‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 4)Chapitre 12 sur 191 · DE LA YIB EN GÊNÊKAL ET DE SES MANIFESTATIONS · texte numérisé non relu

DE LA YIB EN GÊNÊKAL ET DE SES MANIFESTATIONS

lenr s'ajoatant i celle de l'air il s'opérera dans cet œuf une détente subite et le mouvement vital deviendra manifeste. Dès ce moment nos deux ordres de forces s'associeront, de même que dans la graine, et de leur association surgira une série non interrompue de prodiges : les forces physico-chimiques modifieront la ma* tière, les organiques lui donneront la forme de globules^ de cellules, de fibres^ de vaisseaux; elles créeront des tissus et des organes nouveaux, doués de propriétés entièrement nouvelles, inconnues dans la plante. L'un de ces tissus sera doué de la propriété de sentir, l'autre de la faculté de se mouvoir et de mettre en mouvement l'être tout entier. A chaque partie même d'un tissu sera dévolue une faculté spéciale : à celle-ci la faculté d'être impressionnée et de transmettre les impressions reçues ; — à celle-là la faculté de vouloir ; — à cette autre celle de conduire les ordres de la volonté et d'exécuter les mouvements. Ces nouveaux éléments d'une admirable structure^ ces nouvelles propriétés plus admirables encore^ donnent à la vienne physionomie jusqu'ici inconnue. Âla vie purement plastique et végétative, ils ajouteront une vie nouvelle, animale, de sentiment et de mouvement, d'instinct et d'intelligence dont rien jusqu'alprs ne nous avait donné Tidée.

Cette évolution de l'œuf est une vivante image de la création aux dépens du chaos. C'est même une véritable création, car la vie n'a au début que de la matière à sa disposition ; elle n'a pas encore d'instruments pour la servir. Avec cette matière elle fabrique des éléments, qui, une fois constitués', sont doués de propriér tés spéciales et des organes qui^ achevés, possèdent des facultés déterminées ainsi que l'aptitude à les exercer immédiatement. On dirait que la vie crée ses instruments, leur donne un rôle et les doue des facultés qui les rendent aptes à l'accomplissement de ce rôle.

Ce travail que la vie exécute dans l'œuf, pour créer l'animal n'est mystérieux que par les forces employées ; il est visible, pour qui veut le suivre dans toutes ses phases, non dans le sein maternel, ni dans l'œuf pourvu d'une coque épaisse, mais dans l'œuf à enveloppes transparentes d'un helminthe qui se développe à l'extérieur. lÀ on voit les granules du vitellus se disposer en sphères; des cellules se constituer aux dépens des granules, s'assimiler leur contenu, se multiplier par scission, se grouper pour former l'embryon, et ensuite se modifier pour produire chacune de ses parties. Là aucun échafaudage ne masque le travail du constructeur. On voit, comme l'a dit un savant observateur (1), les pierres de l'édifice se constituer et se mettre à leur place. Il n'y a de caché que la main ou la force qui les façonne et les emploie. Chacune de ces pierres se taille à il'endroit qu'elle doit occuper; chacun des matériaux créés vit comme l'ensemble, s'entretient, se répare, se multiplie et se transforme. C'est mieux que l'atelier deVulcain, car chaque instrument ne vient pas seulement se placer sous la main du dieu ; chacun d'eux agit par lui-même, comme s'il possédait une individualité et une activité propres.

La vie, en effet, n'est pas seulement dans l'être entier, dans l'œuf qui représente le rudiment de Têtre ; elle est dans chaque élément de cet œuf, si petit qu'il soit ; elle est dans la cellnle qui représente un organisme microscopique, se développe, élabore son contenu, se transforme et se régénère. Tout ce qui doit s'observer

(1) Cotte, Noie sur le raie de V observation et de l'expérience en physiologie {Comptes renr Au de C Académie des sciences, t. LXVI, p. 127S).

ii UlTBODUCnOll.

en grand dans rensemble de l'être parfait se voit déjà dans cet élénx^nt : la for* mation, la nutrition^ la sécrétion, la reproduction; il ne faut plus pour la constitution de l'être entier, de Tanimai parfait, qu'une agrégation de ces êtres microscopir ques doués de telles ou telles propriétés et assemblés d'après un plan déterminé I l'ayance. Aussi peut-on dire que la vie est dans la cellule comme elle est dans l'animal entier, et qu'elle y a des attributs également merveilleux et admirables. Même dans la plante elle jouit de facultés étonnantes, comme celles d'appeler la matière extérieure, de la modifier, d'opérer des combinaisons diverses, des réductions, des dédoublements, en un mot les opérations analytiques et synthétiques les plus compliquées.

