‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 9 sur 239 · IV. -r- Vitesse de l'absorption, divers degrés d'activité · texte numérisé non relu

IV. -r- Vitesse de l'absorption, divers degrés d'activité

La vitesse de l'absorption dépend de diverses conditions anatomiques et physiologiques qu'il importe de préciser : 1^ du degré de périffiSabilité des parties qui absorbent, soit qu'elles se trouvent tout à fait dénudées, soit qu'un cpithélium ou une couche de mucus en recouvre la surface ; 2*^ du degré de miscibilité de la substance avecles fluides qui imprègnent les tissus ou qui remplissent les vaisseaux ; h'' de sa ^iffusibilicé plus ou moins grande; 5"* enfin de la vélocité des courants qui l'emportent après son absorption.

La perméabilité du tissu est la circonstance qui influe le plus sur la rapidité de l'absorption. Nous avons vu, en effet, avec quelle lenteur les fluides traversent le

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tissu de la peau recouvert de son épiderme, et avec quelle promptitude, au con^ traire, ils pénètrent les membranes séreuses et les muqueuses minces, comme celles des bronches et des vésicules pulmonaires. Pour apprécier exactement le temps nécessaire à Timbibition d'une membrane mince, MûUer tendit sur le col d'un flacon, contenant une solution de cyanure potassique, la vessie d'une grenouille, et sur un autre la membrane réticulée du poumon de cet animal. Ayant appliqué sur la face libre de ces membranes une goutte de chlorure de fer, et renversé au même instant les deux flacons, il vit en moins (f une seconde se former une tache bleue dans le point touché par le sel de fer. Il n'avait donc fallu qu'une seconde pour que le cyaoure traversât le tissu membraneux et vînt se combiner avec le sel ferrique. Or la couche mince qui sépare les réseaux vasculaires de la surface libre d'une villosité ayant une épaisseur moindre que celle de la membrane pulmonaire des batraciens, les villosités doivent s'imprégner pour ainsi dire instantanément des fluides mis en contact avec elles. Puis les courants sanguins peuvent, en les saisissant immédiatement, leur faire décrire un tour complet de circulation en moins

d'une minute.

Le degré de miscibilité de la substance à absorber avec l'eau, avec le mucus et les produits de sécrétion influe beaucoup aussi sur l'absorption. Les graisses non miscibles à l'eau sont absolument réfractaires. Ces graisses émulsionnées entrent plus facilement, parce qu'elles se mêlent mieux aux liquides qui mouillent les membranes ; elles passent mieux aussi dans les expériences lorsque les membranes sont imprégnées de bile ou d'une solution alcaline. D'ailleurs, l'osmose n'a lieu qu'entre les matières miscibles et capables de mouiller les cloisons qui les séparent

La diffusibilité crée des diflérences énormes dans la rapidité de la fonction. Les substances peu difl'usibles, comme les albuminoîdes, sont peu aptes à l'absorption. L'albumine soluble, qui a un pouvoir diiïusif 8 fois 1/2 moindre que le sucre, 19 fois moindre que le chlorure de sodium, emploie à se diffuser un temps qui est à celui du sel marin : : 40 : 2,3. L'albumine non modiGée, qui, d'après Funke, est 10 fois moins diffusible que l'albuminose, doit s'absorber moins vite que celle-ci. La gomme, le mucilage, qui se diffusent moitié moins vite que le sucre, s'absorbent aussi plus lentement que ce principe. La gomme arabique, par exemple, dont le pouvoir de difliision est à celui du chlorure de sodium : : 0>00/i : 1, passe probablement suivant un rapport analogue. Les substances dont la diffusibilité est trèsgrande, comme Téther, la nicotine, l'acide cyanhydrique, sont absorbées avec une rapidité extrême et produisent des effets foudroyants.

La vélocité des courants a aussi une influence notable. Les substances qui passent surtout par les vaisseaux sanguins agissent très-vite, et moins celles qui suivent la voie des lymphatiques.

