‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 4)Chapitre 120 sur 191 · MOUVEMENTS DES MACHOIRES · texte numérisé non relu

MOUVEMENTS DES MACHOIRES

II agit toujours sur un levier du troisième genre, quelle que soit la situation de l'aKment. Ce muscle arrivant à peine, par son bord antérieur, au niveau de la dernière molaire, chez les carnassiers, et recouvrant seulement une ou deu:^ de ces dents chez les solipèdes et les ruminants, doit, de toute évidence, agir constamment sur un levier du troisième genre, lors même que la substance à broyer est sons les dernières molaires, car la ligne d'action, ou la résultante de la contraction de ses fibres, passe bien en arrière de la dernière dent, et par conséquent, entre la résistance et le point d*appui articulaire. Ce levier, représenté parle maxillaire, donne à la puissance du masséter un bras étendu du centre de Tarticulation temporo-maxillaire jusqu'au niveau de la ligne d'action du muscle, tandis qu'il laisse à la résistance un autre bras constamment plus long que le premier. Celui-ci a toute la longueur de la mâchoire lorsque l'aliment est placé entre les incisives, et il diminue à mesure que cet aliment s'engage plus avant dans la bouche. La réduction graduelle du bras de la résistance, h mesure que les matières à broyer s'avancent plus près de la dernière molaire, suffit seule à accroître dans des proportions considérables la puissance déployée par le masséter.

Les ptérygoldiens externe et interne, surtout le dernier, qui est ordinairement, de beaucoup, le plus considérable, sont aussi des élévateurs. Ils sont forts dans les solipèdes et les ruminants^ de môme que dans le lièvre et le lapin, et semblent confondus en un seul chez le chien. Leur bord antérieur étant constamment placé en arrière delà dernière molaire, ne permet pas de douter qu'ils n'agissent constamment sur un levier du troisième genre dans lequel le bras de la puissance est plus court que pour le masséter externe.

Ces deux muscles ayant leur point fixe plus rapproché de la ligne médiane que leur insertion, deviennent les agents essentiels des mouvements latéraux; de plus, l'externe contribue en même temps à la prépulsion.

Par leur nombre et leur volume, les muscles élévateurs donnent aux mâchoires une force considérable qui croit à mesure qu'elles se raccourcissent Elles ont chez les carnassiers, où leur longueur est à son minimum, une puissance énorme comp<irée à celle des mâchoires longues et coudées des herbivores ; mais il n'est pas facile de l'évaluer exactement par les moyens dont Borelli et Haller se sont servis pour l'homme. D'ailleurs, comment pourrait-on mesurer la force des mâchoires de l'hyène broyant un os, ou du lion déchirant sa proie ?

Les deux mouvements que nous venons d'examiner se produisent nécessairement dans tous les animaux. Ce sont les seuls qui s'effectuent chez les carnassiers : à ceux-là s'en ajoutent d'autres chez un grand nombre d'espèces. Nous allons les passer en revue.

3"* PréputeUB. — Dans ce mouvement, qui est très-foible chez les solipèdes et les ruminants, tandis qu'il est très-étendu chez les rongeurs, le condyle maxillaire Se porte en avant, glisse sur la surface glénoïde du temporal en s'éloignant de l'apophyse sus-condylienne, quand elle existe; l'apophyse coronoîde s'éloigne aussi de la base de l'arcade zygomatique et se dirige vers la partie antérieure de la fosse temporale; enfin, l'extrémité libre de la mâchoire inférieure vient dépasser plus ou moins celle de la mâchoire supérieure.

Ce mouvement est impossible chez les carnassiers, à cause de la disposition de la

cavité gléoolde qui, par ses bords antérieur et postérieur, enclave le condyle et l'empêche de se mouvoir dans le sens antéro-postérieur. Il commence à être possible dans le bœuf, le mouton, le cheval, dont la cavité glénoïde n'est pas liniitée en avant, mais seulement en arrière par l'apophyse sus-condylienne. Il devient déjà assez étendu dans le porc, qui a un condyle triangulaire dont les mouvements ne sont bornés en arrière que par une petite crête. Enfin, il est porté à son maximum dans les rongeurs : chez ces derniers, tout est disposé pour le rendre aussi étendu et aussi facile que possible ; le condyle est allongé d'avant en arrière et porte un petit renflement à son extrémité antérieure ; sa cavité de réception est une gouttière allongée dans le même sens, et qui n'est point bornée ni à l'une ni à l'autre de ses extrémités.

