LYMPHATIQUE
Il est indispensable, pour déterminer la somme des liquides absorbés par les cbylifères et les lymphatiques, de faire couler ces liquides à l'extérieur et de les recueillir pendant un temps plus ou moins considérable. Les observateurs qui ont tenté de lier le canal thoracique ou de le couper, Lower, Duverney, Flandriu, Âstley Cooper, Dupuytren, Magendie n'ont ni songé à y établir des fistules permanentes, ni entrevu le parti qu'on pourrait tirer de cette opération. Dès 1853 (1), j'ai
(1) G. Colin, Bulletin de la Société centrale de médecine vétérinaire et Recveil de médecine vétérinaire, t. X\X, 1853, p. 1037.
commencé à Gxer au canal thoracique de l'animal vivant un tube d*argent versant au dehors le chyle et la lymphe, tant pour déterminer leurs quantités dans diverses conditions physiologiques, leurs caractères, leurs propriétés et leur composition, que pour élucider les problèmes relatifs à l'absorption des graisses, des sels, des poisons, à ceux de la glycogénie, etc. Voici de quelle manière Topéralion s'effectue.
Après avoir couché le cheval sur le cô;é droit et porté fortement en arrière le membre antérieur gauche, on incise la peau en avant de l'angle de l'épaule^ sur le trajet de la jugulaire, dans une étendue de 15 à 20 centimètres; on soulève ou l'on coupe en travers le mastoîdo-huméral^ en ayant soin de lier les divisions blessées de la cervicale inférieure ou de faire, entre deux ligatures, la section transversale de cette artère, si elle gêne trop; enfin on divise le scalène tout près de la pre* inière côte, puis la lame aponévrolique sons-jacentc, et on arrive sur le canal\ au bord inférieur de l'oesophage, à la face interne de la première côte. Il faut aiors le liera son insertion, puis l'inciser au-dessus du point lié. On engage dans la boutonnière un tube à bourrelet du diamètre d*un gros crayon, et on l'y maintient à l'aide d'un fil qui étreint sur lui, par un nœud bien serré, les parois du canal. Si alors le liquide qui s'écoule par le tube est jaunâtre, l'opération est terminée ; dans le cas où il est coloré par le reflux du sang veineux^ il faut lier, en outre, le tronc lymphatique droit.
Sur le bœuf, l'opération est beaucoup plus facile. Après l'incision de la peau et du sous-cutané, il suffit de soulever le mastoîdo-huméral et d'inciser le scalène trèsmince avec l'aponévrose sous-jacente, pour arriver sur le conduit dont la partie terminale est comprise entre l'artère cervicale inférieure et sa veine satellite. On le lie alors, on l'incise et on y fixe le tube comme chez le cheval. Il y a si peu de douleurpendant et après l'opération que l'animal se relève, se remelà manger et à ruminer comme auparavant^ en donnant des masses de chyle et de lymphe. Les délabrements sont si légers que la plaie peut se cicatriser en huit à dix jours, après l'enlèvement du tobe et de la ligature.
Sur le bélier, le chien, le porc, la fistule s'établit de la même manière, avec des variantes subordonnées aux différences anatomiques. Le manuel opératoire en est simple, çaais seulement pour ceux qui en ont un peu l'habitude et une connaissance parfaite de la région. Il offre des difficultés énormes si on n'a pas présentes à l'esprit les nombreuses anomalies de forme et de situation du canal, et peut donner lieu à de grandes plaies, à des souffrances inutiles, et enfin aux accidents les plus graves si on ne sait pas éviter la lésion des nerfs et des vaisseanx groupés à l'entrée du thorax.
Le mode d'établissement de la fistule doit, du reste, varier suivant les études auxquelles elle doit servir. Si elle a pour but la détermination rigoureuse des quantités de chyle et de lymphe, il faut qu'elle soit accompagnée de la ligature du tronc lymphatique droit et de toutes les branches qui peuvent se trouver autour de celles où le tube est inséré ; si elle est faite en vue d'études micrographiques ou chimiques, il est plus convenable qu'elle porte seulement sur une branche du canal, toutes précautions étant prises pour éviter le reflux sanguin. Le choix des variantes est évidemment laissé à la sagacité de l'expérimentateur. TiOrsque Texpérience, l'une
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des plus belles que puissent faire les physiologistes, est bien conduite, elle donne des enseignements nombreux et d*un haut intérêt.