La rapidité de l'absorption ne se mesure pas très-facilement. On la détermine par divei^s moyens. S'il s'agit d'un poison, c'est par le temps qui s'écoule entre l'instant de l'administration et le développement des premiers symptômes d'intoxication. Si on a affaire à une substance reconnaissablc dans le sang, le chyle, la lymphe ou les produits de sécrétion, c'est par le temps que cette substance met à devenir sensible dans CCS liquides, dans l'urine, la salive, elc Mais, dans ces deux cas, la vitesse réelic est plus grande que celle qu'indiquent les symptômes pu les réactions; car,

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sauf poar les poisons énergiques, comme Tacide pnissique, dont les premières quantités suffisent au développement des effets toxiques, ceax-ci apparaissent seulement à compter du moment où les quantités absorbées se sont additionnées dan» des limites pins ou moins étendues. En ce qui concerne les substances à déceler par les réactif, leur présence n'est appréciable qu'à partir de l'instant où les fractions reçues successivement et disséminées dans une masse énorme de liquide forment un total assez considérable. Il faut donc, dans les deux cas, déduire du temps qui indique la vitesse apparente de l'absorption, celai qui est employé pour ajouter aux premières quantités de poison prises les quantités nécessaires au développement des effets toxiques, ou le temps qui s'écoule entre l'admission des premières molécules d'un sd et l'instant oà la masse de ces molécules devient assez grande pour être sea* sible aux réactif. De plus, s'il s'agit de substances à éliminer, il faut défalquer encore le temps employé par le travail d'élimination.

Mais en négligeant ces corrections et en prenant les faits tels qu'ils s'observent. Ut viiesse de l'absorption se montre le plus souvent très-grande, souvent prodigieuse.

En effet, Fontana a constaté depuis longtemps qu'un pigeon mordu par une vipère meurt, si l'amputation du membre sur lequel le venin a été déposé n'est pas pratiquée au moins quinze secondes après la morsure : passé ce temps, l'amputation ne peut sauver l'animal. Donc en quinze secondes le venin est absorbé et répandu dans les voies de la. drcnlation. S^las a vu l'extrait alcoolique de noix vomique injecté dans les voies aériennes produire ses effets ordinaires en un espace de quinze secondes. Le sulfate de strychnine en dissolution versé dans le bec de petits oiseaux leur donne le tétanos en moins de vibgt-cinq secondes, d'après mes propres observations. Le même sel, à la dose de 25 centigrammes dissous dans 15 grammes d'eau et injecté brusquement dans les bronches d'un chien, détermine un tétanos violent en quarante secondes, comme je l'ai constaté sur un animal très-vigoureux, Nous avons vu, M. Bouley et moi, l'acide cyanhydrique injecté dans l'intestin grêle du cheval déterminer la chute de l'animal au bout d'une minute à une minute et demie; il tue en 10 à 20 secondes, presque d'une manière foudroyante, s'il est versé sur la conjonctive d'un petit animal. Mayer a retrouvé dans le sang, après deux à cinq minutes, le cyanure ferrico-potassique injecté dans les bronches d'un chien. J'ai constaté la présence du même sel dans ce liquide à la quatrième minute qui suivit son injection à la dose de 50 grammes dans la trachée d'un cheval. La noix vomique injectée en dissolution à la dose de 32 grammes dans la plèvre du cheval développe le tétanos en trois minutes. Dans ces dernières circonstances, si l'absorption paraît plus knte que dans les premières, c'est qu'une quantité un peu considérable de poison ou de sel doit s'accumuler dans le sang pour y devenir sensible et déterminer sur l'oi^anisme des effets appréciables. Or, en moins d'une minute, il entre dans le torrent circulatoire nue somme de strychnine suffisante pour donner le tétanos ; en trois à quatre minâtes, il pénètre dans la masse du sang assez de prussiate de potasse pour y être reconnaissable, quoique mêlé à vingt ou vingt-cinq litres de ce fluide» Sans doute au bout de quelques secondes il s'en trouve déjà dans les vaisseaux^ mais en proportions trop minimes pour y être retrouvé.

