‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 4)Chapitre 107 sur 191 · ii · texte numérisé non relu

ii

(1] BonHiugaalt, Ktxmomie rurale, 3* édition, t. H, p. 3S6.

SM) DE tk OiGBSUON.

La complexité de composition des sabstances alimentaires est indispensable à Tentreiien régulier de l'organisme. Il faut des matières albuminoîdes, fibrine, albumine, caséine, pour la reconstitntion du sang, le développement du système musculaire; des hydrates de carbone, sucre fécule, gomme, pour la respiration et la calorifîcation ; des matières grasses pour le tissu adipeux, la sécrétion du iail; enfin^ des substances salines pour les liquides, pour les divers tissus, et pour les produits de sécrétion. L'aliment n*est complet, n*est apte à l'entretien de la vie qu'autant qu'il renferme une matière de chacune des catégories sus^indiquées. Si les premiers principes existaient seuls dans les aliments, ils viendraient se brûler eu partie sous l'influence de la respiration et se trouveraient plus ou moins distraits de leur destination principale, d'où la nécessité des seconds pour les phénomènes de combustion opérés dans les pouuions ou au sein des tissus. De même, si les graisses n'étaient pas associées aux précédents, elles brûleraient elles-mêmes et ne pourraient, par conséquent, servir ni à l'engraissement, ni à la sécrétion dn lait. Ënûn, si les substances salines ou minérales n'existaient en assez grande quantité dans Taliment, le système osseux ne pourrait se développer; l'os privé de ses éléments solides deviendrait cassant^ ainsi que le démontrent les expériences de Chossat. D'ailleurs, les jeunes animaux resteraient rachitiques, les femelles pleines ne pourraient suffire à l'ossification du squelette des petits qu'elles portent, si ces matières minérales venaient à leur manquer; mais elles s'y trouvent en quantité généralement suffisante. M. Boussingault a vu, par exemple, qu'un veau à la mamelle reçoit journellement 52 grammes de substances minérales par le lait de sa mère; qu'un veau de six mois peut trouver, dans son fourrage, une quantité d'acide phosphorique répondant à 36 grammes de sous-phosphate calcaire ; qu'enfin, un cheval nourri au foin et à l'avoine, pourrait puiser dans les aliments 168 grammes tant de phosphate calcaire que de chaux libre. L'habile chimiste soupçonne, même d'après ces données, que l'habitude que certains animaux prennent de manger de la terre tient à un besoin dérivé d» l'insuffisance des substances salines dans les aliments. Cette habitude est assez firéquente chez certaines peuplades indiennes nourries avec du maïs pauvre en substances inorganiques.

L'expérimentation physiologique démontre, en effet, que l'aliment incomplet, l'aliment réduit à un seul principe immédiat, à quelque groupe qu'il appartienne, ne peut entretenir la vie : elle prouve de plus que le principe immédiat, consommé seul, laisse périr très-promptemcnt l'animal d'inanition : c'est ce que l!dagendie(l) a établi de la manière la plus nette. Il a vu que des animaux soumis au régime exclusif d'une substance non azotée, telle que le sucre, la gomme, l'huile d'olive, le beurre, ne pouvaient vivre au delà d'un temps très-limité, et mouraient dans le marasme, comme s'ils eussent été totalement privés de nourriture. Un petit chien assez gras ne reçut, pour tout aliment, que du sucre très-pur et de l'eau distillée. Les sept ou huit premiei*s jours il mangea avec avidité et but comme de coutume. L'amaigrissement commença dès la deuxième semaine et fit bientôt de rapides progrès, quoique l'animal conservât son appétit. Plus tard les forces diminuèrent très-sensiblement et l'appétit devint moins vif que dans le principe. A la troisième

(1) Magendie, Précis élémentaire de physiologie, t. Il, p, 499 et suiv.

semaîoe, on vit »e former, sur an oeil, puis sur l'autre, une ulcération, dont les progrès forent tels, que la cornée se perfora et que les humeurs de Torgane s'écoulèrent au dehors; enfin, la faiblesse devint extrême, et le Carnivore périt le trentedeuxième jour de Texpérience. A Tautopsie, on put constater la disparition de la graisse, l'atrophie du système musculaire^ le resserrement de Testoiiiac et des intestins; l'urine était alcaline, privée d'acide urique et de phosphates; ce fluide, ainsi que la bile, présentait les caractères propres à l'urine et à la bile des herbivores.

Un second et un troisième chien, soumis au même régime, en éprouvèrent les

mêmes effets. Us perdirent insensiblement l'appétit, tombèrent dans un état de

prostration et de marasme graduellement croissants, eurent les cornées ulcérées

et moururent au bout d'une période à peu près égale à celle de la première expé-

ience.

Deux autres chiens, nourris avec de l'huile d'olives et de l'eau distillée, conservèrent leur appétit et ne maigrirent pas sensiblement pendant les quinze premiers urs ; puis ils s'affaiblirent, tombèrent dans le marasme, sans cependant présenter d'dcérations à la cornée, et périrent vers le trente-sixième jour de ce régime.

