‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 4)Chapitre 118 sur 191 · I. — APPAREIL masticateur · texte numérisé non relu

I. — APPAREIL masticateur

Il se compose de trois ordres de parties, les unes passives, qui sont les os des mâchoires et les dents; les autres actives, ou les muscles destinés à mouvoir les mâchoires; les troisièmes auxiliaires, la langue, les lèvres, les joues, qui empêchent l'aliment de sortir de la bouche ou le ramènent entre les dents qui doivent le diviser.

Les mâchoires, dans les vertébrés^ forment une sorte de pince dont les branches se meuvent verticalement et sont disposées de manière à s'écarter proportionnellement au volume de la proie à saisii*, c'est-à-dire beaucoup chez les espèces carnassières, et très-peu chez les herbivores. La supérieure est toujours soudée avec le crâne, l'inférieure, constituée par un os, est réellement la seule mobile.

Elles portent à leur extrémité antérieure les dents incisives, un peu plus loin les canines, et tout à fait en arrière, les molaires. Ces trois espèces de dents ont, tout à la fois, une situation^ une forme et des usages distincts. Disposées ainsi que nous le verrons bientôt, elles servent, les premières, à inciser, à couper ;*les secondes, à déchirer; les troisièmes, à écraser ou à broyer les aliments. L'existence de ces trois espèces de dents n'est pas consuinte chez tous les mammifères, et la forme très-variable qu'elles offrent les met en harmonie avec le régime propre à chaque animal.

Les muscles moteurs des mâchoires sont ordinairement au nombre de cinq de chaque côté : le crotaphite, le masséter, les deux ptérygoîdiens et le digastrique. Il s'ajoute à ceux-là^ chez les solipèdes, un sixième muscle qui est le stylo-maxillaire.

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Ces organes, en général ptas puissants chez les carnassiers que chez les herbivores, produisent, les uns^ i'écartement, les autres, le rapprochement des mâchoires. D*autres sont spécialement chargés des mouvements d'avant en arrière et des mouvements latéraux; enfin, il en est qui peuvent, par suite de leur disposition et de la conformation des surfaces articulaires, en opérer plusieurs à la fois.

En jetant un coup d'œil sur les parties qui forment l'appareil de la mastication, on voit que leur disposition n'est point chez les carnassiers ce qu'elle est chez les herbivores, et que, parmi ces derniers, elle offre des modifications très^notables, surtout chez les rongeurs, les pachydermes, les solipèdes et les ruminants.

Les mâchoires des carnassiers sont généralement très-courtes, car leur puissance est, comme le luit remarquer M. Milne Edv^ards (i), en raison directe de leur brièveté; elles y sont pourvues de trois sortes de dents : leurs incisives sont minces, aiguës ; leurs canines longues et recourbées ; leurs molaires hérissées de pointes coniques; leur arcade zygomatique est fortement arquée et très-éloignée du crâne ; leur fosse temporale large et profonde ; leurs masséters et surtout leurs crotaphites sont énormes ; le condyle maxillaire est semi-cylindrique et transversal, la cavité glénolde qui le reçoit et l'emboîte exactement est très-profonde. Les mâchoires ne peuvent exécuter que des mouvements d'écartcment et de rapprochement : tous les autres leur sont impossibles. Elles sont admirablement disposées pour permettre à l'animal de saisir, tuer et déchirer sa proie, et leurs formes se modifient de manière à être constamment en rapport avec la nature des matières animales qui font la nourriture de chaque espèce carnassière.

Les herbivores ont les mâchoires ordinairement plus longues, plus faibles et plus coudées; ils ont des incisives peu tranchantes, manquent quelquefois de canines^ ou s'ils en ont, elles sont courtes^ peu courbées et impropres à déchirer ; leurs molaires sont larges, à surface hérissée de lignes ou djs plis d'émail, qui rendent leur taUe rugueuseetparfaitementdisposée pour le broiement des matières végétales ; leurs fosses temporales sont moins larges et moins profondes; leurs arcades zygomàtiquâs courtes et fiiblement arquées ; leurs muscles masséters et crotaphites, plus faibles, agissent sur des leviers moins bien disposés pour favoriser la puissance; l'articulation tcmporo -maxillaire est placée bien au-dessus du niveau des dents molaires, et configurée pour permettre aux mâchoires d'exécuter, outre les mouvements d'écartement et de rapprochement, d'autres mouvements horizontaux, soit de prépulsion, de rétropulsion, soit de diduction. Mais, parmi ces derniers animaux, l'appareil masticateur offire des modifications assez remarquables et parfaitement caractérisées, qui.peuvent se rattacher à trois types principaux.