Partant de ces données parfaitement établies, il ne faut point s'étonner de l'ineffi-

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cacité des cautérisations employées au bout de cinq à six minutes pour prévenir les effets des ^îrus inoculés dans les plaies. Il ne faut pas une période aussi longue que celle-là pour qu'une partie du principe virulent soit absorbée et fasse plusieurs fois le tour de l'arbre circulatoire. Néanmoins la logique indique qu'il ne faut pas négliger l'usage de ces moyens, même au bout d'un temps bien plus considérable; car les virus mêlés à des mucosités épaisses, comme celui de la morve, ou à une salive visqueuse, comme celui de la rage, ne soiit pas dans les meilleures conditions |)our être totalement et rapidement absorbés, d'autant qu'ils ))cuvent être enveloppés de sang extravasé et en rap(X)rt avec des parties contuses dans lesquelles les courants vasculaires sont ralentis ou momentanément suspendus. Du reste l'application do feu, celle des caustiques sur les parties dans lesquelles les virus ont été portés, l'excision de celles qui sont imprégnées de ces principes morbides, peuvent encore être utiles en enlevant ou en détruisant ce qui n'a pu être saisi dès les premiers moments de l'inoculation. Mais ce sont là des points sur lesquels je ne dois pas insister ici.

La vitesse de l'absorption, telle que les expériences la mettent en évidence, suffit à peine à expliquer l'extrême promptitude des effets produits par certains poisons, i'adde cyanhydrique par exemple. Gomme cet agent subtil déposé sur la conjonctive tue en quelques secondes, ou en un espace moindre que celui qui serait nécessaire pour lui faire parcourir. le cercle circulatoire, on est porté à penser qu'il peut aller frapper le système nerveux par une autre voie. Peut-être est-ii porté au cerveau, ainsi que le croit M. Bérard, par un reflux du sang de la conjonctive dans la veine ophthalmique, et de là dans les sinus caverneux de la dure-mère, reflux déterminé par les mouvements respiratoires.

L'activité de l'absorption peut être influencée par la circulation plus ou moins rapide, par le degré de plénitude du système vasculaire, par les sécrétions et l'état de leurs produits, par la pression, la chaleur, l'électricité.

L'imbibilion par capillarité, l'osmose, la diffusion, ne déterminent que des courants d'une extrême lenteur. Au moins c'est ce qui peut être facilement constaté sur les plantes qui ont les radicules plongées dans les liquides colorés dont l'ascension se suit à l'œil nu et se mesure exactement. Il faut le concours de la circulation pour imprimer un mouvement rapide aux matières saisies, pour les transporter vite et très-loin des points où elles ont pénétré.

La circulation agit d'abord en maintenant à un degré constant le pouvoir osmogène du sang dans les parties qui absorbent, car ce pouvoir diminue à mesure que ce fluide se charge de la matière étrangère.

Elle conserve à la diffusion son énergie initiale, énergie qui tend à s'affaiblir à mesure qu'augmente dans le sang la quantité du liquide diffusé; par conséquent elle tend à maintenir intacte, comme le dit M. Milne-Edwards, la puissance de réception du liquide (1).

Tout ce qui accélère le cours des liquides dans l'ensemble de l'appareil circulatoire, et particulièrement dans les systèmes capillaires des parties où s'effectue l'ab^ sorpiion : les stimulations générales ou partielles^ les frictions sur certaines parties

(1) Edwards, leçons dephysioL et (Panât, comp,, t. Y, p. 196.

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do Gorps^ telles que celles employées pour faire disparaître la graisse des régions muscolaires chez les athlètes et les chevaux de course; l'application des huiles essentielles ou de certains liuiments, agissent favorablement en activant la circulation capillaire. Tout ce qui, au contraire, ralentit la circulation dans une partie, Toblitération de quelques artères^ les liens compressifs sur le trajet des veines^ affaiblit Tabsoiption. Aussi l'application momentanée de liens circulaires autour d'un doigt ou d'un membre peut-elle prévenir l'absorption des venins et des virus en attendant la cautérisation. Les lotions astringentes, les aspersions de liquides coagulants sur les plaies, tout en diminuant la perméabilité des tissus et en ralentissant la circulation, capillaire, apportent des entraves à l'absorption.