D'autres animaux de la même espèce furent entretenus, soit avec de la gomme, soit avec du beurre; ils présentèrent les mêmes particularités que les précédents et ne survécurent pas au delà du trente-sixième jour après le commencement de Texpérience. Le cadavre se trouvait dans le même état que celui des premiers; la bile et l'urine avaient paiement les caractères de celles des herbivores.

On avait objecté à Magendie que les animaux choisis pour ses expériences étant carnivores, avaient été soumis à un régime contraire à leur genre de vie. Tiedemann et Gmelin (4) répétèrent sur ceux qui vivent de substances végétales les tentatives instituées par le savant physiologiste. Une oie nourrie à la gomme arabique et à l'eau perdit bientôt l'appétit, devint extrêmement faible^ éprouva une diarrhée persistante, et mourut au bout de seize jours, après avoir perdu plus du sixième de son poids initial. Un second palmipède de la même espèce, entretenu avec du sucre et de l'eau, éprouva une soif ardente, s'affaiblit très-vite et mourut le vingt-deuxième jour après avoir perdu le tiers de son poids. Une troisième oie soumise au régime de l'amidon sec, et une quatrième à celui de l'amidon cuit, périrent, la première, au bout de vingt-sept jours, après avoir perdu plus du quart de son poids ; et la dernière, au bout de quarante-quatre jours, après une diminution d'environ un cinquième de son poids primitif.

On pourrait croire que, dans ces circonstances, la mort tient à ce que les substances prises pour nourriture ne sont point digérées; il n'en est rien : les expérimentateurs que je viens de citer ont reconnu, par l'état des chylifères et la composition des excréments, que les substances cédaient, sinon en totalité, du moins en grande partie, à Taction des forces digestives.

Il est donc certain, d'une part, que les substances non azotées ne peuvent servir seules à l'entretien de la vie, et il ne l'est pas moins, d'autre part, que cette pro-

(1) Tiedemann et Gmelin, Recherches expèrinienentales physiologiques et chimiques sur la digestion considérée dans les quatre classes de vertébrés, Paris, 1827, l. II, p. 212.

Sk2 DE LA DI6BSTI0N.

priété négative ne saurait être attrifoaée k leur non-dô;e8tibflité. En est-ii de mdme des substances qui contiennent de l'azote au nombre de leurs éléments constitutifs ?

Les nombreuses expériences tentées au sujet de la valeur nutritive supposée à la gélatine ont appris que les principes azotés, qui rendent les aliments si aptes à l'en- Urelien de la vie, sont, par eux-mêmes, pris isolément, incapables de nourrir les animaux pendant longtemps. La commission académique chargée de fixer les esprits sur les propriétés réelles d'une substance alimentaire dont l'usage s'était déj^ trèsrépandu, a constaté que les chiens auxquels on donne exclusivement de la gélatine, préparée par les moyens industriels, la refusent bientôt et se laissent mourir de faim plutôt que d'en continuer l'usage. Elle a vu que ces animaux nourris, même avec la gelée obtenue parles moyens ordinaires, la mangent avidement les premiers jours; mais qu'ils ne dépassent point deux à trois mois, quoiqu'on ajoute à cet aliment, soit une petite quantité de pain et de viande, soit môme les deux associés ensemble dans de faibles proportions. La fibrine donnée seule aux chiens, à la dose de 500 à 1000 grammes par jour, les laisse maigrir rapidement et mourir du soixantième an quatre-vingtième jour. L'albumine liquide ou coa^lée dégoûte encore plus vite les anhnaux et ne prolonge pas leur existence aussi longtemps que l'usage de la fibrine. Le gluten seul a paru jouir du privilège exceptionnel d'entretenir les chiens, sans qu'il fût mêlé à d'autres principes alimentaires. Enfin, la fibrine, l'albumine et la gélatine mêlées ensemble déterminent les mêmes effets que l'une des trois substances donnée isolément : leur usage combiné ne prolonge pas la vie au delà du quatrième mois de l'expérience.

Ces résultats démontrent donc qu'une substance simple, facile à digérer, azotée ou non azotée, est insu£Ssante à l'entretien de l'économie au delà d'une période fort restreinte, et que même des substances contenant de l'azote, associées deux à deux ou en plus grand nombre, ne peuvent fournir les éléments nécessaires à la vie au delà de trois à quatre mois. Il faut l'aliment complet, l'aliment qui renferme les quatre groupes de principes précédemment indiqués. Or, le sang, la chair, le lait, l'herbe, le grain, sont des aliments de cette sorte : chacun d'eux pris] isolément offre à l'animal tout ce qui est nécessaire à sa nutrition.

