PBOPRIÊTÉS CHIMIQUES ET COMPOSITION DU CHYLE
du système chylifère. Mais sa rétraciililé est si faible que, dans le chyle coagulé, elle ne peut pas spontanément détacher le caillot des parois de réprou?ette ni le resserrer progressivement; aussi, tant que le vase n'est pas agité, ce caillot conserve sou volnme primitif. Le lavage la débarrasse des globules et lui donne une blancheur que n'acquiert jamais la fibrine du sang. Les solutions salines la dissolvent beaucoup plus facilement que celle du sang. C'est une fibrine en voie de formation peu avancée, qui résulte du dédoublement de la plasmine.
Elle existe, sans aucun doute, d'après mes observations, dès l'origine des lactés, et non pas seulement à compter des ganglions, comme divers observateurs récents l'ont affirmé. Mais sa quantité s'accroît en général à mesure que le chyle s'éloigne de son point de départ, et surtout lorsqu'il arrive à la citerne de Pecquet. Cependant elle peut être quelquefois moins abondante dans le canal thoracique que dans les vaisseaux mésentériques, car M. Lassaigne en a trouvé une fois 2 millièmes dans le contenu de ceux-ci sur un taureau, ou le double de la quantité offerte par le liquide mixte du canal tlioracique. Sa quantité oscille le plus souvent entre 1 et 3 miUièmes. Elle descend bien au-dessous de ce chiffre si le contenu de l'intestin est délayé et pauvre en matériaux plastiques. Rarement elle le dépasse. Ceux qui l'ont vu s'élever, comme Collard de Martigny, jusqu'à tih5 millièmes, ont analysé non pas le chyle pur, mais le liquide mixte du canal thoracique que le reflux avait chargé de plasma sanguin.
La caséine, dont Lehmann regarde la présence dans le chyle comme douteuse, me paraît toujours s'y rencontrer. Si, en effet, elle est autre chose que de l'albumine pauvre en alcalis et en sels, on ne saurait en nier l'existence dans le contenu des chylifères. Après la coagulation de l'albumine par la chaleur, le sérum donne un précipité par l'alcool ou par l'acide acétique, et une pellicule caséiforme par l'ébul- Jiliou; en outre, la pepsine ou l'infusion de muqueuse gastrique y produit une coagulation granuleuse.
£lle manque dans la lymphe du cheval, analysée une fois par Geiger (1}.
Tous ces principes protéiques, isomères entre eux, fibrine, matière fibrinogène, albumine, caséine, albuminose ou peptone, représentent ensemble de 20 à 60 millièmes de la masse du chyle. Leur proportion, en bloc, varie par conséquent du simple au triple suivant les espèces, l'activité de l'absorption et la richesse de l'aliment; elle peut descendre môme^ 3 ou 4 millièmes lorsque l'intestin ne contient plus que des boissons, et avant le mélange du chyle avec la lymphe du canal thoracique. Quant aux proportions relatives de chacune d'elles, elles ne sont pas connues : on sait seulement que l'albutninose existe dans le chyle en quantité beaucoup plus grande que dans la lymphe.
Les matières grasses du chyle sont de deux ordres. La plus grande partie est celle qui s'y trouve en suspension ou en émulsion sous forme de fines particules ; le reste est associé à des principes fixes et à des alcalis.
' Les graisses émulsives du sérum du chyle se dissolvent totalement dans l'éther qui les laisse déposer en couches plus ou moins épaisses par i'évaporation. Après leur première dissolution, elles offrent une belle teinte safranée analogue à celle du
(i) Miine Edwards, t. IV, p. 561.
beurre. Redissoules dans Talcool bouillant, elles se précipiteut par le refroidissement en flocons d*un beau blanc de neige, au milieu desquels se trouvent des cristaux en aiguilles. Leur point de fusion est entre 39 et 60, mais elles restent molles au-dessous de ce degré. Elles sont constamment neutres et saponifiables par les alcalis. M. I^ssaigne les a trouvées telles dans les grandes masses de chyle mises par moi à sa disposition dès 1856. M. Wurlz est arrivé plus lard au même résultat sur des échantillons que j'avais recueillis sur divers animaux, et ce résultat est confirmé par les recherches récentes de iM. Dobroslawine, de Saint-Pétersbourg (1}. Lehmann (2) dit, h tort, qu'elles y sont en partie saponifiées, et son erreur est généralement accréditée. Ces graisses paraissent azotées. Elles renferment de la stéarine, de la palmiiine, de Toléine et de la glycérine que j*ai vues isolées. Conséquemment, elles ne changent pas de composition en se déposant ultérieurement dans les tissus animaux.
