IIIBIBITION, CAPILLARITÉ, OSMOSE, DIFFUSION
dans une capsole pleine d'eau une gonlte de liquide coloré par la murexide. Aussitôt ^e ia goutte est tombée dans le bain, elle se disperse, sous les yeux de l'observateur, dans la masse incolore.
La diffusion n'est point entravée par l'interposition d'une cloison perméable ou <i'une membrane entre les deux liquides; car si, au lieu de laisser ouvert dans le liain le flacon contenant la dissolution saline, on le ferme par un morceau de vessie ou de paroi intestinale, la solution se répand dans le bain presque avec la même rapidité que dans le cas où le flacon est débouché, et l'eau du bain se mêle à la solution.
Mais ce pouvoir ou cette faculté de diffusion n'appartient pas au même degré à tous les liquides et à tons les corps solubles. Il a été déterminé par Graham d'après le temps qu'emploie la dissolution pour monter du petit vase dans les couches supérieures du bain, car la dispersion est progressive et assez lente. Il faut quatorze jours à une solution de un dixième de chlorure de sodium pour répartir le sel de manière à ce que la zone liquide la plus élevée arrive à recevoir environ un vingtième de la quantité de sel contenu dans la couche inférieure. Celle-ci est la plus chargée et les supérieures le sont de moins eo* moins jusqu'à la surface du bain. A l'aide du siphon on peut les obtenir isolément et déterminer, par l'évaporation, la proportion exacte de sel que chacune d'elles a reçue.
Par ce procédé, Graham a vu que les acides et les corps cristallisables sont les plus diffusibles, tandis que les substances amorphes, gélatineuses, colloïdes, comme l'albumine, le sont à un très-faible degré. Il a constaté que, si par exemple l'acide chlorhydrique met un temps égal à 1 pour arriver du fond du bain à sa surface, le chlorure de sodium en emploie- un égal à 2, le sulfate de magnésie et le sucre un égal k *], l'albumine un égal à UO, Il a trouvé ainsi que l'eau est U fois plus difiu^ ^ïe que l'alcool, 5 à 6 fois plus que le sucre et le sulfate de magnésie, 10 fois plus que le chlorure de sodium. D'autres chimistes ont comparé entre eux différents sels, et trouvé le nitrate de potasse, le chlorure de potassium plus diffusibles encore que le sel marin. Les sulfates de soude, de magnésie, de cpivre, ont montré cine diffusibilité bien moindre que celle des chlorures de sodium et de potassium.
Il est à remarquer ici, à cause de l'importance du fait^ que l'albumine forme un milieu où les autres substances se diffusent avec facilité. Or, elle donne cette propriété au sérum du sang, à la lymphe et au chyle contenus dans des vaisseaux qui, cous, jouissent d'une faculté absorbante plus ou moins prononcée; mais cette albumine est elle-même peu diffusible soit directement de liquide à liquide, soit à travers 4es membranes.
Si plusieurs substances à divers degrés de diffusibilité se trouvent associées dans la même substance, elles se diffusent ensemble, mais inégalement, chacune suivant 5on pouvoir respectif. Ainsi, dans un cas où l'on avait rempli le petit flacon, au fond du bain, d'une dissolution, à parties égales, de carbonate de potasse et de carbonate de soude, l'eau de ce bain, après dix-neuf jours, contenait 36 pour 100 du premier sel et 63 pour 100 du second. Gomme les deux sels ne montent pas égâ- Jement vite dans les couches supérieures, il peut se faire que si Ton examine à un certain moment la couche la plus rapprochée de la surface, on y trouve le sel le plus diffusible sans trace sensible de celui qui l'est moins.
