DE LA MASTICATION
On donne ce nom à la division ou ou broiement que les matières alimentaires éprouvent dans la cavité buccale par l'action des mâchoires munies de leurs dents, et mises en mouvement par des muscles spéciaux.
Cette opération, qui prépare les aliments à subir les modifications qui doivent leur être imprimées dans l'estomac ou l'intestin, ne s'effectue pas, à beaucoup près, chez tous les animaux. Dans les espèces inférieures, elle se fait par des pièces solides diversement disposées à l'entrée de la cavité buccale, ordinairement par dés mandibules dentelées, comme chez les articulés et chez les acariens ; par des crochets mobiles dans les pentastomcs ; par des dents cornées dans les sangsues, parmi les annélides. Chez les insectes, elle peut s'opérer d'abord à l'entrée de la bouche, pour rendre les aliments aptes à la déglutition, puis s'achever dans un gésier musculeux. Elle n'a guère lieu, parmi les vertébrés, que chez les mammifères. Les autres animaux de cet embranchement, les oiseaux, les reptiles et les poissons, bien que quelques-uns aient des dents, ne broient pas leurs aliments avant de les déglutir.
tl) Aristote, livre IX, p. 555.
Elle est inutile aux auimaui qui se nourrissent de substances liquides ou trèsmolles, et elle n*est point indispensable à ceux qui font usage de matières animales faciles à digérer. Un très-grand nombre d'animaux qui vivent de vers, de coquillages» dlnsectes, de poissons ou de petits mammifères, les avalent sans les avoir préalablement divisés. Ceux, au contraire, qui vivent de matières végétales, telles que les grains, les racines, les berbes ou les fourrages desséchés, ont besoin de les ramollir, de les diviser, de les atténuer, parce qu'elles résistent beaucoup à l'action dissolvante des sucs gastrique et intestinaux. Si quelques animaux, comme les oiseaux granivores, semblent faire exception à cette règle, c'est qu'ils ont un estomac très-musculeux spécialement chargé dé la trituration des aliments non broyés dans la bouche. Aussi, à cause de cela, peut<on, à l'exemple de plusieurs physiologistes, reconnaître deux espèces de mastication, l'une buccale^ volontaire, opérée par les mâchoires et les dents; l'autre, gastrique, involontaire, produite par un estomac organisé exceptionnellement pour remplir cet office.
La mastication, bien qu'elle soit un acte fort simple et purement mécanique, résulte de la coopération d'un grand nombre de parties dont le jeu complexe est fort varié', même parmi nos seuls animaux domestiques. Pour en faire l'étude, nous envisagerons successivement:!*^ la disposition de l'appareil masticateur avec ses principales variétés; 2° le jeu des mâchoires; 3" l'action des dents, de la langue, des lèvres et des joues dans la mastication ; 4° la durée et l'utilité de cet acte préparatoire.