La proportion de ces matières varie dans des limites très-étendues suivant la nature des aliments, les périodes et le degré d'activité du travail digestif. Le foin et la paille n'eu donnent au chyle du cheval et des grauds ruminants, si la ration est faible, que 1, 2, 3 miUièmes, et quelquefois moins d'un millième comme l'a vu iM. Wunz. Sur les bêles bovines rationnées passablement en fourrages, M. Lassaigne (3) eu a trouvé 3, 4, 5 ei 7 millièmes, soit, terme moyen, U h 5 grammes par kilogramme de chyle. Dans le chyle du cheval nourri d'avoine et analysé par Simon, leur proportion a élé une fois de 3 et une autre de 10 millièmes. Dans le chyle du chien nourri de viande, chyle très -blanc, salure de graisse, elle s'est élevée à 22 millièmes ou V2 grammes par kilogramme. C'est, je pense, un chiffre bien près du maximum. Nasse en a trouvé, il est vrai, 32 millièmes dans le chyle du chat, et Rees 36 dans celui de l'âne digérant de l'avoine et des fèves, mais il est à craindre que la dissection du canal thoi*acique sur le cadavre ait fait tomber des gouttelettes de graisse dans le liquide recueilli. Les dosages dus à i>L Lassaigne et à M. Wurlz ayant porté sur des chyles recueillis par moj sur les animaux vivants h l'aide de tubes d'argent insérés dans le canal thoracique, s'appliquent seuls à des produits très-purs auxquels n'a pu s'ajouter aucune matière étrangère.
La graisse ne diminue pas dans le chyle à mesure qu'il s'éloigne de l'intestin. Rien ne prouve que, dans les ganglions, il en perde une partie destinée à être prise par les vaisseaux sanguins. Si ce liquide parait moins émulsionné dans la citerne que dans le mésentère, c'est qu'à sou arrivée dans le canal thoracique il se mêle à une grande quantité de lymphe fort pauvre en corps gras.
Les graisses ne paraissent pas tout à fait conserver dans le chyle les propriétés physi((ues qu'elles avaient dans les aliments. Je les ai retirées en masses très-considérables du ch)le de divers animaux, desséché, puis traité par l'étber. Celles des chiens nourris de viande étaient pâles, de moyenne consistance, quoiqu'elles pro» vinssent des muscles du cheval où la graisse est jaune et semi-tluide ; celles des
(4) Dobroslawine, Sotice sur les graisses du chyle {Bulletin mensuel de la Société chimique (le PartSj septembre et octobre 1870, p. 180). Ce jeune chiaûsle a employé dans ses recherches au laboratoire de la Facullé de médecine de Paris, ie cbyle que j'avais recueiUi sur les vaches et les taureaux.
(2) Lehmann, Précis de chimie physiol.^ p. 154.
(3) Lassaigne, Comptes rendus de C Académie des sciences, juillet 1856, t. XLIII.
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taureaux nourris de foin et de paille étaient jaunes et assez foncées ; enfin les graisses du chyle des mêines herbivores nourris de tourteaux de lin ou de colza^ avaient l'aspect du beurre assez ferme et jauni par le safran. Jamais, enfin, la graisse du chyle n*a reproduit exactement celle de Faliment, aussi je ne m'explique pas comment MM. Bouchardat et Sandras (1) sont aiTivés à ce résultat, que le chyle donne de l'huile ou du suif suivant que l'animal a mangé l'un ou l'autre de ces corps gras.
Le liquide des lactés compte le sucre au nombre de ses éléments normaux et constants, comme je crois l'avoir établi le premier (2j dès 1855. Tiedemann et Gmelin avaient bien déjh trouvé des traces de sucre dans le liquide mixte du canal thoracique d'un herbivore dont les aliments sont riches en fécule et en sucre tout formé, qui se transforment l'un et l'autre en glycose. Lehmann (3) avait aussi affirmé qu'il s'y trouve dans cette circonstance, mais on ne savait pas si son existence était constante et s'il se montrait dans le chyle des carnassiers dont les aliments ne contiennent ni fécule, ni sucre. Or, j'ai fait voir que le chyle de l'herbivore renferme normalement du sucre dans la proportion moyenne de 150 à 160 milligrammes pour 100 grammes de chyle, et celui des carnassiers dans la proportion de 120 à 1/iO. Ce sucre, dont on a cessé de contester l'existence depuis que les chimistes ont confirma mes observations, ne réduif pas seulement les liqueurs cuivriques ; il fermente el donne de l'acide carbonique et de l'alcool.