ii$ 0£ l'absorption»
Si le diaphragme qui sépare les dettx liquides est perméable à Tua d'eux seule-* ment, le premier se porte vers le second, mais non le second vers le premier : il n'y a plus qu'un seul courant possible. En imprégnant d'huile, comme l'a fait M.Lher* mite^ la cloison qui sépare l'alcool de l'eau, l'alcool la traverse pour se porter vers l'eau ; mais l'eau, qui n'est pas miscible à l'huile dont la cloison est imbibée, cesse de se porter vers l'alcool. Le même effet se produit encore dans une éprouvette oè Ton a versé successivement à la partie inférieure de l'eau^ au-dessus de l'huile, et sur rhuile une couche d'alcool. Les trois liquides demeurent dans leur situation, en raison de leur densité, et c'est la couche intermédiaire, celle de l'huile , qui ionne diaphragme : l'alcool, qui est miscible à l'huile, se diffuse et descend vers l'eau ; mais l'eau ne peut se diffuser et monter vers l'alcool.
La diffusion peut être activée ou ralentie par diverses causes.
En général , sa rapidité est proportionnelle à la richesse de la solution saKne : elle est dans les rapports de 1 , 2, 3, ^, suivant que la dissolution contient 1 , 2, 3, ^ parties de sel diffusible.
Cette rapidité décroit à mesure que la quantité de sel qui passe dans l'eau devient plus considérable, ou, en d'autres termes, à mesure que l'équilibre tend à s'établir entre les deux liquides.
La diffusion est accélérée par la chaleur, et d'autant plus que le pouvoir de diffusion des substances est plus prononcé. Ainsi, il se diffuse à + 3°,12 parties, et à-{- 15<^, 15 parties de sulfate de zinc, à + 3*', 22 parties, et à + 15®, 32 parties de chlorure de sodium.
La diffusion a des effets remarquables qui peuvent se produire dans l'organisme comme daus les conditions ordinaires.
Si , par exemple, ce qui est un cas fort ordinaire, un liquide tient simultanément en dissolution plusieurs sels d'inégale diffusibilité, l'un d'eux s'en échappera , eu un temps donné, en plus forte proportion que l'autre, et bientôt , par conséquent^ la dissolution restante ne contiendra plus les sels suivant leur proportion initiale» Elle pourra se dépouiller de la plus grande partie de l'un d'eux , en coaservant la presque totalité des autres. Il se fera de la sorte une véritable séparation. Dans ce cas, il peut arriver que si le liquide où se portent les sels est pris à un certain moment il n'en renferme encore qu'ua seul. De plus, quelquefois, les corps de diffusibilité inégale peuvent alors se décomposer. Grabam en a cité des exemples. Le bisulfate de potasse se décompose en sulfate de potasse et acide sulfurique, en abandonnant une partie de son acide; le sulfate de cuivre ammoniacal se dédouble en sulfate de cuivre et sulfate d'ammoniaque, etc.
La diffusion, dans ce qu'elle a de plus simple, constitue le phénomène essentiel de rosniose. C'est une pénétration réciproque de deux liquides , un échange de particules qui se fait soit directement, soit à travers des membranes. Elle paraît due à deux forces. L'une est la force de répulsion qui tend à disséminer les molécules liquides comme celles des corps gazeux, force de répulsion qui développe ses effets lorsque la force de cohésion qui les tient adhérentes les unes aux autres vient à être vaincue par suite de l'écartement qu'elles éprouvent une fois que des molécules nouvelles pénètrent dans leurs interstices; l'autre force est l'attraction ou l'affinité exer-
GONDinONS m L'ABSOiiPTION. iS
cée entre les molécules hétérogènes, entre celles d'un liquide et celles d'un autre li« quide,eatreles molécules d'un liquide et celles d'un solide soluble ou déjà dissous. - Celte dîffosion, dans beaucoup de cas, s'opère à la suite de la dissolution et peutêtre soos l'influence des mêmes forces. Lors de la dissolution, les molécules liquides se sont disséminées dans les interstices des corps soinbles ; elles en ont vaincu la cohésion en les écartant, et, une fois le corps liquéfié, ses molécules , écartées par l'interposition des autres, acquièrent, comme celles des gaz, une tendance à s'éloigner indéfiniment les unes des autres, tendance à laquelle s'ajoute l'affinité des autres molécules qui les appellent.
