DE LA PRÉHENSION DES ALIMENTS
Jjà digestion, bien qu'elle soit une fonction essentiellement végétative, ne peut s'accomplir sans la coopération des fonctions de la vie animale. Celles-ci sont des auxiliaires indispensables à la première. Semblables à des esclaves oomplaisant<<, elles se mettent au service de toutes celles qui peuvent avoir besoin de leur secours. Ainsi, l'odorat et la vue servent k faire découvrir à l'animal les alimenls qui lui conviennent, et à lui donner un premier aperçu de leurs qualités; le goût, par un essai définitif, doit les juger, les apprécier exactement, lorsque se sera effectué l'acte qu'on appelle la préhension des aliments.
Cette préhension s'opère de différentes maDières» suivant l*état, la natore de Taliment, la conformation des organes destinés à le saisir et à le foire parvenir dans la cavité buccale.
h — Pbéhënsion des aliments soudes.
Il est des animaux dont les membres antérieurs sont, à la fois, des organes de soutien et des instruments de préhension. Ces animaux n'ayant pas, en général, uoe taille très-élevée, leurs extrémités antérieures n'ont pas besoin d'une très-grande solidité pour supporter leur part du poids du corps; elles peuvent être disposées pour se mouvoir facilement en divers sens ; le radius et le cubitus, tout à fait isolés et mobiles l'un sur l'autre, sont susceptibles, par leur jeu réciproque, de produire des mouvements analogues à ceux du bras de l'homme; enûn, elles portent des doigts distincts et onguiculés, qiui les transforment en mains pins ou moins parfaites : c'est ce qu'on voit chez les singes, les carnassiers et la plupart des rongeurs; mais les dispositions qui rendent les membres antérieurs aptes à servir d'oiiganes de préhension, s'affaiblissent et se dégradent insensiblement. Déjà les carnassiers ne peuvent plus se servir de ces appendices que pour saisir, fixer et déchirer leur proie; cependant, plusieurs rongeurs, l'écureuil, par exemple, conservent dans le bras des mouvements qui leur permettent de porter à la bouche les fruits dont ils font leur nourriture. Le rat, le loir, font arriver aussi^ avec beaucoup de dextérité, leur patte sur la tête pour se débarrasser des corpuscules qui les incommodent.
C'est, du reste, en quelque sorte, par exception, que les mammifères se servent de leurs membres antérieurs comme d'organes de préhension. La plupart d'entre eux ont ces membres conformés pour faire l'office de colonnes de soutien, ce qui était indispensable chez les animaux de grande taille. Ces derniers sont généralement herbivores ; leur radius est très-fort et constitue l'os principal de l'avant-^ras ; leur cubitus, beaucoup plus petit, est presque toujeurs soudé avec le premier, de sorte que les deux os ne peuvent jouer l'un sur l'autre. Il est cependant quelques-* exceptions à cet égard, et précisément chez les animaux où elles sembleraient devoir le moins se rencontrer. Ainsi, l'éléphant a un cubitus dont le volume est supérieur à celui du radius; son extrémité carpienne est même plus volumineuse que l'extrémité correspondante du radius, de plus les deux os sont distincts dans toute leur étendue. Il en est à peu près de même dans le rhinocéros; néanmoins, ni dans l'un ni dans l'antre de ces pachydermes, les os de l'avanl-bras ne peuvent jouer l'un sur l'autre, ni produire, par conséquent, des roouvemenis de pronation et de supination analogues à ceux de l'homme^ des singes et des carnassiers. D'ailleurs, les animaux dont les membres antérieurs ne servent pas à la préhension des aliments^ sont ordinairement ongulés, et ont quelquefois même le pied terminé par un seul doigt enfermé dans un sabot plus ou moins solide.
Quelle que soit, du reste, la conformation des extrémités, dès l'instant qu'elles ne servent pas à la préhension des aliments^ d'autres oignes, tels que les lèvres, la langue, les dents, les mâchoires, concourent à cet usage.
Le cheval et les autres solipèdes se servent de leurs lèvres et de leurs dents incisives pour prendre, soit le fourrage dans le râtelier ou l'herbe encore fixée au sol.
