‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 4)Chapitre 10 sur 191 · DE L'OBGANISATION EN GÉNÉRAL, DE SES FORMES ET DE SES LOIS · texte numérisé non relu

DE L'OBGANISATION EN GÉNÉRAL, DE SES FORMES ET DE SES LOIS

0epDis les temps les plus anciens' josqa'à nos jours, d*habiles observateurs ont été frappés de Tanalc^ie qui existe entre les différentes espèces animales : Àristote, Baflbn, Camper, Yicq d'Azyr, ont entrevu et développé, du moins en partie, le principe de Vunité décomposition organique si savamment défendu par Et. Geoffroy- Saint-Hilaire. D'après ce principe, envisagé dans le sens le plus étendu, tous les animaux seraient organisés suivant le môme plan , c'est-à-dire suivant un type constant, invariable : ce qui existe chez l'un devrait se retrouver chez tous les autres, avec quelques variantes de forme ou de développement ; en un mot, il y aurait dans tous un nombre égal de parties essentielles disposées dans le même ordre. Ce système, d'ailleurs fort séduisant, mais facile à battre en brèche, a eu pour adversaire G. Cuvier, qui a soutenu, avec l'autorité du génie et de la science des détails, que l'uniformité du plan, dans la création des animaux, n'est qu'une fiction, et, en mille endroits de ses ouvrages, l'illustre naturaliste s'est attaché à démontrer la pluralité des types d'organisation : ses idées sont aujourd'hui parta* gées par la plupart des zool(^stes.

Il y a bien, il est vrai, entre tous les animaux une certaine ressemblance de structure 9 mais cette ressemblance ne va pas loin et se trouve fondée plus encore sur les fonctions que sur les organes : passé cela, les dissemblances apparaissent. « Le polype, qui n*a pas un seul organe distinct, dit jM. Flourens, le polype, dont l'estomac n''est qu'une simple cavité creusée dans la substance commune et homogène de son corps, n'a pas la structure du mollusque, lequel a des organes des sens, des )eux, des oreilles, un système nerveux, une circulation complète, des artères, des veines, plusieurs cœurs, des glandes secrétoires, etc. De même celui-ci n'a pas la structure du vertébré (1). » Du reste, il n'est pas nécessaire, pour se convaincre que les animaux ne sont pas construits d'après le même plan, d'examiner comparativement tous leurs appareils organiques. Il suffit d'en considérer quelques-uns et les plus essentiels. Que l'on compare le système nerveux de l'animal rayonné avec celui du vertébré, le système de ces deux types avec celui des types intermédiaires, et l'on verra, du premier coup d'œil, qu'ils n'ont point la même forme. Qu'y a-t-il de commun entre la couronne de ganglions placée autour de la bouche de l'astérie et le cerveau^ la moelle épinière du poisson ou du mammifère ? Il n'y a pas analogie de forme, il n'y a pas davantage analogie de situation : le système nerveux est autour de la bouche dans l'astérie, il est sous l'appareil digestif dans l'articulé ; il est au-dessus de cet appareil dans le vertébré. Une comparaison générale des autres appareils, des autres organes, conduit au même résultat , c'est-àdire à la négation de l'uniformité du plan de composition organique. Ainsi, il n'y a pas, dans tous les animaux, même nombre de parties, même forme, même structure, mêmes rapports de ces diverses parties.

S'il y a pluralité des types dans l'organisation animale, combien y en a-t-ilet quels sont leurs caractères? Cuvier en admet quatre : 1° le type des rayonnes; 2« celui des articulés ; V le type des mollusques ; fx"" enfin celui des vertébrés.

Les rayonnes ont un corps dont toutes les parties sont disposées symétriquement autour d'un point central, un système nerveux très-simple, souvent peu dis-

(i) nourens, Histoire des travaux de Cuvier^ 2* édît., p. 273,

tinct. Us manquent de cœur et de circulation complète. Ils ont des organes de respiration, de sécrétion à l'état rudimentaire. £n un mot, toute leur organisation offre la plus grande simplicité et la plus grande confusion, do moins en apparence.

Les articulés ont un système nerveux formé de deux séries de renflements ganglionnaires réunis par des filets intermédiaires. Ces renflements, à l'exception du premier, sont situés au-dessous du canal digestif. Leur corps symétrique est divisé en segments transversaux. Ils sont souvent recouverts de pièces solides, articulées, qui constituent une sorte de squelette extérieur. Us ont des organes de circulation, de respiration et de sécrétion encore très-simples.

Les mollusques n'ont point de squelette. Ils possèdent un système nerveux placé en grande partie au-dessous de l'appareil digestif et dépourvu de moelle épinière. Us manquent de grand sympathique bien caractérisé, et souvent de plusieurs organes des sens. Mais ils ont déjà une double circulation, des organes respiratoires et des glandes.

Les vertébrés sont les animaux les plus parfaits. Us ont un système nerveux composé d'un cerveau et d'une moelle épinière renfermés dans une enveloppe solide et de nerfs disséminés dans toutes les parties. Us ont un squelette intérieur arti* culé, osseux ou cartilagineux, un cœur, une double circulation, des organes des sens, des sexes séparés.