Le mouvement de prépulsion n'a pas de muscles particuliers : ses agents sont le masséter et le ptérygoîdien externe. Le masséter est par son bord antérieur oblique du haut en bas et d'avant en arrière; ses fibres le sont dans le môme sens, ou, en d'autres termes, son attache à l'extrémité de l'épine zygomatique est toujours antérieure à sa terminaison au maxillaire, aussi est-il le propulseur par excellence. Cette obliquité, qui existe déjà chez les carnassiers, comme si elle devait y servir à quelque chose^ est surtout très-grande dans le bœuf et les rongeurs; elle permet au masséter de tirer en avant la mâchoire inférieure, en même temps qu'il l'élève vers la supérieure, et de déterminer, par conséquent, la prépulsion, quand le jeu du condyle n'est pas mécaniquement limité en avant. Le ptérygoîdien externe, qui naît en dehors des apophyses ptérygoîdes, et qui se porte à la face interne du maxillaire tout près du condyle, dans un point postérieur à son origine, est aussi incontestablement un agent de prépulsion. On pourrait même considérer ce muscle comme un organe spécial de ce mouvement, bien qu'il serve aussi à Télé* vation et à la diduction.

4^ BétropuUiton. — Après que la mâchoire inférieure a été portée horizonta* lement en avant, elle est ramenée en arrière : l'apophyse coronolde se rapproche de la base de l'arcade, et le condyle vient heurter ce qu'on appelle, chez les soli* pèdes, l'éminence sus-condylienne. Ce mouvement, diamétralement opposé à celui de la prépulsion, en est une conséquence obligée; ils alternent nécessairement l'un avec l'autre, comme l'écartement alterne avec le rapprochement.

Il semble, à première vue, que le digastrique et le stylo-maxillaire soient les agents destinés à déterminer ce mouvement ; pourtant il n'en est rien, car la rétropulsion se produit lors du rapprochement des mâchoires, et ne peut, par conséquent, avoir lieu par l'action des organes chargés de l'écartement : le seul muscle qui puisse y servir est le crotaphite ; il est parfaitement disposé pour cet usage, en raison de son obliquité d'ensemble et de la situation postérieure de ses attaches immobiles, soit dans la fosse temporale, soit à la protubérance occipitale.

Les mouvements de prépulsion et de rétropulsion qui, par leur exagération, caractérisent la mastication des rongeurs, sont assez étendus et faciles à constater chez les solipèdes, surtout du côté opposé à celui sur lequel s'effectue le broiement des matières alimentaires. On voit parfaitement, lors de la mastication, le condyle du maxillaire glisser sous la peau alternativement d'avant en arrière et d'arrière en avant. Au moyen d'un petit appareil extrêmement simple, on peut mesurer exatcte-

MOUTBMENTS DES MACHOIRES. 587

ment l'étendae de ce déplacement et la comparer à celle dn même monvement dans les antres animaux. Cet appareil se compose d'un petit arc de cercle gradué fixé par une petite tige aiguë sur Tarcade zygomatique, dans le point correspon* dant à Tarticnlation temporo-maxiUaire, puis d'une aiguille recourbée à angle droit sur elle-même et implantée sous le condyle. Lorsque la mâchoire se met en mouf ement, l'aiguille se porte alternativement en avant et en arrière du point où elle se trouvait placée dans l'état de repos : les degrés tracés sur le cercle donnent l'étendue métrique du déplacement dans les deux sens.

5° DidneUov. — Le mouvement latéral ou de diduction^ plus ou moins prononcé chez tous les herbivores, caractérise essentiellement la mastication des ruminants. Il n'a pas lieu chez les carnivores pour trois causes : l'enclavement du condyle maxillaire dans la cavité glénoîde du temporal, la réception des molaires inférieures en dedans des supérieures et enfin l'entrecroisement des canines.

Son mécanisme n'est pas aussi simple qu'on pourrait le croire. Lorsque la diduction a lieu» la mâchoire inférieure n^éprouve pas un déplacement latéral parallèle à son axe, c'est-à-dire égal à ses deux extrémités, mais bien une déviation angulaire presque nulle en haut et très-étendue au niveau des dents incisives. Yoici ce qui se passe lorsque la mâchoire se porte à droite. Le condyle maxillaire gauche décrit un arc de cercle qui a son centre représenté par le condyle droit, dont le déplacement est très-peu étendu; le premier se porte en avant, abandonne une partie de la surface du temporal; l'apophyse coronoîde gauche se projette en avant et en dedans, elle refoule fortement le coussinet adipeux de la fosse temporale; par suite de ce mouvement, la salière gauche se creuse et se remplit alternativement, tandis que celle du côté opposé se creuse et se remplit beaucoup moins. D'autres changements se passent alors dans les parties antérieures des mâchoires ; les axes des tables molaires cessent d'êtjre parallèles ; les molaires supérieures droites s'appliquent exactement sur les molaires inférieures du même côté, tandis que les gauches cessent de se correspondre; enfin l'arcade incisive inférieure dépasse à droite d'un tiers et presque d'une moitié de sa largeur l'arcade supérieure ou le bourrelet qui remplace cette dernière chez les animaux ruminants. £n un mot, dans ce mouvement circulaire, comme l'a appelé Ferrein^ l'axe de la mâchoire inférieure croise celui de la supérieure, ce qui n'arriverait pas si la première éprouvait une déviation latérale également prononcée à son extrémité libre et à son extrémité articulaire.