L'osmose est donc, en somme, une difiusion qui , au lieu de s'effectuer directe*ment entre deux liquides miscibles, s'opère à travers les membranes ou les cloisons perméables qui séparent ces liquides : les deux courants représentent les déplacements, en sens opposés, des molécules des deux liquides. L'endosmose est la diffusion de l'eau dans le liquide dense que renferme l'appareil ; l'exosmose est la diflùsion plus faible du liquide dense dans celui du bain extérieur. Nous allons voir ce qui caractérise essentiellement l'absorption physiologique, par conséquent, ce en quoi elle ressemble aux phénomènes précédemment exposés, et par quels côtés elle en diffère.
Il est clair que, dans l'organisme, les conditions expérimentales de l'osmose se réalisent. Chaque cellule concourant à la formation du revêtement épithélial d'une muqueuse ou d'une séreuse est un osmomètre microscopique à parois humides ou pleines de liquide. Chaque vaisseau capillaire, chaque veinule, chaque radicule de lymphatique est également un petit osmomètre à parois totalement membraneuses, chargé d'un liquide albumineux , et susceptible d'absorber par l'ensemble de ses parois; le système vasculaire Ini-même en entier est, comme on l'a dit , un vaste osmomètre ramifié rempli d'un fluide albumineux, absorbant^ par ses ramifications dans les tissus et dans les membranes en contact avec les éléments de l'organisme ou avec les matières étrangères.
Mais ce qui distingue le phénomèi^e physiologique de l'absorption des phéno^ mènes osmotiques constatés dans les conditions expérimentales, c'est qu'il y a un seul courant dirigé de l'extérieur vers l'intérieur, de la matière étrangère vers les tissus ou les vaisseaux. L'absorption est une capture et non un échange. La différence est capitale : elle tient sans doute aux conditions spéciales de l'organisme réglées en vue d'une prise de matière sans échange.
Ceci établi comme préliminaire indispensable, cherchons à analyser le phénomène de l'absorption.
IL — Conditions de l'absorption.
L'absorption ne peut s'effectuer dans l'organisme si les matières sur lesquelles elle opère ne se présentent sous certaines formes, à certains états, et si elles ne sont offertes à certains tissus.
C^nûUîomm velatlves anx matières A absorber. — Les COrpS gazeUX, les
liquides et les solides soinbles ou capables de se transformer en composés solubles peuvent être absorbés avec une plus ou moins grande facilité dans l'oi^anisme.
6 D£ L'ABSOBPTiON.
Les gaz , comme on le voit, traversent aisément les membranes mêmes, pour se dissoudre dans les fluides en circulation. L*oxygène est absorbé par la muqueuse pulmonaire chez tous les animaux à respiration aérienne, par la membrane interne des trachées chez les insectes ; il Test par la peau chez les reptiles nus et beaucoup d'espèces inférieures. D*autres gaz indiflërents ou toxiques, ceux des miasmes et des effluves, le sont également dans les voies respiratoires; l'hydrogène sulfuré l'est même par la peau ; divers gaz le sont par la muqueuse gastro-intestinale, par le tissu cellulaire sous-cutané, par les surfaces traumatiques, etc. L'absorption des gaz n'est, en général, facile que dans les voies respiratoires en raison de dispositions organiques spéciales. Hors de cet appareil elle ne peut porter que sur les gaz solubles, sur ceux qui ont une grande affinité chimique pour les matières constitutives des tissus ou des liquides, et encore sur de faibles quantités. D'ailleurs, elle éprouve des obsucles mécaniques et ne* joue qu'un rôle physiologique peu important
Les liquides sont de tous les corps ceux qui réunissent les conditions les plus favorables à l'absorption. Les plus absorbables sont les liquides non tisqueux, capables de mouiller les tissus, ceux dont^ par conséquent, les molécules ont entre elles une cohésion moins prononcée que la force d'adhésion des solides pour elles. Ce sont les liquides miscibles en toute proportion à ceux qui imprègnent les tissus, qui baignent les surfaces membraneuses et coulent dans les vaisseaux; ce sont enfin les liquides Irès-diffusibles comme l'eau, l'éther, l'alcool, les acides dilués, etc. Ceux dont les molécules ont une grande cohésion; ceux qui ne mouillent pas les tissus, qui ne peuvent y adhérer ni les imbiber; les liquides non nuisibles à ceux de Torganisme et peu ou point diffusibles, comme les huiles grasses, le mucilage, les gommes, sont pris avec difficulté ; néanmoins l'absorption en est facilitée, dans une certaine mesure, tantôt par des dispositions anatomiques spéciales des membranes, tantôt par des liquides qui les étendent , les délayent. Celle des graisses l'est par des liquides qui émulsionnent, par d'autres qui saponifient, p^r des matières qui, comme la bile, les sucs alcalins, favorisent l'adhérence de la graisse aux surfaces, et rendent les membranes plus perméables. Il en est de nature organique, comme les venins , le curare, qui peuvent être absorbés par certaines membranes seulement et non par d'autres, comme nous le verrons plus tard.