Bien que les êtres qui entrent dans ces quatre embranchements aient une organisation qui va, en se compliquant, de l'inférieur vers le plus parfait, ils ne paraissent cependant pas susceptibles d'être disposés sur une même ligne, une môme série , de manière à former une chaîne non interrompue. Dès l'instant qu'ils ne sont pas construits d'après un même plan qui irait graduellement en se perfec* tionnant, ils ne peuvent être mis les uns à la suite des autres ; les êtres d'un embranchement ne se lient à ceux de l'embranchement voisin par aucun intermédiaire, et l'on ne voit pas de modification profonde à chaque point extrême pour amener la fusion avec celui qui précède ou qui suit II y a donc solution de continuité dans la série.

Avant que l'histoire naturelle fût perfectionnée comme elle l'est aujourd'hui, avant surtout que l'anatomie comparée l'eût éclairée de ses lumières, on pensait que les animaux formaient une chaîne non interrompue qui se liait même à celle des plantes, et si intimement, qu'il paraissait difficile d'établir une démarcation nette entre les deux règnes. Ce fut Bonnet qui mit en relief cette idée. « Il rangea, dit iM. Flourens, les êtres sur une seule ligne, en allant du plus simple au plus compliqué, et il voulut que cette ligne fût partout continue^ c'est-à dire qu'elle n'offrît nulle part des interruptions ou des hiatus. • De Blainville donna h cette même idée un caractère plus scientifique, en tirant un grand parti des espèces fossiles pour remplir les vides de la série et établir une liaison entre les types voisins, mais isolés les uns des autres. Néanmoins, la plupart des naturalistes sont à peu près d'accord sur ce point, que les êtres vivants, cl spécialement les animaux, ne forment p^s une série continue, puisque l'ensemble de l'organisme ne se développe et ne se perfectionne pas graduellement; d'où il résulte qu'une série offre, si bien établie qu'elle soit, des solutions de continuité provenant de ce que les animaux 'd'un type ne se lient pas à ceux du type voisin par des espèces mixtes ou intermé-

DB L ORGANISATION EN GÉNÉRAL, DE SES FORMES Er DE SES LOIS. 9

diaires. Et comme ii n'y a nulle liaisoD naturelle entre deux types, le passage de l'oD à l'autre est heurté; il se fait par un saut pour franchir le vide.

Quoique les espèces animales, eu égard à leur organisation, ne puissent être disposées en upe seule série continue, il est cependant incontestable qu'elles offrent, dans Fenscmble de leur structure, un perfectionnement gradué qui, sans marcher, il est ?rai, également vite pour tous les organes et tous les appareils, marche en définitive de Tespèce la plus simple vers la plus compliquée. Ainsi^ en prenant Tappareil digestif, on le voit d'abord sous la forme d'un sac, sans parois distinctes et k une seule ouverture; bientôt c'est un sac à deux ouvertures; d'abord il n'a que la longueur du corps; plus tard il s'allonge^ se replie sur lui-même, et se renfle en certains points de son trajet. Dans le principe, toutes ses parties ont la même structure et remplissent le même office ; par la suite, il se fractionne en sections qui ont chacune leur structure et leur rôle particulier; enfin, des glandes nombreuses, qui lui manquent quand ii est à l'état rudimentaire, apparaissent à mesure qu'il se complique. Il en est de même pour le système nerveux, l'appareil respiratoire et tous les autres.

En somme, les appareils organiques se perfectionnent donc du rayonné au ver* tébré, mais ils ne suivent pas^ les uns par rapport aux autres, une complication proportionnelle et égale : il en est qui, dans certains groupes, marchent plus vite que d'autres vers le perfectionnement, pour marcher plus lentement dans certains groupes différents. Malgré ces irrégularités apparentes, l'oi^anisation se perfectionne on se complique, car ces expressions sont ici synonymes, suivant des lois constantes, invariables, qu'il est essentiel d'indiquer.

Guvier dit avec justesse « que ce qui est commun à chaque genre d'oi^anes^ considéré dans tous les animaux, se réduit à très-peu de chose, et que les organes aflectés au même emploi ne se ressemblent souvent que par l'effet qu'ils produisent (i). V II suffit de jeter un coup d'œil sur les principaux appareils pour se pénétrer de cette grande vérité.

Le système nerveux, qui est le système prééminent^ supérieur, qu'a-t-il de constant? Dès qu'il devient distinct, il s'offre sous l'aspect de petits renflements, donnant naissance à des filets; c'est là sa forme essentielle, fondamentale, qu'il conservera toujours. Mais ensuite quelles variétés dans le nombre, la forme, la situation, les rapports de ces masses et de ces filets ! L'appareil locomoteur est constitué, au fond, par la fibre contractile. C'est dans cette fibre que réside la disposition essentielfe de l'appareil. Qu'elle soit disséminée dans le parenchyme; qu'elle forme des couches sous la peau; qu'elle soit rassemblée en faisceaux; qu'elle s'unisse à des écailles, à des coquilles, à un squelette extérieur ou intérieur; que ce squelette se compose seulement d'un tronc ou qu'il ait en môme temps des appendices plus ou moins nombreux, tout cela n'est que de l'accessoire. L'appareil respiratoire n'est qu'une surface par laquelle l'air se met en rapport avec les fluides nutritifs; c'est là tout ce qu'il a de constant. Cette sni;face est d'abord celle de la peau ou de la paroi du sac digestif. Qu'elle se distingue ensuite de celle qui digère ; qu'elle se différencie des téguments ; qu'elle soit formée par des branchies, des trachées ou des pou -

(i) Cuvier, Anatomie comparée ^ t* I> P* 36.

