‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 8 sur 239 · ANALYSE DU MÊGANISIIB DE L'ABSORPTION · texte numérisé non relu

ANALYSE DU MÊGANISIIB DE L'ABSORPTION

Tabdomen et dans les parties postérieures du corps par le fait de la ligature de Faorte cpii y suspend la circulation sanguine, et par celle du canal thoracique qui arrête les courants lymphatiques. Le dernier et Tavant-dernier le sont chez les animaux inférieurs, sans système circulatoire ; aussi chez eux les produits absorbés ne font-ils que passer, de cellule en cellule, d'espace en espace, comme dans les T^étaux les plus simples.

Dans la généralité des cas, la pénétration de la substance étrangère à travers les tissus a ce caractère de complexité. Sur les muqueuses, les fluides traversent la couche de mucus, puis la couche d'épithélium, la substance conjonctive du derme, et enfin les parois vascuiaires. Cette pénétration est rapide et s'opère avec facilité aux muqueuses fines telles que la conjonctive, et la muqueuse des divisions bronchiques ténues ou des cellules pulmonaires, aux séreuses splanchnlqnes, etc.; elle est lente aux muqueuses enduites d'un mucus épais et d'un épithé- Ijum pavimenteox stratifié ; très-lente aux tissus fibreux, aux cartilages et aux tissus cornés.

Une fois que la pénétration de la matière étrangère dans le tissu de la membrane et du vaisseau est accomplie, l'absorption est effectuée à vrai dire. La matière est introduite dans les voies de la circulation et mélangée au sang, au chyle ou à la lymphe. Son enlèvement, dû à la circulation, est un-acte complémentaire qui, en réalité, ne fait plus partie de l'absorption. Mais, parce qu'il lui imprime une activité graduée, et qu'il rend ostensibles la marche et les effets de la fonction, il en est regardé comme un élément, en physiol(^e animale comme en physiologie vègéule.

Par le. fait de la diffusion de la matière absorbée dans le liquide des vaisseaux, supposé immobile, la matière serait insensiblement déplacée; elle se disperserait dans toute l'étendue de la masse fluide, comme la gouttelette de matière colorante versée an milieu d'une nappe de liquide incolore. Mais la circulation opère ce déplacement, cette dissémination, avec une grande rapidité, sans d'ailleurs porter préjudice à la diffusion. Elle l'opère avec une vélocité excessive dans les vaisseaux sanguins et avec lenteur dans les lymphatiques. Aussi elle en subordonne la vitesse, et, par conséquent, l'activité, à sa propre rapidité.

L'enlèvement des matières par la circulation, à mesure qu'elles entrent dans les vaisseaux, a pour effet de laisser au sérum du sang son pouvoir osmogène intact, et à la diffusion une activité toujours renaissante. Il est hors de doute que si le sérum restait sur place chargé des matières que son pouvoir osmogène a appelées, ce pouvoir d'attraction serait bientôt très-alfaibli, et que la tendance à la diflusion s'y atténuerait en raison des quantités de substances déjà diffusées, puisque le mouvement d'expansion du liquide introduit dans les vaisseaux perd de son intensité en raison directe de la masse admise.

Lorsque cet acte complémentaire cesse de s'accomplir pendant la vie, dans les parties postérieures du corps, après la ligature de l'aorte abdominale, comme il cesse partout après la mort, l'absorption se réduit à une simple imbibition ou à une simple action soit d'osmose, soit de diffusion. Mais, en s'effectuant pendant la vie, il ôte à l'imbibition le caractère qu'elle revêt sur le cadavre. C'est ce que Magendie a parfaitement remarqué en réfutant les objections faites à sa doctrine de

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l'absorption par une pénétration toute physique des fluides à travers les parties vivantes. On conçoit fort bien^ en effet, que les fluides que l'imbibition a fait entrer dans les tissus se trouvant emportés progressivement par les courants vasculaires, lie puissent ni gonfler ni ramollir ces tissus comme ils le font sur le cadavre. Dans tous les cas, les choses, à leur point de départ, se passent de la même manière. Pendant la vie comme sur le cadavre, la sérosité de l'arachnoïde, des plèvres, du péritoine, s'échappe de la cavité de ces membranes. Dans le premier cas, les fluides en circulation l'emportent à mesure qu'elle sort; dans le second, les quantités sorties demeurent au milieu des tissus voisins, et se dispersent au loin. Pendant la vie, les liquides que l'appareil digestif reçoit : boissons, salive, suc gastrique, suc pancréatique et suc intestinal, s'échappent en partie et sont recueillis dans le torrent de la circulation. Si la résorption de certains liquides doit avoir, par son mélange avec le sang, quelques inconvénients, la nature, grâce à des précautions spéciales, la restreint autant que possible. Elle confine la bile, l'urine, les venins, dans des réservoirs étroits dont la surface est tapissée par une couche de mucus*épaisse, isolante et continuellement régénérée. Aussi, par le fait de ces artifices, ces fluides ne sont pas, sauf dans quelques conditions morbides, résorbés en quantité assez grande pour devenir nuisibles.