Quoiqu'il ne s'agisse ici que d'utiliser cette expérience à la détermination des quantités de chyle et de lymphe versées dans le système sanguin, nous allons voir combien est difficile pour chaque espèce animale la solution de ce problème en apparence si simple.
Chez le cheval, la fistule au canal thoracique ne donne jamais la totalité des liquides blancs, même dans les cas où il est simple, car, par le fait de ses anasto^ moses avec le tronc lymphatique droit, son liquide se divise toujours au moins en deux parties : Tune coulant par la fistule, Tautre pénétrant dans le sang par l'intermédiaire des anastomoses; aussi, sur cet herbivore, on n'obtient généralement que des données incomplètes. C'est d'ailleurs celui de tous nos animaux domestiques qui souffre le plus de l'opération et qui, à cause de ses souffrances, a les fonctions digestives le plus troublées ; aussi doit-il être écarté toutes les fois qu'il s'agit de suivre l'expérience au delà de quelques heures.
Lorsqu'on tient à déterminer sur le cheval la somme des produits versés par le canal thoracique dans le système veineux, il faut multiplier les vivisections jusqu'au moment où le hasard offre un sujet ayant un canal simple à l'insertion et sans beaucoup d'anastomoses avec le tronc lymphatique droit, car en voulant lier ce tronc avec les branches communicantes, on fait des délabrements préjudiciables au succès* de l'opération. On juge que le but est à peu près atteint lorsque le produit de la fistule est jaunâtre ou d'une teinte à peine rosée. Tant qu'on obtient du liquide sensiblement rougeâtre, il ne faut pas douter que le canal communique encore directement ou indirectement avec les veines qui^ par le reflux, lui envoient une certaine quantité de sang. Enfin, lorsqu'on sacrifie l'animal, on doit injecter le canal, de la citerne vers l'insertion; pour constater son mode de terminaison et donner aux résultats expérimentaux leur exacte signification. On verra, dans le tableau de la page 227, que sur le cheval donné sous le n** 1, le chyle rosé témoignait d'un abouchement demeuré libre par lequel s'opérait le reflux, abouchement qui, sans doute, amenait dans les veines une quantité de liquide supérieure à /celle qui coulait au dehors, car la quantité versée par la fistule n'atteignait pas même un chiffre égal à celui de la masse du sang; elle n'était que de 39 grammes en vingtquatre heures par chaque kilogramme du poids de l'animal vivant. Sur le deuxième cheval il en était de même, surtout pendant la première heure, alors que le gonflement des tissus de la plaie ne comprimait pas fortement les branches d'insertion ou d^nastomoses demeurées libres; sur le troisième, la quantité que la fistule détournait augmentait encore un peu par moments; enfin, sur le dernier, la masse presque double de chyle versé au dehors donnait à supposer que les voies collatérales n'en portaient plus guère dans les veines. En somme, l'écoulement peut être sur cet animal de 1000 è 2000 grammes par heure dans les moments où l'absorption a une grande activité, soit de 14 à U2 kilogrammes pour une période de vingt-quatre heures. Il a des oscillations peu étendues : les maxima correspondent aux périodes de la plus grande activité dlgestive, et les minima à celles du ralentissement de la chylification et de l'absorption des boissons. Ce produit, lorsqu'il s'élève à plus de 1x2 kilogrammes pour vingt-qwitre heures, comme sur le quatrième chevair
représente le neuvième de la masse du corps et presque le double de la masse du sang, soit 105 grammes de chyle et de lymphe par chaque kilogramme du poids total de ranimai. C'est bien près du chiffre que nous trouverons souvent sur d'autres espèces :
!«' GUEYAL, environ AOO kilogrammes.
3« CHEVAL, taille moyenne.
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