La suspension totale de la circulation rend l'absorption extrêmement lente. A la suite de la ligature de l'aorte postérieure qui arrête à peu près la circulation dans le train postérieur, l'anliar mis dans une plaie de la cuisse ne produit ses effets qu'après plusieurs heures, au lieu de les produire après quelques minutes comme dans les conditions ordinaires.

Le degré de plénitude du système vasculaire exerce sur cette fonction une action des plus remarquables, que lès expériences de M. Magendie ont mise en évidence.

Le savant physiologiste ayant injecté près d'un litre d'eau dans les veines d'un chien, mit dans la plèvre une faible dose d'une substance vénéneuse. Les effets du poison ne se manifestèrent que plusieurs minutes après l'époque à laquelle ils se montrent ordinairement

Dans une autre expérience, on injecta par les veines autant d'eau tiède que l'animal put en supporter, c'est-à-dire environ deux litres. Le poison resta sans effet Au bout d'une demi- heure, aucun des symptômes qui dans les circonstances ordinaires apparaissent en deux minutes ne s'était encore fait remarquer. Une large saignée fut alors pratiquée, et les effets de l'agent toxique se développèrent à mesure que le sang coulait.

Dans une troisième expérience, l'animal fut privé d'une demi-livre de sang, puis reçut le poison comme précédemment. Cette fois les effets, qui n'auraient dû se produire qu'au bout de deux minutes, se firent remarquer avant la trentième seconde.

Enfin, pour montrer que c'était bien la distension des vaisseaux et non le changement d'état du sang qui ralentissait l'absorption, IVL Magendie fit une saignée à un chien, et lui rendit par les veines une quantité d'eau tiède égale au sang retiré des vaisseaux. Les effets de l'agent toxique furent aussi prompts et aussi intenses que dans les circonstances ordinaires.

On conçoit, d'après cela, comment l'absorption cutanée devient d'autant plus active chez les batraciens plongés dans l'eau que ces reptiles ont perdu davantage par la transpiration à l'air libre. Oa comprend de même comment l'absorption est plus active par l'estomac, l'intestin, les voies respiratoires, chez les animaux à jeun et débilités par des pertes de diverse nature ; comment celte absorption s'active par le fait de la diète, de l'abstinence, de l'exercice, de la transpiration abondante, des émissions sanguines, etc. C'est sur la connaissance de ces faits importants qu'est basé l'emploi des saignées et des moyens qui excitent les sécrétions cutanées, intestinales, arinaires, pour obtenir la résolution des œdèmes, des hydropîsies, des infiltrations

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considérables, moyens dont les effets doivent être salutaires, s'ils sont appliqués avec assez de mesure pour ne pas trop débiliter Torganisme.

Les divers états du sang, les modifications de sa composition chimique ont aussi une action incontestable. Le sang a d'autant plus d'aptitude à se charger d'une substance qu'il en contient moins. S'il est épais, il devient très-avide d'eau ; s'il manque de chlorure de sodium ou d'une autre matière minérale, il l'absorbe trèsactivement. Au contraire il prend difficilement les substances qu'il possède déjà en grande quantité et dont il est saturé, car alors son pouvoh* osmogène est affaibli, ainsi que son aptitude à faciliter la diffusion de ces mêmes substances, particularité d'où découle en thérapeutique l'utilité de changer, au bout d'un certain temps, les agents médicamenteux. Dans certains cas, ses altérations lui font perdre la faculté de se charger d'oxygène. Nous verrons plus tard, en effet, que les globules du sang se comportent en raison de leur enveloppe membraneuse, comme les autres cellules à pouvoir osmotique variable.