10 IlfTRODDGTlON.

mons, ce sont encore ià des accessoires. L'appareil circulatoire, à son point de départ, est constitué par des canaux dans lesquels sont enfermés et mis en mouvement les liquides : il n'a pas d'autre caractère constant ; que ces canaux aient ou n'aient pas de parois propres, qu'ils soient tous semblables, ou bien que les uns constituent des artères et des veines, les autres des capUlaires et des lymphatiques ; qu'il n'y ait point de cœur, on bien qu'il y en ait un et même plusieurs ; que ce cœur ait un ou plusieurs ventricules, une ou plusieurs oreillettes; qu'il soit sur le trajet du sang veineux ou sur celui du sang artériel, ou encore au point de jonction des deux sangs, toutes ces dispositions varient à l'infini.

Si, au lieu de considérer les appareils, on se borne aux orgailes, on verra que ce qui est constant dans chacun n'est aussi que très-peu de chose. Comparez le cerveau du mammifère à celui de l'oiseau ; le cerveau des deux premiers à celui du reptile ou du poisson ; l'estomac du cheval à celui du bœuf; le cœur du vertébré à sang chaud à celui du vertébré à sang froid, et vous verrez que la somme des différences est bien plus grande que celle des dispositions constantes.

Ainsi, il y a^ dans chaque organe ou chaque appareil, des choses toujours semblables, ce sont les dispositions essentielles; d'autres, très-variables dans les divers groupes, ce sont les dispositions accessoires. Il faut donc admettre, en principe, que les modifications dans la forme et la structure des organes sont presque infinies, l'anatomie comparée le démontre ; mais elles ne sont pas, tant sans faut, susceptibles de s'allier toutes les unes avec les autres : il est certaines dispositions qui s'appellent ; il en est d'autres qui s'excluent, pour me servir des expressions du grand naturaliste; en un mot, c il y a des combinaisons obligées et des combinaisons impossibles. »

Les lois des rapports entre les organes sont fondées sur cette dépendance réciproque des fonctions. Comme ces rapports et cette dépendance sont invariables, les lois qui les régisent n'ont pas moins, d'après Cuvier, de rigueur que les lois métaphysiques et mathématiques. On peut les appeler les lois d'harmonie ; elles sont susceptibles de se réduire à deux : la première, celle des corrélations organiques; la seconde, celle de la subordination des organes. Quelques exemples suffiront pour les mettre en évidence.

Toutes les fois que la respiration est circonscrite ou localisée, il faut qu'il y ait un cœur pour lancer le sang vers le lieu où il doit se mettre en contact avec l'air, des vaisseaux pour l'y apporter, d'autres canaux pour le ramener dans toutes les parties ; il faut, ea un mot, qu'il y ait une circulation complète. La localisation de la fonction respiratoire rend donc la circulation indispensable, et si celle-ci n'existe point, il ne peut y avoir qu'une respiration disséminée; car, dès l'instant que le fluide nutritif ne peut aller chercher l'air, il faut que ce dernier vienne le trouver : or, comme le fluide nutritif est partout, il est de toute nécessité que l'air aille partout. C'est ce qui arrive chez les insectes : ils n'ont qu'une circulation imparfaite, leur fluide nourricier baigne toutes les parties, l'air va se mettre en rapport avec lui par des trachées ou canaux ramifiés.

La respiration et la circulation influent sur le système nerveux et sur la locomotion. Plus la respiration est étendue et complète, plus les mouvements sont prompts et énergiques, plus les sensations sont vives. C'est surtout chez les animaux supé-

DE L'ORGAinSATION EN GÉNÉRAL^ DE SES FORMES ET DE SES LOIS. il

rieurs que la relation est intime et nécessaire. La cessation de la circulation ou la suspension de Thématose anéantissent presque instantanément Faction nerveuse. Ces deux fonctions sont à leur tour dépendantes du système nerveux, pjaisque le cœur ne se contracte que par Tinlervention des nerfs, et que les organes accessoires, qui sont destinés à Taccomplissement des actes mécaniques de la respiration, ne peuvent agir que par suite de la même intervention.

La digestion a des rapports encore assez évidents avec la respiration et la circulation; elle est rapide chez les animaux à sang chaud, dont les repas sont très-rapprocbés; elle est lente, diflficile, chez les animaux à sang froid, dont l'hématose est ËiiMe et incomplète. Cette fonction, en apparence si indépendante des actes extérieurs ou de relation, est néanmoins liée intimement à la locomotion et aux actions nerveuses. Cnvier (1) a formulé avec son génie supérieur ces rapports qu'il n'est pas possible de mieux rendre que par ces admirables expressions : « Si, dit-il, les intestins d'un animal sont organisés de manière à ne digérer que de la chair, et de la chair récente, il faut aussi que ses mâchoires soient construites pour dévorer une proie, ses griffes pour la saisir et la déchirer, ses dents pour la couper et la diviser, le système entier de ses organes du mouvement pour la poursuivre et l'atteindre, ses organes des sens pour l'apercevoir de loin ; il faut même que la nature ait placé dans son cerveau l'instinct nécessaire pour savoir se cacher et tendre des pièges à ses victimes.... En effet, pour que la mâchoire puisse saisir, il lui faut une certaine forme de condyle, un certain rapport entre sa position et la résistance, et celle de la puissance avec le point d'appui^ un certain volume dans le musde crotaphite, qui exige une certaine étendue dans la fosse qui le reçoit, et une certaine convexité de l'arcade zygomatiquc sous laquelle il passe; cette arcade zygomatique doit aussi avoir une certaine force pour donner appui au muscle roasséter.