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soit l'aToine et )es sobsiances très-divisées ou pulvérulentes. Leur lèvre supérieure, longue, très-mobile et d'une exquise sensibililé, sert à rassembler une touffe d'herbes et à attirer les brios de fourrage; puis, les dents incisives prennent cette loufTe et la détachent; enCo, la langue la fait parvenir dans le fond de la bouche sous les dents molaires. Ces trois parties agissent successivciiieDt, et le concours de chacune est indispensable i l'ingestion des matiËres alimentaires.
Il est facile, b l'aide d'une eipérience de la plus grande simplicité, de mettre en évidence le rOie spécial des lèvres, des dents et de la iaogne. En eRet, si, au moyen d'un fil assez fort traversant la lèvre supérieure, on renverse celle-ci sur le nez, en la maintenant attachée au licol, et si l'oD renverse paiement l'ioférieure sous la houppe du menton, on voit qne l'animal engage l'eitrémilé de ses mâchoires entre les barreaux du rStelier et en tire le foin par pincées assez considérables ; mais dès qu'il vient à desserrer les dénis, le fourrage n'étant plus soutenu par les lèvres, ne peut parvenir dans la bouche et tombe; alors, le cheval en tire une nouvelle pincée, qui tombe encore, puis une troisième, et ainsi de suite ; de sorte qu'au bout d'un certain temps, il fait tomber devant lui tout le foin qui lut était donné, sans avoir pu en retenir nn brin. Il n'est pas plus heureux lorsqu'il se décide à ramasser ce qui est sar le sol ou dans sa mangeoire : jamais il ne parvient b garder dans sa bouche une parcelle d'aliments, et il est aussi impuissant h retenir l'avoine qu'à faire arriver le foin sous ses molaires.
Les lèvres sont donc indispensables h la préhension chez les solipèdes, et, si elles n'agissent pas, en vain les mlchoires saisissent le fourrage et la langue cherche b l'attirer, il ne peut être amené sous les molaires. La lèvre supérieure tire le foin quand il n'est pas fortement serré ; les deux lèvres le retiennent quand les incisives l'ont pincé et qu'elles s'écartent pour permettre k la langue de le faire pénétrer dans la cavité buccale. La supérieure a le rôle le plus important dans la préhension des aliments. Son muscle releveUr propre est | alors presque toujours en mouvement, par exemple, quand l'animal trie les brins de foin, les épis, dans une boue de paille ; il peut, dans ce cas, se contracter plus de cent fois par minute.
Le bœuf prend les aliments par nn mode bien différent de celui des solipèdes. Ce ruminant a une lèvre supérieure courte, épaisse, peu mobile, confondue avec le nmflei elle n'est ni asseit protractile, ni assez souple pour saisir le fourrage. La midioire supérieure, dépourvue d'incisives, n'oppose aux incisives mobiles de l'inférieure qu'un bourrelet ûbro-iuuqueux peu résistauL La langue devient le principal instrument destiné i saisir les aliments : longue, très-protractile, susceptible de se tordre sur elle-même, recouverte supérieurement de papilles il g^es cornées, elle
57& DE tA DIGESTION.
«t pirbUemeiit bien appropriée à Toffice qu'elle doit remplir. Lorsque ranimai pâture» «ttesortde la bouche^ se porte latéralemeiit, se contourne sur elle-même, embrasse une toufle d*berbes el l'attire vere l'entrée de la bouche ; cette touffe, uiie fois entre les încèiiesei le bourrelet de la mâcboire supérieure, est sériée, puis détacbée de terre par vo mouvement brusque ; enfin, elle est amenée sous les dents molaires. Si le iourrage mH sur le sol^ Tanimal Tatlire simplement à Taide de sa langue et Tamène à sa bouche saas le pincer ; s'il est dans le râtelier, elle s'insinue entre les barreaux pour le saisir. Cesi également au moyen de la langue que sont prises les substances divisées, pulvéruleiHes» l'avoine, la farine, |)ar exemple.
Le buffle et le bisou prennent leurs aliinenti de la même manière que le bœuf domestique.