La forme liquide est la véritable forme sous laquelle les matières étrangères doivent s'o£frir pour pénétrer dans l'oi^anisme et celle aussi que les matières vivantes doivent reprendre pour en sortir. Aussi les élaborations si compliquées de la digestion ont-elles pour but essentiel la liquéfaction ou la dissolution des principes constitutifs de l'aliment, et ne sont-elles en définitive qu'un travail préparatoire de l'absorption. Il y a plus, ces élaborations ont encore pour but de donner à ces fluides un état moléculaire tel qu'ils soient osmotiques, aptes à traverser les parois de cellules, les parois vasculaires et les membranes diverses, état qui n'est pas nécessairement la conséquence de la forme liquide.
Du reste, si l'état liquide donne aux corps une grande aptitude à être absorbés, les propriétés des divers liquides : miscibililé, diffusibilité, créent entre eux des différences énormes. Il y a loin, en effet, entre l'absorption si prompte de l'acide cyanhydrique et l'absorption lente des huiles à la surface delà muqueuse intestinale.
Les substances solables s'absorbent, pour la plupart, sans grande difficulté, à la condition que les dissolutions puissent mouiller les tissus, adhérer ë leur surface et les imbiber comme le font les liquides. Les substances très-diffusibles, les salines surtout s'absorbent très-vite : le prussiate de potasse, par exemple, plus promptement encore que les sels de strychnine; les solutions faibles plus facilement que les concentrées. Mais ces solutions ne s'absorbent pas toujours intégralement Si, quand elles passent, les éléments du tissu ou les fluides qui les imprègnent exercent une attraction plus forte sur les molécules du menstrue que sur celles de la substance dissoute, c'est une solution affaiblie qui entre dans les vaisseaux, et la partie restante se trouve plus ou moins concentrée. Il y a, dans certaines limites, indépendance de l'eau par rapport au sel, d'un sel par rapport à un autre ; l'eau peut se mouvoir indépendamment du sel, et le sel indépendamment de l'eau.
Les corps offerts à un état insoluble, mais susceptibles de devenir solubles ea présence des éléments de l'organisme, s'absorbent aussi. La magnésie introduite dans les voies digestives s'absorbe après avoir été dissoute par le suc gastrique , les substances résineuses s'absorbent lorsqu'elles ont subi l'action des alcalis de la bile et des fluides intestinaux; les composés insolubles de plomb et de mercure, transformés en chlorures, passent après cette modification; l'albumine, la gélatine et d'autres matières que Grabam appelle colloïdes, ne s'absorbent qu'après avoir subi des modifications.
Quant aux solides non solubles et non susceptibles de donner des composés solubles, la théorie indique qu'ils ne sont pas absorbables même à l'état d'extrême divbion; cependant, quelques faits semblent indiquer la possibilité de leur pénétration. Kous devons les examiner rapidement.
