‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 64 sur 239 · BÉPABTITION ET TENSION DES FLUIDES LYMPHATIQUES · texte numérisé non relu

BÉPABTITION ET TENSION DES FLUIDES LYMPHATIQUES

des réseanx» mais on nepeul déterminer le rapport suivant lequel a lieu l'augmentation. Il faut s'en tenir aux données que nous fournit l'observation.

Si le système lymphatique ne contient jamais, à la fois, une très-grande quantité de fluides, ce n'est pas qu'il ait une faible capacité et que ses vaisseaux manquent de dilatabilité; car on sait, d'une part, que le nombre des vaisseaux blancs est immensev et^ d'autre part, qu'ils sont susceptibles^ en se dilatant, d'acquérir un très- ^rand diamètre, au point de retenir deux à trois fois plus de liquide qu'ils n'en ivnferment habitnellemenL

Le degré de plénitude de tous les vaisseaux lymphatiques, dans un temps donné, est assez difficile à apprécier. Mageudie (1) prétend que, sur les animaux vivants, les lymphatiques des membres, de la tête, du cou, contiennent très-rarement de la lymphe; et que ceux de la région sous-lombaire, du foie, de la vésicule biliaire, en contiennent plus fréquemment que les premiers. C'est une erreur. Le savan -physiologiste n'a pu voir nettement la plupart de ces vaisseaux pleins de liquide parce qu'il les examinait sur de petits animaux : il les aurait toujours trouvés plus ou moins remplis s'il les eût étudiés sur les grands mammifères, tels que le bceuf et le cheval. Ces vaisseaux ne sont pas tantôt vides et tantôt pleins, comme il le pense ; ils ne se remplissent ni ne se vident par intervalles. L'oteervatîon démontre qu'ils contiennent constamment de la lymphe : ceux du cou, de la face interne de la cuisse, des ganglions pré-scapulaires en renferment toujours assez pour qu'on puisse en faire sortir des quantités appréciables en les piquant sur un point de leur trajet. Ceux de la région sous-lombaire, de l'entrée du thorax, en sont mieux remplis que les premiers encore; enfin le tronc lymphatique droit, le canal thoracique, en montrent toujours une notable quantité. Les différences qui semblent exister, sous ce rapport, entre les divers vaisseaux comparés entre eux, tiennent à ce que les uns comprimés par les muscles, les plans aponévrotiques, se dilatent peu, tandis que d'autres plus libres peuvent se gorger davantage ; elles résultent aussi, en partie, de l'inégale facilité avec laquelle ces vaisseaux se dégorgent dans le canal thoracique ou dans ses principaux affluents; d'ailleurs les diverses parties du système sont assez indépendantes les unes des autres pour que certaines d'entre elles puissent être très-distendues pendant que d'autres plus ou moins rapprochées de celles-là, restent presque affaissées ou se maintiennent à un degré moyen de réplétion.

La principale cause de l'inégale réplétion des lymphatiques tient à l'inégale abon- 4lance des matériaux offerts à l'actioo absorbante de ces vaisseaux. Dans les points où les éléments de la lymphe se trouvent en grande quantité, les vaisseaux sont pleins, même turgides; là ou ces éléments existent en proportion moindre, ils sont modérément remplis; ailleurs, dans les tissus peu vasculaires et secs, ils demeurent afbissés, presque vides. Sous ce rapport, le système lymphatique contraste avec le sanguin où la répartition tend à s'opérer uniformément sous l'influence d'un moteur central. Chaque groupe de lymphatiques absorbe plus ou moins, se gorge daos certaines limites, demeure dilaté ou affaissé pendant des périodes plus ou moins Jongues sans que la tension dans les districts voisins en soit influencée*

<i) Magendie, ouv, cit., t. Il, p. 223, 4» édition.

200 DE l'absorpuon.

On peut afiGrmer, en thèse générale, que les di?ers degrés de répiétion des lymphatiques traduisent soit le degré d'irrigation sanguine d'un organe, soit la quantité des produits liquides qui se trouvent sur les surfaces absorbantes. Aussi est-ce, d'une part, des organes très-?asculaires ou d'une grande activité fonctionnelle, et, d'autre part, des parties baignées de liquides sécrétés ou venus du dehors que partent les lymphatiques les mieux remplis. La répiétion des vaisseaux blancs exprime tout à la fois l'activité nutritive, Tactivité sécrétoire et l'activité absorbante.

Cependant la répiétion, même outrée des lymphatiques, peut ne pas être le fait de l'une de ces trois causes. Elle résulte quelquefois de la tuméfaction d'un groupe ganglionnaire, tuméfaction qui rend difficile le passage ou la filtration de la lymphe à travers le ganglion.

£n somme, les vaisseaux blancs ne contiennent pas seulement de la lymphe a dans des cas particuliers, » comme on l'a dit ; ils en renferment constamment. Si l'observation ne le prouve pas assez nettement, il suffit, pour dissiper tous les doutes, d'insérer des tubes métalliques aux vaisseaux dont l'état est d'une constatation difficile. On voit, par ce dernier moyen, que la lymphe coule sans aucune nterruption, pourvu qu'elle ne se coagule pas dans le tube et que celui-ci reste dans la diiFection du vaisseau ouvert L'écoulement continu implique nécessairement la présence permanente de la lymphe dans les vaisseaux blancs.

Quoique le système lymphatique contienne constamment des .liquides dans toutes ses parties, il se montre sous deux états différents : l'affaissement et la turgescence; l'affaissement qui résulte de la diminution de la masse du sang et de la restriction apportée aux exhalations séreuses, cellulaires,'etc.; la turgescence, qui dépend de l'abondance des matériaux plasmatiques épauchés, des infiltrations cellulaires, des exhalations séreuses.

C'est surtout dans les glandes prises à part qu'on constate ces deux états alternatifs : d'un côté, l'affaissement, la coustriction par les temps chauds; de l'autre» la turgescence par les temps froids. Dans les maladies scrofuleuses de l'homme, dans celles où il y a hypergenèse de globules, dans la morve, le farcin, et toutes les fois qu'il y a introduction de matières septiques, la turgescence est, suivant les cas, étendue à tout le système ou limitée à un certain nombre de ganglions. Elle coïncide ordinairement avec une exagération de leur sensibilité.

Le degré de tension de la lymphe ou la pression qu'elle supporte et qu'elle exerce, tant sur les parois vasculaires que sur la substance des ganglions, varie suivant les points du système et les conditions pathologiques où se trouve placé 'organisme.

Dans les réseaux, la tension doit être très-faible, mais elle se montre déjà asse^. pi*ononcée dans les premiers vaisseaux visibles à l'œil, pendant que l'absorption est active, car les liquides s'échappent avec une certaine rapidité des petits vaisseaux blessés nettement dans les parois intestinales. Elle l'est davantage dans ceux des plexus superficiels : on sait qu'il n'est pas rare, en faisant une saignée blanche à la saphëne, de voir couler en jet la lymphe des vaisseaux satellites de celte veine. Mais, à l'état normal et tant que le cours des liquides est libre, la tension de la lymphe dans l'ensemble de ses vaisseaux est faible.

J'ai cherché depuis longtemps à la mesurer à l'aide de petits manomètres adaptés

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