La chèvre et la brebis se servent déjà moins de leur langue que les bêles bovines. Les premières, dépourvues de mufle, ont la lèvre supérieure plus miuc4î, plus libre et plus mobile; aussi celte lèvre commence- t-elle 4 remplir les usages qu'elle a chez le cheval. Les petits ruminants, le mouflon, la gaxdle, les anliloi)es^ s'en servent principalement pour prendre les aliments secs et les substances très-divisées ; mais lorsqu'ils soûl au pâturage^ ils pincent l'herbe entre le bourrelé! ûbromuqueux de la mâchoire supérieure et les incisives inférieures qui sont redressées tranchantes, et, une fois qu'ils l'ont saisie ainsi, ils la coupent très-près de la racine. Quant aux aulres ruminants, le chameau, le dromadaire, la girafe, leur lèvre fendue, comme celle du lièvre, du lapin et de beaucoup de rongeurs, acquiert une exti'ême mobilité, très-favorable, tant à la préhension des herbes^ des fourrages qu'au triage de ces aliments.
Le chien et le chat prennent de,s aliments solides à l'aide de leurs mâchoires et de leurs dents. Souvent ils flxent contre le sol, avec leurs pattes de devant, les os qu'ils rongent ou les morceaux de chair qu'ils déchirent. Leurs incisives agissent alors, les supérieures relativement aux inférieures, comme de véritables pinces coupantes, et leurs canines, longues et recourbées, déchirent ou dilacèrenl la proie. La plupart des carnivores sauvages, le lion, la panthère, l'ours, se couchent en sphinx pour déchirer leur proie; ils la fixent entre les pattes de devant qui, à certains moments, se regardent par leur face palmaire, el qui, à d'autres, demeurent dans la pronation ; puis ils saisissent entre les dents les parties qu'ils coupent ou qu'ils arrachent ensuite. La langue de ce^ animaux, ruie dans plusieurs espèces, enlève comme le ferait une râpe les parties adhérentes aux os; et souvent les pattes, qu'ils lèchent ensuite, déchirent elles-mêmes des lambeaux assez considérables.
Ces animaux prennent, comme nous le verrons bientôt, les liquides d'une manière toute différente.
Le porc et le sanglier, qui sont destinés à se nourrir principalement de racines charnues et de fruits, ont l'extrémité du museau transformée en un organe qu'on appelle le grouîn. Chez ces pachydermes, les mâchoires sont effilées, les os du nez arrivent presque au niveau des dents incisives; la cloison cartilagineuse du nez porte, entre l'épine nasale et les inlermaxillaires, un petit os qu'on apj)ellc l'os du boutoir; la lèvre supérieure se confond avec ce prolongement charnu, dans lequel sont percées les narines, prolongement mû par des muscles très -forts el terminé par
PBËRKNSJON DKS ALll|tNTS. 575
uiicsorle de disque à rebord proimineat. C'est ï l'aide de cel oi^ne que raDimai fouge^ le sol, le creose, le laboure eu quelque soric, pour y chercher les racines que SDU odorat lui a fait découvrir : son encolure, courte et forle, lui permet de développer uue grande éuergie dans cet acte. Quand le porc prend ses aliments dans une auge ou à la surface du sol, on le voit toujours manifesler une tendaucc ï fouger ; il enfonce le groiiiu dans le las pour commencer à manger dans les parties profondes. S'il est obligé de ramasser des grains ou de la farine, le grouin est toujours en contact avec le sol, et il l'emploie pour attirer en arrière, amener vers l'ouverture de la bouche cl vers la lèvre inférieure, courte et pointue, les parcelles qu'il vent manger, et que ses dents ne pourraient pas saisir autremenl. S'il a un morceau de chair ïsa disposition, il y applique souvent un pied de devant et quelquefois les dents en même temps; il le saisit entre les dents incisives, puis secoue la (élc aGii de délacher le fragment qu'il serre : si sou pied vient !i glisser, il le replace immédiatement, et dès qu'il a avalé la portion détachée, il en reprend une autre de la même manière. Chez la taupe, la musaraigne, le hérisson, qui ont un grouin rudimentaire, cette partie fonctionne i peu pr6s comuic sur le porc.