GEsterieo, il y a déjà longtemps, ayant fait avaler à des lapins, à des chiens et à des oiseaux du cbarbon très-divisé, en a retrouvé les particules anguleuses à forme variée dans le sang de la veine porte et dans celui de la circulation générale. Il a également retrouvé dans le sang le bleu de Prusse avalé par les mêmes animaux^ sans qu'il y eût chez eux de lésions apparentes à la muqueuse intestinale. Après lui^ Eberhard a cru également voir passer le charbon et le soufre, non-seulement dans le sang^ mais encore dans la lymphe. Brucke et CI. Bernard sont' arrivés aux mêmes résultats. Mais d'autres observateurs ne les ont pas confirmée. Donderset Mensonides n'ont retrouvé^ d'une manière nette, que quelques granules d'amidon dans le sang des mésaraîques. Funcke n'a pas vu passer dans les cellules épithéliaks des villositès les graisses solides réduites en fine émulsion. MM. Mialfae et Bérard n'ont retrouvé dans le sang ni le mercure ni le charbon administrés, le premier en frictions, le second associé aux aliments.
Les mêmes résultais contradictoires ont été obtenus en ce qui concerne d'autres corps solides offei*is à l'absorption, par exemple, des éléments figurés , tels que les globules du sang. Moleschott et Marfels ayant Injecté dans l'estomac des grenouilles du sang^de brebis ou de veau, ou du pigment chorofdien, ont retrouvé les globules sphériques des mammifères dans le sang du cœur, où ils se distinguent très-aisément des globides elliptiques des batraciens; ils ont également retrouvé le pigment choroldien dans les chytifires mésentériques. Mais ces faits n'ont pas été confirmés. 0. COLIN. — Pbysiol. comp., 2» édit. ii. — 2
18 De l'absorption.
Donders» Bîdd^r et Hollander n'ont reconnu dans le sâng de la grenouille ni un globale de roammiière ni un seul granule de pigment.
Dès rinslant que le fait de Tabsorplion des particules solides n'est pas établi, il n'y a pas lieu d'en chercber l'explication; mais s'il Tétait, on devrait, selon toute apparence, l'expliquer par une pénétration mécanique. Les particules solides peuvent entrer : 1° soit en lésant par leurs pointes ou leurs angles les tissas et les vaisseaux superficiels; soit en profitant d'ouvertures béantes accidentelles, comme le font les particules du cinabre dans le cas de tatouage ; 2"" ou bien elles pénètrent la substance organique comme le font les substances diverses qui entrent dans la matière sarcodique des infnsoires. Il peut se trouver, en effet, sur la muqueuse intestinale, k un nooment donné, un grand nombre de villosités dépouillées totalement ou partiellement de leur épithélium, villosités où la substance homogène mise à nu laisse entrer les fines particules, comme une glu laisse entrer dans sa masse, et à une certaine profondeur, les grains de poussière tombés à sa surface. La pénétration des particules solides dans les tissus et les vaisseaux n'est donc pas, selon toute apparence, un résultat normal de l'absorption, comme le dit M. Milne-Edwards(i), qui a analysé avec tant de talent les phénomènes dont nous nous occupons en ce moment. Elle est un véritable accident dont l'étude mérite d'être reprise.
En somme, et sauf ces exceptions à sens équivoque, la condition générale, essentielle, qui rend les corps aptes à être absorbés, c'est qu'ils soient fluides, dissous ou susceptibles de se dissoudre en présence des éléments de l'oi^ganisme.
ÉUkt éem parties aibsoriiaBtcs. — Du côté de l'organisme, les conditions de l'absorption sont extrêmement variées.
En thèse générale, on peut dire que toutes les parties de l'organisme sont capables d'absorber. Toutes^ en effet, sont perméables, toutes sont susceptibles d'imbibition.
Les tissus vivants chargés de l'absorption, ceux de la peau, des muqueuses, des séreuses, les parois des vaisseaux ne sont point perméables à la manière des substances inertes par des porosités plus ou moins grandes ou par des interstices capillaires. Ce sont des expansions sans ouvertures, comme les lamelles ou les ampoules que peuvent donner les liquides visqueux.