Enfin, l'absorption comprend, le plus souvent, un troisième acte consistant soit en une modification de forme, d'état moléculaire^ soit en des changements dans la composition chimique des substances saisies. C'est aussi un acte éventuel, extrinsèque, qui manque dans une foule de cas. Beaucoup de substances, en eflet, sont absorbées sans modifications appréciables dans leur état physique ni dans leur constitution moléculaire. L'eau, l'alcool étendu, les acides minéraux, la plupart des sels, les agents médicamenteux, les poisons, figurent dans cette catégorie; et c'est à cause de ce privilège même d'entrer sans modifications qu'ils jouissent d'une action spéciale, définie. Au contraire, les matières organiques, la fibrine, l'albumine, éprouvent des changements notables dans leur constitution moléculaire et leurs propriétés, et elles tendent à subir la transformation globulaire. Les attractions moléculaires, les affinités qui déterminent les phénomènes capillaires, osmotiques, et de diffusion, toutes ces forces qui agissent, lors du rapprochement, entre les molécules saisies et la substance du tissu ou des fluides, peuvent donner lieu à des actions chimiques analogues à celles que Graham a constatées dans ses études. Ainsi, par exemple, elles déterminent la réduction du bisulfate de potasse en sulfate neutre et acide sulfurique; — la décomposition du sesquiazotate de fer eu azotate basique et en azotate acide; — la décomposition de l'acétate d'alumine; — la combinaison des carbonates alcalins avec les matières albuminoîdes des tissus ou des liquides de l'organisme, etc. Il y a certainement au sein des tissus des actions moléculaires résultant des conditions nouvelles plus oii moins prolongées dans lesquelles se trouvent les substances absorbées particule à particule, actions analogues à celles qu'on appelle^ catalytiques.

L'absorption est donc un phénomène à la fois simple et complexe, suivant qu'on l'envisage réduit à son expression dernière ou associé à des actions connexes. 11 s'offre, chez les plantes, dans sa plus grande simplicité. En effet, les radicelles sont plongées dans l'eau ou dans la terre imprégnée d'eau.

tenant en dissolation les sels et les autres matières offertes à l'absorption. L'eaa pénètre dans la cavité des cellules, à travers leurs parois parfaitement closes, et enduites d'une matière azotée, albuminoîde, douée, par conséquent, d'un certain poaToIr osmogène, cellules dont la cavité renferme des sucs épais, colloïdes; elle passe de cellule à cellule, ou, en d'autres termes, après être entrée dans une première, elle en sort pour entrer dans une seconde, et ainsi de proche en proche.

Dans l'animal, il en est à peu près de même. L'eau ou les matières absorbées aux surfaces rencontrent des cellules épitbéiiales en une ou plusieurs couches, cellules dans lesquelles elles entrent et desquelles elles sortent pour franchir finalement les membranes des vaisseaux et s'associer aux courants sanguins ou lymphatiques.

Tout cela se réduit plutôt à un phénomène d'osmose et de diffusion qu'à des phénomènes d'imbibition et de capillarité; car toujours les liquides, au lieu de passer dans des pores ou des interstices de forme quelconque, entrent dans des cellules à parois pleines, continues, les gonflent^ puis s'en échappent pour passer dans d'autres, et ainsi successivement, jusqu'au moment de leur entrée dans les vaisseaux, qui en effectuent finalement le transport rapide et la dispersion.

Ce phénomène d'osmose est analogue, par un côté, à ceux qu'on reproduit dans les conditions expérimentales. Il y a un courant de l'extérieur vers l'intérieur; le liquide du dehors monte vers celui du dedans, dont il est séparé par une membrane perméable; il la traverse, et se mêle au liquide intérieur qui, en raison de ses sels, de ses éléments albumiueux, colloïdes, possède un pouvoir osmogène assez marqué. Mais cette osmose physiologique a deux caractères spéciaux : d'une part, elle n'a qu'un seul courant sans contre- courant appréciable; d'autre part, elle s'accom- X>agne d'une élaboration, d'une modification des matières absorbées. Ces deux caractères tiennent aux conditions dans lesquelles l'organisme place les parties à traverser et à \à nature des matières saisies.

Les forces moléculaires qui donnent lieu à la capillarité, à l'osmose, à la diffusion^ agissent ici et deviennent les causes efficientes de la pénétration de la matière étrangère à travers les tissus; mais les puissances vitales règlent l'introduction, la dirigent, en déterminent la vitesse par les conditions et les limites qu'elles assignent à l'action des premières. C'est par là que l'absorption, tout en restant phénomène physique, est, jusqu'à un certain point, sous la dépendance des influences vitales.

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