FORCES MOTRICES DU GHTLE ET DB LA LYMPHE
forte était exercée sur le ventre. Ces fistules doDoaîeot beaucoup plus sur ranimai couché que sur l'animal debout. De même, quand un tube est adapté aux lymphatiques du cou, il suffit de promener la main sur la r^ion parotidienne et sur le trajet de la jugulaire, à de fréquents intervalles, pour doubler l'écoulement de la lymphe.
Les mouvements qu'exécutent les parties accélèrent très -sensiblement la marche de la lymphe. Pendant que ranimai mange, ou qu'il remue simplement les mâchoires, la quantité de celle qui s'échappe des vaisseaux du cou est augmentée d'un quart, d'un tiers et même de moitié dans un temps donné. J*ai fait souvent cette observation sur les chevaux on les ruminants, aux lymphatiques cervicaux desquels j'avais adapté des tubes métalliques. Il est clair que, dans ce cas, à l'influence du mouvement s'ajoute celle d'un apport plus considérable de matériaux dans les muscles qui se contractent, et dans les glandes salivaires dont la sécrétion est devenue très-active.
Les mouvements généraux produisent une accélération analogue dans l'ensemUe du système lymphatique. Aussi le chyle et la lymphe coulent très- abondamment par la fistule du canal ihoracique pendant que l'animal marche, qu'il court ou se débat sur place. Â ces moments aussi, le chyle dépasse de beaucoup sou niveau normal dans le manomètre adapté au canal thoracique.
£nfin, les mouvements respiratoires exercent une grande influence sur la progression des fluides blancs dans l'ensemble du système, principalement à ses parties centrales, la citerne sous-lombaire et le canal thoi^aclque. C'est sur le canal thoracique et le tronc lymphatique droit, aboutissants communs de tous les vaisseaux blancs, que celte action se fait sentir, et de là elle s'étend, en s'afl'aiblissant, à leurs affluents; puis, de proche en proche^ aux autres p;u*ties. Voici de quelle manière les choses se passent :
Lors de l'inspiration, la tendance à la formation du vide dans le thorax détermine une sorte d'aspiration sur les affluents du canal, notamment sur la citerne, sur les branches sous-lombaires et intestinales; le canal se remplit et se distend. Au moment de l'expiration, au contraire, les parois thoraciques et les poumons, en s'affaissant, exercent sur ce canal une pression qui accélère le cours de la lymphe et en pousse une forte ondée dans les veines. Cet effet devient patent' lorsque l'extrémité antérieure du conduit est mise à découvert, et surtout lorsqu'on y a fixé un tobe qui fait couler les fluides blancs à l'extérieur. Dans le premier cas on voit, à chaque expiration, et surtout à chaque expiration profonde, la partie antérieure du canal se gonfler, et rebondir à la manière des artères, sous le doigt de Texpérimentateur. Dans le second cas, le jet de lymphe s'élève à une certaine hauteur, pois s'abaisse lors de Tinspiration pour s'élever de nouveau, et ainsi de suite. Les mouvements respiratoires déterminent ainsi dans le canal une suite de polsations parfaitement isochrones avec eux-mêmes; par là ils rendent l'écouléaient de la lymphe saccadé, c'est-à-dire faible dans l'inspiration et plus fort dans l'expiration. Ces phénomènes, que j'ai observés sur le cheval et les grands ruminants, sont d'autant plus sensibles que la respiration est plus gênée et que l'animal fait des eflbrts plus violents. Les pulsations du canal sont parfois si prononcées, qu'elles se répètent dans un tube de caoutchouc adapté au tube métallique fixé
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au canal thoraciqne dans le but de recueillir le chyle et la lyniphe. Si Voa a adapté un manomètre au canal, on constate, comme je Fai lait plusieurs fois, que Texpi* ration donne toujours lieu à un mouvement ascensionnel plus ou moins étend» de la colonne liquide.
Les divers actes qui exagèrent les mouvements respiratoires réagissent aussi sur la progression lymphatique. Ainsi, les efforts musculaires de la déglutition, de la rumination, du vomissement, ceux de Texpulsion de l'urine, font couler plus vite la lymphe du cou, de l'abdomen, du bassin, etc. Il y a là une influence complexe de pression, de contraction musculaire et d'aspiration.