» Pour que l'animal puisse emporter sa proie, il lui faut une certaine vigueur dans les muscles qui soulèvent la tête, d'où résulte une forme déterminée dans les vertèbres où ces muscles ont leurs attaches, et dans l'occiput où ils s'insèrent.

» Pour que les dents puissent couper la chair, il faut qu'elles soient tranchantes, et qu'elles le soient plus ou moins, selon qu'elles auront plus ou moins exclusivement de la chair à couper. Leur base devra être d'autant plus solide, qu'elles auront plus d'os, et de plus gros os à briser. Toutes ces circonstances influeront aussi sur le développement de toutes les parties qui servent à mouvoir la mâchoire.

» Pour que les griffes puissent saisir cette proie, il faudra une certaine mobilité dans les doigts, une certaine force dans les ongles, d'où résulteront des formes déterminées dans toutes les phalanges, et des distributions nécessaires de muscles et de tendons ; il faudra que l'avant-bras ait une certaine facilité à se tourner, d'où résulteront encore des formes déterminées dans les os qui le composent, etc.

» Il est aisé de voir que Ion peut tirer des conclusions semblables pour les extrémités postérieuws,' qui contribuent]à la rapidité des mouvements; pour la composition du tronc et la forme des vertèbres, qui influent sur la facilité, la flexibilité de ces mouvements ; pour les formes des os du nez, de l'orbite, de l'oreille^ dont les rapports avec la perfection des sens de l'odorat, de la vue, de l'ouïe, sont évi-

(1) Cnvier, Discours sur les révolutions du globe, p. 63.

dents. En an mot» la forme de la dent entraîne la forme du condyle, celle de IV moplate, celle des ongles, tout comme Téquation d'une courbe entraîne toutes ses propriété. »

Ainsi, de quelque côté qu'on porte ses regards, on voit qu'il y a rapport, harmonie entre les divers appareils de l'économie, comme entre les divers organes d'un même appareil. De même que telle forme de respiration commande telle forme de circulation, telle forme de système digestif, telle autre de système locomoteur, de même aussi nue forme donnée dans les oi^anes de la mastication détermine celle de l'estomac^ de l'intestin, etc. La loi de corrélation organique est donc une loi rigoureuse, certaine et partout évidente. On pourrait l'appeler la loi des rapports ou la grande loi d'harmonie ; elle renferme implicitement toutes les autres. Cette harmonie une fois établie, l'organisation animale pouvait être variée dans ses mille détails secondaires ; aussi « la nature, en demeurant toujours, dit G. Guvier (1), dans les bornes que les conditions nécessaires de l'existence prescrivaient, s'est abandonnée à toute sa fécondité dans ce que ces conditions ne limitaient pas ; et, sans sortir jamais du petit nombre^ies combinaisons possibles, entre les modifications essentielles des oi^anes importants, elle semble s'être jouée à l'infini dans toutes les parties accessoires. » Voilà pourquoi toutes ces variétés si singulières qui diversifient les nombreuses espèces du règne animal, voilà pourquoi toutes ces formes bizarres, singulières, plutôt destinées à rompre une uniforniité monotone qu'à satisfaire à des nécessités fonctionnelles : il semble qu'elles soient l'œuvre d'une main devenue capricieuse, dès l'Instant qu'elle pouvait se passer d'une logique inflexible.

L'organisation des animaux est donc régie par des lois rigoureuses que Tobservation et l'interprétation des faits nous font découvrir. Elle est, elle-même, mise en rapport ou en relation avec les besoins de chaque espèce et avec ses conditions d'existence ; on pouiTait même ajouter qu'elle détermine ces dernières au moins dans ce qu'elles ont de fondamental. Déjà nous avons vu clairement, par les expressions si éloquentes de Guvier, comment, chez les carnassiers, la disposition dé l'appareil digestif, des organes des sens et de la loaimotion, se trouve en rapport avec le régime, les mœurs, les habitudes de ces animaux. Gette nouvelle corrélation d'un ordre supérieur à celui qui existe entre les divers appareils de l'économie et entre les divers organes d'un môme appareil devient évidente partout, parmi les herbivores comme parmi les carnassiers, chez les oiseaux aussi bien que chez les mam* mifères. Ainsi l'organisation de l'herbivore serait manifestement absurde si elle était semblable à celle du lion ou du tigre. Il doit vivre d'herbes ou de racines : à quoi lui serviraient des instincts féroces et sanguinaires ? li n'a pas de proie à poursuivre, à déchirer : à quoi pourraient lui être utiles des griffes acérées, un avant-bras mobile, une clavicule. Des sabots, un avant-bras sans mouvements de rotation lui suffisent. Il ne doit broyer que des substances végétales, qu*a-t-il besoin de mâchoires courtes, de massétei^, decrotaphites énormes^ de dents aiguës? Il lui faut des dénis plates, des mâchoires plus longues que solides; ses aliments tiennent beaucoup de place, il ne peut se contenter d'un petit estomac, d'un intestin court ; il lui faut un ample réservoir gastrique, un long tube intestinal. Cet .