Les sécrétions peuvent, par elles-mêmes, et par leurs produits, activer ou ralentir Pabsorptîon. Le travail sécréteur déterminant un courant liquide de l'intérieur à l'extérieur est par lui-même une cause de ralentissenient; mais comme il coïncide avec l'expansion des vaisseaux, avec l'accélération de la circulation, il peut l'activer ^mme cela parait arriver à la peau. Toutefois par ses produits il entrave généralement les actes d'absorption. Il est clair que les matières sébacées de la peau, surtout dans certaines régions, celles de l'entrée des cavités muqueuses, le mucus épais de l'estomac, le mucus intestinal des animaux à jeun , sont des obstacles à la pénétration des matières étrangères. Quelques produits seulement, comme la bile pour la muqueuse intestinale, favorisent l'absorption; d'autres, comme le suc intestinal, rendent solubles les huiles, les résines, le phosphore, l'iode; quelques-uns, et notamment le suc gastrique, rendent solubles les bases, telles que la chaux, la magnésie; enfin, les produits de la transpiration cutanée, par les chlorures qu'ils •contiennent, rendent possibles, d'après M. Mialhe, l'absorption du mercure en le convertissant en deuto-chlorure, etc. '

La pression atmosphérique cl celle des corps extérieurs peuvent exercer une influence très-marquée sur l'absorption.

On sait que le mercure, qui ne passe pas à travers la peau tannée, la traverse si la pression exercée sur le métal est un peu forte. La filtration, qui est lente à la pression ordinaire, s'accélère beaucoup quand cette pression s'accroît; celle de certains liquides ne peut être obtenue même que par une pression exagérée : ainsi, la filtration de l'huile à travers les parois de la vessie, celle de l'eau à travers les mêmes parois sous une pression de 12 pouces de mercure, celle d'une solution concentrée de Sel marin sous une pression de 18 à 20 pouces, d'après les recherches de Cima.

La pression exercée sur les liquides par les contractions intestinales devient très-utile à l'absorption des substances peu endosmotiques, ce serait même sous son influence que, suivant plusieurs physiologistes, M. Béclard entre autres, aurait lieu l'absorption des matières grasses. Celle que développent les mouvements du diaphragme par rapport à l'abdomen, les contractions musculaires, la pression des gaines aponévrotiques de la peaiu devient favorable à la résorption des infiltrations sous-cutanées et des épanchements divers.

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Tout ce qui augmente cette pression active plos ou moins la fonction qui nous occupe. Les frictions exercées lors de l'application des médicaments sur la peau deviennent très-utiles sous ce rapport; sans compter qu'elles agissent encore, comme nous venons de le dire, en accélérant la circulation capillaire, en détachant les couches superficielles de l'épiderme et en appliquant plus exactement la substance à hi surface tégnmentaire. On sait que les bandages sur les dilatations synoviales, sur les tumeurs molles, en activent la fonte. L'appareil à l'aide duquel Murray augmentait la pression extérieure favorisait ainsi l'absorption des médicaments.

La diminution de pression retarde et peut même suspendre l'absorption. Les expériences de Barry ont bit voir que le vide incomplet des ventouses sur les plaies empêche Fabsorption du venin de la vipère, 4e la strychnine, de l'npas, de l'acide cyanhydrîque, tant que ces ventouses restent en place; elles ont fait voir de plus qu'après l'enlèvement de ces ventouses l'absorption du poison peut encore demeurer suspendue pendant une demi-heure, une heure même et davantage. On conçoit, d'après cela, les avantages qu'on pourrait retirer de l'emploi d'un tel moyen pour prévenir les suites de la morsure du chien enragé, de l'inoculation des virus et des matières sepliqnes. D'ailleurs, la succion, l'aspiration exercée sur les morsures des feptiies venimeux, agit de cette manière, et plus efficacement encore, en retirant au moins une partie de l'agent nuisible. Les bons effets de ce moyen, employé par les psylles égyptiens et les guérisseurs vulgaires, trouvent ici. leur explication.

La chaleur, dans certaines limites, favorise l'absorption en dilatant les tissus, en rendant les liquides étrangers plus miscibles à ceux de l'organisme et aux produits des sécrétions tégumentaires, en facilitant la diffusion; elle rend l'imbibition et l'osmose plus active, au point que, dans les expériences, on a vu doubler et tripler de 0 à SO degrés les quantités d'eau qui pénètrent dans un osmomètre plein d une solution de gomme. Les corps gras appliqués sur la peau, les fomentations, les applications émoilienles agissent beaucoup plus vite à une température un peu élevée qu'à une basse température.

