‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 77 sur 239 · IJ · texte numérisé non relu

IJ

Id.

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Voici encore quelques déterminations expérimentales pour trente-sept animaux divers, sur lesquels des fistules ont été établies, et qui n*ont pas été compris dans les tableaux précédents (voy. p. 233}.

On pourrait ainsi, en tenant compte des analogies de régime, calculer approximativement, d'après les bases expérimentales que je trouve sur les animaux domestiques, les produits lymphatiques versés dans les veines des plus petits jusqu'aux plus grands mammifères. En admettant que chez l'homme à régime mixte le produit lymphatique soit de 100 grammes par kilogramme, il serait de 7,500 grammes pour vingt-quatre heures, et en portant ce produit à 1 50 grammes par kilogramme pour l'éléphant, qui est herbivore, un animal de cette espèce, du poids de 2,000 kilogrammes^ ne donnerait pas moins de 300 kilogrammes ou de 6 hectolitres de fluides blancs en vingt-quatre heures.

On voit, d'après les données qui ressortent d'une longue série de recherches résumées dans ce chapitre, combien peu étaient fondées les idées des physiologistes, qui ne voyaient dans le système lymphatique que des quantités insignifiantes de liquide. Elles parlent assez clairement pour qu'il ne soit pas nécessaire d'insister sur tout ce qu'avait de faux la doctrine de Magendie et de son école sur l'ensemble des fonctions du système lymphatique. L'énorme quantité de chyle et de lymphe apportée par le canal thoracique dans le système sanguin nous fait entrevoir l'importance du rôle que les vaisseaux blancs doivent jouer dans l'organisme, la rapidité des mutations qui donnent naissance à ces liquides ; elle nous explique la possibilité d'un prompt renouvellement du sang à la suite des saignées qui, en quelques jours, enlèvent l'équivalent de la masse en circulation. Mais c'est en étudiant les phénomènes généraux de la nutrition et des sécrétions que nous préciserons le sens des particularités dont il a été question plus haut.

DÉSIfiMATlON DES AMMAUX,

Cheval très-petit (120 kilogr.)

Jument de petite taille (fistule à 1 seule br.).

Cheval de 300 kilogr

Cheval de 320 kilogr

Cheval de AOO kilogr. (1 seule br. ouverte). . Cheval de taille moyenne (environ AOO kilog.) Cheval de tailfe moyenne (environ 400 kilog.)

sgas

or S.a

Taureau de 18 mois (180 kilogr.)

Taureau jeune (200 kilogr.)

Taureau de 16 mois (212 kilogr.)

Vache vieille (275 kilogr., 1 seule br. ouv.).. Taureau jeune (310 kilogr., 1 seule br. ouv.). Vache vieille, très- maigre (325 kilogr.). .. . . .

Taureau jeune (339 kilogr., canal simple) . . .

Vache (399 kilogr., canal simple)

Vache de petite taille

Vache petile, maigre

Vache de petite taille (1 seule br. ouverte). . .

Vache de taille moyenne

Vache de taille moyenne, maigre

Vache de taille moyenne (canal simple)

Bélier maigre (38 kilogr.)

Bélier maigre (47 kilogr.)

Bélier (52 kilogr.)

Bélier (65 kilogr.), ftévreuv, très- souffrant. . .

Bélier petit

Bélier petit

Bélier fort

Chien très-petit (6 kil. 800).

Chien (17 kilogr.).. . :

Chien (20 kUogr.)

Chien (21 kil. 885.) ,

Chien (39 kiL 160.)

Chien de taille ordinaire . . . , Chien de taille moyenne . . . ,

Chien petit ,

Chien petit ,

::ii,5:

::io,6

::ii,8:i ::i3,0:i ::ii,2:i ::18,4:1

Dans la masse liquide apportée par le canal thoracique, qaelle est la part de lymphe, qoelle est la part de chyle? Cette question n'est pas aussi Caicile à résoudre qu'elle peut le paraître.