Cliez d'autres animaux, la préhension des aliments s'elTectue pr des moyens plus ou moins analogues ï ceux que nous renoua d'indiquer. Ainsi le rhinocéros, par sa lèvre supérieure qui se projette eu avant et s'allonge en pointe vers son milieu, saisit le fourrage et l'amène à l'euirée de la bouche avec une dextérité remarquable. C'est i l'aide de sa lèvre supérieure, mince et fendue, que le dromadaire, dont la langue n'a pas de papilles très-rudes, saisit les fourrages et les feuilles des arbres. La girafe emploie ï cet usage sa langue noire, eicessiveiiicnt proiractile, et d'une mobilité étonnante. L'éléphant se sert de sa trompe (tîg. tSO) pour prendre à la surface du sol les aliments que sa bouclic n'aurait pu atteindre h cause de la brièveté du cou. Les fourmiliers, les pangolins cl autres édentés prennent avec leur langue visqueuse, qu'ils dardent liors de la bouche, les insectes qui font leur nourriture. Divers reptiles, le caméléon, la grcnunillc, le crapaud, emploient aussi la leur au même office. Chez les oiseaux qui n'ont pas de mastication bucrale, le bec, ot^ane ordinaire de la préhension, est parfaitement approprié à la nature des ma- Fig. 80. — Trompe d'éléphant, tiércs dont l'animal se nourrit. Ceux
qui vivent d'insectes l'ont grêle et cfTiléj comme un grand nombre de passereaux ; ceux qui font usage de grains l'ont généralement court et obtus, aioù que cela se voit dans les gallinacés. Les palmipèdes ont cet organe large et pourvu de dentelures; les éclias.<!iers, beaucoup plus long et plus effilé pour s'enfoncer dans la vase des rivages; enfin il est recourbé, crochu et très-lbrt chez les oiseaux de proie qui doivent s'en servir pour déchirer les cadavres on tuer les petits animaux.
Plusieurs espËces d'oiseaax, comme la pie, ont anssi une langue protracUle snsc«ptible d'être dardée sur les matières alimeoiaires et de les amener dans la cavilé buccale.
Les animaux inférieurs, et surtout les insectes, nous offrent des procédés fort
curieux de préhension des aliments; plusieurs d'enire eux peuvent, en raiswi de
la disposition de leur armature buccale, attaquer la peau de l'homme, des animaux
et en sucer le sang. Ainsi, chez les Cousins qui ont, comme la plupart des diptères,
l'appareil buccal disposé pour opérer la succion,
ses pièces, au nombre de cinq ou de six, sont des
stylels très-acérés, les uns simples, les autres dvit-
tés et une lance, logés ensemble dans une gaine
fendue qui résulte de la transformation de la lèvre
inférieure (fig. 81).
Les mouches ont une trompe coudée, terminée par nu renflement discoïde, avec deux stylels impairs. Les hippobosques , les mélophages, qni s'aïUchent à la peau des animaux domestiques, ont la leur très-protractile, plus ou moins cornée, avec des aigoilles. Cette (rompe, quoique molle chez les tiQ. 81. — Trompe du eoiuin (*). poux, y est encore pourvue de stylets acérés qui piquent fortement la peau des grandes espèces. Elle est remplacée, chez la puce, par un bec avec une galue où se meuvent deux lancettes aiguës à bords tranchants et finement dentelés.
La préhension des aliments est dans quelques animaux suivie de leur emniagaùaage dans la bouche ou dans des divenicules de celle cavité. Beaucoup de singes de l'ancien continent, les guenons, les cynocéphales, quelques rongeurs, tels que le hamster, l'écureuil, ont â cet effet des cavités à ouverture plus ou moins étroite creusées dans l'épaisseur des joues et tapissées par la muqueuse. Chez le hamster, où ces abajoues ont des parois muscnleusesi elles descendent même sur les côtés du cou et servent au transport des grains que l'animal accumule dans son terrier. La poche membraneuse sous-mandibulaire dans laquelle le pélican entasse le poisson remplit un office analogue.
IL — t>RËHEN3I0N DES LIQUIDES.
La préhension des liquides se fait chez les mammifères d'après plusieurs modes distincts. Je crois qu'on peut en reconnaître quatre, savoir : 1° la succion ou l'action de sucer, telle qu'elle s'opère chez les animaux à la iiameWe ; \e pompement ou l'action de boire, les lèvres étant immergées dans le liquide, et le vide se faisant dans la bouche par les mouvements de la langue; Z''l'aspii-alion ou l'action de humer, dans laquelle le vide se fait non-seulement dans la bouche, mais encore
PRÉHENSION DBS LIQUIDES. 577
dans Jes voies respiratoires ; /i® enfin le lappenient ou l'action de lapper, propre à certnios animaux, les cliats par exemple.
