‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 66 sur 239 · DES FORCES MOTRICES DU CHYLE ET DE LA LYMPHE · texte numérisé non relu

DES FORCES MOTRICES DU CHYLE ET DE LA LYMPHE

Les vaisseaux lymphatiques, n'ayant pas de rapports de continuité avec les capillaires sang;nins, ne peuvent transmettre aux fluides qu'ils contiennent aucune impulsion émanée directement des contractions du cœur ni de la réaction élastique des artères. La lymphe et le chyle doivent se mouvoir par l'action de forces spéciales qu'il faut distinguer en principales et en auxiliaires.

La première force qui fait progresser les fluides dans les vaisseaux blancs résulte de la continuité de l'absorption. C'est une impulsion résultant du jeu des forces moléculaires qui font entrer les liquides dans les vaisseaux, molécule à molécule, impulsion appelée à tergo qui sufGt aux mouvements de la sève chez les plantes, mais qui ne peut à elle seule opérer le transport des fluides depuis les réseaux jus» qu'à l'abouchement du canal thoracique dans le système veineux.

Dans le végétal, les cellules et les vaisseaux sont constitués par un tissu dépourvu de contractiiité on de toute propriété analogue. Les liquides absorbés par les racines ne peuvent parvenir à toutes les parties de la tige, et -Gnalement aux feuilles, que par suite de la continuité de l'absorption, c'est-à-dire par le fait de l'impulsion qae les molécules nouvelles donnent à celles qui sont déjà engagées dans les voies de la circulation. On sait, en ciïet^ d'après les expériences de Dutrochet, que la force qui détermine l'ascension de la sève a son point de départ à l'extrémité libre des radicules, dans ce qu'on appelle les spongioles ; car si l'on coupe la tige en travers, sur un point quelconque de sa hauteur, la sève vient s'échapper à la surface de la section de la partie continue à la racine^ et cette sève suinte également sur une seaion de la racine pourvu que l'extrémité libi-e de celle-ci reste dans les conditions normales.

Cette force d tergo^ cette poussée qui résulte de l'entrée incessante des molécules nouvelles chassant les molécules anciennes peut, chez les plantes, produire des effets très-intenses. Elle élève la sève à une trèsrgrande hauteur dans les tubes ajns-

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tés aux' sections de ceps de vigne; elle exerce sur le mercure du manomètre une pression qui, dans les expériences de Haies (1), est arrivée à 32 pouces de mercure ou à 36 pieds d'eau ; quelquefois même elle peut, comme je Tai constaté dans des expériences faites en 1863, arriver à faire équilibre à 1"*,23 de mercure ou h 50 pieds d'eau. IMui faut une telle énergie pour faire passer les liquides de cel-. Iules à cellules fermées, de vaisseaux à vaisseaux, qui ne sont pas continus entre eux et dont les parois sont plus ou moins rigides, mais il est clair qu'elle n'ï pas besoin d'une puissance aussi grande chez les animaux.

Quelle que soit rintensité de cette poussée chez les animaux, elle doit être nécessairement proportionnelle «I l'activité de l'absorption. Elle devient très-considérable dans le système chylifère pendant la digestion et dans les autres lymphatiques toutes les fois qu'il y a des épanchements séreux ou plasmatiques très-abondants, soit à la surface des membranes soit au scindes tissus; alors elle donne lieu à une extrême turgescence des vaisseaux; mais lorsque l'absorption se ralentit, faute de matériaux oiïerls, la force à tergo perd une grande partie de son énergie; néanmoins elle doit être encore considérée dans ce cas comme la plus importante. Mûller semble la regarder comme suffisant à la progression des fluides dans le système lymphatique.

Mais une expérience très-simple montre qu'elle n'est pas seule à la déterminer. En eiïet, lorsqu'une ligature est appliquée sur un vaisseau blanc plus ou moins plein, comme le sont habituellement ceux de l'encolure, on voit la lymphe disparaître de la portion de vaisseau comprise entre la ligature et les parties centrales, tandis qu'elle continue à distendre ce vaisseau entre les radicules et le point lié. Or, dans ce cas, le vaisseau n*a pu se vider au delà de la ligature par suite de IcT continuité de l'absorption, car les nouvelles quantités de' lymphe admises n'ont transmis aucune impulsion à la colonne liquide placée au delà du lien. Cette colonne n'a dii se mouvoir que par l'action des parois vasculaires.

Dès l'instant que l'impulsion à tergo n'a pas assez de puissance pour déterminer à elle seule la progression du chyle et de la lymphe, d'autres forces doivent venir à son secours; ce sont celles qui résultent de l'élasticité et de la contractilité des parois vasculaires.

Les parois des vaisseaux blancs jouissant à un haut degré de la faculté de revenir sur elles-mêmes par le fait seul de leur élasticité, développent la seconde force motrice. Cette faculté rétractile est manifeste dans plusieurs circonstances, après la mort comme pendant la vie. C'est elle qui fait sortir, sous forme de jet, à travers une piqûre, le liquide d'un vaisseau distendu à la suite de la ligature; c'est elle qui détermine l'écarrement des deux bouts d'un vaisseau coupé en travers, et qui ramène à leurs dimensions primitives ceux que la traction a momentanément allongés ; son jeu s'accroît d'autant plus que la distension des vaisseaux est plus considérable ; il devient très-borné, presque nul, si ces vaisseaux sont affaissés.

La force de retrait duc à l'élasticité des tuniques vasculaires est purement mécanique; et c'est à cause de cela qu'elle persiste sur le cadavre, même sur les pièces conservées dans l'alcool. Elle appartient aux diverses tuniques, sauf à l'épithéliale,

(1) Haies, Staiiqîte des végétaux, expérience 36^ p. 87.

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