En outre^ le jeu du diaphragme, lié au mécanisme respiratoire, peut exercer, comme le pensait Haller, une influence sur la progression du chyle et de la lymphe. Cet illustre physiologiste a prétendu que, lors de l'inspiration, les piliers contractés comprimaient l'origine du canal et poussaient son contenu vers les parties antérieures, tandis que, lors de l'expiration, les piliers relâchés laissaient revenir la citerne sur elle-même et lui permettaient de recevoir une nouvelle quantité de liquide qui serait chassée à son tour an moment d'une seconde inspiration, et ainsi de suite. Pour lui, cette suite de contractions et de relâchements alternatifs des ])iliers aurait sur le chyle l'influence que la systole et la diastole du cœur exercent sur le sang. L'action des piliers n'est peut-être pas aussi importante que le pensait Haller ; mais elle est réelle pour [tous les animaux, tels que les solipèdes et les carnassiers, chez lesquels le canal thoracique pénètre dans la poitrine entre ces deux colonnes musculaires, et non pas en dehors du pilier droit, comme cela arrive chez les grands ruminants.
Les secousses communiquées au canal thoracique par l'aorte postérieure, la base du cœur, l'aorte antérieure, les troncs brachiapx et leurs nombreuses divisions, peuvent certainement accélérer le cours des fluides qu'il charrie, d'autant mieux que ces vaisseaux se trouvent en contact avec lui^ et que plusieurs d'entre eux se glissent dans l'espace qui le sépare du tronc lymphatique droit. L'influence de ce» secousses me parait très-réelle ; car chez les grands ruminants, les carnassiers et quelquefois même chez les solipèdes, le canal, avant de se terminer dans les veines,. se contourne sur la cervicale inférieure gauche qu'il embrasse dans nn anneau étroit, quand il se termine par deux branches.
Les pulsations artérielles produisent un effet analogue sur les vaisseaux Uancs satellites des artères d'un certain volume. Quelques physiologistes ont même pensé que la nature avait, pour utiliser leur influence, groupé les troncs lymphatiques dans le voisinage des vaisseaux sanguins; mais il ne faut pas oublier que les grandes voies ménagées avec art servent aussi en grande partie aux veines et aux neris pour des raisons diffi§rentes.
Enfin, l'aspiration que le cœur, en se dilatant, exerce sur le sang veineux^ peut être encore considérée comme l'une des causes qui activent le cours des fluides, dans le canal thoracique. Cette aspiration, qui se fait sentir dans lé système veineux, à des distances considérables du cœur, doit avoir une certaine énergie à l'insertion du canal, qui est fort rapprochée des oreillettes.
Les forces motrices essentielles et accessoires qui concourent à la progression des fluides blancs étant connues^ est-il possible de les évaluer isolément et dans
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leur résollante? Les données qui pourraient conduire à la solution du problème manquent ; les bases en sont si mobiles et si variables, qu'il parait difûcile de soumettre ces forces au calcul. Cependant une évaluation en bloc semble pouvoir être déduite des expériences manométriqnes.
J'ai essayé plusieurs fois d'appliquer au système lymphatique les moyens qui permettent d'évaluer la force ascensionnelle de la sève on la tension du sang dans les artères. Il résulte de mes tentatives que l'impulsion de la lymphe et du chyle représente seulement une pression de quelques centimètres de mercure dans tous les cas où aucune cause n'entrave la marche de ces liquides, tandis qu'elle peut faire équilibre à une colonne très-élevée si cette progression rencontre des obstacles. Ainsi, quand le vaisseau est à demi-plein, comme dans la plupart des conditlims, la lymphe coule sous une pression de moins d'un centimètre de mercure. La pression double, triple^ quadruple, pour peu que le vaisseau se distende, elle augmente comme celle de la sève à mesure que l'intensité des obstacles va croissant ; elle peut devenir énorme sans que les parois Lymphatiques si minces cèdent et se rompent. Dans le canal thoracique, le manomètre indique qu'elle peut élever, comme nous l'avons vu précédemment, la lymphe ou le chyle à une hauteur de 30, 60, 85 centimètres, 1 mètre 08, 1 mètre iU même au bout de quelques minutes, cç qui équivaut presque à la moitié de la hauteur du sang dans le manomètre adapté aux artères. D'après Veiss, elle est égale, dans le canal, à 11 ou 12 millimètres de mercure quand elle est de 5 à 15 dans la jugulaire.
Les parois lymphatiques, si faibles qu'elles paraissent en raison de leur minceur, sont organisées pour supporter cette pression. D'après Laoth, en effet, celles des vaisseaux de moyen calibre supportent sans se rompre, dans les injections, une pression supérieure à celle de Talroosphère, soit d'une colonne de mercure de 1 mètre à 1 mètre 33. Les parois des vaisseaux sanguins de même calibre, quoiqu'elles aient une épaisseur plus considérable, se rompent, d'après Sheldon (1), sous une pression ^le seulement au quart de celle-là.