‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 79 sur 239 · INTERRUPTION DQ COURS DES LIQUIDES DANS LE CANAL THORACIQUE. 2S · texte numérisé non relu

INTERRUPTION DQ COURS DES LIQUIDES DANS LE CANAL THORACIQUE. 2S

du reflox sanguin du cœur, Toblitéraiion a été complète, son ancienneté éiait évidente vers l'insertion, mais elle paraissait plus récente dans le reste du conduit. Elle avait donné lieu à' une tuméfaction énorme des ganglions méscntériques, à une inflltralion lymphatique au bassin et à la région des reins, aux scissures du foie; à rentrée du thorai, enûn à une dilatation extrême et à un état variqueux des lactés commençant déjà sur les parois intestinales, lactés dont le contenu était épais et caséenx par places. L'oblitération avait provoqué même une tuméfaction considérable des ganglions pré-pectoraux et pré-scapulaires du côté gauche ; nui doute que cette oblitération avait contribué à hâter la mort de Tanimal et qu'elle aurait pu seule la produire au bout d'un certain temps.

Les faits de simple réduction dans le diamètre du canal thoradque ne peuvent résoudre la question, car il arrive toujours alors une certaine quantité de cbyle et de lymphe dans le sang. Le ralentissement du cours des fluides produit seulement une dilatation du système chylifère et une tuméfaction des glandes mésentériques, comme Yirchow Ta vu sur un individu où le canal était comprimé par une tumeur cancéreuse. Il peut, comme je l'ai observé sur une vache à uévromes au voisinage de la citerne, entraîner une dilatation qui amène les chylifères au diamètre de plumes de corbeau et même de plumes d'oie, et donner à leurs parois une épaisseur considérable; alors la force de résistance accrue prévient la déchirure et Tinfillration. En outre, l'impulsion communiquée aux liquides est tellement forte qu'elle continue à les pousser à travers des tumeurs énormes, ainsi que je l'ai observé réceaunent encore sur un cheval qui avait en haut du mésentère, sous la citerne et les piliers du diaphragme, une masse encéphaloîde du volume de Testomac modérément plein.

Les iaiis pathologiques ne dissipent donc pas tous les doutes sur la question de savoir si l'oblitération des voies lymphatiques centrales est mortelle par elle-même ou longtemps compatible avec la vie. En présence des incertitudes qu'ils laissent, il est plus simple et plus sûr de recourir à l'expérimentaiion que d'attendre des observations nouvelles.

Depuis longtemps les physiologistes ont cherché à suspendre l'abord des fluides blancs dans le système sanguin. Lower, Duverney, Flandriu, Dnpuytren Tont tenté ayec plus ou moins d'babileté.

I>ower (1), pour reproduire une blessure analogue à celle du canal thoracique observée sur l'homme et citée par Barlholiu, coupa en travers le canal sur deux chiens. Ces deux animaux moururent des suites d'un épanchement de chyle dans les plèvres. L'expérience imaginée par ce physiologiste habile était mal instituée : elle n'apprit rien.

Duverney (2) fit mieux, sans cependant bien faire. Il eut l'idée de lier la veine sous-clavière près de l'insertion du canal, et les chiens ne moururent qu'au bout d'une quinzaine de jours. Son expérience ne pouvait avoir aucune signification précise, car, de quelque manière qu'elle fût faite, la ligature n'était pas susceptible d'empêcher la lymphe et le chyle de se mêler à la masse du sang. Appliquée entre

(1) Lower, Tractatus de corde.

(2) Duveraey, Mémoires de l'Académie des sciences, 1675.

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le canal et la partie périphérique de la veine, cette ligature n^apportait aucun chan^ . gement au cours du liquide ; placée entre Tinsertion du canal et le cœur, elle avait pour résultat de faire refluer ce liquide avec le sang jusqu'au point où une anastomose entre la sous-clavière et les veines voisines lui permettrait de reprendre son cours vers le cœur. L'expérience eût mieux rempli son but par deux ligatures, l'une en deçâi^ l'autre au delà de la terminaison du canal, et encore elle eût entraîné pour complication fâcheuse une gêne extrême, sinon une suspension du cours du sang veineux dans le membre antérieur gauche.

Flandrin (1), dont le nom tient une place honorable dans les fastes de la médecine vétérinaire, et Tun de nos prédécesseurs à TÉcole d'Alfort, comprit que, pour interrompre sûrement le cours du chyle et de la lymphe, il fallait lier le canal thoracique lui-même près de son insertion. Ce professeur lia ce canal sur dix chevaux, soit avec des fils cirés, soit avec des fils de plomb. La plupart de ces animaux furent tués quinze jours après l'opération, et l'on trouva autour du canal lié un engorgement considérable qui se propageait dans la poitrine. L'un d'eux fut conservé deux mois et demi ; son canal s'était cicatrisé et la ligature était tombée. Les expériences de Flandrin sont loin d'être complètes. Cet expérimentateur s'est assuré que le canal n'était pas double sur les deux premiers de ses chevaux, mais il ne paraît pas avoir recherché si cette disposition se retrouvait chez les autres. Il ne dit pas si le canal était oblitéré sur tous, ou si sa cavité s'était rétablie au niveau de la ligature. Pour le dernier même, dont le canal était cicatrisé et la ligature tombée, il nous laisse ignorer si cette cicatrisation consistait dans Koblitéralion du conduit vers son insertion, ou si, ce qui est fort différent, elle tenait à la réunion des deux parties que la ligature avait dû séparer et au rétablissement possible de la fumière de ce canal.

Dupuytren répéta plus tard, et sur le cheval même, les expériences précédentes : il lia le canal thoracique à plusieurs chevaux dont les uns moururent au bout de cinq à six jours, tandis que les autres guérirent. Chez les premiers, les injections ne passaient point de la partie postérieure du canal dans les veines; chez les seconds, les matières injectées s'arrêtaient au niveau du point lié et parvenaient dans le système veineux par des branches collatérales qui s'ouvraient dans la sous-clavière. En conséquence, il était à croire, d'après cela, que la mort d'une partie des animaux employés aux expériences tenait h ce que le chyle et la lymphe ne pouvaient plus arriver dans les veines, et, d'autre part, que la guérison des derniers résultait du rétablissement du cours de ces fluides par des voies collatérales.

Enfin, Astley Cooper, sur la fin du siècle dernier, et assez récemment Leuret et Lassaigne, firent des tentatives analogues sur le chien. Les animaux auxquels le premier fit la ligature du canal moururent du deuxième au dixième jour, et quelques-uns à la suite de la rupture du canal : un seul se rétablit, grâce à une com^ munication qui existait entre le canal lié et un canal supplémentaire resté libre du côté opposé. Quant à l'expérience que Leuret et Lassaigne répétèrent sur un senf

(1) Flandrin, Expériences sur Vabsorption des vaisseaux lymphatiques dans les animaux {Journal de médecine, t. LXXXVII, IfÔO).

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