Dans le lait, par exemple, le chimiste nous montre la caséine, identique par sa composition avec la fibrine et les autres principes azotés, puis le sucre, la graisse et des substances minérales diverses. Or, la caséine fournit les éléments de la nutrition du système musculaire et des divers tissus; le sucre, la graisse, donnent les matériaux de la combustion respiratoire; enfin, les sels, le soufre, le phosphore, offrent au squelette les éléments de l'ossification. Dans le morceau de chair qui suffit au carnassier, n'y a-t-il pas de la fibrine^ de l'albumine^ de l'osmazôme, de la créatine, de la graisse et des matières inorganiques? Dans le grain des céréales, le blé, le mais, par exemple, n'y a-t-il pas le gluten, la fécule, le sucre, les matières grasses? Enfin, dans le foin lui-même, ne trouve-t-on pas vingt plantes différentes, avec leurs tiges, leurs feuilles, leurs graines, renfermant cette fibrine végétale, ce sucre, cette fécule, ces matières minérales, ces corps gras qni forment la plus grande partie du fruit des plantes essentiellement alimentaires? Il n'est donc pas étonnant qu'un aliment complexe, tel que la nature le prépare, puisse, à lui seul, fournir aux animaux tous les matériaux de leur entretien.

Cepeudanl robservation démontre, et la théorie indique, que i^associatiou des diverses substances aiimenlaires^ déjà complexes» est éminemment faf«nbie à te nutrition^ tant par l'influence salutaire qu'elle exerce sur Tactivité des fonctions digestifes que par la variété des matériaux qu'elle offre à la reconstitution du sang et des tissus. Mais cette association, qu'il faut toujours ciiercber à obtenir, en vue des avantages qu'elle offre sous le rapport de l'économie domestique, n'est point d'une indispensable nécessité, bien que certaines expériences semblent prouver le contraire.

En effet, si les physiologistes ont vu des chiens ne pas survivre plus de cinquante jours à l'usage exclusif du pain et de l'eau^ des lapins périr d'inanition lorsqu'on les nourrissait exclusivement, les uns avec des choux, les autres avec de l'orge, d'antres encore avec des pommes de terre, un âne périr quinze jours après avoir été souniK au régime exclusif du riz cuit, etc., bien des observateurs ont pu s'assu^ rer qu'en maintes circonstances les choses ne se passent point ainsi. Qui ne sait, par exemple, qu'une foule d'oiseaux sont entretenus exclusivement avec des grains et une seule espèce de grain; que le poulet en cage vit très-bien et s'engraisse à merveille avec du blé; l'oie et le canard avec la farine de maïs déteyée? Qui n'a vu^ dans les fermes, des grands ruminants entretenus pendant toute la mauvaise saison avec de h paille, sans recevoir en plus un seul brin de foin ou une pelure de pomme de terre 7

Dans l'aUment complet, chacun des groupes de principes alimentaires a son rôle que d'autres ne peuvent remplir. Les matières protéiques seules sont aptes à la constitution du sang, des muscles, du tissu cellulaire, des tendons^ des cartilages, de la partie organique du squelette : il en &ut beaucoup aux animaux qui travaillent Les hydrates de carbone sont indispensables à l'entretien de la chaleur et aussi à l'engraissement. Les matières grasses sont nécessaires à la sécrétion du lait et à te formation des dépôts adipeux que les hydrates de carbone ne suffisent pas à produire rapidement* Elles abondent dans le lait, dans l'oeuf^ et tiennent une grande phce dans l'alimentation des habitants des pays froids. Quant aux substances minérales, elles ne sont pas moins utiles. Le sel marin est indispensable à la constitu* tion du sang, des sérosités, des fluides sécrétés; il stimule l'intestin, active le tra** vail nutritif; le fer sert à te formation des globules, les alcalis à la production des divers liquides sécrétés, les carbonates, les phosphates calcakesà l'oi^anisation du squelette, etc.

Du reste, toutes les parties constitutives de l'aliment ont leur destination spéciale : les matières protéiques s'assimilent, puis donnent l'urée, l'acide urique ; les carbures d'hydrogène se dédoublent ou s'oxydent et en éprouvant ces mutations produisent du calorique. L'aliment dans lequel tons les groupes de principes ne sont pas représentés n'a pas les qualités requises pour maintenir l'équilibre de la nutrition : son usage entraîne, à la longue, les conséquences habituelles de l'inanition*

Il ne suffit pas d'ailleurs que l'aliment contienne tous les groupes de substances nutritives; il doit les renfermer en quantité assez considérable et dans certaines proportions relatives. Si elles sont en quantité insuffisante, l'animal s'épuise par le £iit d'un travail digestif pénible. §i une espèce n'est pas assez représentée^ ou si une autre prédomine, l'équilibre des fonaions nutritives est troublé. Ainsi^ faute

^kU DE LA DIGESTION.

d'albumiDoïdes, le sang demeure pauvre et le système musculaire se développe mal ; avec des matières grasses Tobésité se produit vite, etc.