L'électricité influence aussi manifestement l'absorption. Bien que le galvanomètre le plus sensible n'indique l'existence d'aucun courant dans les liquides de l'osmomètre on do bain dans lequel l'instrument est plongé, les courants électriques favorisent l'imbibition et l'osmose. On sait que ceux de la pile entraînent souvent avec eux des particules d'eau avec des gaz résultant de la décomposition du liquide, et que, dans les expériences de Morin, ils font passer à travers les membranes des inîdes qui ne peuvent point spontanément les' traverser. Au reste, les phénomènes de l'osmose seraient dus en partie à l'électricité, d'après M. Becquerel. Alais jnsqu'ici on n'a point tenté d'appliquer l'électricité à l'absorption des agents médicamenteux.

Diverses substances appliquées sur les tissus ou associées aux matières à absorber influencent l'absorption. Tous les sels qui resserrent les tissus, tous ceux qui en coagulent les éléments et les produits de sécrétion la ralentissent : les sels de fer, le tannin, l'acide chromique, les divers astringents ; ils en modifient les conditions, resserrent les vaisseaux, les orifices des glandes, tous les passages accessibles aux matières étrangères. Les substances fluidifiantes la rendent au contraire plus IMnompte et fim iadle. Ce sont là des notions connues qu'il est inutile d'étayer sur

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des expériences faites avec l'endosmoinètre ou de simples portions de membranes prises sur le cadavre.

L'activité de l'absorption, indépendamment des influences qui peuvent l'accélérer ou la ralentir, offre des variations notables qui paraissent dépendre de conditions purement anatomiques.

Elle est portée an plus haut degré dans les voles aériennes, puis dans l'intestin grêle, le tissu cellulaire, les membranes séreuses. Elle est à peine sensible dans le tissu des cartilages, des tendons, des ligaments ; elle Test même très-peu dans le tissu des nerfs et dans la substance assez vasculaire des centres nerveux, car il a été démontré que l'opium, la strychnine, l'upas, l'acide cyanhydrique, déposés sur de gros cordons nerveux et sur la substance cérébrale, y restaient sans effet, ou ne déterminaient de faibles symptômes d'empoisonnement qu'après de longues périodes.

L'activité de l'absorption est telle sur certaines membranes muqueuses, que plusieurs litres d'eau disparaissent des bronches d'un cheval en moins d'une heure. Quoique un peu moins prononcée dans l'intestin , elle enlève dans une période de vingt -quatre heures, chez le cheval, plus de 60 litres de liquides, provenant soit des boissons, soit des sucs digestifs. Dans tous les cas, elle n'entraîne pas la disparition complète des poisons pendant le temps qui s'écoule entre leur ingestion et le moment où ils tuent. Aussi quand un chien meurt vingt à vingt-cinq minutes après qu'on a injecté dans son estomac 6 à 7 grammes d'extrait de noix vomiquedélayée^ le viscère garde encore de quoi empoisonner un autre chien de même taille. L'acide cyanhydrique, qui, injecté dans une anse d'intestin grêle, tue en quatre à cinq minutes, se retrouve encore après la mort en quantité appréciable dans cette anse» La noix vomique, introduite dans l'une des plèvres du cheval à la dose de 32 grammes et sous forme de dissolution aqueuse, se retrouve encore après la mort en proportion très-notable dans ce sac séreux, et s'y fait recotinaîlre à son extrême amertume et à sa couleur.

Il est une foule de conditions pathol(^iques qui peuvent influencer, très-diversement, l'activité de l'absorption. On en connaît un certain nombre.

