé ces erreurs dès la première édition de ce livre, et particulièrement dans un long travail sur le système lymphatique (1). Si l'on trouve souvent dans le canal thoracique du chyle d'aulant plus rosé qu'il se rapproche plus des sous-clavières, si on Ta vu encore un peu rosé dans le réservoir sous-lombaire, c'est que le sang reflue dans le canal, et même jusqu'à la citerne, au moment de la mort, et quelquefois pendant la vie. Si la teinte de ce chyle s'avive au contact de l'air, c'est uniquement parce qu'il contient une certaine quantité de globules sanguins dont le reflux l'a chai]gé. Ceux-ci peuvent être en fort grand nombre, quoique la teinte rosée soit très-faible. Ils sont si bien la cause de la coloration vermeille que si Ton retire le caillot dans lequel ces globules sont emprisonnés, le chyle se retrouve blanc ou opalin. Mais tel est l'empire de l'erreur dont on a été bercé, qu'elle peut aveugler indéfiniment même les hommes les plusédairés : ainsi Longet déclare qu'il se gardera bien d'abandonner ses anciennes croyances.

La lactescence et l'opacité du chyle dépendent uniquement de la présence de la graisse tenue en suspension dans ce liquide, sous forme de particules extrêmement fines ; elles sont d'autant plus prononcées, en effet, que la quantité de graisse est plus grande, et elles manquent quand l'analyse chimique n'indique que des traces de celle substaujcc. D'ailleurs, si l'on agite du chyle très-blanc, non encore coagulé, avec deux volumes d'éther sulfurique, le mélange perd immédiatemeut sa lactescence. Les globules ne me paraissent contribuer en rien à la blancheur du chyle, contrairement à l'opinion de Rees et de beaucoup d'auteurs :■ car, d'une part, le chyle sans graisse n'a pas de teinte opaline bien qu'il conserve des globules, et d'autre part le chyle gras conserve son opacité sans modifications notables, bien que ses globules soient retirés avec le caillot ou précipités au fond du vase.

Chez les veitébrés ovipares le chyle ne paraît pas offrir ces variations de blancheur et d'opacité qui correspondent à la quantité de graisse offerte par les aliments. Hewson et Lauth l'ont trouvé clair chez les oiseaux, et M. ]\lilne Edwards (2) «pense qu'il est généralement tel chez tous les ovipares. Cependant C. Duméril l'a vu blanc sur une pie, Hewson sur le crocodile et Duvemoy sur un trigonocéphale.

Quant aux teintes ambrée, safranée, verdâtre, qu'il peut offrir à un certain degré, elles paraissent avoir deux causes, savoir : la présence de la matière jaune qui colore le sérum du sang, les sérosités diverses, et celle des matières vertes des aliments végétaux. Aussi ces teintes soAt-elles constamment en rapport, d'une part avec l'intensité de la teinte propre du sérum sanguin ou lymphatique, d'autre part avec la coloration des aliments végétaux.

L'odeur du chyle est peu marquée sur de petites quantités, mais très-appréciable

(1) G. Colin, Recherches expérimentaies sur les fonctions du système lymphatique, Mémoire présenté à l'Àcadénite des sciences, avril 1858.

(2) Hilne Edwards^ Leçons sur laphysioL et l'anat. comp,ri. VU, p. 173. .

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