Quant à la dextrine que contient le plus souvent le chyle de l'herbivore et du carnassier soumis à un régime mixte, elle se trouve dans le sérum dépouillé d'albumine et traité par l'alcool. Le précipité obtenu repris par l'eau donne la dextrine qui prend par l'iode une couleur violacée, et se transforme en sucre sous l'influence de la diasiase salivaire.
Les matières extractives n'ont encore été ni déterminées ni isolées les unes des autres. Lehmann (3) les dit plus abondantes que celles du sang.
Les acides gras volatils qui donnent au chyle son odeur, dégagée surtout par lébullition, sont multiples. M. Wurtz, qui a eu l'occasion de les retirer des masses de chyle que j'ai mises à sa disposition, les fera connaître dans un travail particulier. Il y a trouvé aussi, comme dans la lymphe, de l'acide formique et de l'acide lactique.
L'urée que l'on s'était habitué à considérer comme un produit de désassimilation, est un des éléments du chyle. M. 1^'uriz l'a trouvé d'abord dans le chyle du taureau, puis dans celui du chien ; sa quantité ne s'élève qu'à une fraction de millième, 0,12, 0,18. Elle provient plutôt de la lymphe mêlée au chyle que des matières absorbées dans l'intestin, car il est peu probable qu'elle se forme déjà, soit dans le chyle, soit à l'origine des lactés.
Enfin, Je chyle contient de9 matières salines et minérales : du chlorure de sodium en très-forte proportion, 5, 6, 7 millièmes, des carbonates alcalins, du carbonate calcaire, des sulfates de potasse et de soude, du phosphate de chaux en
(1) Bouchardat et Sandras, Annuaire de thérapeutique, 1845.
(2) G. Colin, De la formation du sucre dans V organisme {Comptes -rendus de CAcad. des sciences, il juin 1855).
(3) hehxôAnn^ Chimie physiologique, p,ib\.
quantité beaucoup moindre, en tout 6 à 10 grammes par kilogramme. Les alcalis qui dominent parmi ces derniers sont, d'après Lehmann, combinés avec l'albumine, les acides gras, l'acide lactique, etc. Le fer y existe également, quoique divers analystes ne l'aient pas signalé. On le trouve dans le chyle méscntérique pur comme dans le liquide mixte du canal tboracique. C'est du chyle que le sang tire ses matières minérales.
Les autres substances signalées dans le chyle par Tiédcmann et Gmelin, Nasse, etc. , matière des globules rouges, hématine, etc.^ n'y existent pas. On les y a trouvées parce qu'on a pris, pour l'analyse, du chyle souillé par le reflux du sang^ des sousclavières dans le canal ihoracique.
Voici, au reste, une série d'analyses faîtes par M. Wurlz, de chyles, que j'ai recueillis, sur divers animaux, par ma méthode des fistules, dans des conditions bien déterminées. Je les fais précéder de celles données antérieurement par les observateurs qui ont opéré sur de petites quantités prises après la mort, soit dans la citerne de Pecquet, soit dans le canal thoiacique. Elles font voir que la composition du liquide est très-variable, et que la quantité de la plupart de ses éléments, les pro* téiques, et les gras en particulier, varie dans des limites très-étendues.
Chyle de l'homme recueilli sur un supplicié, et analysé par Rees :
Eau .' 901,80 Matières passes 9,2
Fibrine traces. Matières exlractives . . 9,8
Albumine 70,8 Sels ci oxyde de fer 4,4
Chyle d'un chien nourri à la viande, analysé par M. Wurtz :
Eau 909,93 Graisse 22,37
Fibrine 1,77 Urée 0,18
Albumine et congénères. . 65,72
Chyle de chat, analyse donnée par Nasse :
Eau 905,7 Graisse 32,7
Fibrine 1,3 Sels divers et fer H, 4
Albumine et mal. extractlv. â8^9
Chyle de cheval nourri d'avoine, analysé par F. Simon sur deux animaux :
Eau 928,00 916,00
Fibrine 0,80 0,90
Albumine 46,43 60,53
Uématoglobuline traces 5,69
Graisse . . 10,01 3,48
Matières extractives 5,32 5,26
Sels et oxyde de fer 8,40 7,55
Chyle de l'âne pris dans la citerne, analyse de Rees :
Eau 902,37 Matières grasses 36,01
Fibrine 3,70 Matières extractives 15,65
' Albumine 35,16 Sels 7,11
DU CHYLE
Wortz:
^^~4ffl t»y iBil^Sff iStff.(|B ne , Agorentan tal
herbivores, reibleiu suivaDt.
II du mésentère.
'J^i)g proeenant iFuw. fistule aa cana/
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