Les rapports les plus convenables, entre les divers principes alimentaires, ne peuvent être, déterminés d'une manière absolue, parce qu'ils varient suivant Tâge des animaux et les conditions dans lesquelles l'organisme e^t placé. D'après Lehmann (t), les plus favorables au développement de l'organisme seraient donnés par la composition du lait : matières plastiques, 10 ; matières grasses, 10 ; sucre, 20; sels, 0,6. Pour l'adulte, pour l'animal qui travaille, il faut incontestablement une proportion de matière protéique supérieure à celle qu'exige le nourrisson.

La composition des aliments une fois connue, il devient facile de déterminer, d'une manière sinon exacte, du moins très-approximative, la valeur nutritive qu'ils possèdent Pour arriver à ce résultat important^ les agronomes et les chimistes ont employé divers moyens. Les uns se sont contentés de l'expérimentation directe ou de l'appréciation simple des effeLs de telle substance comparée à telle autre; les autres ont déterminé la quantité de fécule, de sucre et de gluten que les substances végétales renferment ; enfin, il en est qui, avec M. Boussingault, se bornent à doser l'azote dont .la quantité paraît proportionnelle à la faculté nutritive des substances alimentaires.

La détermination quantitative de l'azote des aliments donnant, à elle seule, la proportion de fibrine, d'albumine et de caséine qu'ils contiennent, doit être un moyen passablement exact, puisque les principes dont ce corps exprime la quantilé sont les plus essentiels à la nutrition; les autres, tels que le sucre, les gommes^ la fécule, étant presque toujours en excès, suivant la remarque du savant chimiste, leur dosage rigoureux ne peut avoir une aussi grande importance.

Mais la faculté nutritive des matières alimentaires ne saurait être exactement déterjninée, même lorsqu'elle est déduite de la composition chimique.

D'abord, cette faculté éprouve des variations absolues qui dépendent des plantes elles-mêmes, du sol où elles ont végété, des saisons pendant lesquelles ell^ ont dû se développer, de leur mode de récolte et de l'intégrité de leur conservation ; cnsnite, elle n'est pas susceptible d'être appréciée avec une rigueur constante, par les divers moyens proposés : les uns approchant plus que d'autres des chiffres qui expriment sa valeur réelle.

. D'une part, les substances nutritives ne sont pas toujours associées dans les proportions qui conviennent le mieux aux besoins des organes : souvent l'une ne contient-elle pas trop de sucre, une autre trop de fécule, une autre encore trop peu de fibrine ou de matières grasses? D'autre part, toutes ces substances sont-elles emprisonnées dans une gangue également perméable et dont elles se dégagent avec une facilité toujours semblable? La fécule, le tissu poreux d'une tige herbacée, la trame molle d'une racine charnue, ne sont>ils pas plus complètement accessibles aux sucs digestif que le fourrage desséché, les liges ligneuses, les pailles de nos graminées?

. De ce que le chimiste tire, avec le secours de divers réactifs, aidés de la division, de la macération et de la coction, tous les éléments nutritifs de l'aliment, faut-il

(1) Lehmann, Prém de chimie physiologique animaie, p. 376. paris, 1855.

en conclure que l'animal puisse^ avec le secours de ses fluides intestinaux, et en quelques heures, extraire tout ce qu'ont pu parvenir à isoler les longues manipulations de l'expérimenlateur ? Non sans doute. Une partie des matériaux qui seraient complètement assimilables, s*ils étaient libres et dégagés, devient réfractaire à l'action des dissolvants organiques, échappe aux actions digestives, et, par conséquent, se trouve complètement perdue.

D'ailleurs, ce qui s'applique ï une espèce animale ne saurait être en rapport avec toutes les autres. Un aliment végétal qui fournira le maximum de ses principes assimilables à un ruminant qui le divise parfaitement et le fait séjourner longtemps dans son appareil gastro-intestinal compliqué, en cédera beaucoup moins au solipèàe pour des raisons diamétralement opposées. Ce même aliment peut être plus nutritif pour un animal dont l'appareil masticateur fonctionne bien, que pour celui dont les mâchoires ne portent que des dents usées ou non encore complètement sorties; il peut convenir mieux à une bête de travail, qui a besoin de force, de sang et de chaleur, qu'à un animal obèse, ou à une Vache entretenue exclusivement pour la production du lait.

Si donc les proportions relatives de principes azotés, de matières sucrées, féculentes, de corps gras et de sels, sont à prendre en considération, ainsi que leur quantité totale pour la détermination de la valeur nutritive des aliments, la digestibilité, sur laquelle nous reviendrons plus tard, mérite d'être mise en ligne dé ' compte, si l'on veut arriver à des résultats sensiblement rapprochés de la vérité. La ration alimentaire qui peut compenser exactement les pertes éprouvées par l'organisme est nécessairement proportionnée à la taille des animaux et à l'activité des fonctions. 11 faut à l'homme adulte^ terme moyen^ 1000 grammes de pain et 286 grammes de viande renfermant 20 grammes d'azote et 331 grammes de carbone (1), soit i du premier et 20 du second. A un cheval 7500 grammes de foin, 2210 grammes d'avoine représentant ensemble 10 kilogrammes de foin (2), soit 2 kilogrammes de foin par 100 kiiogittmmes du poids vif de l'animal. Pour le chien, il faudrait, dit-on, ^0 grammes de viande par kilogramme, soit U pour 100. L'amaigrissement se produirait déjà si la ration était réduite d'un dixième seu* lement.