(1) G. Guvier, Leçons (Tanaioffiie comparée^ 2^ édit., t. I, p. 59.

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herbiTore doit être la victime du carnassier ; il a besoin d'être prévenu de l'approche de ce dernier par une ouïe délicate; il peut être surpris à tout instant, il but qu'il soit timide, craintif, sans cesse sur ses gardes; en un mot, il est nécessaire qu'il possède des instincts conservateurs tout particuliers, sans lesquels son existence ne serait pas assurée.

Si, des généralités, on descend dans les détails, ces rapports de l'organisation avec les conditions d*existence ne paraissent pas moins sensibles. La nature se montre aussi logique dans les petites que dans les grandes choses. Les carnassiers, par exemple, n'ont pas tous le même genre de vie. L'un est insectivore, il a des dents aiguës ; sa proie débile ne résiste pas, il est faible. Une peut lutter contre des ennemis plus forts que lui ; par compensation, la nature lui donne divers moyens de défense, tantôt une cuirasse comme au pangolion, des piquants comme au hérisson, des instruments pour creuser des demeures souterraines comme à la taupe. L'autre se nourrit de proie vivante : il est agile, fort, sanguinaire. Un troisième ne vit que de chair morte : il est plus faible, plus mou, moins audacieux. Tel doit vivre dans l'air comme la chauve-souris : il lui est donné des ailes ; tel autre dans la terre comme la taupe : ses pattes, son museau^ tout est disposé pour l'aptitude à fouir le sol, à creuser des galeries. Tel autre, encore, doit habiter au sein des eaux : alors, d'un animal semblable en tous les points au chien, au lion, la nature fait un être bizarre^ elle lui raccourcit les membres, les dispose en nageoires, met des sphincters aux ailes du nez, modifie l'oreille externe, l'œil, etc. ; mais sous cette forme nouvelle, cette sorte de déguisement, elle laisse au phoque toute son organisation de carnassier.

Parmi lès oiseaux aussi bien que parmi les mammifères, on trouve mille preuves de ce fait que l'organisation a été constamment mise en rapport avec les conditions d'existence. L'oiseau de proie, qui est le carnassier ailé, a le bec crochu, les serres aiguës, l'œil perçant, l'estomac membraneux, l'intestin court ; il a aussi des instincts courageux, parce qu'il doit attaquer une proie vivante. S'il faut, au contraire, qu'il se contente d'un cadavre, il est lâche, ses serres sont moins fortes, son bec moins acéré. S'il poursuit sa victime pendant la nuit, son œil ne supporte pas la lumière du soleil, son vol se fait sans bruit. Le granivore a un bec obtus, des ongles courts, un premier estomac pour mettre eu dépôt les graines, un autre pour les broyer ; l'oiseau de rivage a de longues jambes nues, un long cou, un long bec pour chercher sa nourriture dans la vase ; l'oiseau aquatique a les pattes transformées en nageoires, un plumage imperméable, etc.

Les lois qui président à l'organisation des êtres vivants, les lois qui produisent toutes les combinaisons compatibles les unes avec les autres, et qui lient celles-ci an bot pour lequel chaque être a été créé, sont invariables: elles la régissent à toutes les phases de son développement.

Lorsque l'embryon devient apparent, on reconnaît bientôt en lui les linéaments des organes essentiels qui doivent agir de bonne heure et influer même sur le développement subséquent des autres. Ces premières parties essentielles apparaissent et s'accroissent dans un certain ordre constant que les travaux des embryologistes modernes ont déterminé ; elles affectent toujours entre elles, à peu près, les mêmes rapports de situation que ceux qui s'observent plus tard. *

la INTRODUCTION.

Quelques naturalistes ont prétendu que Tétre des d^rés supérieurs présentait temporairement, aux différentes phases de son évolution, la forme et Torganisation des types inférieurs ; qu'ainsi le mammifère, avant d*étre tel, se trouvait successivement zoophyte, mollusque, articulé, poisson, reptile, de sorte que ces types inférieurs représenteraient des êtres arrêtés dans leur développement, des états permanents correspondant à des états transitoires de la vie utérine de l'animal supérieur. Cette hypothèse séduisante, basée sur quelques analogies forcées, a été et est combattue à peu près généralement Elle compte au rang de ses adversaires G. Cuvier, J. Mûiler, M. Flourens, M. Milne £dwards et la plupart des physiologistes. On concevrait cette supposition si les animaux étaient construits d'après un même plan, une môme forme, qui irait graduellement en se perfectionnant du plus simple vers le plus compliqué ; mais nous avons vu qu'il y a plusieurs plans ou types d'organisation, el, d'après cela, on a peine à comprendre comment il y aurait passage de l'un à l'autre, comment l'embryon, de l'état d'articulé, passerait à celui de mollusque, pois à celui de vejtébré. Du reste, l'ovologie démontre que le système nerveux du vertébré est toujours au-dessus du canal intestinal, et jamais audessous comme dans d'autres types ; que le fœtus n'a point de branchies avant de posséder des poumons ; qu'enfin, dans chaque espèce, l'individu se développe suivant le plan virtuel de son organisation définitive, comme l'esquisse sous la main du dessinateur.

