RÉPARTITION ET TENSION DES FLUIDES LYMPHATIQUES
aux gros lymphatiques; mais, comme il est fort difficile d^amener le tube manométrique dans un vaisseau par une voie collatérale, de telle sorte qu'une fois placé, il n'apporte aucune gêne au cours du liquide et n'en accroisse pas la pression, je n'ai pas encore obtenu de résultats qu'il soit possible de considérer comme à peu près exacts. Les auteurs donnent, d'après Ludwig et Noll, cette pression comme oscillant entre 14 à 26 millimètres de mercure; mais les résultats obtenus par ces observateurs s'appliquent au tronc lymphatique droit, vers son abouchement dans la veine cave, où la pression est beaucoup plus forte que dans les lymphatiques de moyen calibre. Encore indiquent-ils une pression exagérée, puisque le manomètre était placé, non latéralement, pour laisser le courant libre, mais de façon à le barrer.
Dans les parties centrales du système, la tension des liquides, essentiellement mobile et variable, arrive à son maximum par suite de la réduction croissante de l'aire vasculaire. Là elle peut être mesurée exactement à l'aide d'un tube vertical coudé à l'extrémité qui doit s'insérer au canal. Comme ce tube peut atteindre le diamètre de 1/2 centimètre et plus, l'ascension due à la capillarité est négligeable. Voici quelques-uns des résultats obtenus, que j'ai relatés dans mon Mémoire de 1858 :
Sur un premier taureau, le liquide du canal thoracique s'est élevé, dans le tube, aux hauteurs suivantes :
A la fin de b 1'* minute à 0^,^^
A compter de ce moment, le liquide cesse de s'élever. Seulement, son niveau éprouve des oscillations subordonnées aux mouvements respiratoires.
Dix heures plus tard, l'expérience manométrique, renouvelée sur le même animal, dont l'absorption intestinale était probablement plus active que lors de la première, les hauteurs furent :
A la fin de la l'« minute. . . .' 0"»,55
Les oscillaiions dépendantes des mouvements respiratoires se répétèrent comme plus haut Celles des efforts élevaient la colonne liquide à 15 et 20 centimètres audessus de son niveau pendant les moments de calme.
On voit, d'après cela, que la pression des liquides dans le canal thoracique peu t laire équilibre à une colonne d'eau de plus de 1 mètre de hauteur et que, par conséquent, elle est à peu près égale à la moitié de la pression du sang dans les artères.
Il est clair que dans les parties centrales du système, dans le tronc lymphatique droit et le canal thoracique, la pression doit être cousidérable et supérieure à celle
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du sang veineux, car ce n'est qu'en raison de celle inlensité supérieure que le chyle et la lymphe peuvent entrer dans le système veineux. Si leur tension était inférieure k celle du sang veineux, non-seulement le mélange ne serait pas déversé, maïs encora le sang refluerait dans le système lymphalique, ce qui arrive aussi quelquefois à un certain degré.
A l'autre extrémité du système, dans les réseaux et les petits vaisseaux, la tension €sl à son minimum, mais elle croit rapidement avec l'activité de l'absorption. C'est elle qui rend les vîllosités lurgides, les tissus sous-cutanés fermes, et qui, souvent, contribue à rendre la peau luisante aux points où le système lymphalique est malade.
Enlre les réseaux et les ganglions, elle crott progressivement en raison directe de la turgescence des ganglions et en raison inverse de leur perméabilité. Dès que l'apport aux ganglions est trop considérable, la turgescence du tissu ganglionnaire rend diffîcile l'entrée de nouvelles quantités. Aussi, dans l'ensemble des afférents, la tension peut arriver à un degré égal à celui de la tension du canal iboracique. C'est ce qu'on voit aux vaisseaux du mésentère pendant la période de grande activité digestive; aux membres, dans le cas d'infiltration; autour des séreuses, dans celui d'épanchemenL
S'il y a tuméfaction outrée, état morbide des ganglions jusqu'au point où ils 'deviennent presque imperméables, les vaisseaux se dilatent énormément, comme dans les aiïections farcineuses du cheval, avec cordes sous-cutanées.
Il est à noter que la tension peut devenir énorme dans les vaisseaux collecteurs ^ns que, pour cela, l'absorption s'arrête. Lorsque la lymphe est arrivée avec peine près d'un ganglion turgide ou malade, la pression outrée qu'elle supporte agit comme le reflux et tend les valvules, la colonne se fractionne en une série de segments très-courts qui s'appuient sur le rang des valvules par lesquelles ils sont limités. Il en résulte que les pressions ne s'additionnent point, et les radicules, au lieu d'être chargées de la pression totale de la colonne, n'en supportent qu'une faible partie. Aussi peuvent-elles continuer à absorber et à se remplir, lors même que plus haut la progression des fluides est fortement entravée.
Lorsque la marche des liquides est suspendue, par suite de l'oblitération accidentelle du canal thoracique ou de sa ligature s'il est simple, ou sans anastomoses •avec le tronc lymphatique droit, on voit survenir promptement une tension extrême de tout le système, surtout dans les chylifères. Au bout de quelques heures, pourtant, la turgescence semble arriver à des limites où elle se maintient pendant douze à vingt-quatre heures. Si l'état se prolonge, les ganglions se tuméfient, s'infiltrent, surtout chez les solipèdes et les carnivores, où ils sont assez spongieux, puis l'ab* sorptîon se ralentit et se suspend à peu près complètement.
La tension des chylifères et celle de quelques autres parties du système, si grande <in'ellesoit dans ces conditions, ne paraît pas aller toujours jusqu'à produire des ruptures. La ligature que j'ai pratiquée souvent et laissée en place pendant six à vingt-quatre heures* n'a déterminé, sur la plupart des sujets, aucune déchirure appréciable, tant la résistance des vaisseaux lymphatiques est grande et étonnante. Une fois, elle a déterminé une rupture dans le mésentère, suivie d'une vaste infiltration chyleuse.
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D'aillenn, il est à noter que la tension» dans le cas d'obstacle opposé an déTersèment, ne croit pas d'one manière indéGnie. Les expériences manométriqnes m'ont prooYé que, au bout de plusieurs heures, elle n*est pas beaucoup plus considérable qu'après cinq ou six minutes. Et^ en effet, sur un taureau dont le canal était lié depuis sept heures, le liquide ne dépassa pas la hauteur acquise dans les autres expériences an bout de cinq minutes.
En somme, les liquides dans le système lymphatique sont soumis à des pressions inégales qui ne s'équilibrent point d'une section latérale à une autre. Elles vont croissant des extrémités radiculaires vers les centres, mais il ne manque à la tension d'une tranche quelconque, pour atteindre celle de la tranche placée plus près du centre, que ce qui peut y être ajouté par l'élasticité et la contractiiité des parois vasculaires. C'est parce que cet appoint peut être donné successivement que les sections à moindre pression parviennent à chasser devant elles les sections à pression pins forte.