La succion est l'action par laquelle les jeunes animaux font parvenir dans leur bouche le lait de leur mère. Pour cela ils saisissent le mamelon entre les lèvres, exactement rapprochées, et souvent entre les dents : la l)ouchc étant alors exactement fennec par les lèvres et remplie par la langue, Tanimal fait mouvoir cette dernière de manière à produire^ tout près du mamelon, un vide où le lait se précipite, poussé tant par l'aspiration même que par la pression atmosphérique qui s'exerce sur les mamelles. Chez l'enfant^ la pointe de la langue se retire légèrement en arrière à chaquo aspiration; mais chez les solipèdes, les ruminants, dont la langue demeure souvent collée entre le mamelon et les dents, le vide se fait pai: une diminution de volume des parties antérieure et moyenne de l'organe qui tend à s'éloigner du palais pour s'enfoncer dans l'espace intra-maxillaire. La langue, tout, en jouant le rôle du piston dans le corps de pompe, se meut d'une manière diiïérenie : c'est en s^amincissant et en s'éloignant du palais qu'elle produit, seulement ci la partie antérieure de la bouche, le petit espace destiné à recevoir le liquide aspiré. Dans cette opération, les voies aériennes ne jouent aucun rôle, que le voile du palais soit exactement abaissé, comme on le prétend, ou qu'il ne ferme pas complètement la communication entre la bouche et le pharynx, car la base de la langue et son renflement peuvent suffisamment isoler la petite chambre antérieure de tout le reste. Lorsqu'une certaine quantité de liquide est arrivée dans la bouche, la succion s'arrête momentanément, la respiration se suspend, selon M. Bérard (1), le liquide est dégluti, puis la succion recommence.
La succion do sang que le foret, la belette, certaines chauves-souris, exécutent, parait devoir s'opérer, comme le pense M. Milne Edwards, par un mécanis^ie semblable.
Dans ce premier mode de préhension, c'est donc dans la bouche et par la bouche seulement que se fait le vide; la respiration, comme le dit Dugès (2), n*a rien à faire à ce mécanisme, et l'on comprend sans peine que les jeunes cétacés puissent icter leur mère dans l'eau comme ils le feraient dans les conditions ordinaires.
Lepompement est Taction de boire, les lèvres étant plongées dans le liquide ; c'est le mode ordinaire de préhension des boissons chez les solipèdes, les ruminants et la plupart des herbivores. Lorsqu'il s'opère, les animaux plongent plus ou moins l'extrémité de la tête dans l'eau, mais jamais assez pour que les naseaux baignent dans le liquide. Il se fait, comme lors de la succion, un vide dans l'intérieor de la bonche, mais beaucoup plus ample, car la langue, s'éloignant fortement do palais, vient à chaque aspiration remplir à demi l'espace intra-maxillaire, et l'eau, pressée par l'air, monte pour remplir ce vide qui tend a se former, sans cependant se produire en réalité. Il est indispensable, dans cette circonstance, que les lèYrcs soient exactement rapprochées (3) au-dessus de leur partie inférieure qui est plongée dans l'eau. Si elles ne peuvent se mettre parfaitement en contact
(1) Bérard, Cours de physiologie , t. II, p. 509.
(2) Dugès, Traité (/e physiologie y i.U,\}. 361.
(3) Mais il n'est pas nécessaire qu'elles soient entièrement submergées avec les commissures, comme le disent quelques physiologistes.
G. couii. — Pbystol. comp. , 2*^ édit, i -«- 37
Tune avec Tautre, comme on le voit chez quelques chevaux dont la lèvre inférieure a été échancrée par la pression du mors, l'air s'engouffre avec le liquide et rend Faction de boire plus ou moins bruyante. Ce dernier effet se produit aussi lorsqu'on engage entre les lèvres un tube dont l'extrémité libre est en dehors du liquide. Le mécanisme du pompement, tel que je l'indique, rapproche belucoop ce mode de celui de la succion. Pourtant quelques physiologistes ne l'envisagent pas ainsi. Dugès (1) prétend, par exemple, que les ruminants et les solipèdes boivent en humant, c'est-à-dire qu'ils ne forment le vide dans la bouche que par le moyeu du thorax. Mais la preuve que ce vide n'est nullement le résultat, môme partiel, d'une action aspiratrice de la poitrine se trouve donnée par une expérience de M. Poucet, laquelle consiste à ouvrir la trachée au milieu du cou, et à fermer avec de l'étoupe, d'une part les narines, d'autre part l'extrémité supérieure du condoit trachéal. Évidemment alors, l'intervention de la poitrine n'est pas possible; néanmoins l'animal boit comme auparavant. On savait cela, du reste, par le fait des chevaux auxquels on a pratiqué la trachéotomie.