En ce qui concerne les carnassiers, une solution est -possible, mais seulement dans des conditions telles, que l'un des termes de la proportion change par le fait

23/i DE L*ABSORPTION.

de la suppression de l'autre. Il est facile, après avoir recueilli la somme des deux pendant la période digestive, de recueillir seulement la lymphe lorsque la digestion est achevée, car, chez ces animaux, après la digestion, il reste si peu de chose dans rinteslio en résidu solide et liquide, qu*à ce moment la quantité de chyle ajoutée à la lymphe est négligeable. Or, sur le chien, la fistule qui a donné un produit comme 3 pendant la digestion, n'en donne plus après que comme 1 1/2 ou comme 1, d'où il suit t[ue la lymphe n'entre que pour moitié ou pour un tiers dans la masse du liquide mixte ; l'autre moitié ou le plus souvent les deux autres tiers étant représentés par le chyle. Chez ces animaux, le rapport est aussi peu altéré que possible. II faut très-peu de lemps, après la digestion, pour l'évacuation de l'appareil gastro-intestinal , et pendant ce court délai , la masse du sang demeure assez abondante et assez riche pour que ses pertes en matériaux formateurs de la lymphe ne subissent pas de réduction notable. •

Mais cette proportion n'est que pour le carnassier. Il y en a une autre pour l'herbivore, qui absorbe une grande masse d'eau avec ses aliments. En outre, chez lui, la détermination est difficile, car la digestion intestinale et la chyliûcation sont continues avec des cxacerbations. On ne peut exclure le chyle qu'en laissant jeûner l'animal pendant plusieurs jours et, par conséquent, en appauvrissant le sang qui, par suite, donne moins de matériaux formateur^ à la lymphe ; encore ne suspend -on la digestion que chez le solipède^ non chez le ruminant. D'ailleurs, par les boissons laissées aux deux, on entretient l'apport du système chylifère. Toutefois, en tenant compte de la diminution du produit total dans les cas où la digestion se ralentit et se suspend, autant que possible, et en comparant ce chiffre réduit à celui qui représente l'apport simultané le plus considérable de chyle et de lymphe, on arrive à l'approximation suivante : chez les carnassiers, pendant la digestion, la lymphe est représentée par 1, le chyle par 2, et pour une période d'ensemble de vingtquatre heures, où la chylification est suspendue par moments, chyle et lymphe forment chacun une moitié du produit total. Chez l'herbivore, dont la digestion est continue^ le produit moyen en vingt-quatre heures se compose de 2 de chyle et de 1 de lymphe.

Une détermination plus rigoureuse exigerait des études nouvelles fort minutieuses. Les faits épars sur lesquels on a essayé de la baser sont d'une appréciation difficile et conduisent à des erreurs manifestes ; d'ailleurs, ils se rapportent à des conditions pathologiques. Tout ce qu'ils semblent indiquer, c'est une production lymphatique très-active. On sait que la quantité de lymphe recueillie par Assalini à une plaie de la cuisse d'un garçon de onze ans s'élevait à près de 2 litres en vingtquatre heures. Oans l'observation de Desjardins, la dilatation variqueuse des lym- , phatiques de l'aine d'une femme laissait échapper 5 litres et demi dans le même temps; mais dans ces cas la production lymphatique était anormale et exagérée.

Quoi qu'il en soit, il est certain qu'il n'y a ni alternative entre l'apport des lym- ^ phatiques et celui des chylifères, ni antagonisme entre eux. Le passage alternatif dans le canal d'une lymphe jaunâtre et d'un chyle laiteux observé par Haller s'applique à des conditions anormales qui se reproduisent sur l'animal ouvert vivant; il tient à ce que la. pression, les secousses, chassent dans la citerne soit une ondée de chyle, soit une ondée de lymphe, suivant qu'elles s'exercent sur l'intestin

OU sur les gros affluents lombaires de la citerne. L'alternance que Ton constate entre une période de non-digestion etune de digestion n'est qu'apparente ; si après avoir obtenu un liquide clair comme de la lympbedans le premier cas, on recueille, dans le second, un liquide opalin ou même tout à fait laiteux, cela n'indique pas qu'à la lymphe a succédé le chyle, mais seulement que le cbyfô, en s'ajoutant à la lymphe, a rendu le liquide du canal laiteux. Le changement d'aspect, qui £iit croire à cette succession, s'opère très-lentement et par une transition insensible que j'ai observée, surtout chez les ruminants^ à la ratiou desquels avaient été ajoutés des résidus oléagineux. Si l'animal n'a pas ruminé depuis longtemps, on voit couler du liquide jaunâtre à sérum transparent, puis du liquide de plus en plus opalin, peu après que la rumination s'est établie et suffisamment prolongée, après quoi le liquide tend à reprendre son premier aspect.