Sur les sujels malades qui ne mangent pas, l'absorption est active partout, h l'exception de l'absorption gastro-intestinale, laquelle est manifestement affaiblie tant par suite du resserrement, de l'inertie de l'intestin, que de l'épaisseur et de la densité de la couche de mucus étalée sur la membrane absorbante. S'il y a de la fièvre, elle peut activer l'absorption, et, notamment, celle de l'eau, en raison de Tépaississement du sang. Elle doit l'accélérera la peau pendant la période de réaction et l'affaiblir à celle du frisson. S'il y a adynamie, affaissement extrême, comme dans les maladies où le systètne nerveux est gravement atteint, elle peut languir par le fait du ralentissement de la circulation, ou paraître ralentie faute de la réaction neneuse capable de révéler les effets de l'introduction des médicaments dans le système sanguin. Enfm, dans le cas d'altération du sang, elle peut être également entravée et rendre inefficaces les médications les plus rationnelles et les plus énergiques. On sait que, par exemple, dans le choléra elle est à peu près nulle dans les voies digestives.

y. — Influence du système nerveux sur l'absorption.

Josqo'ici les physiologistes ont été partagés sur la question de savoir si l'absorpfioD est, dans certaines limites, subordonnée à Tinfluence du système nerveux. Les «08 ont prétendu que les nerfs n'ont pas d'action sensible sur cette fonction, les -an&vs ont avancé qu'elle ne peut s'opérer en dehors de l'intervention nerveuse. Ces deux opinions contradictoires sont également fausses : elles ne reposent que sur des expériences mal exécutées et mal interprétées.

Il est clair que l'imbibition» la capillarité, l'osmose, la diffusion, qui sont des l^hénoniènes purement physiques, ne dépendent pas de l'influence nerveuse, fNiisqu'ils s'accomplissent sur le cadavre comme dans les osmomètres inertes, iermés par des cloisons inorganiques ou par des membranes mortes; mais les con- ^tions de ces phénomènes : la perméabilité plus ou moins grande des membranes, léut de leurs revêtements épithéliques, l'abondance de leur mucus, ractivîté des courants sanguins ou lym(riiatiques qui les parcourent dépendent incontestablement 41'aclions vitales réglées par le système nerveux. Tout ce que nous verrons plus tard nous prouvera que le système nerveux, étranger aux actes physiques de Tahsorpiion, tient néanmoins cette fonction sous sa dépendance, en réglant les diverses 4:oiiditions de son activité.

Voyons les bits.

Ghristison et Goindet ont remarqué les premiers que l'acide oxalique injecté dans J'estomac agit moins vite après la section des nerfs vagues, que dans le cas où les nerfs sont intacts. Dupuy a constaté que la noix vomique injectée dans l'estomac du ^eval, afMrèsla section des nerfe vagues, ne prodoit plus d'empoisonnement. Les premiers ont conclu défaits observés sur le chien, qu'à défaut d'influence nerveuse, 4*abcwrption gastrique est ralende; et le second, que, dans les mêmes circonstances, elle ne s'effectue pas chez les solipèdes. Or, ces deux conclusions, en apparence iort logiques, ne sont nullement fondées. Voici ce qui se passe réellement sur le chien et sur le cheval.

Après rinjection d'un poison dans l'estomac du chien ou d'un autre Carnivore, st la section des pneomo-gastriques a été faite préalablement, l'absorption s'effectue encore, mais elle peut être ralentie parce que le viscère paralysé, au lieu de chasser une partie de l'agent toxique dans l'intestin, le garde tout entier : l'absorption demeure donc alors limitée à l'estomac au lieu de s'étendre enlmême temps à l'intestin, comme cela a lieu dans les drconstances ordinaires.

Biaôs, à la suite de l'ingestion do poison dans l'estomac du cheval dont les nerfs vagoes sont coupés, les choses se passent tout autrement Gomme, d'une part, ce YÎscère paralysé ne pousse rien dans Tintestin, et que, d'autre part, sa muqueuse ne peut ahsorber d*nne manière sensible, il garde intacte la totalité de la substance délétère et aucun symptôme d'empoisonnement ne se manifeste.

En effet, nous avons démontré, M. Bouley et moi, comme on le verra plus com-

.pKtement au chapitre de Tabsorption gastrique, que les substances toxiques ingé-

fées dans l'estomac du chien, et retenues dans sa cavité par la ligature du pylore,

tuent très-rapidement, que lesnerb soient coupés ou qu'ils restent intacts , tandis

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