Vaspiration, ou l'action de humer, s'opère par suite du vide qui tend à se produire dans les voies aériennes. La bouche n'est pas alors exactement fermée ni plongée entièrement dans le liquide; elle est même assez ouverte pour que Tair soit aspiré en même temps que le liquide. Ces deux fluides pénètrent en même temps dans la cavité buccale ; tous les deux passent facilement dans le pharynx, puisque le voile du palais est soulevé ; mais arrivés là ils se séparent pour changer de route et pénétrer l'un dans le larynx, l'autre dans l'oesophage. Cette action est bruyante et saccadée; bruyante par suite des vibrations de l'air qui s'engouflre dans la bouche avec le liquide, et saccadée, attendu que l'aspiration ne peut être prolongée un certain temps sans intervertir le rhythme des mouvements respiratoires. Certains animaux prennent leurs boissons de cette manière, et quelques-uns en faisant succéder, à de courts intervalles^ le pompement opéré par la bouche à l'aspiration produite par le thorax. Ainsi, on voit souvent le porc pomper doucement et sans bruit l'eau de vaisselle qui remplit son auge, et un instant après la humer bruyamment, par saccades plus ou moins rapprochées.
Le lappement est un mode de préhension des liquides moins commun que les premiers. Il s'observe chez les carnivores, tels que le chien et surtout le chat. Ces animaux, ayant la bouche proportionnellement plus fendue que les herbivores, ne pourraient plonger leurs lèvres jusqu'aux commissures sans que leurs narines fussent en même temps immergées : c'est là, peut-être^ la principale cause du mode suivant lequel ils prennent les liquides. Le chien ou le chat qui boit, darde sa langue hors de la bouche, la plonge dans le liquide par sa pointe renversée en arrière, comme ses bords ; il la retire ensuite brusquement quelque peu, en la projetant da côté des dents; de cette manière le liquide est lancé, par petites portions, à l'entrée de la bouche, ainsi qu'il pourrait l'être par une main dont les doigts seraient fléchis vers la paume. Le lion et les autres animaux du genre felis lappent de la même façon, comme je m'en suis assuré dans les ménageries. £n répétant très-rapidement ces projections, ils ingurgitent en un moment une assez grande quantité de
(1) Dugès, ouvr. cité, t. II, p. 31 A et 315.
MASTIGAÎION. S79
liquide. Néanmoins e*est de tous les moyens que nous avons indiqués le plus lent, et il pouvait être tel sans inconvénient chez les carnivores cpii, en général, boivent très-peu, ainsi que chacun le sait.
La préhension des liquides offre des particularités fort remarquables dans la série animale, par suite de la disposition des parties chargées de l'effectuer ; mais quelle que soit leur configuration, ces parties fonctionnent toujours d'après Tun des modes précédemment indiqués. Ainsi, l'éléphant boit en se servant de sa trompe : des qu'il inspire, le vide tend à se faire dans le double tuyau de cet appendice^ et l'eau y monte ; puis l'animal recourbe cet organe, fait une forte expiration qui projette dans la bouche le liquide introduit dans les narines : la trompe agit absolument comme la pompe aspirante et foulante. Les oiseaux boivent, pour la plupart, d'une manière assez singulière ; ils plongent le bec dans l'eau, en remplissent leur mandibule inférieure, relèvent la tête et avalent ce qui a pénétré dans la bouche, puis ils recommencent un plus ou moins grand nombre de fois la même opération. Les ramiers, la tourterelle, ainsi que l'avait noté Aristote (1), le pigeon, d'après Pline, et les oiseaux de proie, suivant divers observateurs modernes, ne relèvent pas le bec en buvant comme les autres animaux de leur classe. Les animaux inférieurs possèdent, pour la préhension des liquides, soit une trompe comme les guêpes, les abeilles et les autres hyménoptères, soit un suçoir, de même que les différents lépidoptères, soit une ou plusieurs ventouses comme les sangsues, les ténias. Quelques-uus, enfin, ont un appareil composé de petits stylets renfermés dans une gaine spéciale, et d'autres, un simple tube à parois contractiles.