Si les déperditions sont accrues par le travail, la sécrétion du lait, ou si l'organisme doit éprouver une augmentation de masse, il est indispensable que la ration soit augmenlée. Le supplément qui peut égaler la moitié de la ration normale d'entretien doit être donné en aliments très-nutritifs, sous un petit volume, pour ne pas accroître la fatigue qui résulte de la digestion. 11 doit l'être en viande, par exemple, pour l'homme, en avoine pour le cheval. Si l'homme reçoit ce supplément sous forme d'aliments grossiers, il est mou comme cela arrive souvent aux champs; si le cheval le reçoit en herbe, il est dans l'impossibilité de travailler. lien est autrement des animaux à l'engrais ou des vaches laitièi^ qui profltent beaucoup d'une nourriture riche en graisse, en amidon, en principes très-hydratés.

La détermination des équivalents ou la flxation des quantités d'aliments susceptibles de remplacer celui qu'on prend pour terme de comparaison est déduite ordi-

(i) Payen, Traité des substances alimentaires, Paris, 1853. (2) BouMingault, Économie rurale»

c. coLm. — Phyuol. comp., 2* édit. i. — 35

5/i6 DE LA DIGESTION.

iiairement (le la composition chimique, quoiqu'elle ne puisse l'être que de l'expérimentalioD. Les théoriciens s^imagineiit qu'il est facile de savoir combien il faoi de paille, d'avoine, de pommes de terre ou de betteraves pour remplacer uQ kilogramme de foin. Dès qu'ils ont trouvé le poids de l'aliment qui renferme les matières nutritives contenues dans un kilogramme de foio, le problème leur semble résolu. Il ne l'est pas pourtant, car outre que les aliments ne renferment pas les principes nutrfiifs dans des proportions toujours semblables, ils ont unedigestibilité fort variée, de tetle sorte qu'il faut de l'un une trop grande masse et de l'autre une trop petite quantité, que tel doit séjourner trop longtemps dans l'intestin, pour céder une quantité convenable de principes assimilables. Le foin peut entretenir passablement un animal, mais non la paille, faute de pouvoir être ingérée en quantité assez considérable, ni l'avoine qui ne leste pas suffisamment l'appareil digestif, non plus que les racines qui relâchent. Deux rations ne sont équivalentes, dit excellemment M. Boussingault (1), qu'autant qu'elles renferment les mêmes proportions de principes azotés, de prii)cipes neutres^ de matières grasses, et l'on pourrait ajouter qu'elles ne le sont qu'à la condition d'égal volume, d'égale digestibilité, de qualités stimulantes à peu près semblables : car il faut, tout à la fois, à l'économie, des proportions déterminées de matières propres à reconstituer le sang, à entretenir la chaleur, et de matières qui puissent s'extraire de leur gangue avec la même facilité. Les compensations sous ce rapport sont difficiles : aussi l'expérimentation est-elle le meilleur moyen d'établir l'équivalence.

IL — Du RÉGIME.

Ce titre^ dont Tacceptipn est variable^ s'applique, en physiologie et en histoire naturelle, au mode d'alimentation propre à chaque animal ou è chaque groupe d'animaux.

Tous les animaux vivent de matières organiques associées à des éléments solides, terreux^ métalliques^ matières provenant, soit du règne végétal ou du règne animal, soit des deux en même temps. De là, cette distinction établie entre les carnivores, les herbivores et les omnivores.

Dans chacun de ces trois groupes on peut établir un grand nombre de subdivisions. Ainsi, parmi les carnivores^ il est des espèces qui vivent de proie vivante, d'autres de proie morte et en décomposition, quelques-unes, ou d'oiseaux, ou de vers, d'insectes, etc. Parmi les herbivores, il est des espèces qui mangent exclusivement, soit de l'berbe, soit des grains, soit des feuilles ou des racines. Rien n'est plus intéressant que l'examen de ces variétés de régime.

Le mode d'alimentation propre à chaque espèce n'est point arbitrairement r^lé, ni subordomié à des habitudes ou à des goûts factices ; il est intimement lié à l'organisation de l'appareil digestif de chaque espèce, et impérieusement commandé par cette organisation ; il est en rapport avec le caractère, les instincts, les mœurs, les habitudes de l'animal et l'usage qu'il peut faire de ses moyens d'attaque ou de défense.

Les carnivores, notamment ceux qui font partie de la classe des mammifères,

(J) Boussingault) Économie rura/c, t. Il, p. 283.