Les mouvements latéraux ont ceci de remarquable qu'ils ne sont pas alternatifs, c'est-à-dire que la mâchoire inférieure ne se porte pas successivement à gauche, puis à droite de la supérieure, et ainsi de suite. Quand un cheval mange, si la mâchoire inférieure se porte à droite de la supérieure, elle revient dans sa position sans dépasser la dernière à gauche, puis se dévie à droite, et ainsi pendant un quart d'heure, une demi-heure, après quoi la direction change. Il en est de même chez le bœuf pour la première mastication et pour celle qui a lieu pendant la rumination; mais nous verrons, en traitant de cette fonction, que certains ruminants, tels que le chameau, font exception à cette règle.

Il importe de remarquer ici que ce mouvement latéral est plus prononcé ou plus étendu qu'il ne le parait chez les sollpèdes. €e qui contribue à le rendre moins

sensible chez ces derniers, ce sont les lèvres qui cachent, par leur longueur, (es dents incisives, tandis que leur brièveté laisse voir plus distinctement le jea des deux mâchoires dans les ruminants; mais quand on soulève la lèvre supérieure et qu'on abaisse la lèvre inférieure d'un cheval qui mange, on s'assore que l'arcade incisive dépasse, soit à droite, soit h gauche, l'arcade supérieure aa moins du tiers de sa largeur, quelquefois même de la moitié. Le déplacement latéral est, je le répète, bien plus sensible chez les ruminants, mais il n'est pas beaucoup plus étendu que chez les solipèdes.

Les mouvements latéraux, dont le mécanisme est fort irrégulier, ont pour agents essentiels les ptérygoîdiens, qui se contractent alternativement, ceux d'un côté, puis ceux du côté opposé. Il est facile de se rendre compte de leur action, si l'on se rappelle que leur extrémité ù\e est beaucoup plus rapprochée de la ligne médiane que leur extrémité mobile ou maxillaire : car il n'y a en moyenne, dans le bœuf, que 2 centimètres du plan médian aux apophyses ptérygoîdes, tandis qu'il y a 7 à 8 centimètres de ce plan au point de leur insertion. Le ptérygoîdien interne joue le rôle principal; l'externe^ qui est fort petit chez les ruminants, est accessoire. Lorsque, dans la diduction, la mâchoire inférieure se porte à droite, c'est la ptérygoîdien gauche qui se contracte, et réciproquement II est évident que si les muscles des deux côtés agissaient ensemble et avec une égale intensité, il n'y aurait pas de mouvement latéral.

Les masséters peuvent aussi prendre part à la diduction, puisque leur point fixe est plus éloigné du plan médian que leur terminaison ; mais comme il n'y a pas à cet égard une différence très-grande, et comme cette différence n'existe pas pour tous les animaux, ces muscles ne participent aux mouvements latéraux que dans des limites très-étroites; toutefois, lorsque cela a lieu, le masséter qui contribue à la diduction est précisément celui du côté vers lequel la mâchoire se porte. La partie orbitaire du crotaphite, qui vient s'insérer en dedans et en bas de l'éminence coronoîde, concourt aussi, sans aucun doute, à la production du mouvement latéral.

Cette action asymétrique de plusieurs muscles moteurs des mâchoires est fort remarquable, notamment en ce qui concerne les solipèdes et la généralité des ruminants dont la mastication demeure unilatérale pendant des périodes assez longues; car elle suppose, de la part des muscles d'un côté, une contraction renouvelée i chaque coup de dent, alors que ceux du côté opposé demeurent relâchés ou tout au moins ne se contractent que faiblement. Elle prend un autre caractère chez le dromadaire, par exemple, où la mâchoire inférieure dépasse alternativement à droite et à gauche la supérieure* Ici évidemment les muscles d'un côté alternent avec ceux du côté opposé.

IIL — Action des dents.

Les dents sont les organes passifs les plus essentiels à la mastication : leur nondbre, leur forme, leur structure, même et leur action varient beaucoup suivant les animaux.

Les carnivores possèdent trois sortes de dents. Les incisives, plus ou moins

Page 1