Et ce qu'il y a de particulièrement admirable dans l'organisme c'es.t que, pour constituer l'être le plus parfait, et tous les êtres de plus en plus simples, la nature ne se sert pas d'un autre élément microscopique. Elle diversifie la cellule, elle lui donne des propriétés très-variées pour réaliser ses combinaisons^ pour obtenir, ici le mouvement, là l'action sensitive, motrice, le travail nutritif et les sécrétions les plus disparates.

En analysant ainsi les phénomènes dans leurs manifestations initiales les plus simples, nous voyons toujours la vie résulter de deux ordres de forces agissant ensemble, avec une harmonie merveilleuse. Le principe qui les dirige, le lien qui les associe, les lois intimes de leur subordination réciproque nous échappent Ce que nous voyons nettement c'est que ces puissances de second ordre, au service d'une fée invisible, ne peuvent rien isolément. Lés forces physico-chimiques sont impuissantes à réaliser, en dehors de l'organisme, les changements qu'elles opèrent en lui; à elles seules elles ne peuvent produire les composés, les éléments, les tissus; il leur faut l'assistance des forces organiques ou vitales. A leur tour celles-ci sont inhabiles à rien créer sans le concours des premières, elles règlent et dirigent le travail que les autres sont seules capables d'exécuter.

C'est pour ne pas avoir vu ce concert de forces, cette association harmonieuse de puissances diverses qui ont chacune leur rôle à remplir, qu'on s'est fait de la vie des idées fausses, reflétées dans des systèmes contradictoires.

Il est clair que les anciens auxquels les lois des forces naturelles étaient inconnues ne pouvaient apercevoir cette double nature des puissances qui concourent à la manifestation de la vie. Ils voulaient pourtant, en cela comme en tout, remonter d'emblée à la cause première qu'aujourd'hui on renonce même à chercher. L'inconnue qu'ils cherchaient à découvrir leur apparaissait comme un principe d'animation, un moteur, une âme. Platon en voyait même deux, l'une pensant et agissant, l'antre inconsciente d'elle-même, opérant obscurément dans les viscères. Épicure et Lucrèce qui supposaient l'âme formée par la matière la plus subtile la voyaient en quelque sorte imprégner toutes les parties du corps dont les actions résultaient de la manière d'être et des propriétés des atomes. ' C'est là toujours au fond ce qu'on a pensé plus tard : un principe d'action, de vie, une âme, avec des variantes infinies dans les attributs et dans les actions. Aux yeux de Leibnitz c'est une force agissante attachée à la matière, une force agissant par elle« même et indépendamment d'excitations étrangères; à ceux de Stahl, c'est une âme surnaturelle, intelligente, procédant à l'accomplissement de tous les actes. Pour

DE LA VIE EN GÉNtBAL IT DK SIS MANIFESTATIONS. 23

d'autres c'est ane puissance qai agit par riotermédiaire de fermeols, d*esprita, etc.