. Le degcé de perméabilité des tissus et particulièrement des membranes est trèsvariable. Il est proportionné, dans chaque organe, à l'activité que l'absorption doit y. posséder, à l'état et à la nature des matières qu'elle doit y recueillir. Dans certaines parties, la perméabilité est très-grande; dans d'autres, elle est à peine marquée; ici elle favorise la pénétration des gaz, là celle des liquides et de certains liquides. En quelques points, elle est presque nulle, comme si des précautions avaient été prises pour mettre obstacle à toute espèce d'absorption.
C'est dans la trame des organes, dans la partie cellulaire et vasculaire des tissus, que la perméabilité est à son maximum, car là rien ne protège les petites surfaces absorbantesi ni ne les soustrait au contact immédiat des substances offertes à l'absorption. Si celles-ci n'y sont pas toujours prises aussi vite qu'ailleurs, c'est que les surfaces qui les recueillent sont restreintes, et que souvent il y a peu de vaisseaux pour les enlever.
(1) Uilne-Edwardi^ Leçons sur la pkysioi» et VanaU comp,^ t. V« p. 242.
Mais snr les membraBes qui, toutes, doivent être le siège d'une absorption plus ou moins actite, celle des voies aériennes, deTappareil digestif, des organes génltoarinaires, sur les synoviales articulaires, les séreuses splanchniques, enfin sur la peau, s'étale un revêtement épithélial ou un enduit visqueux, sorte de diaphragme destiné, suivant son épaisseur et ses propriétés, à régler, à graduer Tactivité de l'absorption. Tantôt ce revêtement est si mince, si facile à traverser, comme à la conjonctive, au fond des dernières divisions bronchiques et dans les vésicules pulmonaires, qu'il ne met pas d'obstacle sensible à la pénétration des gaz et des matières liquides. D'autres fois, il est si épais, si dense, qu'il semble constituer une barrière presque infranchissable au passage de toutes sortes de matières. Et entre les deux extrêmes il 7 a une foule d*interm'édiaires.
Ainsi répithéllnm pavimenteux simple des membranes séreuses et des fins canaux excréteurs laisse passer, avec une extrême facilité, les fluides mis en rapport avec les surfiices qu'il tapisse.
L'épithélium à cellules cylindriques disposées en une seule couche sur les membranes muqueuses de l'intestin grêle et du gros intestin, comme celui des voies respiratoires profondes, est extrêmement perméable; il ne s'oppose même pas an passage des graisses, pour peu qu'elles soient divisées et associées à quelques-liquides alcalins.
Mais l'épithélium pavimenteux stratifié de la muqueuse buccale; du pharynx, de l'oesophage, celui des premiers estomacs des ruminants et des tardigrades, celui du gésier des oiseaux, n'a qu'une perméabilité obscure. Il se laisse bien pénétrer, à la longue, et laisse passer quelque peu de liquide dans les expériences endosmométriques. Néanmoins sur l'animal vivant il constitue un obstacle réel, presque insurmontable ^ l'absorption ; aussi les liquides et les poisons, à moins qu'ils ne soient très-diïïusîbles, ne sont pas absorbés d'une manière sensible par les membranes ^urvnes d'un pardi revêtement.
C'est surtout à la surface extérieure du tégument cutané que les couches épithéliales ont peu de perméabilité. L'épiderme de la peau, si épais et si dense chez certains animaux et dans plusieurs régions, se laisse difficilement traverser par les liquides. Les cellules qui le constituent forment plusieurs couches superposées : celles des couches profondes sont sphéroïdes ou polygonales, pourvues d'un noyau et pleines de liquide; celles des couches superficielles se déforment, s'aplatissent, perdent leur fluide intérieur, leur noyau, prennent l'aspect de petites écailles unies entre elles par une matière amorphe. Par suite de cette stratification >des cellules pavimenteuses, l'épiderme n'offre qu'une perméabilité très-bornée; néanmoins il s'imbibe lentement des liquides non visqueux appliqués à sa surface; ses cellules se gonflent de proche en proche, les plus superficielles se disjoignent, -enfin la substance à absorber vient se mettre en rapport avec les vaisseaux du derme. Nous verrons, en effet, que la peau des batraciens et celle des oiseaux, dont l'épiderme est mince, absorbe avec rapidité; que celle du chat, du cheval, absorbe encore, mais avec plus de lenteur; qu'enfin la peau si bien cuirassée des lézards et des serpents finit par recevoir à travers ses écailles épidermiques les poisons que l'on met en contact avec elle.
