III. — Nature des actio;ïs chimiques de la respiration
Nous venons de voir que dans les actes chimiques de la respiration, d'une part, l'air perd de l'oxygène, reçoit de l'acide carbonique, de l'azote et de la' vapeur 4'eau, que, d'autre part, le sang arrivé noir s'en retourne vermeil, chargé d une plus forte proportion de fibrine, de globules, <le sels, etc. Il s'agit de rechercher ce que devient l'oxygène absorbé, d'où dérivent le carbone et l'hydrogène brûlés, de reconnaître en quels points s'opère celte combustion, en un mot, de déterminer, s'il est possible, la nature et les caractères des phénomènes essentiels de l'hématose.
Tout d'abord nous pouvons dire que la fonction du poumon est beaucoup plus «impie qu'on ne l'avait cru à Tépoque des mémorables découvertes de Lavoisier. €et oi^ane .alors considéré comme le siège des actions chimiques qui modifient la composition du sang et celle de l'air n'est en réalité que le lieu de rendez-vous où les deux fluides se mettent en contact, et échangent entre eux divers matériaux, le lieu où l'air asde son principe vivifiant, et celui où le sang se débarrasse des principes oxydésT Les actions dites d'hématose ne sont que des substitutions, et la conversion du sang noir en sang rouge n'est à la fois que le résultat d'un* emprunt de gaz comburant et d'une réjection de produits brûlés.
PBÊNOMËNES CHIMIQUES DE LA RESPIBATION. S21
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phénomènes d'oxydation, de combustion, de dédoublement, qui 8*opèrent consécutivement à l'absoiption de l'oxygène atmosphérique n'ont certainement pas le poumon pour foyer exclusif. Cet organe n'en est pas môme le siège principal. Ils commencent en lui pour se continuer dans toute l'étendue du système vasculairc, notamment dans les capillaires et en dehors des vaisseaux, dans la substance propre des divers tissus. Les actions chimiques dues à l'oxygène sont même si indépendantes du poumon qu'elles continuent Si s'opérer pendant un certain temps, comme SpallanzanI, Yf. Edwards et MûUer l'ont prouvé, alors que cet organe cesse d'absorber de l'oxy gène, ainsi que cela arrive aux animaux plongés dans l'hydrogène ou l'azote. Elles persistent tant que la provision d'oxygène contenue dans le sang et dans les tissus n'est pas épuisée ou tant que ce gaz peut arriver au sang, quelle que soit la voie de son introduction.
C'est surtout dans les tissus ou dans les parenchymes que Jes actions chimiques s'opèrent de la manière la plus évidente. Chez les animaux sans circulation et à respiration diffuse, l'air va directement se mettre en contact avec les divers tissus et les liquides qui les baignent; il les pénètre de toutes parts, les imprègne et partout il opère sur place une combustion lente. Chez les articulés, les insectes entre autres, oùl'air est porté dans toutes les parties par un vaste système de trachées ramifié à l'infini, il n'agit qu'en sortant des dernières ramifications pour se disperser dans la substance des tissus ; c'est dans celte substance que l'oxygène va se dissoudre, c'est là qu'il s'échange contre l'acide carbonique produit.
Chez les types supérieurs du règne animal qui ont un système vasculaire, le sang est l'intermédiaire entre les régions de l'absorption de l'air et les parties où il est employé : le sang dissout l'oxygène pour le porter sous celte forme daas toutes les parties, comme les trachées le portent directement à l'état gazeux chez les insectes. Et dans les deux cas, c'est à travers des parois membraneuses que Toxygène s'échappe pour arriver à la substance des tissus; c'est à travers ces mêmes parois que l'acide carbonique sort du tissu pour entrer dans les voies de son exportation. Sous ce rapport, il n'y a aucune différence entre ce qui se passe dans les tissus et ce qui a lieu dans le poumon. C'est, dans tous les cas, à travers les membranes humides que se font les échanges gazeux.
Une fois que l'oxygène est arrivé au tissu, il peut agir à la fois sur le plasma qui l'imprègne et sur la substance des cellules ou des fibres. C'est là ce qu on doit appeler la respiration des tissus. Elle emprunte au sang son oxygène et lui restitue de l'acide carbonique, elle lui fait perdre sa teinte vermeille et le rend plus ou moins sombre, presque noir.
Spallanzani est le premier physiologiste qui ait mis en évidence la respiration des tissus. Cet éminent observateur a vu que la substance cérébrale, celle de la moelle épinière, le tissu cellulaire, le tendon placé sous des éprouvettes, absorbent de l'oxygène. G. Liebig et d'autres ont confirmé ces observations et démontré en outre que les tissus rendent de l'acide carbonique en échange de l'oxygène qu'ils ont absorbé. M. Bert (1) a trouvé que 100 grammes de chacun des tissus suivants
(1) P. Berl, Leçons sur fa phymh comp, de la respiration, p. 46.
G. COLIN. — Physiol. comp., 2»èdit. n. — 21
0£ LA RESPIEATION.
ont, en vingt-quatre heures^ absorbé de Tozygène et dégagé de Tacide carbonique dans les proportions qu'indique le tableau.