Dès qa*on a voQio sortir des Tagoes conceptions philosophiques sur la nature de b Tie pour expliquer comment le principe, le moteur, opère dans Torganisme, ou s'est troufé en face de mille diflBcultés. En eflfet, montrer comment l'ftme dirige une machine qu'elle ne connaît pas et qu'elle n'a pas créée, comment elle fait res» pîrer, digérer, mouvoir les membres, former les parties ; comment un principe fital donne lieu, tout à la fois, à des actes intellectuels et à des actions physiques ou chimiques très^variées, était fort difficile ; aussi n'y a-t-on pas réussi. On a créé des systèmes incomplets, insuffisants : les uns considérant les causes, les autres les effets^ sans montrer les liens intermédiaires. Tantôt on a fait de l'économie un ensemble dans lequel une puissance s'agite sans qu'on voie par quels moyens; tai^ tôt un mécanisme où l'on dévoile le jeu des rouages, sans trop s'inquiéter du moteur qui les dirige, ou encore un laboratoire dans lequel tout est phénomène physique ou chimique. Toutes ces conceptions ne sont point entières. Il ne suffit pas ici de considérer les causes premières, de déterminer la nature des phénomènes, il fiut voir à la fois les actes isolés, leur ensemble, les lois de leur association, le lien qui les réunit, le réseau qui les enlace, en un mot le souffle qui anime la matière; mais ce souffle, ce moteur, ce régulateur est insaisissable. Passons donc en BOUS inclinant devant le sanctuaire, et soyons sûrs qu'il renferme un dieu caché que probablement nous ne parviendrons jamais à découvrir.

C'a été une grande erreur de voir dans la vie une lutte perpétuelle entre les forces générales de la matière brute et les forces propres aux êtres organisés. L'an^ tagonisme entre les premières et les secondes n'est qu'apparent, et quand il existe il concourt au maintien du jeu de la machine animée. Loin qu'il y ait, le plus sou* vent, opposition entre les deux ordres de forces, il y a entre elles, comme nous l'avons entrevu, association. Les forces isolées sont frappées d'impuissance; celles qui dirigent ne peuvent pas exécuter, et celles qui exécutent ont besoin d'une direction. Leur association est la première et la plus essentielle condition de la vie.

En effet, les forces vitales ou organiques qui représentent l'idée^ le plan de l'organisation, ne peuvent réaliser aucune action d'ordre physique ou chimique ; elleç donnent le modèle de la cellule et de la fibre, assignent à chacune sa place et son WMe, et une ibis l'instnimcnt façonné et agencé, il fonctionne comme un méca* niemc de laboratoire. La cellule formée appelle à elle la matière, l'élabore et se l'assimile; elle absorbe et exhale, suivant les lois de l'osmose; elle opère des com* bioaisons, des dédoublements, des réductions; fabrique des principes immédiats, des acides, des alcaloïdes, des sels qu'elle conserve, donne ou échange. Â chaque espèce de cellule est assignée une tâche particulière : à l'une l'absorption de l'oxygène, la réduction de l'acide carbonique; à l'autre, la production des corps gras, de la bile, des spermatozoïdes. En somme , ce petit être, réellement vivant, autonome, qui se nourrit et se reproduit, fonctionne tant pour son propre compte qu'en vue de l'être collectif, de l'agrégat dont il fait partie.

On a beau pénétrer profondément dans l'être vivant^ partout dans l'organe, dans la fibre, dans la cellole, les deux ordres de forces se voient associées, agissant avec harmonie, sans la moindre confusion. Qu'il se produise de \^ chaleur, de la

^U INTRODOCTION.

lumière, de rélectricité, du mouvement, des combinaisoas^ des décompositions, c'est par le jeu des forces physiques et des affinités ordinaires. Que la matière prenne la forme d'un tissu ; que ce tissu acquière une propriété sensilive, motrice, la faculté de sécréter, de se reproduire, c'est par Tintervention des puissances d'un autre ordre, exclusives aux êtres vivants.

Il ne faut donc pas voir Tantagonisme là où il y a harmonie, voir la confusion là où il y a simple association, rapporter à un ordre de forces le travail qui vient de l'autre; il faut, au contraire, distinguer avec soin les puissances qui dirigent de celles qui exécutent, le rôle du maître de celui des esclaves. Ceux' qui ne voient agir dans l'organisme que les forces, vitales, comme ceux qui n'y reconnaissent que des actions chimiques, sont également dans l'erreur. La sensibilité, la motricité, l'instinct, Fintelligence, dérivés des premières, ne constituent qu'une moitié de l'activité des êtres. La production des principes immédiats^ toutes les élabo* rations intimes, dérivées des secondes, forment l'autre moitié. La vie est dans le tout, et le tout est indivisible. Les forces vitales ne peuvent rien seules, si bien que la vie demeure virtuelle, latente, comme dans Tœuf, si elle est obligée d'attendre l'assistance des autres. Isolée, elle ne peut réaliser aucun de ses plans, soit pour créer ses instruments, soit même pour s'en servir quand ils sont achevés. £t de même, la physico-chimie seule ne peut ni fabriquer l'arsenal physiologique, ni en utiliser les pièces; elle laisse s'éteiudrc le mouvement vital et ramèine la matière à la masse commune. Il n'y a pas de vie en dehors du concours harmonique des deux ordres de puissances.