RÉGIME. 5kl

ont une organisaliou fort remarquable. Ils ont les incisives tranchantes, les crochets allonges et aigus, les molaires garnies de pointes; leurs mâchoires sont courtes, leurs masséters, leurs crotaphitcs énormes, logés dans des fosses temporales profondes ci attachés h des arcades zygomatiqucs fortement arquées. Ils ont un œsophage trèsdilatable, un estomac ample, un intestin court, sans renflement, avec un caecum très-petit ou nul. Leurs pieds sont divisés, et munis de griffes plus ou. moins acérées. Ils sont bien organisés pour découvrir leur proif, soit à l'aide d*une vue perçante, d'un odorat exquis ou d'une ouïe délicate ; ils ne manquent ni d'agilité pour la poursuivre, ni de ruse pour la surprendre, ni de force pour la terrasser, ni de férocité pour la déchirer et se repaître de ses dépouilles. Leurs mâchoires sont assez solides pour briser les os, et leur suc gastrique assez énergique pour les digérer. Tels sont le lion, le tigre, le jaguar et tous les chats, la fouine, la belette, etc.

Ceux de ces carnassiers qui vivent de proie animée sont d'une extrême férocité : les autres qui se contentent de proie morte^ spit habituellement, soit lorsque ia première leur manque, sont peu courageux, et même quelquefois très-lâches, comme le vautour. Ils ont chacun une victime de prédilection et des instincts particuliers pour s'en emparer. Presque tous se livrent seuls à la recherche de leur proie; quelques-uns cependant se réunissent à cet effet en troupes plus ou moins nombreuses; il en est qui veulent vaincre leur proie à la course, d'autres la surprendre dans sa retraite ou sur son passage ; tels vont pêcher sur le bord de& eaux, tels autres fouir la

terre, certains d'entre eux déchirent leur victime encore palpitante et la dévorent tout entière, ou la dépouillent avant de la dévorer, comme le font, à l'égard des phoques^ les chiens sauvages de l'Amérique ; d'autres lui sucent d'abord le sang et lui laissent éprouver un commencement de décomposition ; d'autres encore en cachent les débris pour la faim à venir. A chacune de ces modiûcalions de régime correspondent des modiûcations dans les instincts et des particularités dans l'organisation. Ainsi la taupe, le hérisson, la chauve-souris, dont les dents trop aiguës et les mâchoires déliées se prêteraient peu à déchirer la chair, font seulement la guerre aux insectes, et si le hérisson, réduit en captivité, ne trouve pour nourriture que de la chair, il lui arrive souvent d'être étouffé par les morceaux qu'il n'a pu suffisamment dé-* chirer. Les diverses espèces d'oiseaux, dont le régime est animal, ont chacune une forme s|)éciale du bec en rapport avec leur manière de saisir la nourriture.

Il est fort remarquable que les animaux les plus carnassiers ne cherchent jamais pour victimes les individus de leur espèce, et que, généralement, ils se nourrissent seulement d'animaux herbivores ou omnivores. Cependant, il parait exister à celte règle plusieurs exceptions plus ou moins significatives dont quelques-unes sont, à la vérité, fort contestables. Pline dit que les cygnes se mangent entre eux, et Aristote prétend que plusieurs poissons, notamment les congres, en font autant; Réaumur cite le canard qui dévore avidement la chair des animaux de son espèce ; Spallanzani a Yu un chien manger une partie de l'estomac d'un autre chien, et il cite les corneilles comme se mangeant réciproquement. Buffon dit que le loup use de la chair du loup et que les rats se tuent enti^e eux pour se dévorer, en commençant par le cerveau^ observation fort exacte que j'ai eu l'occasion de vérifier. Tout le monde sait que la truie mange parfois ses petits ; mais généralement, le Carnivore ne fait point la guerre à son espèce et refuse d'en dévorer les d(i\K uilles. L'animal le plus affamé ne

5^8 DE Lk DIGESTION.

touche poîul à son semblable mort ou tué ; le porc, habitué à se nourrir de chair, ne veut |M)int de celle d*un autre porc, et le chien témoigne une sorte d'aversion pour celle du chien. Il y a plus : on ne voit guère de carnassiers, parmi les mammifères, faire leur proie d'autres carnassiers d'espèces diOërentes. Pourtant, Buflba dit que le lynx mange le chat sauvage, les martres, l'hermine, en même temps que le lièvre et le chevreuil. On conçoit très-bien que, dans les vues de la nature, l'animal qui vit de chair respecte son espèce ; mais on ne s'explique guère pourquoi il ne s'attaque point aux animaux qui ont un régime semblable au sien.

Les herbivores, et ici nous étendons cette dénomination à toutes les espèces qai vivent exclusivement de matières végétales, sont, par leur organisation et leurs instincts, très-diiïérents des carnassiers. Ils ont généralement des molaires à couronne plate ou tuberculeuse, des mâchoires moins fortes que celles des animaux qui se nourrissent de chair, un estomac plus ample^ un intestin long, souvent diverticulé ; ils ne possèdent ni ces sens délicats, ni ces moyens d'agression, ni ces instincts, ni le courage, ni les ruses diveraes qui appartiennent aux premiers. Les uns se nourrissent d'herbes, ce sont les herbivores proprement dits; les autres de graines, les granivores; et quelques-uns de fruits, les frugivores.