Certains auteurs ont aussi soutenu cette autre hypothèse, non moins hasardée, d'après laquelle les espèces animales seraient, à la longue, dérivées les unes des autres par une série de modifications organiques et fonctionnelles. Amsi, pour Lamarck, les espèces supérieures ne seraient que le résultat du perfectionnement d'espèces plus simples ; Darwin (1) essaye de nous le démontrer dans un livre ingénieux. Partant de ce fait bien connu que l'espèce éprouve des variations, il admet que celles-ci peuvent porter non-seulement sur les formes extérieures, mais encore sur l'organisation des parties, puis il suppose que la nature choisit entre les variations, qu*elle conserve les plus utiles, en vertu de l'élection naturelle, et dans le but de perfectionner les êtres. A ses yeux, la nature travaille sans cesse à changer et à transformer les espèces. De quatre ou cinq types, et peut-être d'un seul, elle aurait réussi à faire descendre le règne animal tout entier.

Mais ce système ne soutient pas l'examen ; il repose sur de fausses bases et sur des hypothèses sans vraisemblance. Si l'espèce éprouve des variations, c'est dans ce qu'elle a de superficiel et non dans l'essence de son orçanisation, comme Cuvier l'a prouvé en comparant les bœufe, les chiens, les ibis de l'ancienne Egypte à ces mêmes animaux de l'époque actuelle. D'une part, ces variations ne peuvent constituer autre chose que des races fécondes entre elles et d'une fécondité continue ; jamais elles ne deviennent souches d'espèces nouvelles. Les hybrides qui résultent de l'alliance des espèces voisines et de môme genre ne donnent pas non plus des espèces nouvelles et intermédiaires, car ils sont ordinairement stériles, où s'ils sont féconds, c'est d'une fécondité limitée à quelques générations : ils s'éteignent par le fait de leur stérilité ou sont ramenés par leurs facteurs à la souche primitive. Les espèces

' (i) Darwin, De l origine des espèces^ 3« édition, Parii, 1869.

D£ l'organisation EN GÉNÉRAI, DE SES FORMES ET DE SES LOIS. 15

sont fixes, immoables ; elles ne se dégradent ni ne se perfectionnent; par leurs variations, elles donnent des races ; par leurs alliances entre elles des hybrides stériles et jamais d'espèces nouvelles. Ce qui existe aujourd'hui parait sorti de la main du Créateur» comme ce qui a existé aux anciennes époques ; rien ne semble le résultat ni delà spontanéité, ni de la transformation. Il n'y a pas de milieu à prendre entre les doctrines émises: il faut admettre une formation spontanée, ou une création. La formation spontanée exclut l'idée d'un plan, d'une finalité, et offre à l'esprit des idées incompréhensibles. La création est plus logique, mieux en harmonie avec tout ce que nous révèle l'étude attentive de la nature, et dès qu'elle est acceptée, il n'est pas plus difficile de la concevoir pour des milliers de types que pour une seule espèce d'où l'on voudrait faire sortir toutes les autres.

Les grandes lois d'harmonie et de rapports dont nous venons de parler sont aussi rigoureuses qu'admirables. Elles ont constamment présidé à la construction des machines vivantes, et c'est parce qu'elles furent les mêmes aux anciennes époques de la création, que Guvier a pu, en les prenant .pour guide, rétablir les espèces fossiles, dans tous les détails de leur organisation, avec une certitude presque mathématique.

On avait pensé d'abord que la]création avait procédé d'une manière progressive, qu'elle avait animé, dans le principe, des êtres tout à fait inférieurs, puis, par une marche ascensionnelle régulière, des êtres de plus en plus rapprochés de l'homme. Il en a bien été ainsi, jusqu'à un certain point; mais une étude plus complète des débris organisés enfouis dans le sol a démontré que la création n'avait eu d'autre loi à suivre que celle de produire des êtres en rapport[avec les conditions d'existence qu'offrait la surface du globe. Ainsi il y eut une époque à laquelle notre planète se trouvait entièrement recouverte par les eaux. Alors une première création peupla cet immense océan d'animaux analogues à ceux qui vivent actuellement dans les mers, c'est-à-dire de rayonnes, d'articulés, de mollusques et de poissons. Dès ce premier essai, les quatre embranchements étaient représentés par leurs espèces aquatiques. A une seconde époque certains points de la surface du globe se mirent à découvert ; il se forma des îlots plus ou moins étendus, d'où résultèrent de nouvelles conditions, et aussitôt apparurent des animaux de rivage de tous les types, notamment ces reptiles gigantesques et singuliers qui, par suite de leur mode de respiration, pouvaient vivre dans une atmosphère impure et brûlante. Enfin, à une troisième époque, les points émergés devinrent de plus en plis étendus, formèrent des continents, et, cette fois, surgirent les animaux terrestres de toutes les familles. Après ces trois états successifs, amenés par des révolutions plus ou moins brusques, le g^obe fut encore bouleversé par d'autres catastrophes qui, chacune, détruisirent en partie ou en totalité le règne animal, d'où encore la nécessité de créations noutdles et successives d'espèces analogues à celles qu'elles venaient remplacer, mais plus ou moins différentes.

D'après ces considérations générales, on voit que la nature s'est invariablement astreinte à des lois rigoureuses dans l'organisation des êtres. Aux savantes combi« misons qu'elle a adoptées, on reconnaît la main souverainement intelligente qui a laissé sur toutes ses œuvres une empreinte sur laquelle pourra s'exercer longtemps h sagacité humaine.

n. — De la vie en général et de ses manifestations.