Les revêtements épilbéliaux ou épidermiques sont des obstacles, non-seulement
20 DE L'ABSOBPTION.
en raison de leur épaisseur, de leur densité, mais encore à cause des matières étrangères ou des produits onctueux de sécrétion auxquels leurs couches superficielles s'associent; aussi doil-on{chercher à les amincir, à les débarrasser des matières visqueuses ou grasses, et même quelquefois à les enlever quand il s*agit, en thérapeutique, de faire absorber des médicaments par la peau.
Les épithéliums ainsi interposés entre les matières à absorber et les parties vasculaireset vivantes des tissus font l'office d'un filtre qui, en laissant passer ce qui est apte à entrer dans les voies de la circulation, retient les particules grossières ou insolubles. Ces épithéliums laissent probablement passer, à la fois, les fluides à travers les parois de leurs cellules et dans les espaces que ces cellules laissent entre elles. Les cellules épithéliales, étant déjà, pour la plupart, pleines' de liquide, deviennent le siège de courants analogues à ceux de toutes les membranes dans les phénomènes ordinaires de l'endosmose. Les fluides mis eu contact avec elles les traversent, les gonflent et s'en échappent pour se propager dans les parties vivantes et vasculaires des tissus. Peut-être leur mode d'action est-il identique à celui des spougioles radiculaires des plantes, dont la faculté absorbante est portée à un degré si remarquable. Leurs propriétés assez variables semblent donner une sorte d'action élective aux membranes qu'elles recouvrent. On sait que les épithéliums sur la muqueuse des voies respiratoires laissent passer les venins et le curare, tandis qu'ils les arrêtent à la muqueuse intestinale.
Le mucus est aussi, dans certaines limites, un obstacle à l'absorption. Il forme une couche de vernis liquide qui éloigne la matière à absorber du tissu absorbant. Le plus souvent il n'est que très-difficilement miscible à l'eau, et parfois même il ne l'est pas à certaines matières. Aussi les membranes oh le mucus est peu abondant sont, toutes choses égales d'ailleurs, celles dont le pouvoir absorbant est le plus énergique, et les muqueuses où il est en couches denses et épaisses, comme celles de l'estomac des solipèdes, n'ont ce pouvoir qu'à un degré faible ou nul. Les expériences endosroométriques ont montré qu'un venin liquide qui ne passe pas dans l'eau sucrée de l'instrument, tant que la muqueuse qui le ferme conserve intacte sa couche de mucus, s'y répand dès que cette couche vient à être enlevée.
Les enduits muqueux sont évidemment destinés à restreindre l'absorption tout en protégeant les surfaces du contact trop immédiat des matières étrangères. Gomme ils se gonflent, se délayent et sont insensiblement entraînés, ils se renouvellent sans cesse avec plus ou moins de rapidité. Leur rôle limitatif n'a pas moins d'importance H la surface de la peau des animaux aquatiques qu'à la généralité des membranes muqueuses. Toutefois il faut se rappeler que tous les mucus ne se ressemblent pas. Celui de l'intestin grêle, très-miscible aux liquides, laisse à l'absorption une grande activité; mais le mucus de quelques autres membranes, comme celui de l'estomac des solipèdes, constitue une couche fort peu perméable. Dans certains cas, il semble donner aux membranes, comme le fait l'épithélium, une apparence d'action élective. La plupart des tissus animaux, qu'ils soient ou non vasculaires, peuvent, à titre de corps perméables, absorber avec plus ou moins d'activité. Ils le font d'autant plus énergiquement qu'ils se trouvent plus loin de leur point de saturation. Les expériences de M. Chevreul, celles de M. Licbig le montrent nettement. Les tissus desséchés reprennent vite, par l'immersion dans Teau, tout ce qu'ils avaient
percla, et même plus. 100 de cartilage reprennent en vingt-qaatre heures 231 d'eau pure; ^ 100 de tendon en reprennent 178; — 100 de tissu corné, /i61. — Cent parties en poids de vessie de bœuf absorbent : 268 volumes d'eau pure, 133 volumes de dissolution concentrée de sel marin, 38 volumes seulement d'alcool.