Si la considération attentive des phénomènes accomplis dans l'être vivant * ne dévoile pas la nature de la vie, peut-elle au moins nous montrer où elle réside, à quel appareil ou à quelle fonction elle est attachée? Ici encore, l'observation la plus attentive, l'analyse la plus délicate ne nous fuit pas découvrir de localisation. La vie n'est liée exclusivement ni à un appareil imporlai^t, ni à une faculté prééminente; elle préexiste aux organes qui, plus tard, deviendront indispensables à son entretien, comme aux facultés dont jouiront les organes formés. Elle crée avec peu les instruments dont elle a besoin, et en les créant leur donne des facultés; puis, cela fait, elle ne peut plus s'en passer, elle en devient l'esclave.

M. Flourens a cru à la possibilité d'une localisation matérielle de la vie dans le système nerveux ; ses expériences ont semblé lui montrer qu'elle résidait dans le point de la moelle allongée qu'il a désigné sous le nom de nœud vital, car la vie cesse immédiatement après la section de ce point et de ce point seul ; mais cette localisation ne s'appliquerait ni aux animaux invertébrés, ni à l'embryon, ni à lat plante. Il n'y a pas de localisation dans le polype, dans la planaire, car si l'on divise ces êtres simples, chaque partie continue à vivre et reproduit bientôt ce qui lui manque pour redevenir un être complet. La vie ne peut pas être localisée fonaionnellement. Elle n'est attachée exclusivement à aucune fonction, à aucune faculté, à aucune propriété, soit des organes, soit des tissus. Elle n'est attachée ni à l'innervation qui est la fonction prééminente de l'animal, ni à la circulation, ni à la respiration; elle est seulement, plus que toutes les antres, liée à ces fonctions importantes d'une manière très-intime, surtout à la respiration qui, en faisant agir l'oxygène sur l'œuf et la graine» parait l'acte initial et excitateur de toute les autres

DE LA VIE EN GÉNÉRAL fit Dfi SES MANIFESTATIONS. 23

mauiï^statiuns vitaios. D'autre part, elle ne consiste ni dans la seiisibiltt'}, comme le pensait Bordeu, ni dans la sensibilité et l'irritabilité, comme Haller paraissait le croire. £He apparaît^ dans ranimai, avant ces facultés et avant même les organes dont elles dépendent. Elle est dans l'ensemble des facultés et des fonctions, comme elle est dans l'ensemble des tissus et des organes, et elle n'est pas moins dans chaque partie que dans la totalité de l'être. Elle est dans la substance, elle est dans la faculté et dans l'acte; elle est une au fond, mais infiniment diversifiée par ses produits matériels et par ses manifestations dynamiques. Dans la plante, dans la graine, dans l'œuf, dans l'embryon, elle ne donne lieu qu'à des actes plastiques. Dans l'animal achevé et achevé par elle, elle comprend en outre des actions sensitivos et motrices, des phénomèmes d'instinct et d'intelligence.