Nous venons de jeter un coup d'œil sur l'ensemble de l'organisation animale, et de chercher à reconnaître les grandes lois de la constitution des êtres vivants. En envisageant très -superficiellement la machine, sous ses grandes formes et à ses divers degrés de complication, nous avons été frappés et des rapports harmonieux qui existent entre ses rouages et des modifications admirables que la nature leur imprime, pour les adapter aux destinations les plus variées. Mais nous ne nous sommes point inquiétés du jeu de cette merveilleuse machine, de son moteur caché, de ce qu'on appelle, en un mot, la vie.

Qu'est-ce donc que la vie : une cause ou un effet, nue force ou un ensemble de forces de même nature ou d'espèces diverses ? Les philosophes, les naturalistes de tous les siècles, les physiologistes modernes, ont cherché le mot de cette énigme. Cependant on ne sait pas encore et l'on ne saura peut-être jamais en quoi consiste essentiellement l'activité des êtres oi^anisés.

C'est en vain que les philosophes, après avoir médité sur les grands phénomènes naturels, sur les facultés animales, sur l'intelligence et sur l'âme, ont cherché à se faire une idée claire de la vie. Ni Platon, ni Épicure, ni Lucrèce dans l'antiquité, ni Descartes, ni Locke, ni Leibnitz et tant d'autres dans ces derniers siècles, n'ont réussi à la concevoir d'une manière intelligible et vraie. Aucun d'eux n'a pu atteindre le but, car aucun n'est entré dans le sanctuaire où elle réside et n'a acquis une notion suffisante de ses manifestations et de ses phénomènes. Les physiologistes seuls, en démêlant et en analysant les actes de l'organisme, peuvent remonter un peu plus près du but Néanmoins^ aucun n'a pu aller assez loin : presque tous n'ont réussi à voir de la vie que les manifestations, c'est-à-dire les facultés et les actes. Les plus réalistes s'en sont tenus à ces manifestations, inclinant à croire que la vie consiste dans les plus saillantes d'entre elles; les autres, remontant au point de départ, aux causes insaisissables, se sont contentés comme Sta|;il et Barihez de la personnifier dans un principe d'activité propre aux animaux. Aussi, faute de s'en faire une idée exacte, n'ont-ils pu en donner une définition rigoureuse.

En effet, ces formules que l'on a si prétentieusement appelées définitions de la vie n'expriment réellement que des manifestations de celte mystérieuse inconnue, n'offrant à l'esprit que des idées vagues de sa nature supposée. Dire, avec Bichat : « la vie est r.ensemble des fonctions qui résistent à la mort «, c'est simplement exprimer que la vie résulte de la collection de ses actes, luttant contre ce qui n'est pas elle. Répéter avec Cuvier (1) : « la vie est un tourbillon plus ou moins rapide dont la direction est constante et qui entraîne toujours des molécules de même sorte, mais où les molécules individuelles entrent et d'où elles sortent continuellement, de manière que la forme du corps vivant lui est plus essentielle que la matière » , c'est donner une image saisissante, ingénieuse de l'activité des êtres vivants et particulièrement des phénomènes de la nutrition, mais ce n'est point nous faire con-

(i) Cuvier, Règne animal, V édit., 1. 1, p. 13.

DE Lk YIB EN GÉNÉRAL ET DE SES MANIFESTATIONS. 17

ndlre la nature, l'essence, la cause de cette activité. Les autres prétendues définitions que nous pourrions reproduire ne nous en apprendraient pas davantage.

Recourons donc immédiatement à l'observation, à l'analyse des phénomènes capables de nous faire remonter aux causes cachées de ceux-ci, ou à ce qu'on appelle le principe de la vie.

Au premier abord l'essence de la vie paraît susceptible d'être saisie et, en quelque sorte, surprise chez les êtres où elle s'offre dans toute sa simplicité au moment où se développe en eux l'activité vitale. Vaine illusion ! On examine la plante la plus inférieure ; de celle-ci on passe à l'animal, de l'embryon au fœtus, du fœtus à l'individu jouissant de son existence propre. Sa vie nous échappe, même à l'instant où elle semble apparaître.

« Le mouvement qui la constitue dans les animaux, dit Guvier, n'a réellement son origine que dans celui de leurs parents ; c'est d'eux que les êtres vivants ont reçu l'impulsion vitale; leur naissance n'est qu'une individualisation; en un mot, la vie ne naît que de la vie, et il n'en existe d'autre que celle qui a été transmise de corps vivants en corps vivants par une succession non interrompue. » Elle semblerait donc le résultat de la transmission d'un mouvement commençant, pour chaque individu, à l'instant même où il lui serait communiqué par un être le pos-* sédant déjà. Mais comment voir ce qui se passe lorsque le mouvement vital de la mère se continue dans l'embryon ? La matière formatrice de celui-ci n'est-elle déjà pas animée, dès le principe, de cette vitalité commune à tous les tissus, à toutes les parties de l'économie ? Gomment, aussitôt que l'influence de la semence s'est produite, cette matière, qui jusqu'alors vivait d'une vie commune, arrive-t-elle à jouir d'une vie propre, d'une vie nouvelle ? Gomment devient-elle un centre, un foyer d'activité au milieu d'un autre foyer, un petit tourbillon au sein d'un tourbillon plus grand ? Gomment, enfm, ce nouveau foyer appeile-t-il à lui une partie de la matière de la nière, matière destinée à obéir, chez l'individu nouveau, à des forces qui, agissant constamment dans un sens déterminé, amènent comme résultat définitif la reproduction exacte d un être semblable à l'être procréateur?