Les grands herbivores sont les solipèdes et les ruminants ; ils vivent exclusivement, à l'état sauvage, d'herbes et de feuilles ; on ne les voit rechercher ni les fruits, ni les racines. Les autcies, tels que l'hippopotame, le rhinocéros, l'éléphant, préfèrent les racines, mais ils mangent aussi l'herbe, et peuvent, lorsqu'ils sont réduits en senitude, s'entretenir avec des fourrages desséchés. Quelques-uns, tels que le castor, aiment Técorce des arbi*es ; d'autres, comme la girafe, l'unau, l'aï, choisissent les feuilles des grands végétaux.

Ces animaux ne font pas indifféremment usage de toutes les plantes qui s'offrent sous leur dent, et, parmi celles qui sont alimentaires, ils choisissent chacun un certain nombre d'espèces. Linné (1), à la suite d'un grand nombre d'expériences, a constaté qu'en Suède le cheval mange 262 espèces, le bœuf 275, la brebis 387, la chèvre /i/i9, le porc 172. Il a vu que le cheval en refuse 212, le bœuf 218, la brebis t&l, la chèvre 125 et le porc 171. Mais les changements de saisons, les migrations qu'éprouvent les animaux, les circonstances diverses dans lesquelles ils se trouvent et la nécessité les réduisent parfois à se contenter des plantes qu'ils dédaignent d'habitude. Le chevreuil, par exemple, se nourrit en hiver, d'après Buffon, de ronces, de genêts, de bruyères el de chatons de coudrier; au printemps il vit des feuilles de presque tous les arbres, et en été des herbes les plus fines qui croissent dans les forêts. La sobriété des herbivores leur rend les variations de régime supportables, à l'état sauvage, comme en domesticité ; le cheval arabe s'entretient avec un peu d'orge et quelques poignées de dalles, les chevaux et les mulets peuvent se contenter de maïs cl de canne à sucre dans certaines parties de l'Amérique ; les chameaux kalmuuchs, d'après Palla^ (2), ne vivent pendant l'hiver que de roseaux et d'écorces d'arbres, les rennes des Lapons n'ont guère d'autre aliment qu'une espèce de lichen.

(1) Keimarus, ouvr, cité, p. 154^ t. t.

(2) Pallas^ Mémoires du Muséum, t. XVI, p. hà9.

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l/iosGnct qui guide ces animaux dans le choix de leur nourriture est tellement sûr qu*iU ne prennent jamais de plantes vénéneuses, à moins qu'elles ne soient mêlées à d'autres plantes, et qu'ils ne se trouvent vivement pressés p^r la faim, linné dit cependant que les bestiaux de la Scanie, lorsqu'ils viennent dans des localités couvertes de forêts, y éprouvent souvent la dysenterie, par suite de l'usage de certaines plantes, comme l'aconit, que les animaux indigènes ne mangent jamais; mais ce n'est là qu'une exception, qui pourrait s'expliquer aussi bien par le changement de régime que par l'effet d'une aberration instinctive.

Ce même instinct porte les herbivores, comme du reste la plupart des animaux, à se mettre à la recherche de leur nourriture à certaines heures de la journée. En effet, il en est qui vont prendre leur repas à différentes heures du jour, ou seulement le soir et pendant la nuit. Les naturalistes ont fait à cet égard de très-nom** breuses remarques. M. Ronlin (1) a vu, dans les plaines de l'Amérique, que les taureaux sauvages, qui viennent quelquefois paître avec les bœuCsdomestiques, sortent vers deux à trois heures de l'après-midi. Les lapins, d'après 6. Leroy (2), quittent leurs terriers quelque temps avant le coucher du soleil, et beaucoup plus tôt lorsqu'il veut pleuvoir; les faisans, après les récoltes, deux fois par jour, au . lever du soleil et de cinq à six heures du soir, tandis qu'au mois d'octobre ils ne sortent plus qu'une seule fois, vers dix heures, pour tout le reste de la journée. Quelles que soient, du reste, les habitudes particulières à chaque espèce, on voit les animaux venir chercher leur nourriture à peu près dans les mêmes endroits, comme ils viennent aussi dans des lieux déterminés se livrer au repos et au sommeil.