Quelque soin que nous prenions de suivre le précepte newtonien dans l'étude de la vie, nous ne pouvons que reconnaître, dans l'organisme, l'aciion combinée de deux ordres de puissances : les physico-chimiques assez accessibles, les vitales moins saisissables dont nous ignorons le nombre et la nature. Faut-il nous étonner de cela ? Non. L'activité d'une graine qui germe ou d'un œuf à l'état d'incubation est plus compliquée que le mouvement du système planétaire. L'être vivant, à quelque degré de simplicité qu'il soit réduit, est, en réalité, infiniment au-dessus du paisible système des astres, c'est une sorte de petit système matériel en mouvement qui accomplit ses révolutions intérieures, suivant des lois spéciales. Les puissances qui le meuvent ou qui l'animent -sont si merveilleusement coordonnées, que tout s'y passe comme s'il n'y en avait qu'une seule. Cette puissance collective supérieure agit dans une machine qu'elle s'est créée elle-même, dont elle a façonné et agencé tons les rouages, lesquels sont admirablement disposés pour fonctionner avec ensemble ; elle commande aux forces physiques et chimiques qui sont sous ses ordres ; elle se les asservit comme des forces subalternes, des esclaves qui travaillent en silence, suivant un plan tracé et dans un sens déterminé ; elle coordonne leurs opérations, les met en harmonie avec les siennes et produit ainsi, par ce concours, la succession si merveilleuse des phénomènes qui caractérisent l'existence des êtres organisés.

Ne nous obstinons pas à poursuivre cette mystérieuse inconnue qui fuit à mesure que nous croyons en approcher. Il n'est pas nécessaire de connaître l'essence de la vie, la nature de ses forces, ni même leur nombre exact pour analyser avec précision les phénomènes qui en dérivent, déterminer leurs lois et leurs rapports : l'étude particulière des fonctions nous le prouvera. Qu'importe que ce soit la matière qui vive ou qu'une force vive dans la matière. Il nous suffit de constater ce que ces phénomènes ont de plus général chez les animaux.

Or, la vie, si simple qu'elle soit, ne se manifeste que dans les corps organisés.

Elle parait consister en une activité que la matière a empruntée, par ia voie de la génération, à des êtres vivants. C'est une activité communiquée ou transmise, comme l'a dit si justement Cuvier.

Si cette activité nait spontanément dans des êtres qui se constituent d'eux-mêmes, c'est parmi lés espèces microscopiques les plus inférieures.

Elle ne peut s'exercer et s'entretenir que dans certains milieux, à une certaine température et par le concours des agents extérieurs*

30 niTBOD0OTlO]|«

Elle résulte de Fassociation constante des forces physioo-chimiqnes qui modi* fient la matière, et des forces organico-vitates qai lui imiurlment les formes et lui donnent des propriétés n'sppartenant jamais è la matière brute.

Ses premiers effets sont de créer on de développer, soit dans It graine, soh dans Tesuf, des psrties semblables k celles de l'être dont le germe dérive, d'organiser te plante ou l'animal d'après un plan arrêté, et de douer chacune de ses parties de facultés déterminées.

Elle produit dans l'être animé un double courant, Tun qui apporte su dedans les matériaux destinés kl^vivre, l'autre qui entraîne au dehors ceux que la vie abandonne.

Elle fait passer cet être par des phases d'accroissement, d'état et de déclin pour te livrer ensuite à l'influence destructive des forces chimiques isolées.

Ses formes sont variées, et nombreux ses degrés de complication. Dans la plante elle ne consiste qu'en actions plastiques donnant naissance h des organes limples et à des principes immédiats très-diversifiés; dans l'animal, elle donne lieu h des actes de plasticité. et Ides phénomènes de mouvement, de sensibilité et d'intelligenoe.

Les fonctions par lesquelles elle s'entretient sont coordonnées entre elles et subordonnées les unes aux autres comme te sont leurs instruments. Il en est d'e8« sentielles qui tiennent les autres sous leur dépendance et dont l'arrêt entraîne son extinction ; il en est d'accessoires qui peuvent se suspendre, se supprimer, sans enrayer le mouvement général.

Mais n'entrons pas trop dans les détails. Voyons par quels moyens nous pouvons arriver à connaître les actes, les fonctions dont l'ensemble constitue la vie.

im. -- De robservatlon oonsidérée comme moyen d'arriver à la connaissanoe des phénomènes de la vie.

Nous venons de voir ou plutôt de pressentir combien l'organisation animale est compliquée et combien son jeu est admirabla C'est à peine, cependant, si nous avons effleuré ce beau sujet. Il s'agit maintenant de savoir par quelles voies, par quels moyens on peut arriver à la connaissance du mécanisme des êtres vivants, à te détermination précise des phénomènes qui se passent en eux, à la découverte des conditions, des rapporta, des lois et des causes de ces phénomènes. Ces moyens peuvent se rapporter à trois principaux, savoir :

i^ VobservcUim, c'est^ànlirc l'étude des phénomènes tels qu'ils se présentent, tels qu'ils se révèlent à nos sens, soit chez l'homme, soit chez les animaux.