Quant à l'antagonisme signalé par Gollardde Martigny, et qui donnerait lieu aussi à un apport alternatif de chyle et de lymphe, il m'a toujours paru une fiction. L'abon- • dant afflux du chyle, pendapt la digestion, n'a point pour conséquence de réduire à très-peu de chose le tribut des lymphatiques; de même que le manque de chyle pendant l'abstinence n'accroît pas la production de la lymphe, quoi qu'en ait dit cet observateur à qui de bons moyens d'expérimentation ont manqué. Pendant que les lactés apportent la plus grande quantité possible de chyle, les lymphatiques n'en continuent pas moins à se gorger de liquide et h donner beaucoup, comme les fistules établies en divers points le prouvent. D'un autre côté, alors que les lactés sont presque vides, les lymphatiques ne sont pas plus remplis qu'à l'ordinaire; ils ne donnent pas une quantité de lymphe supérieure à celle qu'ils versent dans les conditions communes. Je m'en suis assuré sur des sujets qui souffraient d'une abstinence prolongée, notamment sur un cheval qui supporta pendant trente jours une privation complète d'aliments. La quantité de lymphe m'a toujours paru, dans les casoà elle provient en grande partie de vastes foyers de résorption, proportionnelle à la masse de sang employée à l'irrigation de l'oi^ganisme.

La grande proportion d'éléments apportés par les lymphatiques à la reconstitution du sang nous fait pressentir les effets fâcheux qui doivent résulter de la déperdition plus ou moins complète de ces matériaux : l'expérience nous permet de suivre ces effets jusqu'à la mort qui doit en être la conséquence très-prochaine.

Le jeune taureau dont la fistule au canal demeura libre pendant quatre jours ne parut d'abord pas souffrir de l'écoulement à l'extérieur du chyle et de la lymphe : il mangeait et ruminait comme à l'ordinaire ; son appétit et sa soif n'avaient pas acquis de vivacité anormale. Mais dès le troisième jour, l'animal demeure longtemps coaché; il mange peu et à de rares intervalles; ses périodes de rumination sont courtes: une fois couché, il ramène la têtQ vers le flanc et le jarret, puis il s'assoupit. Au quatrième jour, la langueur est extrême; il ne mange plus que quelques brins de fourrage et il les mâche mollement ; il a la conjonctive pâle, les oreilles froides, le poil hérissé. Dans le courant de cette journée, il s'étend sur le côté comme le font les animaux très-malades et cofiserve cette attitude pendant plus d'une heure sans faire aucun mouvement. Le chyle coule eu si petite quantité qu'il se coagule fréquemment dans le tube, bien qu'on en retire le caillot à de courts

236 DE l'absorption.

intervalles; en un mot, le ruminant est épuisé. J'enlève le tube et les fils qui le maintiennent, et je ferme la plaie blafarde après l'avoir détergée avec la teinture d'aloès. L'animal reçoit dii vin et des infusions aromatiques; le lendemain il mange de la farino et quelques brins de fourrage. £n huit à dix jours il se rétablit. . Le second taureau, un peu plus grand que le précédent, eut l'une des branches du canal thoracique ouverte pendant huit jours. La totalité du produit de la fistule fut recueillie seulement pendant dix heures, après quoi le tube fut enlevé. A partir du deuxième jour, et bien que les lèvres de la plaie fussent maintenues rapprochées, la lymphe et le chyle continuaient à s'échapper en déterminant à la partie inférieure du cou et au poitrail une infiltration considérable. L'animal mangeait et digérait encore passablement, mais il maigrissait à vue d'œil. En huit jours il avait perdu k5 kilogrammes de son poids initial.

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