Ces tissus^ sans distinction de nature, absorbent beaucoup plus d*eau que de tout ^utre liquide; ils absorbent moins de solutions salines que d'eau, et d'autant moins qu'elles sont plus concentrées. D'ailleurs, ils n'absorbent pas les dissolutions telles qu'elles se trouvent. En y prenant plus d'eau que de sel et souvent plus d'un sel que d'un antre, si la solution en renferme plusieurs en égale quantité, ils absorbent réellement des solutions plus faibles que celles qui leur sont offertes ; aussi les restes de ces solutions sont très-concentrés et les matières dissoutes ne s'y retrouvent plus à leurs proportions initiales. C'est ce que démontrent les expériences de Brûcke, deLudwig, deCloetta, faites sur les tissus privés de la vie. Il est probable que les tissus vivants agissent ainsi et modifient la concentration de toutes les dissolutions salines qui leur sont présentées.
Dans l'organisme animal, ce sont les tissus membraneux qui se trouvent particulièrement disposés pour absorber. Les membranes sont des expansions te plus souvent très-minces, molles, d'une grande perméabilité et d'une surface trèsétendue. ,
Elles constituent presque partout les parties absorbantes pour les matériaux du dehors. Leur texture, leurs propriétés physiques sont modifiées à l'infini pour adapter leur perméabilité à la fonction qu'elles remplissent et à la nature des substances qu'elles sont chargées de recueillir. D'un animal à un autre .animal^ d'une partie d'organe h une autre partie, elles présentent des nuances anatomiques et fonctionnelles considérables qui se révèlent déjà dans les expériencee osmométriques ; car on voit dans ces sortes de recherches les muqueuses gastriques du veau, de l'agneau, ne point se comporter comme celles du chien et du chat.
Une particularité de structure qui crée d'énormes différences entre les tissus, quant à l'activité de leur pouvoir absorbant, c'est leur plus ou moins grande vascularité. Le vaisseau sanguin et le vaisseau lymphatique ajoutés à un tissu agissent de trois manières : 1® par leurs parois qui sont pennéables et endosmotiques au même titre que le reste du tissu et qui multiplient les surfaces absorbantes; 2"^ par le liquide albumineux qu'ils renferment et dont le pouvoir osmogène plus ou moins grand a pour effet d'attirer les matières du dehors; enfin par les courants qui emportent continueUement les matières introduites et ramènent sans cesse de nouveaux liquides dont le pouvoir osmogène n'est pas affaibli, courants qui, en emportant ce qui a pénétré, rendent à la diffusion une activité toujours renaissante. Ces vaisseaux se laissent pénétrer avec une grande facilité et très-rapidement, car leurs parois ont de 1 millième à 1 centième de millimètre d'épaisseur, et les courants qui les parcourent emportent très-vite les matières absorbées.
La vascalarité d'une partie règle, en général, son pouvoir absorbant, et toutes les fois que les épithéliums, les couches de mucus, ne sont pas disposés pour entraver h fonction, ce pouvoir est directement proportionnel à la vascularité.
En somme, tous les tissus, qu'ils soient ou non vasculaires, peuvent absorber à ta condition d'être aptes à s'imbiber des matières offertes. Mais s'ils ont une per-
22 DE l'absorption. '
méabilité très-faible et s'ils ne possèdent pas de vaisseaux pour emporter ce qui les pénètre, leur faculté absorbante devient insignifiante.
Voyons maintenant comment s'opère l'introduction des matières étrangères dans les tissus et les vaisseaux. Il nous sera facile de nous en rendre compte d*après ce que nous savons des phénomènes de la capillarité, de l'osmose et de la diffusion»