Les omnivores tiennent, par leur régime comme par leur organisation et leurs instincts, des deux groupes dont nous venons de parier ; mais ils n'ont pas d'habitudes ni de besoins aussi nettement caractérisés que les habirndes et les besoins des herbivores ou des carnassiers; ils semblent se prêter aisément à un régime exclusivement végétal ou animal : on les voit frugivores, granivores ou carnassiers, suivant les circonstances. Le porc, le sanglier, le rat, les oiseaux gallinacés, plusieurs palmipèdes, une infinité de passereaux, la corneille, le corbeau, forment des types omnivores très- remarquables. Plusieurs espèces appartenant à l'ordre des carnassiers, l'ours, le renard, le chien, sont encore omnivores, mais à un moindre degré que les premiers. Le porc et le sanglier vivent de racines, de glands, devers, d'insectes et de reptiles ; ils s'habituent très-bien au régime animal. Les rats et les souris, qui dévastent nos maisons, rongent tout ce qui se trouve à leur portée, s'engraissent aussi bien du produit de nos récoltes, et même des céréales en herbes, que des cadavres jetés aux voiries et des immondices des égouts. Le canard, qui met tant de constance à tamiser la vase sur le bord d'une mare ou d'un ruisseau, se contente très-bien des racines écrasées ou des pfltes qu'on lui distribue dans la basse- cour. Et, parmi les mammifères qui paraissent si parfaitement organisés pour un régime animal, ne voit-on pas le renard, quand il manque de gibier, se repaître de fruits, de raisins, de miel ; l'ours se contenter souvent d'aliments semblables et de racines ; la fouine et le putois grimper sur les arbres, et notamment

(1) Roulin, Mémoire cité,

(2) Leroy, Lettres philosofthique^, pIc^ p. 251.

sur les cerisiers, pour en mauger les fruits ; la loulre ronger les racines des arbres lorsqu'elle ne trouve plus de poisson ; enfin, le chien ne peut-il pas vivre, niême exclusivement, de substances végétales?

Un très-grand nombre d'animaux, appartenant aux trois catégories établies d'après le mode d'alimentation, ont un goût très-prononcé pour certaines substances minérales, et notamment pour le sel marin. Les herbivores sont surtout remari|uablés par l'avidité avec laquelle ils recherchent les matières salées : la remarque en a été faite dès la plus haute antiquité, car Aristote dit déjà que le sel est trèssalutaire aux brebis, et qu'il contribue à leur engraissement Les troupeaux de bêtes bovines dépérissent dans certaines parties de rÂinérique où les fourrages et les eaux ne sont pas suffisamment salés, à moins qu'on ne mette du sel à la disposition des animaux. Le bétail de steppes distingue tr&-bien, d'après M. Roussingault (1)^ les sources qui contiennent une petite quantité de sulfate de soude ou de sel marin. Les chameaux kalmoucks ont aussi un goût très-prononcé pour le sel, et Pallas dit qu'ils s'engraissent d'autant mieux dans les steppes, qu'ils prennent plus de ce condiment Chacun sait avec quelle avidité nos herbivores lèchent les murs salpêtres et toutes les substances salées. Divers animaux, fMMissés sans doute par un besoin analogue, mangent quelquefois de la terre. Pline avait fait cette observation pour le loup. Buiïon a vu des porcs manger de Targile; tous les jours ou voit des bœufs arrêtés au bout d'un sillon lécher la terre et en avaler des quantités appréciables. Aussi n'cst-il pas rare de trouver des graviers dans le réseau de ces ruminants comme dans le caecum et le côlon du cheval, graviers qui viennent souvent aussi.de la terre adhérente aux fourrages ou aux racines dont se nourrissent nos grands herbivores. Les oiseaux granivores, et même beaucoup d'autres k régime mixte, ont l'habitude d'avaler des cailloux, le plus souvent siliceux, et cela autant pour favoriser la trituration des aliments que pour subvenir aux besoins de la nutrition. Il y en a constamment dans le gésier de nos gallinacés, et Burdach dit même que les femelles des oiseaux de cet ordre en portent à leurs petits encore dans le nid, car il croit qu'elles font des nids. J'en ai trouvé dans le gésier de jeunes moineaux qui n'avaient point encore de plumes, et qui, par conséquent, n'avaient reçu jusqu'alors, d'autre nourriture que celle apportée par leur mère. Le canard et le cygne en avalent également ; on trouve même le gésier de ce dernier si exclusivement rempli de graviers, que Borelli (2) avait presque pensé que le cygne se nourrissait de sable. L'autruche avale des cailloux très-gros, des clous, des morceaux de fer, et, en cela, elle n'agit point par stupidité, ainsi qu'on l'a dit autrefois^ mais elle cède à un instinct parfaitement approprié aux besoins de l'économie.

Le régime qui parait le mieux en harmonie avec la forme des dents et la disposition de l'appareil digestif, doit se modifier si le service exigé des animaux les force à prendre un supplément considérable de nourriture. C'est ce qui arrive, notamment au cheval. Ce solipède, dans les conditions de nature, n'est ni granivore, ni frugivore ; à l'état sauvage ou en liberté, il ne cherche autre chose que l'herbe, mais une fois qu'il est au service de l'homme il a besoin de prendre un supplément

^1) Boussiogaiik, ouvr. ciiét t. II, p. 4 33.

(2) De Réaumur^ Mémoires de F Acoflémie des sciences , 1700.

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