2° V expérimentation, ou l'étude des phénomènes artificiellement dégagés et isolés, du moins en partie, de ceux qui rendraient leur appréciation difficile, ou encore l'examen de certaines parties des fonctions dont tous les actes ne sont pas accessibles à la simple observation.

3^ La comparaison des faits, la généralisation des résultats, l'indncllon, le calcul, l'hypothèse, pour lier les notions que nous donnent l'observation et l'expérience, systématiser leur ensemble et suppléer à ce qu'ils ne peuvent nous faire découvrir.

L'un ou l'antre de ces trois moyens ne peut, à lui seul, nous conduire à une connaissance'parfaite des actions vitales. Par le premier, qui est le plus simple et qui

DE l'obsbutation. 97

s'offire toQt d'abord ï l'esprit, le physiologiste sait patiemment la nature dans ses opérations, cherche à démêler par quels artifices elle arrive à son but, recueille avec soin tout ce qui se révèle aux sens, rassemble les faits qui doivent servir de bam à l'édifice scientifique. Par le second, qui natt de l'iosufiSsance du premier, il veut aller plus avant dans la recherche d'un mécanisme qui ne s'est dévoilé qu'k demi^ il s'efibrce de découvrir ce qui reste caché et de trouver le root de chaque énigme; il essaye, par mille expédients, de mettre en évidence les phénoQiènes obscurs, de les débrouiller, de les isoler de leurs acoessoires, et par là il ajoute aux iaits déjà acquis des faits nouveaux qui, sans son secours, fassent demeurés inconnus. Par le troisième, enfin, il s'empare de la moisson récoltée avec l'aide des précédents, classe les résultats obtenus, compare les faits, les apprécie, en détermine la signification, formule les conséquences qui en découlent, et si tout cela est insuflB'* sant, imagine ou suppose le reste. Il faut donc qu'ils soient employés tous les trois,' chacun à sa place et en son temps, car chacun doit fournir son contingent de connaissances; il faut de plus qu'ils le soient avec art, suivant certaines règles et dans une certaine mesure qu'il importe de connaître.

L'observation, considérée en général, est, sans contredit, le plus simple de tous les moyens qu'il nous est possible d'employer pour arriver à la connaissance des choses susceptibles de tomber sous nos sens. C'est le premier dont il faut se servir; car, ainsi que l'a fort bien dit Bacon (1), l'homme ne peut entendre la nature, comme il ne peut l'employer, sans avoir mis préalablement tous ses sens au service de l'observation. C'est par l'observation que se trouvent rassemblés insensiblement les faits dont l'ensemble constitue, comme l'a dit Cuvier, l'édifice impéris* sable des sciences; c'est par elle aussi que se sont créées et développées les sciences dites d'observation; c'est elle qui a fait la gloire de la médecine hippocratique, et produit les praticiens habiles, les grands naturalistes de toutes les époques. La xoologie, la botanique, la minéralogie et les autres sciences naturelles lui doivent la plupart de leurs richesses. liCS immenses progrès réalisés par ces sciences dans les temps modernes, sont dus aux grands observateurs qui ont consacré leur vie à la contemplation des merveilles de la création.

La physiologie est incontestablement une science d'observation avant d'être une science expérimentale. Les premières connaissances qu'elle a acquises, et beaucoup de ses conquêtes récentes^même parmi les plus précieuses, lui viennent de l'observation. Celle-ci est, comme l'a dit Bacon, la clef des sciences; et c'est, quoi qu'on en paisse dire, la source la plus féconde et la plus sûre de nos découvertes. Il n'est pas un point de physiologie sur lequel elle ne jette quelque lumière, et il en est même beaucoup sur lesquels elle nous fait découvrir à peu près tout ce que nous pouvons savoir. Ainsi, ce que les naturalistes nous ont appris sur l'intelligence, les instincts, les mœurs, le caractère, les habitudes des animaux, vient d'une longue et patiente observation; la plus grande partie des notions que nous possédons sur la vision, l'olfaction et les autres sensations, sur l'histoire des phénomènes de la locomotion, l'analyse exacte de chaque allure, de la marche, du saut, du vol, de la natation, sont puisées à la même source. Il y a, dans chaque fonction, un ceruin