L'un de ces types appartient aux rongeurs. Les mammifères de cet ordre n'ont que deux sortes de dents : deux incisives à la mâchoire supérieure et deux à l'inférieure; point de canines, des molaires à couronne plate et à lames d'émail transversales, des fosses temporales très-petites, des arcades zygomatiques faibles et peu éloignées du crâne; leur condyle maxillaire, au lieu d'être transversal» est allongé d'avant en arrière ; la cavité glénofde qui le reçoit forme une sorte de canal ou de gouttière dirigée dans le même sens. Tout, en un mot, dans la configuration des

(1) Milne Edwards, Uçons 9ur la physiologie et Canntomie comparée^ t. VI, p. 206.

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surfiices articulaires et dans la direction des muscles, est disposé pour permettre des mouvements très-étendus d'avant en arrière et d'arrière en ayant^ qui oonstî* tuent le principal caractère de la mastication des rongeurs.

Le second de ces types se trouve chez les ruminants. Ceux-ci ont aussi les mâchoires longues et faibles ; ils manquent^ la plupart, de canines et d'incisives à la mâchoire supérieure ; leurs molaires sont à couronne plate, à croissants d'émail antéro-postérieurs ; leurs arcades zygomatiques minces ; leurs fosses temporales étroites; le condyle, allongé transversalement, est en rapport avec une surface plane ou convexe qui lui permet de se mouvoir d'avant en arrière et latéralement. Ce sont surtout les mouvements latéraux ou de diduction qui caractérisent la mastication des animaux de cet ordre.

Enfin, le troisième type tient en quelque sorte le milieu entre les deux autres : on l'observe chez les pachydermes et les solipèdes. Ces derniers ont tous trois sortes de dents : la longueur de leurs mâchoires et la force des muscles sont assez variables ; mais l'articulation temporo-maxillaire est tellement disposée qu'elle permet des mouvements antéro-postérieurs, comme chez les rongeurs, et des moQvements latéraux, comme chez les ruminants ; seulement, ces deux espèces de mouvements sont moins étendus que chez les animaux dont ils caractérisent la mastication.

Maintenant que nous connaissons les dispositions essentielles de l'appareil masticateur, voyons comment il agit et de quelle manière s'exécutent ses divers mouvements.

n. •— Mouvements des mâchoires.

Ils peuvent être au nombre de cinq : Vécartementy le rapprochement, la prépulsion^ la rétropuhion et la diduction. Les deux premiers appartiennent à tous les animaux, et sont les seuls qui se produisent chez les carnassiers ; les autres s'observent en pins, dans certaines limites, chez les omnivores et les herbivores.

l"" Éeartenieiit. — Il ^t produit par l'abaissement de la mâchoire inférieure, et en partie, peut-être^ chez quelques animaux, par l'élévation de la mâchons supérieure.

Dans ce mouvement, le condyle maxillaire tourne sur son axe d'arrière en avant Sa partie la plus postérieure qui, dans le rapprochement, touche, chez le cheval, à l'apophyse sus-condylienne, se porte en avant, et d*autant plus que l'abaissement devient lui-même plus considérable ; le sommet de l'apophyse coronoîde se projette antérieurement, s'abaisse et s'éloigne de la base de l'arcade zygomatique; enfin, la mâchoire inférieure s'éloigne de la supérieure, en décrivant, par son extrémité libre, un arc de cercle plus ou moins étendu. Les deux mâchoires laissent alors entre elles un écartement triangulaire, d'une étendue variable, suivant les animaux. On sait que chez les carnassiers il est bien plus grand proportionnellement que chez les autres animaux, et cela devait être , à cause du volume souvent considérable de leur proie ; il est, au contraire, assez laible chez les herbivores, si ce n'est lorsqu'ils bâillent ou qu'ils respirent par la bouche, comme cela se voit sur le bœuf et même sur le cheval après la section des neris

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