Le ludiment du fœtus n'est qu'un ovule microscopique. Get ovule, sous des influences inconnues, va grandir. Dans une pulpe homogène vont se former un système nerveux, un système circulatoire, un appareil digestif. Dans ce système nerveux se dessineront plus tard un cerveau, une moelle épinière et des milliers de nerfs ayant toujours la même forme, le môme trajet, le même mode de distributioo; dans l'appareil respiratoire, des cavités nasales, un larynx, une trachée, des poomous^ etc. Sous l'influence de quelles forces toutes ces parties se développeront-elles avec des formes toujours semblables, comme si elles étaient jetées dans un moule ou frappées au balancier monétaire ? On fait bien intervenir ici les affinités chimiques d'après lesquelles le sang se convertirait ici en os, là en muscle ou en ligament ; mais il est évident qu'elles n'agissent point seules, et qu'il y a au-dessus d'elles une autre force qui règle et dirige leur travail, veille à la reproduction exacte des formes ; fait que l'oreille, la bouche, le cerveau, ont toujours la même disposition ; que dans la main où un même sang est apporté, ce fluide façonne ici un os, autour de cet os des ligaments, des tendons, de petits muscles, des divisions nerveuses, etc. ; qu'enfin, dans toutes les parties, chaque rouage, chaque ressort G. Gouii. — Physiol. comp. 2« édit. i — 2

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est confectionné saivantflon.modële, misa sa place» parfaitement agencé avec ceux qui l'avoisineot. Ainsi déjà, dès les premiers temps de Torganisation, Tactivité vitale produit des merveilles, et c'est même à cette époque qu'elle en produit de plus singulières. Là, il est vrai, la vie qui préside à Torganisation du nouvel individu ne peut pas être surprise à son point de départ, ni suivie dans toute la série de ses opérations, puisque Tembrypn se développe au sein de sa mère.

Mais cette difficulté dernière peut être évitée. Bn prenant Tœuf de l'oiseau, doq8 aurons un être qui se développera seul, sous l'influence d'une certaine chaleur venue de n'importe quelle source. Nous pourrons voir cet œuf avec son germe endormi, vivant d'une vie latente si obscure que rien ne la traduit à l'extérieur. Il nous sera possible^ à un instant donné, de lui imprimer une détente, de mettre en jeu une activité jusqu'alors assoufNie; il nous suffira d'exposer cet œuf à une température convenable, et au bout de quelques heures, il se sera déjà opéré des changemeuts appréciables dans quelques-unes de ses parties. Le centre de ce qu'on appelle la membrane proligère deviendra transparent ; autour de ce centre se dessinera une zone, où plus tard apparaîtront des vaisseaux; dans le centre transpa** rent se formera une strie blanchâtre, premier rudiment de l'embryon; puis a^lM^ rattront successivement les premiers linéaments du système nerveux, le cœur« les viscères, etc. Tout ce travail de formation, nous pourrons le suivre> heure par heure, jusqu' au moment où le jeune sujet, étant achevé, brisera sa coque, et en sortira pour vivre de la vie extérieure. Néanmoins toute notre attention, tons nos efforts ne serviront à rien; nous verrons les effets, nous assisterons en quelque sorte à la création de toute la machine, mais la force organisatrice restera enveloppée dans le plus profond mystère. Toutefois, ce sera déjà quelque chose, ce sera môme beaucoup que de nous être pénétrés, par cette observation patiente, de la réalité d'un moteur inconnu, cause de tous ces phénomènes.

Si le développement du fotus ou celui du germe dans l'œuf nous révèle une Sorce ou des forces insaisissables, inconnues dans leur nature, il est une inûnité d'autres phénomènes qui nous conduisent à la même révélation, tels que les meta-» morphoses ou transformations successives que certains animaux éprouvenf avant d'arriver à leur complet développement.

Les batraciens, avant de revêtir la forme qn*on leur connatt, c'est-à-dine cdle de reptile, en ont une autre dans les premiers temps de leur vie, la forme ichthyoîde. Alors ita sont à l'état de larves ou de têtards. Le têtard de la grenouille a une longue queue, un bec oorné^ de petites franges sur les côtés du cou au lieu de membres; il a des branchies fixées à des cerceaux solides, et même il possède, suivant Mftiler, des branchies extérieures avant d'en avoir d'intérieures. Il a un régime végétal ; des intestins trèa-longs, étroits et contournés; sa respiration et sa circulation sont analogues I celles du poisson. Bientôt son bec tombe et se trouve remplacé par des mftchoires, sa queue s'atrophie et disparaît, un poumon et tout un appareil respi* ratoire aérien se développent, tandis que les branchies se dessèchent, et que les arcs branchiaux tombent; en même temps, les extrémités se dessinent sous la peau qu'elles percent bientôt; les: doigts se montrent successivement; le tube digestif se raccourcit, se renfle an niveau de l'estomac. Or, en vertu de quelles lois, sous l'influence de quelles forces régulatrices le poisson se change-t-il en reptile, sa res-

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