(1) Analyse de la philosophie de Bacon^ Amsterdam, 1755. 3 vol. iii-12.

nombre d'actes qui rentrent presque exclasiveinent dans son domaine : voyez les sensations de la faim et de la soif, la préhension des aliments, la mastication, les actes extérieurs de la rumination, les phénomènes mécaniques de la respiration, et tant d'autres appartenant à la même catégorie. Ce ne sont pas seulement les actes extérieurs que l'observation nous permet de suivre et d'analyser; elle nous fait scruter souvent ce qu'il y a de plus mystérieux dans l'organisme. Elle nous montre le lieu de la fécondation, le temps employé par la liqueur séminale pour opérer l'imprégnation du germe; elle nous fait suivre l'évolution de l'œuf du poisson, de l'insecte, du ver, la segmentation du vitellus, la formation du blastoderme et de chaque partie de l'embryon ; elle nous fait voir les mouvements du cœur, la circu» lation entière dans les parties ou dans les animaux transparents. Elle étale à nos regards^ bien dirigés et bien armés, les procédés de la nature que nous devinons bientôt^ et que quelquefois nous avons intérêt à imiter.

Dès l'instant qu'il y a, dans toute fonction, un certain nombre d'actes saisis* sables, dont les caractères peuvent être exactement appréciés, on conçoit de quelle importance doit être, pour la physiologie, une observation rigoureuse et délicate qui, en déterminant le faciès, la physionomie. propre à chaque fonction, dans Tétat normal, donne un point de départ nécessaire à la pathologie, un terme de comparaison sans lequel il ne sera pas possible de distinguer nettement ce qui appartient à l'état sain de ce qui est le résultat de la maladie, même à son début Cette vérité est trop incontestable pour avoir besoin d'une démonstration.

Les lumières que nous donne l'observation ne sont pas seulement nombreuses, elles ont une valeur qui manque souvent aux données de l'expérimentation. En effet, ce qu'elle nous fait voir, ce sont les opérations régulières de la nature, les actes tek qulls se passent, sans trouble, sans modification. Elle nous dévoile en quelque sorte le rliythme des fonctions, l'harmonie qui règne entre les opérations de l'organisme. Aussi ce qu'elle nous apprend des procédés de la nature est l'ex^ pression fidèle des choses. Le raisonnement, le calcul, n'ont pas à effectuer ces interprétations et ces corrections que réclament les résultats des expériences.

Lorsqu'on a entrevu l'importance des données que peut fournir l'observation, on sent la nécessité d'observer. Le physiologiste doit se plier à cette nécessité impérieuse, car il a sous les yeux un livre toujours ouvert, dont chaque page renferme, pour qui sait y lire, un précieux enseignement qu'il chercherait en vain à d'autres sources. Il faut qu'il observe sans cesse, soit pour saisir les analogies et les dissemblances des phénomènes qu'il étudie, soit pour reconnaître toutes les particularités intéressantes des fonctions chez les animaux, soit enfin pour rassembler les résultats des expériences qu'il entreprend. Ces dernières, si habilement conçues et si bien dirigées qu'elles puissent être, ne donnent tous les enseignements qu'elles portent en elles qu'autant qu'elles sont suivies avec un soin extrême, sinon leurs résultats sont inexacts ou incomplets; ils ne peuvent servir de base à des raisonnements sains et à des théories rigoureuses. Pour que le physiologiste s'acquitte bien de cette tâche, il lui faut beaucoup de bonne volonté, de patience, de tact, de sagacité et de finesse, qualités qu'il s'efforcera d'acquérir s'il ne les possède pas naturellement. L'esprit d'observation est, du reste, pour ceux qui se livrent à l'élude de la médecine ou des sciences naturelles, la première condition de succès.

Page 1